‹ Histoire des massacres de Syrie en 1860Chapitre 9 sur 22 · INTRODUCTION. XXI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. XXI

à un kaïmakam druse, sauf les deux villes de ZaUeh et de Déir<:el-Kamar, dont la première se gouvernait elle-même , et la seconde obéissait directement à la Porte.

Voilà pour le Liban. Dans le reste du pays les chrétiens sont comme perdus au milieu de • la masse des habitants qui professent la loi de Mahomet. 11 suffît , pour s en convaincre, de se reporter aux chifEres que nous avons donnés plus haut, et de voir ce qui reste de chrétiens, en en défalquant les maronites^ en comparaison des musulmans.

La plus grande partie des chrétiens de l'intérieur se compose de Grecs , de l'une ou de Tautre communion. Us sont répandus dans la Célésyrie et autour de Damas, mêlés à quelques Druses et à des Métoualis, outre ceux de leurs voisins qui professent le culte maho-.

métan «unm. Dans la ville même de Damas, qui était le point où Ton en comptait le plus grand nombre avant le massacre, ily en avaità peine vingt-cinq à trente mille, tandis que les musulmans étaient plus de cent quarante mille.

Quiconque a parcouru, même dans une étendue très*rèstreinte, la Syrie, et surtout la chaîne du Liban, ne saurait jamais oublier la merveilleuse beauté de ce pays. C'est à

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bon droit que les maronites prétendent montrer au voyageur dans leur terre natale, au village d'Ëhclen, la demeure enchantée que que iiùs premiers pères habitaient avant leur chute. Les sites du Liban sont dignes d'une si haute prétention. Tout ce qui frappe les yeux et rim agi nation dans les spectacles de la nature y est réuni : les hautes cimes qui perdent dans les nuages leur front couronné de neiges éternellesy les rochers escarpés et bizarrement fendus parles convulsions de la nature, les précipices que le regard peut à peine sonder et où les torrents, roulent en mugissant, la végétation, presque aussi puissante que dans les régions tropicales , la limpidité des eaux que les sources yersent en rubans argentés sur les flancs de toutes les montagnes et dans tous les replis du terrain, et par-dessus tout cela^ rincomparable magie du soleil de TOrient, qui enveloppe chaque objet d'un voile d'or.

La vue de la rade de Beyrouth, à elleseule, vaut le voyage de Syrie. Bien qu'elle ait été décrite ou plutôt chantée par un de nos plus grands poètes, elle ne jouit paj encore en Occident de toute la réputation qu'elle mériterait. Il serait juste de la citer à côté de celles de Naples et de Constantinople.

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Combien de fois nous est-il arrivé, assis à.

la pointe do Ras-Beyitmthy de demeurer des heures entières absorbé par la contemplation de la scène grandiose qui se déroulait sous nos yeux!

A nos pîedsfia mer, «'étendant à perte diBTue

jusqu'aux dernières brumes de l'horizon, brillante au large et teinte de cet azur qui n'appartient qu*à la Méditerranée , au mage toute blanchissante d'écume et déferlant sur les rochers avec une violence aussi sauvage que celle de Tôcéan sur les côtes de ftretagne.

Sur terre, au premier plan, la ville de Beyrouth avec ses fortifications bâties par Fakr-ed-Din et ruinées par les boulets anglais de 1840, qui baignent leur pied dans la mer, avec les minarets de ses mosquées, ses maisons blauchesi ses consulate dont les grands pavillons aux oonleurs des diverses nations européennes flottaient au gré du vent, avec ses vergers qui enchâssent la cité dans une ceinture d'émeraude et s'écbelonnent en amphithéâtre, entremêlés de riantes habitations sur les flancs arrondis d'une colline peu élevée. Tout autour les crêtes du Liban, couvertcb de cultures jusqu'à la région des nuages, parsemées de villages, forment comme un cirque immense

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que domine au nord le sommet du Sannin, couvert de neige au cœur même du moÎB de ' juillet et resplendissant, comme ces pics de diamant dont parlent les Mille et une Nuits, sous une intensité de lumière dont rien en O^ccident ne saurait donner une idée.

Mais quelles tristes et déchirantes réflexions éveillait en nous ce spectacle eucbanteur, dans les circonstances où nous le contemplions I Rien peut-Ôtre ne saisit plus douloureusement l'âme que le contraste d'une nature radieuse, parée comme pour une fête; avec les ruines, le carnage et les désastres de toute nature qu'y répand un fanatisme barbare.

Il n*est pas au monde un pays plus beau, plus fisitile que la Syrie, un pays appelé par la Providence elle-même à plus de prospérité et de splendeur. Sous un gouvernement régulier et civilisateur, cette contrée redeviendrait bien vite ce qu'elle était dans les âges bibliques, la terre promise • le jardin de F Asie. Mais aussi, lorsqu'on pense à ce qu'elle pourrait être, avec quelle énergie ne doitron pas maudire les hommes et le gouvernement qui ne savent faire .régner, que la dévastation et la guerre là où devrûent fleurir l'abondance et la paix !

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