CHAPITRE X. INTRODUCTION DES OUVRAGES ARABES
est impossible de préciser ce point et aussi de dire avec exactitude à quel moment les ouvrages Arabes furent introduits en Espagne.
Le onzième siècle. — Le plus ancien écrivain maure dont l'histoire fasse mention est Gcber ibn Aphla, qui naquit h Séville et mourut à Cordoue dans la seconde moitié du onzième siècle. Il écrivit sur l'astronomie et la trigonométrie. Il connaissait ce théorème : dans un triangle sphérique les sinus des angles sont proportionnels aux sinus des côtés opposés (,).
Arzachel (2). — À peu près à la même époque, vivait à Tolède, en 1080, un autre arabe Arzachel, Il émit cette idée que* les planètes avaient un mouvement elliptique, mais par intolérance scientifique, ses contemporains se refusèsent à discuter uneopinion contraire à celle de Ptolémée dans son Almageste.
Le douzième siècle. — Dans le courant du douzième siècle des copies des ouvrages dont on faisait usage en Espagne pénétrèrent dans la partie occidentale de la chrétienté. La première tentative pour arriver à la connaissance de la science arabe et mauresque fut faite par un moine anglais, Adelhard de Bath (3), qui sous le déguisement d'un étudiant mahométan, suivit quelques cours à Cordoue, vers 1 120, et se procura une copie des Eléments d'Euclide. Cette copie traduite en latin, fut la base de toutes les éditions connues en Europe jusqu'en i533, époque où on découvrit le texte grec. On peut juger de la rapidité avec laquelle la connaissance de cet ouvrage se répandit en se rappelant que Roger Bacon le connaissait avant la fin du treizième siècle et qu'avant l'expiration du quatorzième, les cinq premiers livres étaient régulièrement enseignés dans quelques universités, si non dans toutes. Les énoncés d'Euclide semblent avoir été connus avant l'époque d'Adelhard, et peut-être déjà vers Tan 1000, bien que les copies-
(*) Ses œuvres ont été traduites en latin, par Gérard et publiées à Nuremberg,, on i533.
(') Voir un mémoire, par M . Steihschneider dans le Bulle tino di Bibliografia, de Bojcompagki, 1887, vol. XX.
(•) Sur l'influence de Adelhard et de Ben Ezra, voir le Abhandlungen zar Getchichtc der Mathematik, dans le Zeitschrift fur Mathematik, vol. XXV, 1880..
iy4 HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES
-en fussent rares. Adelhard se procura aussi un manuscrit ou un commentaire de l'ouvrage d'Alkarismi et le traduisit en latin. Il -composa également un livre classique sur l'usage de l'abaque.
Ben Ezra. — Dans ce même siècle parurent d'autres traductions des livres classiques arabes, ou des commentaires sur ces -ouvrages. Parmi ceux qui contribuèrent le plus à initier l'Europe au savoir des Maures nous pouvons mentionner Abraham Ben Ezra. Ben Ezra naquit à Tolède, en 1097 et mourut à Rome, en 1167. C'était un des plus distingués rabbins juifs qui séjournèrent en Espagne où, on doit se le rappeler, ils étaient tolérés et même protégés par les Maures, en raison de leurs connaissances en médecine. Outre des tables astronomiques et un ouvrage d'astrologie, Ben Ezra composa un traité d'arithmétique (!) dans lequel dl expose le système de numération des arabes avec neuf symboles et un zéro, donne les opérations fondamentales, et explique la règle -de trois.
Gérard (*). — Un autre européen que la réputation des écoles arabes attira à Tolède fut Gérard qui naquit à Crémone, en m/| -et mourut en 1187. Il fit une traduction de l'édition arabe de 1* Almageste, des ouvrages d'Alhazen et aussi de ceux d'Alfarabius, -dont le nom nous aurait été sans cela complètement inconnu : on pense que les symboles numériques des arabes étaient employés dans cette traduction des œuvres de Ptolcmée, qui fut faite en 1 136. •Gérard écrivit aussi un court traité d'algorithme dont le manuscrit existe à la bibliothèque Bodléicnne à Oxford. Il connaissait une des •éditions arabes des Eléments d'Euclidc et en donna une traduction latine.
Jean Hispalensis. — Jean Hispalensis de Séville, était contemporain de Gérard. Il fut d'abord rabbin, mais se convertit au •catholicisme et fut baptisé sous le nom que nous venons d'indiquer. Il traduisit plusieurs ouvrages Arabes et Maures et composa un •traité d'algorithme où on trouve les plus anciens exemples d'ex-
(l) 0. ïeivql'Km en a donné une anal) se dam ie Journal de Liouville, 184 1. (*) Voir BorcouPAGKi, Dclla vita e délie opère di Gherardo Cremonese. Rome, j85i.