‹ Histoire des mathématiquesChapitre 116 sur 334 · CHAPITRE X. — lNTBflDUCTION DES OUVRAGES ARABES l8î · texte numérisé non relu

CHAPITRE X. — lNTBflDUCTION DES OUVRAGES ARABES l8î

Gdbrd, mais après avoir obtenu le grade de maitre-ès-arts il se rendit à Paris où il enseigna jusqu'à sa mort en ia44 ou 1246. Ses leçons sur l'algorithme et l'algèbre sont les plus anciennes que nous puissions mentionner. Son ouvrage sur l'arithmétique fit autorité pendant plusieurs années ; il contient des règles sans démonstrations et fut imprimé à Paris en 1496. Il écrivit aussi un traité sur la sphère qui fut publié en 1206 : ce traité se répandit fort loin, fut longtemps consulté et montre avec quelle rapidité se propageaient les connaissances mathématiques. En dehors de ces ouvrages, deux opuscules de lui intitulés De Computa Ecclesiastiço el De Astrolabio existent encore.

Roger Bacon ('}.. — Un autre contemporain de Léonard et de Jordanus fut Roger Bacon qui fit, pour la science physique, ua travail à peu près semblable à celui que ces ckmiers avaient fait pour l'arithmétique et l'algèbre. Roger Bacon naquit près d'Hchester en lai 4 et mourut à Oxford le 1 1 juin 1294. Il était (ils d'un royaliste dont la majeure partie des biens avait été confisquée à la fin des guerres civiles : très jeune encore il entra comme étudiant k Oxford, et il aurait pris les ordres, dit-on, en- 1 233. En is34 il se rendit à Paris, alors la capitale intellectuelle de l'Europe occidentale, où il vécut quelques années se consacrant spécialement à l'étude des langues et de la physique ; il dépensa là en achats de livres et en frais d'expériences tout ce qui lui restait de son palri moine et toutes ses économies. Peu après 1240, il retourna à Oxford, où il travailla d'une façon assidue pendant dix ou douze ans, s'occupant surtout d'enseigner les sciences. Son cabinet de travail était extraordinairement encombré, car tout ce qu'il gagnait passait en achat de manuscrits ou d'instruments. Il nous raconte qu'à Paris et à Oxford il dépensa en totalité, de celte manière, environ 2 000 livres sterling, somme qui de nos jours équivaudrait à 20000 livres sterling au moins.

Bacon lutta avec énergie pour substituer les mathématiques et la

(!) Voir Roger Bacon, Sa Viey Ses Ouvrages, par E. Charles. Paris, 1861 •et le mémoire de J. S. Bbeyver mis en tetc des Opéra Médita* série Rolls. Loudres, 1809. Une critique dépréciant quelque peu le premier de ces ouvrages «e trouve dans Roger Bacon, eine Èlonographiè, par L. Schneider. Augsbourg, i873.

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linguistique à la logique dans renseignement universitaire, mais les influences du temps étaient trop fortes. Son éloge enthousiaste des « divines mathématiques » qui devraient former le fondement d'une instruction libérale et qui « seules peuvent purifier l'intelligence et conviennent à l'étudiant pour le préparer à acquérir toute connaissance » tombait dans des oreilles qui ne voulaient rien entendre. Nous pouvons apprécier la faiblesse des notions de géométrie insérées dans le quadrivium, quand il nous raconte que peu d'étudiants à Oxford étudiaient la géométrie au delà de la proposition 5 du livre I d'Euclide ; nous aurions peut-être pu formuler une conclusion identique d'après le caractère de l'ouvrage de Boëce.

A la fin usé, abandonné et ruiné, Bacon conseillé par son ami Grosseleste, le grand évêque de Lincoln, renonça au monde et prononça ses vœux de Franciscain. La société au milieu de laquelle il se trouva alors lui fut singulièrement antipathique et il passa son temps à écrire sur des sujets scientifiques et peut-être à faire des conférences. Le supérieur de l'ordre eut connaissance de ce qui se passait et en 1267 il lui défendit de faire des conférences ou de publier quoi que ce soit, sous peine des punitions les plus sévères, et en même temps il l'envoya en résidence à Paris, où il pouvait être surveillé d'une façon plus étroite.

Clément IV, lorsqu'il était en Angleterre, avait entendu parler de l'intelligence de Bacon, et étant devenu pape en 1266, il l'engagea à publier ses écrils. L'ordre des Franciscains lui permit à contre cœur de le faire, mais en lui refusant toute assistance. Bacon se procura avec difficulté assez d'argent pour acheter du papier et louer des livres, puis, dans le court espace de quinze mois, il composa en 1267 son Opus Majiis avec deux suppléments qui résumaient tout ce qui était alors connu en physique et posaient les principes sur lesquels devait être basée l'étude de cette science, celle de la philosophie et de la littérature. Comme principe fondamental il affirmait que l'étude des sciences naturelles devait reposer uniquement sur l'expérience ; et dans la quatrième partie, il expliquait en détail comment l'astronomie et la physique dépendaient en définitive des mathématiques et progressaient seulement quand leurs principes fondamentaux étaient exprimés sous une forme mathématique. Les mathématiques, disait-il, devraient être regardées comme l'alphabet de toute philosophie.

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