CHAPITRE XII. DÉVELOPPEMENT DE L* ALGEBRE SYNCOPÉE
marque que le pape Léon X était la bête mentionnée dans la Rêvé* lation. Pour le montrer, il était seulement nécessaire d'additionner les nombres représentés par les lettres du nom Léo decimus (la* lettre m devait être écartée attendu qu'elle est clairement là pour mysterium) et il s'en faut exactement de dix que le résultat soit 666, ce qui prouverait péremptoirement qu'il s'agissait de Léon X. Luther accepta sa conversion, mais il lui dit franchement que ce qu'il avait de mieux à faire était de chasser de son esprit toutes les absurdités qui y germaient relativement au nombre de la bête.
Malheureusement pour lui, Stifel ne suivit pas ce sage conseil. Pensant avoir découvert la vraie manière d'interpréter les prophéties de la Bible, il annonça que la un du monde surviendrait le troisième jour d'octobre de Tannée i533. Les paysans d'Holzdorf,. village dont il était pasteur, confiants dans sa réputation scientifique, le crurent. Quelques uns s'adonnèrent à des exercices religieux, d'autres gaspillèrent leurs biens, mais tous abandonnèrent le travail. Le jour annoncé une fois passé, beaucoup de paysans setrouvèrent ruinés : furieux d'avoir été trompés ils se saisirent del'infortuné prophète qui fut trop heureux de trouver un refuge dans la prison de Wittcnberg, d'où il put sortir quelque tempsaprès, grâce à l'intervention personnelle de Luther.
Stifel écrivit un petit traité sur l'algèbre, mais son principal ouvrage mathématique est son Arithmetica Integra publiée à Nuremberg en io!\\, avec une préface de Melanchton.
Dans les deux premiers livres de son Arithmetica Integra il traite des radicaux et des incommensurables en adoptant la forme euclidienne. Le troisième livre relatif à l'algèbre, est à remarquer car il a appelé l'attention générale sur la pratique alors adoptée en Allemagne où l'on se servait des signes -4- et — pour indiquer l'addition et la soustraction. On relève quelques faibles indices montrant queces signes ont été employés occasionnellement par Stifel comme symboles d'opération et non uniquement comme abréviations ; cette application était probablement nouvelle. Non seulement il employait les abréviations usuelles pour les mots italiens représentant la quantité inconnue et ses' puissances ; mais dans un cas au moins, lorsqu'il se trouvait en présence de plusieurs quantités inconnues, il les représentait respectivement par les lettres A, B, C, ... etc. Il réin« traduisait ainsi la notation algébrique générale tombée en désuétude^
depuis le temps de Jordanus. On a dit que Stifel fut le réel inventeur •des logarithmes, mais il est aujourd'hui certain que cette assertion 'repose sur une fausse interprétation d'un passage dans lequel il compare les progressions géométriques et arithmétiques. On a dit encore que Stifel avait indiqué une formule permettant d'écrire les coefficients des divers termes du développement de (i -f- x)n connaissant ceux du développement de (n- x)n~ l.
En i553 Stifel fit paraître une édition de l'ouvrage de Rudolff, Die Coss, dans lequel il introduisait un perfectionnement dans la notation algébrique de l'époque. Les symboles ordinairement employés alors pour désigner la quantité inconnue et ses puissances étaient des lettres qui représentaient les mots abrégés. Parmi les plus usitées se trouvaient R ou R/ pour racine ou res (x), Z ou C pour zensus ou census (x*). C ou K pour cubus (xs) etc. Ainsi
xs + Zx — 4 s'écrivait ainsi
iZp. 5Rm. 4;
p et m signifiant plus et moins. On employait également d'autres iettres et d'autres symboles : ainsi Xylander (1570) aurait écrit la même expression comme il suit :
Viète et même Fermât ont employé quelquefois une notation ■semblable à cette dernière. La modification faite par Stifel consistait à introduire les symboles iA, iAA, 1 AAA, pour la quantité inconnue, son carré et son cube; on voyait ainsi immédiatement et d'un coup d'oeil les liaisons qui existaient entre eux.
Tartaglia. — Niccolo Fontana généralement connu sous le nom -de Nicolas Tartaglia, c'est-à-dire Nicolas le bègue, naquit à Brescia en i5oo et mourut à Venise le i4 décembre 1557. Après la prise de la ville par les Français en 1012, beaucoup d'habitants se réfugièrent dans la cathédrale, où ils furent massacrés par les soldats. Son père, qui était courrier de la poste à Brescia, resta parmi les morts. L'enfant lui-même eut le crâne fendu en trois endroits, la mâchoire et le palais transpercés. 11 fut abandonné carrai les morts, mais sa mère qui avait pu pénétrer dans la cathé-