‹ Histoire des mathématiquesChapitre 144 sur 334 · CHAPITRE XII. — DEVELOPPEMENT DE l' ALGÈBRE SYNCOPÉE 22Q · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. — DEVELOPPEMENT DE l' ALGÈBRE SYNCOPÉE 22Q

d'une équation cubique, qu'il avait obtenue de Tartaglia en promettant de la tenir secrète. Jérôme Cardan naquit à Pavie le 24 septembre i5oi, et mourut à Rome le 21 septembre 1576. Sa vie n'est que le récit d'une série d'actes inconséquents les plus extraordinaires. Joueur, peut-être meurtrier, il était aussi un fanatique delà science, résolvant des problèmes qui avaient longtemps déjoué toutes les recherches ; à un moment de sa vie il se livrait à des intrigues considérées comme scandaleuses, même au seizième siècle, à un autre moment il s'abandonnait à des divagations astrologiques et à une autre époque enfin il déclarait que la philosophie était le seul sujet digne de fixer l'attention de l'homme. C'était le génie frisant de près la démence.

Cardan était fils naturel d'un jurisconsulte de Milan, et il suivit les cours des universités de Pavie et de Padoue.

Après avoir pris ses grades, il commença par exercer la médecine à Sacco et Milan de i5s4 & i^5o ; ce fut pendant ce temps qu'il étudia les mathématiques et publia ses principaux ouvrages. Après avoir passé une année environ en France, en Ecosse et en Angleterre, il retourna à Milan comme professeur de sciences et peu après fut choisi pour occuper une chaire à Pavie. Là, son temps se partageait entre la débauche, l'astrologie et la mécanique. Ses deux fils étaient aussi mauvais et irascibles que lui-même : en i56o, l'aîné fut exécuté pour avoir empoisonné sa kfemme, et vers la même époque Cardan dans un accès de colère coupa les oreilles du plus jeune qui avait commis quelques méfaits ; cette action repréhensible ne lui attira aucune punition, le pape Grégoire XIII l'ayant pris sous sa protection. En i562, Cardan se rendit à Bologne, mais son nom rappelait une vie si scandaleuse que les membres de l'Université s'arrangèrent pour l'empêcher de faire des cours, et ne désarmèrent que sous la pression de Rome. En 1570, il fut emprisonné pour hérésie parce qu'il avait publié l'horoscope de Jésus-Christ, et quand il fut relâché, il se vit si généralement détesté qu'il se détermina à abandonner sa chaire. Il quitta Bologne en 1571, et peu après se rendit à Rome. Cardan était l'astrologue le plus renommé de son temps et, lors de son séjour à Rome, il reçut une pension pour les services qu'il rendait comme astrologue à la cour pontificale. Cette dernière profession lui fut fatale, car, ayant annoncé qu'il devait mourir un certain jour,

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particulier, il se vit dans l'obligation de se suicider pour maintenir sa réputation intacte.

C'est là, du moins, la légende accréditée.

Le principal ouvrage mathématique de Cardan est YArs Magna, publié à Nuremberg en i5/|5. Cardan s'intéressait beaucoup à la lutte engagée entre Tartaglia et Fiore, et, comme il avait déjà commencé à écrire son livre, il demanda à Tartaglia de lui communiquer sa méthode de résolution de l'équation cubique. Tartaglia refusa, sur quoi Cardan l'injuria dans les termes les plus violents, mais peu après il lui écrivit en lui disant qu'un certain noble Italien, ayant entendu parler de sa réputation, était très désireux de faire sa connaissance, et il l'engageait à venir de suite à Milan. Tartaglia s'y rendit, et, bien que n'ayant trouvé aucun gentilhomme qui l'attendit, il céda néanmoins aux instances de Cardan et lui donna la règle tant désirée ; Cardan de son coté prit l'engagement par serment de ne jamais la révéler et même de ne pas la confier au papier excepté en caractères chiffrés. La règle est énoncée en quelques vers irréguliers qui existent encore. Cardan affirme qu'on ne lui communiqua que le résultat, et que la démonstration est de lui, mais le fait est douteux. Il parait avoir aussitôt enseigné la méthode, et l'un de ses élèves, Ferrari, ramena l'équation du quatrième degré à une équation cubique et la résolut ainsi.

Quand VArs Magna fut publié en i545, sa mauvaise foi devint manifeste. Tartaglia en éprouva naturellement une profonde irritation, et, après une controverse acrimonieuse, il envoya à Cardan un cartel le provoquant pour une lutte mathématique. Les préliminaires furent arrêtées et le lieu delà réunion devait être une certaine Eglise de Milan, mais le jour fixé arrivé, Cardan fit défaut et envoya Ferrari à sa place. Des deux côtés on se déclara vainqueur, bien que nous pensions que c'est Tartaglia qui réussit le mieux dans les épreuves imposées ; dans tous les cas la dissolution de la réunion fut provoquée par son compétiteur et il dut s'estimer heureux de pouvoir s'enfuir avant d'être assommé. Non seulement la fraude profita à Cardan, mais les écrivains modernes lui ont souvent attribué la solution en question, de telle sorte que Tartaglia n'eut même pas la réparation posthume qui lui était au moins due.

L'Ars Magna est un ouvrage bien plus avancé qu'aucune des

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