CHAPITRE XVI. — LA VIE ET LES TRAVAUX D ISAAC NEWTON
Le second livre expose sa théorie des couleurs et de l'arc-enciel.
Un curieux concours de circonstances fit que Newton ne parvint pas à corriger l'aberration chromatique de deux couleurs au moyen d'un couple de prismes. Il abandonna dès lors l'espoir d'imaginer un télescope à réfraction qui aurait été achromatique ; pour le remplacer, il proposa un télescope réflecteur, probablement d'après le modèle de celui qu'il avait déjà construit en 1G68, mais de dimensions moindres. Il lui donna la forme bien connue de l'instrument qui porte son nom, et dont l'idée lui avait été naturellement suggérée par le télescope de Grégory. En 1672, il inventa un microscope réflecteur, et, quelques années plus tard, le sextant qui fut découvert à nouveau en 1731 par J. Hadley.
De 1673 à i683, son cours eut pour objet l'algèbre et la théorie des équations, nous en parlons plus loin ; mais durant ces quelques années, une grande partie de son temps fut consacrée à d'autres recherches. Nous devons faire remarquer que Newton s'est occupé pendant son existence, au moins autant de chimie et de théologie que de mathématiques, mais ses travaux sur ces sujets ne présen- ' tent pas suffisamment d'intérêt pour être étudiés ici. Sa théorie des couleurs et les conséquences qu'il tirait de ses expériences en optique furent attaquées avec une grande violence par Pardies en France, Linus et Lucas à Liège, Hooke en Angleterre et Huyghens à Paris ; mais ses adversaires furent finalement confondus. La correspondance que Newton entretint à ce sujet occupa à peu près tous ses loisirs de 1672 a 1675, et lui fut extrêmement pénible. Dans une de ses lettres en date du 9 décembre 1670, il s'exprime ainsi : « J'ai été tellement tourmenté avec les discussions relatives à ma théorie de la lumière que je me suis durement reproché d'avoir commis l'imprudence d'abandonner un bien aussi grand que le repos pour courir après une ombre. » Il écrivait encore le 18 novembre 1676 : « Je vois que je me suis rendu l'esclave de la physique, mais si je parviens à en finir avec le travail de H. Linus, je me propose résolument de lui dire un éternel adieu. Si je la cultive, ce sera pour mon propre plaisir ou dans le dessein que mes découvertes ne paraissent qu'après ma mort; car je crois qu'un homme doit se résoudre à ne rien publier de ses idées nouvelles ou à se résigner à devenir esclave en les défendant. » Un des traits
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disiinctifs du caractère de Newton était la répugnance déraisonnable qu'il éprouvait à voir ses conclusions mises en doute, ou à se trouver engagé dans une correspondance à leur sujet.
Une question qui intéressait profondément Newton était de savoir comment les effets de la lumière se produisaient réellement et vers la fin de 167 5 il avait mis en avant la théorie corpusculaire ou de l'émission — théorie à laquelle il avait été probablement conduit par ses recherches sur le problème de l'attraction. On a expliqué de trois manières différentes la production de la lumière : Les uns (tels que les philosophes grecs) admettaient que l'œil émet quelque chose qui sent l'objet, si on peut ainsi parler ; d'autres, ce sont les partisans de la théorie de l'émission, pensaient que l'objet perçu envoie quelque chose qui frappe ou qui affecte l'œil ; d'autres enfin comme Hooke et Huyghens croyaient qu'il existe entre l'œil et l'objet un certain milieu, et que l'objet peut provoquer dans la forme ou la manière d'être de ce milieu des changements qui impressionnent l'œil, et qu'ils ont nommés ondulations. Il nous suffira de dire ici que les mathématiciens des xvn° et xvni* siècles ont dû expliquer, tant avec l'une qu'avec l'autre de ces deux dernières théories, les phénomènes de l'optique géométrique, tels que la réflexion, la réfraction, etc.
Au début du xix* siècle, les physiciens ont imaginé des expé—
riences propres à décider en faveur de Tune des deux théories, telle
; la mesure de la vitesse de propagation de la lumière dans l'eau qui,
d'après la théorie de l'émission devait être plus grande que dans
l'air, tandis que, d'après la théorie des ondulations, elle devait être
\ moindre.
Dans toutes ces expériences, les résultats se montrèrent conformes à ceux que prévoyait la théorie des ondulations et en désaccord avec ceux que nécessitait la théorie de l'émission.
L'hypothèse de Newton fut dès lors rejetée.
Il est juste de dire que c'est grâce aux travaux de Fresnel que la théorie des interférences parvint à prendre le pas sur la théorie de l'émission, malgré que les propriétés que les phénomènes ondulatoires supposent au milieu intermédiaire, l'éther, fussent en contradiction les unes avec les autres.
Il faut remarquer que Newton n'exprime nulle part cette opinion que la théorie de l'émission est vraie, mais qu'il la présente cons-