CHAPITRE XVIII. DÉVELOPPEMENT DE l'aNALYSE, ETC. Iû
L'hypothèse des nébuleuses s'y trouve énoncée. D'après cette hypothèse, le système solaire émane d'une masse globulaire de gaz incandescents tournant autour d'un axe passant par son centre de gravité. À mesure qu'elle refroidissait, cette masse se contractait et des anneaux se détachaient de la périphérie. Ces anneaux à leur tour se refroidirent, et finalement se condensèrent sous forme de planètes» tandis que le noyau central restait et formait le soleil. Certaines corrections imposées par la science moderne ont été apportées 1 ce système par M. Roche et récemment il. Wolf a présenté une exposition critique de cette théorie. Faye a donné quelques arguments contre l'hypothèse des nébuleuses, dans son ouvrage Origine du. monde, Paris, i884. H y propose une ingénieuse modification ayant pour but d'expliquer les particularités des rotations de Neptune et d'Uranus, et le mouvement rétrograde des satellites de cette dernière planète. La question, d'ailleurs, présente de grandes difficultés ; mais l'opinion moderne incline à accepter l'hypothèse des nébuleuses comme un fait certain ; on reconnaît toutefois que d'autres causes (et principalement les ^agrégations météoriques et le frottement des marées) ont contribué au développement du système planétaire. L'hypothèse de la nébuleuse avait été esquissée par Kant, en 17 55, qui avait également suggéré, comme causes ayant influé sur la formation du système solaire, les agrégations météoriques et le frottement des marées : il est probable que Laplace avait connaissance de la théorie de Kant.
D'après la règle donnée en 1766 par Titius de Wittemberg — mais connue généralement sous le nom de loi de Bode, parce que c'est Johann Elcrt Bode qui, en 1778, attira l'attention sur elle — les distances des planètes au soleil sont entre elles à peu près dans le rapport des nombres o-h4»3-*-4.6-4-4»i2-t-4, etc, le n -+- a^M terme étant (2" x 3) -+- 4- U eût été intéressant de savoir si cette loi peut être déduite de l'hypothèse de la nébuleuse ou de toute autre, mais à notre connaissance, un seul écrivain aurait tenté quelque? essais sérieux de vérification, et sa conclusion serait que la loi n'est pas suffisamment exacte et ne peut être regardée que comme un moyen commode de se rappeler le résultat général.
Dans sa Mécanique céleste y qui forme cinq volumes, Laplace a fait l'étude analytique du système solaire. Les deux premiers volumes,
IO/j HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES
publiés en 1799, contiennent des méthodes pour calculer les mouvements des planètes, pour déterminer la configuration de leurs orbites, et pour résoudre les problèmes des marées. Le troisième et le quatrième, publiés en 1802 et 180 5, donnent l'application de ces méthodes à la construction de plusieurs tables astronomiques. Le cinquième, publié en i8s5, est principalement réservé à la partie historique ; il présente cependant en appendices, les résultats des dernières recherches de Laplace. Les découvertes appartenant en propre à Laplace et exposées dans cet ouvrage sonl très nombreuses et des plus importantes , mais nous devons dire que beaucoup des résultats donnés sont empruntés à des auteurs qui ne sont pas, ou à peine, mentionnés, et que les conclusions — fruit d'un siècle de patient labeur — sont fréquemment citées comme si elles étaient dues à Laplace seul.
La Mécanique céleste est une œuvre admirable, mais l'ouvrage n'est rien moins que facile à lire. Biot, qui aidait Laplace dans la correction des épreuves, raconte que Laplace lui-même était fréquemment dans l'impossibilité de reconstituer les détails reliant la chaîne des raisonnements ; il se contentait quand les conclusions étaient correctes, d'insérer cette formule qui se reproduit constamment : « Il est aisé à voir ». La Mécanique céleste n'est pas seulement la traduction des Principia dans le langage du calcul différentiel, elle complète, en outre, les parties que Newton n'avait pu qu esquisser. L'ouvrage récent de F. Tisserand peut être considéré comme l'exposition moderne et classique de l'astronomie, mais le Traité de Laplace restera toujours un modèle et une autorité.
Laplace vint un jour faire hommage à Napoléon d'un exemplaire de son ouvrage, et le récit suivant, absolument authentique, de l'entrevue, peint d'une façon si caractéristique les caractères des deux hommes que nous le donnons en entier. On avait dit à Napoléon que l'ouvrage ne faisait nulle part mention du nom de Dieu et, comme Napoléon aimait à poser des questions embarrassantes, il fit, en acceptant l'ouvrage, cette remarque, « M. Laplace, on médit que vous avez écrit ce volumineux ouvrage sur le système de l'Univers sans faire une seule fois mention de son Créateur ». Laplace, bien que souple courtisan, avait sur tous les points qui touchaient à sa philosophie, l'obstination du martyr ; il se redressa