CHAPITRE XVIII. DÉVELOPPEMENT DE LA PHYSIQUE, ETC
côté et d'autre et qu'il avait ainsi commencé, dès sa plus tendre enfance, ses études sur le pendule qui devaient tant l'occuper pendant son âge mûr.
Son père commença son instruction. Son oncle offrit de l'initier à Fart de la médecine, et comme début lui apprit à piquer les veines de feuilles de choux avec une lancette. Quand il eut acquis une habileté suffisante, on l'autorisa à poser des vésicatoires ; mais une des premières fois qu'il lui arriva d'opérer seul, le patient mourut au bout de quelques heures et, bien que tous les praticiens de l'endroit lui aient donné l'assurance que « l'événement était des plus fréquents », il déclara qu'il ne voulait plus exercer cette profession.
A son retour chez lui après cette aventure, Poisson découvrit parmi les papiers officiels envoyés à son père une copie des questions posées à l'Ecole polytechnique, et aussitôt il entrevit sa voie. À l'âge de dix-sept ans, il entra à l'Ecole polytechnique et son intelligence excita l'intérêt de La grange et deLaplace qui restèrent toujours ses amis. Un mémoire sur les différences finies qu'il composa lorsqu'il n'avait que dix- huit ans, donna lieu à un rapport si favorable de Legendre, qu'on en ordonna la publication dans le Recueil des savants étrangers. Aussitôt qu'il e"t terminé ses études, il fut nommé professeur h l'Ecole et durant sa vie il continua à occuper divers emplois scientifiques officiels sans négliger pour cela l'enseignement. Il était quelque peu socialiste, et demeura républicain rigide jusqu'en i8i5, époque à laquelle il se rallia au parti légitimiste. Cependant il ne prit aucune part active à la politique et fit de l'étude des mathématiques à la fois l'amusement et l'occupation de toute sa vie. Ses ouvrages et mémoires sont au nombre d'environ trois ou quatre cents. Les principaux sont : un Traité de mécanique, publié en deux volumes, 1811 et i833, et qui longtemps fut classique ; sa Théorie nouvelle de l'action capillaire, i83i ; sa Théorie mathématique de la chaleur, i835 ; un supplément y fut ajouté en 1837 ; enfin ses Recherches sur la probabilité des jugements, 1837. Il avait l'intention, s'il avait vécu, d'écrire un ouvrage embrassant toute la physique mathématique et dans lequel il aurait inséré la substance des trois livres que nous venons de citer.
De ses mémoires mathématiques, les plus importants sont ceux
l'Xtx HISTOIRE DES MATHÉMATIQUES
qui traitent des intégrales définies et des séries de Fourier ; leur application aux problèmes de la physique constitue un de ses plus beaux litres à la célébrité. Rappelons encore son Essai sur le calcul des variations ; et ses notes sur la probabilité des résultats moyens des observations (!).
Ses mémoires les plus remarquables de mathématiques appliquées sont peut-être ceux qui concernent l'électrostatique et le magnétisme; ils donnèrent naissance à une nouvelle branche de la physique mathématique. Il y supposait que les résultats observés étaient dus aux attractions et aux répulsions de particules impondérables. Les plus intéressants qu'il ait écrits sur l'Astronomie physique furent mis au jour en 1806 et imprimés en 1809 ; il y est question des inégalités séculaires des mouvements moyens des planètes et de la variation des constantes arbitraires, qui s'introduisent dans les solutions des questions de mécanique ; dans ces mémoires, Poisson discute la question de la stabilité des orbites planétaires, que Lagrange avait déjà établie au premier degré d'approximation pour les forces perturbatrices, et montre que le résultat peut être poussé jusqu'aux infiniment petits du troisième ordre : ce furent ces mémoires qui inspirèrent celui de Lagrange, de 1808, qui est resté célèbre. Poisson publia également, en 1821, une note sur la libration de la lune ; et une autre, en 1827, sur le mouvement de la terre autour de son centre de gravité. Ses plus importants mémoires sur la théorie de l'attraction sont : l'un, de 1829, sur l'attraction des sphéroïdes et un autre, de i835, sur l'attraction d'un ellipsoïde homogène : la substitution de l'équation exacte relative au potentiel, à savoir : A2V = — t\-Q, à la forme A2V= o, qui avait été donnée par Laplace, parut pour la première fois en 181 3 dans le Bulletin des sciences de la Société philomatique. Enfin, nous mentionnerons son mémoire de 1825 sur la théorie des ondes.
Ampère (*). — André-Marie Ampère naquit à Lyon, le 22 janvier 1775. A 18 ans, il perdit son père, victime du tribunal révo-
(') Voir le Journal de l'Ecole polytechnique de 181 3 à i8j3 et les Mémoires de V Académie pour i8a3 ; les Mémoires de l'Académie, i833 ; et La Connaissance des Temps, année 1827 et suivantes.
(*) Voir C.-A. Valson, Etude sur la vie et les ouvrages d'Ampère, Lyon, i885.