CHAPITRE VIII. LA. NAISSANCE DE l' ENSEIGNEMENT
On peut citer trois auteurs du sixième siècle : Boè'ce, Cassiodore et Isidore, dont les écrits servent de lien entre les mathématiques des temps classiques et du moyen-âge. Leurs ouvrages ayant été suivis pendant six ou sept siècles, il est nécessaire d'en faire men- \ tion, mais il faut bien comprendre que c'est pour ce seul motif, car ils ne présentent aucune originalité. Nous ferons remarquer que ' ces auteurs étaient contemporains des dernières écoles d'Athènes et d'Alexandrie.
Boëce. — Anicius Manlius Severiniis Bœthias ou Boè'ce, comme le nom est écrit quelquefois, né à Rome vers hyb et mort en 026, appartenait à une famille, qui depuis deux siècles était considérée comme une des plus illustres de cette Cité. On pensait autrefois qu'il avait été instruit à Athènes ; le fait est douteux. Dans tous les cas, il connaissait d'une façon remarquable la littérature et la science grecques.
Boëce, à ce qu'il parait, désirait se consacrer aux études littéraires, mais reconnaissant « que le monde ne serait heureux que si tous les rois devenaient des philosophes ou tous les philosophes des rois », il céda à la pression qu'on exerçait sur lui et prit une part active à la politique. Il était renommé à cause de sa charité excessive et, ce qui était fort rare de son temps, à cause du soin qu'il prenait de s'assurer que les solliciteurs étaient réellement dignes d'intérêt. Elu consul jeune et à un âge anormal, il profita de sa situation pour réformer la frappe de la monnaie et pour rendre public l'usage des cadrans solaires, des horloges à eau, etc. II atteignit l'apogée de sa prospérité en 522, lorsque ses deux fils furent nommés consuls. Son intégrité et ses tentatives pour protéger les habitants des campagnes contre les vols des fonctionnaires publics, lui attirèrent la haine du tribunal. Etant absent de Rome, il fut condamné à mort, arrêté à Ticinium et torturé dans le baptistère de l'église de cette ville. On lui enroula autour de la télé une corde, que l'on serra jusqu'à faire sortir les yeux de leurs orbites, et finalement on l'acheva à coups de masse, le 23 octobre 626. Tel est du moins le récit qui nous est parvenu. Plus tard ses mérites furent reconnus et on éleva en son honneur, aux frais de l'Etat, des monuments et des statues.
Boëce fut le dernier Romain de valeur qui étudia la langue et la
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littérature de la Grèce, et ses œuvres répandirent sur l'Europe du moyen-âge quelques éclats de la vie intellectuelle du vieux monde.
Il occupe par suite une place importante dans l'histoire de la littérature, mais son importance provient uniquement de l'époque où il vivait. Lorsque les œuvres d'Àristote pénétrèrent en Europe au treizième siècle, sa renommée s'affaiblit et il est maintenant tombé dans une obscurité aussi profonde que sa réputation avait été grande à un certain moment. Il est mieux connu par ses Consolalio, qui ont été traduites en anglo-saxon par Alfred-le-Grand. Il nous suffit do constater, pour l'étude que nous poursuivons, que renseignement des mathématiques, dans les premiers temps du moyenâge, était principalement basé sur sa géométrie et son arithmétique (J).
Sa géométrie consiste dans les énoncés seuls du premier livre d'Euclide et dans quelques propositions choisies des IIP et IVe livres, mais avec de nombreuses applications numériques portant sur la détermination des aires, etc. Il a ajouté un appendice, avec preuves des trois premières propositions, pour montrer que l'on peut se fier aux énoncés. Son arithmétique est basée sur celle de Nicomaque.
CamiocLore. — Quelques années plus tard, un autre Romain, Magnus Àurelius Cassiodore, né vers 4 90 et mort en 566, publia deux ouvrages, De Institutione Divinarum Litterarum et De Artibus ac Disciplinisy dans lesquels il traitait non seulement le trivium préliminaire : grammaire, logique et rhétorique ; mais aussi le quadrivium mathématique : arithmétique, géométrie, musique et astronomie. Pendant le moyen-âge, on les considérait comme des ouvrages modèles : le premier a été imprimé à Venise en 1729.
Isidore. — Isidore, évêque de Séville, né en 570 et mort en 636, est l'auteur d'un ouvrage encyclopédique en vingt volumes, intitulé Origines, et dont le troisième volume était consacré au quadrivium. Il a été publié à Leipzig en i833.
(*) Ses ouvrages sur la Géométrie et Y Arithmétique ont été édites, par G. Friedleih. Leipzig, 1867.