‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 11 sur 50 · PC · texte numérisé non relu

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l/j Cl.OYIS.

quêtes que son épûe. I/É(5lis(' fui le véritahlc fondement de son !rône ; et de son côté il lui assura aussi une jouissance (elleiuent colossale que l'un de ses successeurs, Chilpéric, se plaignit bientôt de voir les évOques plus rois que lui. Ces évêques préféraient la loléranle domination d'un roi païen au gouvernement persécuteur des princes héréliques, et plusieurs prélats catlioliques , soupçonnés de favoriser secrètement Clovis, furent chassés de leur siège , et exilés par les princes visigoths et bourguignons.

Soi. ma- Lc roi dcs Francs donna bientôt aux évèques

riau<-' avfc , . -

ciuiiide. romains une nouvelle garantie de sa protection, en unissant son sort à celui de Clotilde qui était catholique et nièce du barbare Gondebaud, roi de Bourgogne, meurtrier du père, de la mère et des frères de cette princesse.

Si l'on en croit nos anciennes chroniques et l'auteur des Gestes , cette union, à laquelle Gondebaud consentit plutôt par crainte que pai* amitié, fut négociée avec beaucoup d'artifice. Clovis, qui savait à la fois se servir et de l'àpre courage des Francs et de l'adroite politique des anciens sujets de l'empire, donna sa confiance à un sénateur romain , Aurélianus, cpi'il nomma comte de INIelun; il l'envoya secrètement en Bourgogne.

CLOVIS. l5

Aurélien, déguisé en mendiant, arriva dans la ville de Genève où résidaient Clotilde et sa sœur; comme elles étaient charitables et visitaient les pauvres, le ministre de Clovis les vit et obtint.de Clotilde un entretien particulier. Il lui apprit que le roi des Francs, sur le bruit de ses vertus et de ses charmes, s'était décidé à rechercher sa main; mais qu'avant de faire aucune démarche, il voulait être assuré de son consentement.

Clotilde haïssait son oncle comme ennemi de sa foi et assassin de sa famille : elle accueillit favorablement la demande d'un roi couronné par la victoire ; elle accepta l'anneau royal de Clovis, donna le sien en échange pour gage de sa foi, fit présent de quelques sous d'or à l'émissaire dont elle ignorait le rang, et lui dit: « Apprenez à votre prince que, s'il veut ma » main, il doit se hâter d'en faire la demande » àGondebaud, mon oncle, avant le retour de >) son ministre Aridius, qu'il a envoyé à Con- » stantinople. Cet Aridius est un Romain en- » nemi de votre nation; s'il était de retour, il » traverserait vos desseins. »

Aurélien partit, toujours sous le même déguisement : arrivé dans l'Orléanais, un véritable mendiant l'accosta, et, tandis qu'il sommeillait, lui déroba les présens de Clotilde;

l(> CLOVIS.

mais, comme il se trouvait alors près de son château, il y courut et envoya à la poursuite (lu voleur ses esclaves qui rarrètèrent.

Clovis, informé i)ar son ministre des dispositions favorables de Clotilde, fit demander officiellement sa main au roi de Bourgogne. Gondebaud, surpris de cette démarche, reçut froidement les ambassadeurs : ceux-ci insistèrent et dirent que la princesse était déjà fiancée avec Clovis. Le roi , irrité, traita cette assertion d'imposture , et refusa formellement de consentir au mariage proposé. Les Francs répliquèrent d'un ton menaçant. Des deux côtés tout annonçait la guerre ; mais les sénieurs bourguignons, qui redoutaient les armes de Clovis, conjurèrent Gondebaud de ne point précipiter une rupture si funeste : « On parle, lui » dirent-ils , d'engagemens secrets; qui sait en » eifet s'ils n'ont point été contractés à votre » insu.^ »

Gondebaud manda sa nièce Clotilde, dont le récit découvrit le mystérieux échange des anneaux. Le roi de Bourgogne flottait encore entre la prudence et la colère; mais les grands de sa cour, d'un avis unanime, le forcèrent à conrentir au mariage de sa nièce. Elle partit et pressa les ambassadeurs du roi des Francs d'accélérer sa marche, parce qu'elle venait d'ap-

prendre qu'Aridius était récemment débarqué à Marseille.

Ses craintes étaient fondées : Aridius courut en hâte à Genève; et, apprenant du roi la nouvelle du mariage et du départ de Clotilde : « Vous croyez, lui dit- il, que ce lien sera le >) sceau d'une alliance durable; moi, je vous » prédis qu'il deviendra pour votre famille et » pour la Bourgogne une source de guerre et » de destruction. Vous avez privé de la vie le » père et les frères de cette princesse ; par vos » ordres sa mère a péri dans les flots; Clotilde » est vindicative ; les armes de Clovis ne seront )) plus employées qu'à venger ses injures. Pré- » venez ces malheurs, s'il en est temps encore; » envoyez promptement des troupes pour ra- » mener votre nièce. Vous devez préférer une » rupture passagère à une haine éternelle. Si » Clovis s'unit à Clotilde, les Francs épouse- » ront sa querelle, et leur glaive redoutable » sera toujours levé sur vous et sur vos descen- » dans. »

Gondebaud suivit ce conseil : mais, lorsque ses soldats arrivèrent aux limites de la Bourgogne, Clotilde les avait dépassées.

Cette princesse justifia promptement les prédictions d'Aridius : dès qu'elle se vit sur les frontières des États de son oncle, elle exigea

iS ci.ovis.

des Francs qui l'accompagnaient, qu'ils livrassent au pillage cette partie du territoire de la Bourgogne. Dans ce temps barbare l'àpreté des mœurs se retrouvait dans les plus nobles caractères et ternissait même souvent la })ictc'.

Les moindres détails, relatifs au mariage et à la conversion de Clovis, excitèrent longtemps, sous nos premiers rois, un vif intérêt; et ce récit de nos anciens cbroniqueurs, plus ou moins conforme à la vérité , nous a paru devoir être conservé parce qu'il peint le siècle.

Le mariage de Clovis fut célébré : cette union lui concilia de plus en plus l'airection du clergé catliolique et des peuples de l'Armorique. Il conclut un traité avec ceux qui ne s'étaient pas encore soumis. Procope nous apprend que , conformément à ce traité , les troupes romaines se réunirent à l'armée des Francs , mais qu'elles conservèrent l'ordre , la discipline , riiabillement, la chaussure et l'armure des légions.

Dès que Clotilde fut reine, elle se servit de toute l'influence de l'amour pour décider Clovis à embrasser le cidte chrétien. Le roi, soit par conviction, soit par politique, résista longtemps à ses instances ; il craignait probablement de déplaire à sa nation en renonçant à ses

veriiuuieul.

CLOVis. ig

idoles. Cependant, touché des prières de la reine, il lui permit de faire baptiser Ingomer son premier enfant. Ce nouveau néophyte mourut peu de temps après : le roi, irrité, dit à Clotilde : « Si cet enfant eût été offert à mes » dieux, il vivrait encore. » Depuis *, la reine ayant donné le jour à un second fils nommé Clodomir, il reçut encore le baptême : bientôt ce jeune prince tomba malade, et le roi renouvela ses reproches; mais l'enfant fut sauvé , dit Grégoire de Tours, par les prières de la reine, et le courroux de Clovis s'apaisa.

Jusqu'alors les chefs des Francs avaient donné Son gouà l'oisiveté tout le temps qu'ils ne consacraient pas à la guerre; mais Clovis était supérieur à son siècle et à son peuple; quand son glaive se reposait, son sceptre était actif; et, lorsqu'il cessait de conduire ses Francs aux combats, il s'occupait à fonder par les lois une puissance durable.

Aucun acte ne nous fait connaître le mode qu'il suivit pour le partage des terres conquises. Nos divers historiens ne nous donnent à cet égard que des conjectures. Plusieurs croient qu'il imita les Goths et les Bourguignons; ce qui aurait donné aux Francs les deux tiers des terrains appartenant aux Gaulois : Dubos pense - 49.1.

au contraire qu'allié plutôt que conquérant des Armoriques, il respecta leurs propriétés; mais les faits éclairent mieux que les systèmes.

Clovis avait conquis par la force des armes le pays de Soissons et de Reims. Une autre partie des Armoriques s'était rangée sous sa loi par un traité; l'armée des Francs était peu nombreuse; les terres appartenant dans chaque cité au fisc, au domaine de l'empire, devinrent évidemment le domaine de Clovis. Les biens possédés par les compagnons de Syagrius vaincu étaient dévolus, ainsi que leurs maîtres , par le droit de la guerre, aux vainqueurs; ils suffirent certainement pour récompenser et enricliir la faible tribu des Saliens.

On sait que le roi des Francs , loin d'opprimer les Romains, se servit des armes de ceux qui voulaient le servir, et qu'il en admit plusieurs au rang de ses leudes et de ses ministres. Nous avons vu qu'Aurélien obtint de lui en bénéfice le château de Melun et le titré de comte. Tous les patriciens de la Gaule qui ne lui résistèrent pas , furent élevés au rang de ses convives, classe privilégiée par les dispositions de la loi salique.

Les évêques de la Gaule étaient presque tous Romains; loin de les dépouiller, il augmenta louis domaines et leur donna des terres, F^nfin,

pour fondre peu à peu entièrement les Francs et les Romains, il employa tour à tour l'humiliation à l'égard de ceux qui restaient soumis aux coutumes de Rome, et la faveur pour les Gaulois qui s'agrégeaient aux Francs en adoptant la loi salique : quant à ceux qui s'opiniàtraient à lui opposer leurs armes, ils en étaient punis par le pillage, par la confiscation et par la servitude; l'Auvergne l'éprouva cruellement lorsqu'elle joignit ses troupes à celles des Yisigoths pour le combattre.

Après avoir ainsi étendu ses limites jusqu'à la Loire, Clovis porta ses armes dans la Bretagne. Grégoire dit qu'un de ses officiers assiégea Nantes; les Bretons prévinrent leur ruine par un traité. Il parait que depuis ce temps cette province presque indépendante demeura plutôt alliée que soumise, et resta gouvernée par ses propres chefs qui portèrent le titre de comtes et de ducs.

Bientôt un nouvel ennemi , plus formidable invasion <ins que tous ceux qui avaient été vaincus par Clovis, vint attaquer et ébranler sa puissance encore mal affermie. Les Allemands, peuples nombreux et guerriers , possédaient les contrées situées au nord de Genève , entre le lac de ce nom et le mont Jura. Jaloux des Bourguignons, des Gotlis et des Francs, et voulant

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partager avec eux les drpouillcs de la Gaule, ils avaient franchi le Rliin '*', et s'étaient emparés d'une partie de l'Alsace; ils se réunirent aux Suèves ^* j et firent une invasion dans la seconde Germanie, occupée alors par Sifjebert, roi deColo(];ne, parent de Clovis, et chef des Francs ripuaires.

Ltur àc- Ce prince appela Clovis à son secours ; il v )>ataiikiie courut a la tête de ses r rarics belliqueux et des légions des Armoriques. Leurs armées réunies rencontrèrent les Allemands près de Tolbiac , aujourd'hui Zulpich , à cinq lieues de Cologne : là elles se livrèrent une bataille sanglante où la fortune parut long-temps indécise sur les destinées futures de la France.

On voyait des deux côtés les plus indomptables ennemis de l'empire combattre corps à corps sur ses derniers débris. Au milieu d'une sanglante mêlée, où chaque combattant se montrait décidé à perdre la vie plutôt que la victoire , Sigebert reçoit une profonde blessure dont il resta depuis toujours boiteux; ses compagnons l'enlèvent; leur retraite découvre le flanc de l'armée des Saliens. Les Francs, pressés de toutes parts, commencent à plier; vainement Clovis, par des prodiges de force et de vaillance , cherche à les ramener au combat ;

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pour la première fois sa voix cesse d'être écoutée, et la victoire lui échappe.

Aurélicn alors le presse d'invoquer le dieu de Clo tilde, qui peut seul le rendre vainqueur. Soudain le roi des Saliens, tournant ses regards vers le ciel , prononce ces paroles, citées par Grégoire de Tours : u Dieu des chré- » tiens , si vous secourez ceux qui vous im- ;) plorent, si vous couronnez ceux qui placent » en vous leur conûance , j'ai recours à votre » pouvoir. Si vous m'accordez la victoire, je )) vous adorerai. J'ai vainement imploré mes » dieux : ils me refusent leur protection , ou » ils sont sans puissance. C'est vous aujour- » d'hui que j'invoque; donnez-moi tout cn- » semble le triomphe et la foi. »

Cette prière excite l'enthousiasme des légions gauloises; leur ardeur et leur exemple raniment le courage des Francs. Tous, réunis, retournent impétueusement à la charge; rien ne résiste à ce choc violent; les Allemands sont enfoncés; leur roi tombe percé de coups; les vaincus, consternés, jettent leurs armes, se soumettent et reconnaissent l'autorité de Clovis : il leur ordonna de retourner dans leurs foyers *.

Dans la suite, il leur rendit leur indépendance; ceux qui voulurent rester dans la Gaule

'J|,^ ci.ovis.

devinrent ses sujets et non ses esclaves. Ils durent cet adoucissement de leur sort au roi d'Italie, dont ils implorèrent la protection.

Théodoric, aussi célèbre que Clovis par ses conquêtes, et supérieur à lui par ses lumières et par ses vertus, faisait oublier à Rome la cliule de sa puissance et la bonteu§e déposition du dernier de ses empereurs. Il civilisait les Gotlis, les maintenait avec fermeté dans la soumission, respectait les lois romaines, rendait une ombre de liberté au sénat, s'éclairait des conseils de Tillustrc et savant Cassiodore ; et, à l'ombre de sa justice impartiale, les vainqueurs et les vaincus, étonnés de leur union, rendaient à l'Italie un repos et une sécurité que depuis un siècle la faiblesse des derniers Césars en avait bannis.

La révolution qui se préparait dans la Gaule n'écbappait point au génie vaste et pénétrant de Tbéodoric ; ses yeux étaient fixés sur Clovis ; il craignit que ce jeune conquérant, vainqueur des Romains de l'Armorique, et déjà l'effroi de la Germanie, ne renversât la puissance des Visigoths, et qu'ensuite, nouveau Rrennus, il ne vînt encore avec les Gaulois épouvanter Tltalie. Décidé à servir de digue à ce torrent, il employa tour à tour pour l'arrêter la persuasion et la force, et flatta son orgueil par des éloges

en même temps qu'il se disposait à le combattre ; il s'unit à lui par les liens du sang en épousant sa sœur Audefléde, donna sa fille à Alaric, roi des Ostrogoths, et résolut d'abandonner seulement la Bourgogne à l'ambition du roi des Francs, pourvu qu'il consentit à en partager avec lui les dépouilles.

Son premier soin fut de l'inviter, après la bataille de Tolbiac , à ne pas poursuivre sa vengeance contre les Allemands. Dans ce dessein il lui écrivit en ces termes : « L'alliance » glorieuse qui m'unit à vous, m'engage avons » féliciter du nouvel éclat que la renommée » trop long-temps stationnaire de la nation des » Francs vient de recevoir par vos triomphes; » votre main victorieuse a soumis les peuples » allemands en terrassant leurs plus braves » guerriers.

)) Je désire que votre modération épargne les » vaincus; leurs débris fatigués cherchent un » asile sous la protection d'un prince qui vous )) est uni par les liens du sang. Pardonnez donc )) à ces infortunés que votre glaive épouvante , » et qui se cachent dans nos frontières. N'est-ce )i pas un triomphe assez mémorable pour vous » d'avoir tellement etfravé ces Allemands si » long-temps indomptables, qu'ils vous de- » mandent la vie comme un présent? Il doit

■jC) CLOMS.

» VOUS suffire d'avoir vu l'orgueil de ce peuple )) abaissé devant vous, et son roi fonibé sous » vos coups. De ces innombrables guerriers les )) uns sont détruits par le fer; les autres sou- » mis à l'esclavage. Daignez donc en épargner » les faibles restes. C'est pour vous y inviter » qu'en vous saluant avec l'ailection et Tlion- » neur qui vous sont dus, nous envoyons àVo- » tre Excellence des ambassadeurs qui, nous )) l'espérons, seront accueillis par vous avec » votre amitié accoutumée. Nous nous flattons )) qu'ils jouiront dans vos États des droits de )) riiospitalité, et obtiendront une réponse fa- )) vorable.

j) Ils sont chargés par nous de vous parler )) confidentiellement d'affaires qui vous inté- » ressent, et qu'il vaut mieux traiter verbale- )) ment que par écrit. Nous avons choisi pour )) cette mission les hommes les plus capables n de remplir nos vues et les vôtres ; car nous n avons ardemment souhaité vos triomphes ; » nous les regardons comme une partie de no- )) tre gloire ; et tout ce qui peut vous arriver » dheureux sera considéré par nous comme » un avantage certain pour le royaume d'In talie. )) ticaov"irct Clovis, soit par déférence pour Théodoric, ricM. soit qu'il fût alors occupé d'autres desseins, ne

porta pas ses armes au-delà du Rhin; il revint près de Clotilde qui le pressa vivement de combler ses vœux, en abjurant le culte des idoles. Saint Piemy, évêque de Reims, appelé par elle, seconda ses efforts, et instruisit le roi dans la foi chrétienne.

Ce prince hésitait pourtant encore; il craignait l'attachement de son peuple au culte antique; enfin, vaincu par les prières du pontife et de la reine, ou déterminé par l'utilité d'un changement qui devait affermir sa domination dans la Gaule, il rassemble les Francs, leur peint avec énergie la force du Dieu des armées, qui vient de lui donner la victoire. Les paroles d'un chef vainqueur furent toujours des lois pour les Francs; et, suivant leurs mœurs, Clotilde était sacrée pour eux dès qu'ils croyaient devoir un triomphe à la divinité qu'elle adorait.

A peine le roi a parlé que tous ces guerriers, frappant leur bouclier de leur hache, s'écrient avec enthousiasme : « Nous renonçons au culte » des dieux périssables , et nous reconnaissons » le Dieu éternel que Clotilde adore, et que » l'évoque Remy nous annonce. »

Aussitôt tout se dispose pour répandre les eaux du baptême sur le prince et sur son armée : un large terrain forme un vaste baptistaire; les murs qui l'environnent sont couverts

(le foik'S cl d'ëtoffes richement brodées ; les fonts sont préparés, les cierges allumés; l'encens parfume les airs.

Le nouveau Constantin (c'est ainsi que le nomme Grégoire de Tours, qui décrit pompeusement cette fameuse cérémonie) s'approche avec respect du pontife chrétien. Rcmy, revêtu de ses habils pontificaux, avant de verser sur la tête de Clovis l'huile sainte, lui adresse ces paroles : u Fier Sicambre, humilie ton cœur, » et courbe ta tête victorieuse devant l'Éternel; » il t'écoute; jure-lui de l'adorer dans les tem- » pies que tu brûlais, et de livrer aux flammes » les idoles que tu adorais. »

Clovis s'agenouille et prononce le serment, ainsi que ses deux sœurs Arboflède et Teutchilde. Au même instant trois mille guerriers le répètent, et le même vœu est prononcé par une foule de femmes et d'enfans.

Puisque trois mille guerriers seulement furent baptisés dans ce jour célèbre, et qu'aucun auteur ne parle de la résistance du reste de la nation , il paraît évident que la tribu des Saliens était très peu nombreuse. Ce fait confirme l'opinion des historiens qui prétendent ([u'après la défaite de Syagrius, Clovis devint plutôt maître des Armoriques par leur affection que par ses armes. 11 lui eût été impossible de

vaincre cent mille Allemands , s'il n'avait pas en pour auxiliaires les milices de la Gaule et le» légions romaines de TArmorique; car les chefs des autres tribus de la nation ne durent pas élever ses forces au nombre de plus de vingt mille combattans.

La conversion et le baptême de Clovis achevèrent de lui concilier tous les Gaulois sur lesquels les évêques catholiques exerçaient une grande influence. Dès ce moment il put compter dans les États des princes visigotlis et bourguignons sur des appuis secrets et nombreux. Si la foi du belliqueux Clovis fut sincère, on doit croire au moins qu'elle était peu éclairée; les âpres mœurs des forêts de la Germanie luttaient encore en lui contre les lumières de la civilisation; et, au travers du voile blanc qui couvrait le néophyte chrétien, on voyait briller la hache et l'orgueil du Sicambre. Un jour saint Remy prêchait devant lui la passion; au moment où il parlait du supplice de Jésus- Christ, Clovis se lève impétueusement et s'écrie : « Où étions-nous, mes Francs et moi? nos » francisques l'auraient sauvé. »

Vers le même temps saint Remy sacra le roi n „t sacr, des Francs dans l'église de Reims. Ce fut a cette occasion que se répandit l'anecdote miraculeuse de la Sainte-Ampoule , accréditée jusqu'à

nos jours par le récit crilincmar, archevêque (le Reims dans le neuvième siècle.

Nous avons vu cl nous aurons souvent Toccasion de nous apercevoir que Thistoire des premiers temps de la France a été écrite par des prêtres qui ont malheureusement cru qu'une fausse politique les autorisait à mêler des fraudes pieuses aux vérités de la reli{;ion. Au reste, c'est une hahitude sacerdotale qui se reproduit dans tous les siècles et chez tous les peuples ; l'esprit trouve facile de gouverner les hommes par des erreurs ; le génie seul conçoit l'idée de les conduire par la raison : c'est ce qui fait que nous voyons plus de Numas que de Marc- Aurèles.

T.Tiraciede Hlncmar nous raconte donc nue, l'ecclésias- Arai-ouie. tique qui devait apporter le saint chrême n'arrivant point à l'heure convenue, saint Remy, troublé par cet accident, invoqua le secours du ciel; aussitôt on vit paraître une colombe aussi blanche que la neige qui lui apporta une Jlole ou ampoule pleine d'une huile dont l'odeur suave embauma l'air.

Depuis ce jour Clovis fut célébré par les catholiques comme le héros et le Machabée de rÉglise. Eumène, prêtre romain, lui apporta dans le même temps une lettre du pape, ainsi conçue :

cLovrs. 3i

Anastase , évéque , a notre illustre et glorieux Jils Clovis.

« Nous envoyons à \otre Sérénité le prêtre ) Eumène pour vous dire avec quelle satisfac- ) lion nous avons appris Thommage que vous ) rendez au père des humains. Nous espérons ) que vos bonnes œuvres croîtront et se multi- ) plieront sans cesse. Par -là vous comblerez ) notre félicité ; vous serez notre véritable ) couronne; et vous étendrez la prospérité de ) l'Église , notre mère , qui vient heureusement ) de faire renaître un si grand roi en Jésus- ) Christ. Soyez donc à jamais Tinstrument de ) ses triomphes, et devenez, notre illustre et ) glorieux fils, une colonne de fer pour elle, ) afin que de son côté elle vous conserve tou- ) jours dans ses voies, et qu'elle vous accorde ) la victoire sur vos ennemis. »

Depuis cette époque Clovis et ses successeurs ont toujours conservé le titre de Jils mué de V Eglise, Le roi des Francs datait ainsi ses actes : La seizième année de notre règne et la première depuis notre baptême.

Ce fut peu de temps après la conversion dos Francs que les évèques catholiques devinrent suspects aux Visigoths comme favorables à Clovis; ils enlevèrent Volusianus, évèque de

Tours, à son siège, et l'exilèrent en Espagne. Le roi des Francs soutint vivement la cause des persécutés contre les persécuteurs; ce qui donna naissance entre Alaric et Clovis à des ditïerends que dans la suite les armes seules décidèrent. Mais, avant qu'ils en vinssent à une rupture ouverte, Clovis voulut encore se fortifier par de nouveaux agrandisscmens. Il conclut une alliance offensive avec son beaufrère Théodoric , roi d'Italie , d.ans le dessein de reconquérir la Bourgogne. Par ce traité , signé en 5o2, il était convenu que le pays conquis serait partagé entre les Francs et les Ostrogoths, que les alliés entreraient en même temps en Bourgogne, et que le dernier arrivé paierait pour son retard une indemnité en argent. Gufirocu Clovis connaissait la division qui rép;nait

Uuuiyogiie. 1 • 1 • T'-

entre les princes bourguignons; son artiucieuse

politique en profita; et il sut par de magnifiques promesses déterminer Godésigile , frère de Gondebaud, à traiter directement avec lui, et à joindre, quand il en serait temps, ses armes à celles des Francs.

Gondebaud ne soupçonnait point la perfidie de son frère; mais, effrayé de l'orafje qui le menaçait et de la puissance formidable de ses ennemis, il crut leur enlever des prétextes plausibles de guerre et de grands moyens de succès,

en réconciliant les catholiques de ses États avec les ariens. Pour atteindre ce but il rassembla dans la ville de Lyon les évêques de l'un et de l'autre parti : u Si votre dogme , dit le roi de » Bourgogne aux catholiques, est le véritable, » pourquoi n'employez- vous point votre in- » fluence pour désarmer Clovis qui se ligue » avec mes ennemis dans le dessein de me dé- » truirc ? la foi peut- elle s'accorder avec l'in- » justice ? la religion avec la convoitise du » bien d'autrui ? la charité avec la soif du » sang? ))

Avitus lui répondit : h Nous ignorons les » motifs politiques des rois; mais l'Écriture » nous apprend que l'abandon de la loi divine » entraine souvent la ruine des États. Cessez )) d'être l'ennemi de Dieu, alors il vous favo- » risera; et, dès que vous serez réconcilié avec » lui , vous vous verrez bientôt en paix avec » les hommes. »

Ces paroles prouvent évidemment que le clergé catholique excitait partout Clovis à combattre les princes ariens, souhaitait sa domination, et favorisait ses armes. Dtjà ses troupes étaient en marche ; de leur côté les Ostrogoths avaient franchi les Alpes et menaçaient la Provence. Gondebaud rassembla son armée et appela Godésigile à son secours : le perfide

feignit de vouloir partager ses périls; il s'empressa de le rejoindre ; tous deux campèrent près de Dijon.

Bientôt les Francs parurent, et la bataille s'engagea : la victoire ne fut pas long-temps incertaine; car, au moment où Clovis attaquait de front le roi des Bourguignons, le traître Godèsigile tomba sur son flanc, et le mit en pleine déroute; Gondebnud prit la fuite et s'enferma dans Avignon; Clovis Ty assiégea. Tandis qu'il le tenait bloqué , Godésigile s'empara dos États de son frère, se fit proclamer roi dans Vienne, sa capitale, et promit de céder aux Francs une partie de la Bourgogne.

Gondebaud se défendait vaillamment; mais le défaut de vivres devait rendre bientôt sa perte inévitable. Dans cette détresse il dut son salut au prudent artifice de son minisire Aridius. Ce Romain, feignant d'abandonner sa cause, alla trouver Clovis, dont il parvint à gagner promptement la confiance ; lorsqu'il le vit favorablement disposé et d'ailleurs fatigué par plusieurs assauts inutiles, il lui dit : « Avi- » gnon est une ville trop forte pour que vous » puissiez vous en emparer. Tandis que vous » dévastez sans utilité un pays qui cessera de )) vous fournir des subsistances, vous laissez >i vos propres États exposés aux entreprises d'A-

)) laric. Hâtez-vous de terminer cette guerre, » en prenant un parti plus généreux et plus » profitable. Imposez un tribut à Gondcbaud, » et à ce prix accordez-lui la paix. Que ris- » quez-vous .^ s'il accepte ces conditions, il » vous sera soumis et deviendra votre vassal ; » s'il les refuse, vous continuerez le siège, et » vous emploierez la force de vos armes pour » le soumettre, n

Clovis se rendit à cet avis; le traitû fut conclu. Gondebaud paya la première année du tribut exigé ; mais , dès que le roi des Francs se fut éloigné, le roi de Bourgogne, violant sa foi, reprit les armes, et conduisit rapidement ses troupes à Vienne , dans l'espoir d'y surprendre son frère.

Godésigile , informé à temps de son projet, repoussa courageusement ses attaques; le siège fut alors converti en blocus. Bientôt la ville, affamée, se vit obligée, pour prolonger sa résistance, de chasser de ses remparts les bouches inutiles. Parmi ces exilés se trouvait un fontainier; cet homme, irrité de son bannissement, découvrit à Gondebaud un ancien canal par lequel ses troupes pénétrèrent la nuit dans les murs. Soudain les habitans voient les ennemis d'un côté escalader les remparts, et de l'autre remplir en foule les places et les rues; saisis de

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terreur, ils se sauvent dans leurs temples. Gondebaud les livra aux flammes; (iodf'si.j^ile y périt. Une troupe de Franes, qui servait sous ses ordres, conserva seule au iiiilieu de ce désastre une héroïque intrépidité; leur courage les sauva; ils s'enfermèrent dans une tour et combattirent avec tant d'acharnement qu'ils lassèrent le vainqueur, le forcèrent à l'admiration et en obtinrent une capitulation honorable.

Pendant le cours de cette guerre Tliéodoric avait conquis dans le midi plusieurs cités; la paix le laissa maître de Marseille, de son territoire et de tout le pays situé entre la Méditerranée, la Durance, les Alpes et le Rhône. Gondebaud, corrigé par le malheur, se montra plus humain pour ses peuples, et leur donna \in code connu sous le nom de loi goinhette , dont les dispositions favorables aux Romains les garantissaient de l'oppression des ariens. Il recouvra la plus grande partie de son royaume , se réconcilia avec Clovis, dont il demeura le vassal, et termina pacifiquement un long règne dont le commencement avait été souillé par tant de crimes.

Dès que Tliéodoric se vit de nouveau possesseur de l'ancienne province romaine, il tint aux peuples reconquis un langage qui justifie

les éloges prodigués à sa mémoire par les historiens de l'Italie : « \ ous devez, leur disait-il, >) nous obéir non comme des captifs , mais )) comme des hommes libres; reprenez les cou- » tûmes romaines presque effacées de votre » souvenir; renoncez aux mœurs, au langage, M au costume des Barbares , et surtout à leur » cruauté. Il ne convient point que sous notre » règne, fondé sur la justice, les anciens Ro- » mains vivent dans leur patrie comme des » étrangers. Déterminé par notre affection pour » vous à nous occuper de tout ce qui peut » vous être utile, nous avons choisi pour vous » administrer Gemellus, personnage recom- » mandable par ses talens et par ses vertus. )> Votre prospérité sera le but de ses travaux. » Obéissez donc à ses ordres comme aux nô- » très. »

Le roi d'Italie, moins impétueux et plus éclairé que Clovis, retira seul les fruits de la guerre de Bourgogne, dont il partagea peu les périls ; tous ses soins furent ensuite appliqués à prévenir la rupture prête à éclater entre le roi des Francs et celui des Visigoths ; mais il ne put que la retarder.

Alaric continuait à persécuter les catholi- DifTc^remis

^1 . 1 . - 1 • • entre Clovis

ques; Llovis embrassait leur cause; déjà ses eiAiaric menaces étaient suivies de violence ; des deux

58 ci.ovjs.

côtés on courait aux armes. Tliéodoric, prévoyant la ruine de son gendre et redoutant l'accroissement des Francs, s'adressa d'abord à Alaric pour le calmer et le contenir : a Quoi- » que vos aïeux, vainqueurs d'Attila, lui dit- » il, vous aient transmis leur courage, n'ex- » posez point témérairement aux chances de la » guerre vos troupes amollies par une longue » paix; on ne reprend pas facilement les liabi- » tudes militaires une fois perduCv?. Fermez » l'oreille à vos passions; ce sont de mauvais )) conseillers ; elles trompent sur le but qu'on » se propose et sur les moyens de l'atteindre ; » la guerre est le dernier remède aux maux » politiques. Attendez , pour tirer l'épée contre » le roi des Francs, la réponse qu'il aura faite )) à roifre de ma médiation. Vous n'êtes forcé » à la vengeance par aucune injure person- » nelle, par aucune offense grave, ni par le » meurtre d'aucun parent; il n'existe encore » entre vous que des querelles de paroles qu'on » peut même éteindre. Laissez-moi donc le » temps de prévenir Clovis que, s'il vous at- » taque, je vous défendrai sans être retenu » par les nœuds qui m'unissent à lui ; pcut- » être craindra-t-il d'avoir à lutter seul con- >) tre deux nations belliqueuses. J'espère qu'il » ne sera point sourd à ma voix. Les princes

)) les plus fiers écoutent la voix de la justice, » surtout quand elle leur parle, armée d'un » glaive redoutable. ))

Dans le même temps il reprocha vivement à Clovis ses violences contre son gendre Alaric : « La plus grande joie, lui dit-il, que vous » puissiez donner tous deux à vos ennemis com- » muns, c'est de voir les Francs et les \isigoths » se déchirer entre eux; chacun de vous est roi » d'une puissante nation; si vous écoutez ceux » qui vous animent l'un contre l'autre, vous » ébranlerez mutuellement vos trônes, et vos )) peuples détesteront en vous cette impétuo- » site téméraire qui les aura précipités dans » une guerre funeste. Votre ardeur impatiente » abandonne trop promptement les voies con- » ciliatrices; dans les querelles qui s'élèvent » entre parens, il est d'usage de prendre des )) arbitres; et comment d'ailleurs pouvez-vous » regarder vos droits comme si évidens, quand » vous voyez que nous doutons encore de leur )) justice? je suis déterminé à me déclarer con- » tre celui de vous deux qui refusera de déférer » à mes représentations pacifiques. Nos ambas- » sadeurs près de Votre Excellence, ainsi que » ceux que nous avons envoyés au roi notre » gendre, ont ordre de tenter tous les moyens » de vous réconcilier et d'empêcher les Francs

iilrfvue.

/jo crovis.

)) et les Visigoths de s'entre-détruire. Croyez » que cet avis est dicté par ime amitié sincère; » on ne conseille pas ainsi ceux dont on envie » la prospérité. »

i.<ur La fierté du roi des Francs s'irritait d'une remontrance sage mais menaçante. Alaric, plus docile, céda au conseil de son heau-père, et demanda à Clovis une entrevue; il l'obtint; elle eut lieu dans une île de la Loire, près d'Amboise; les deux rois conférèrent, dînèrent ensemble, et se promirent une amitié qui dura peu.

Alaric publia dans ce temps le code des Visigoths; et, paraissant alors revenir à un système de tolérance , il permit aux catholiques de rassembler dans la ville d'Agde un concile qui fut présidé par saint Césaire. Mais bientôt, entraîné par ses passions et par celles des ariens, il renouvela ses persécutions contre les catholiques , et mécontenta ses peuples en altérant les monnaies. Grégoire de Tours assure que la plupart des Gaulois soumis à son joug désiraient vivement alors les succès et la domination des Francs.

Quintianus, évêque de Rodez, fut arrêté et accusé d'avoir voulu livrer sa ville à Clovis. C.elui-ci, considérant cette violence comme une injure ou plutôt comme un prétexte favo-

rable, convoqua dans le champ de Mars l'assemblée des Francs.

«Jusqu'à quand, compagnons, dit-il, souf- » frirons -nous que les Visigoths nous bravent, )) nous insultent, et que les ariens, renver- » sant les autels, oppriment les catholiques, » et asservissent à nos yeux une si grande par- » tie des Gaules? Tirons nos glaives; marchons » contre eux ; Dieu nous conduira et nous ren- >) dra maîtres de ces belles contrées qui nous » attendent comme des libérateurs. »

A ces mots , l'approbation unanime desFrancs ^""'^'^

' J. 1 cutrc eus..

belliqueux éclate au bruit du choc des framées et des francisques; la guerre est déclarée *. Théodoric envoie une armée au secours de son gendre; Gondebaud s'unit à Clovis ; Clodéric, lils de Sigebert, et les autres princes de sa famille joignent leurs tribus à celle des Saliens; et tout se prépare pour la lutte définitive qui doit fixer le sort des Gaules , et donner leur empire aux Goths ou aux Francs.

Clovis marcha rapidement; arrivé près de Tours , il sut habilement se concilier l'esprit des peuples, en témoignant un grand respect pour la mémoire de l'évéque saint JMartin, mort cent ans auparavant dans cette ville, et il défendit expressément à ses troupes de prendre

dans la Touraine autre chose que de Therbe et de l'eau. Un soldat fut arrêté pour avoir enlevé à une pauvre femme le loin enfermé dans sa grange ; ce soldat , croyant son délit peu grave , dit en riant : « Quel crime ai-je commis ? le roi n nous a permis Tlierbe ; le foin n'est qu'une » herbe en bottes. » L'inflexible Clovis lui lit trancher la tète ; les Francs murmur;iient contre un acte si cruel : «En vain, leur dit Clo- » vis, vous comptez sur votre courage; nos » glaives seront sans force , nos armes sans » succès, si nous otfensons l'illustre saint qui » doit nous protéger. »

Dans les siècles d'ignorance, la superstition fut toujours un des plus puissans instrumens de la politique : Clovis ne l'ignorait pas ; voulant obtenir une sorte d'oracle pour exciter la confiance des Gaulois et enflammer le courage des Francs, ii chargea quelques officiers de porter ses offrandes au tombeau de saint Martin , et de lui rapporter les premières paroles qu'ils auraient entendues dans ce lieu saint : « Dieu des chrétiens, s'écrie-t-il , si mon faible » bras est destiné à renverser vos ennemis , » faites connaître votre volonté à ceux qui en- » treront en mon nom dans l'église de Saint- » Martin. )>

Le roi fut obéi , et , lorsque ces envoyés pé-

nétrèrent dans le temple, le chantre entonnait ce verset : « Seigneur, vous m'avez armé de » courage dans les combats ; vous avez fait » tomber sous mes coups ceux qui s'étaient )) levés pour me frapper ; vous avez confondu » mes ennemis, et votre nom les a mis en fuite )) devant moi. » Cet oracle fortuit ou concerté remplit de joie et d'espoir l'armée des Francs.

Une croyance éclairée lutte presque toujours vainement contre une aveugle crédulité : les chrétiens de ce temps s'imaginaient encore lire religieusement leur destinée dans un verset prononcé au hasard, au moment où le concile d'Agdc venait de leur défendre expressément de chercher aucun augure sur le tombeau des saints ou dans les livies sacrés : ainsi les mœurs bravent les lois , et l'ambition profite des faiblesses humaines.

L'armée des Visigoths défendait les approches de Poitiers et le passage de la Vienne; Clovis perdit plusieurs jours cans pouvoir trouver un gué; enfin on lui en découvrit un. Alors voulant , comme autrefois Sertorius et Constantin, frapper les esprits par un prodige, et persuader au peuple qu'il était protégé par le ciel , il dit à ses guerriers qu'une biche , traversant à ses yeux la Vienne, venait de lui indiquer le passage qu'il cherchait, et qu'en

même temps une lumière miraculeuse, s'élevaut du clocher de ré[jli8e de Saint-liilaire de Poitiers, et di^irdant ses rayons sur son camp, lui avait ainsi tracé la route brillante de la victoire.

Aussitôt il mit son armée en marche, et lui défendît d'exercer aucune violence contre tous les Gaulois ou Romains qui ne se seraient point armés contre lui. Un maraudeur, pour avoir enfreint cet ordre, dit Grégoire de Tours, fut frappé de paralysie. On voit par tout ce récit que le roi des Francs avait des évèques pour conseillers et pour historiens , et qu'ainsi il ne manquait ni de partisans ni d'amis dans les villes soumises aux Visigoths.

Clovis passa la Vienne à l'endroit qui depuis fut nommé \q. pas de la hiclie ; il franchit ensuite le Clain; dès qu'il parut, les Visigoths se retirèrent; Alaric voulait prudemment éviter tout combat avant l'arrivée des secours que lui envoyait Théodoric; mais ses guerriers turbulcns, indignés d'une circonspection qu'ils taxaient de lâcheté, éclatèrent en murmures, se révoltèrent et le contraignirent de s'arrêter. Clovis l'atteignit dans la plaine de Vouillé à dix milles de Poitiers.

Les Visigoths ne voulaient d'abord combattre qu'à coups de trait, arme qui leur était

plus familière qu'aux Francs; mais Clovis, les chargeant avec son impétuosité ordinaire, leur fit bientôt sentir le poids de sa terrible francisque. Cependant la mêlée entre ces deux peuples belliqueux fut sanglante, longue et opiniâtre. Clodéric partagea dans ce jour mémorable les périls et la gloire du roi des Saliens.

La victoire était encore incertaine, lorsque T-mr

* comliat sin

Alaric et Clovis s'aperçurent, s'élancèrent l'un e"'*"contre l'autre, et s'attaquèrent corps à corps. Le sort des deux nations dépendait du succès de cette lutte dont la Gaule était le prix. Enfin Alaric tomba sous la hache de Clovis : mais mnç^er l'instant de son triomphe fut celui de son plus grand danger; deux guerriers visigoths, pour venger leur roi, se précipitèrent ensemble sur Clovis, et le frappèrent de leurs lances. Sa force résista au choc , sa cuirasse au fer, et la vitesse de son cheval le tira de péril.

Les Gaulois de l'Auvergne , commandés par Def.iito Apcrllinaris, fils du célèbre Sidonius, luttèrent encore opiniâtrement contre la fortune; presque tous périrent sur le champ de bataille ; et, lorsque leur intrépide colonne fut renversée , l'armée entière d'Alaric prit la fuite. Le talent de Clovis , comme celui de tous les hommes qui ont laissé de longues traces sur la terre ,

était de proGter rapidement d'un succès et de ne pas laissera Tcnnemi le temps de se relever. Thierry, le premier de ses fils, né d'une concubine , conquit TAlhijjeois , le Rouergue et l'Auvergne. Dans cette même année ^, le roi des Francs conduisit son armée en Languedoc et assiégea Carcassonne.De son côté Gondebaud ravageait les provinces voisines de ses Etals. Cependant les Visigoths avaient proclamé i;oi , dans la ville de Narbonne, Gésalic, fils d'Alaric ; mais ce prince ne sut inspirer ni de confiance à ses peuples, ni de crainte à ses ennemis; et sa conduite lui fit perdre l'afTection et la protection puissante de Théodoric. Les Bourguignons le battirent et le forcèrent à fuir en Espagne ; de là il courut en Afrique pour engager les Vandales à embrasser sa cause; mal accueilli parmi eux, il revint se cacher en Aquitaine, y rassembla quelques partisans , rentra à leur tète en Espagne, se laissa battre de nouveau près de Barcelone, tomba dans les fers et mourut en prison. Amalaric, son fils,'encore enfant, fut reconnu roi des Visigoths , sous la tutelle de Théodoric.

Jusqu'alors la fortune avait toujours favorisé Clovis ; rien ne l'arrêtait dans sa course victorieuse : mais les Oslrogoths lui opposèrent * 507.

une barrière plus forte, et le f^énie de Théodoric fit reculer le sien. Il se vit forcé à lever le siège de Carcassonne , vint passer riiiver à Bordeaux, où il se fit apporter de Toulouse les trésors d'Alaric.

Clovis attaqua Angoulème '*", ville forte par sa position, et sans laquelle il lui eût été dilïicile de se maintenir dans ses conquêtes. Les évéques catholiques , dans leur enthousiasme, le comparaient à Josué; et, pour justifier cette comparaison , Grégoire de Tours dit qu'à la vue du héros chrétien les murailles de la ville s'écroulèrent comme celles de Jéricho. La fable est riiistoire des temps anciens; les peuples au berceau s'endorment au récit des contes qu'ils croient, et dont les prêtres profitent; et ces erreurs exercent sur leur destinée une plus puissante influence que la raison.

Cette même année , Clovis marcha contre Théodoric, et fit le siège d'Arles. Les ponts de cette ville , construits sur les deux bras du Rhône, furent l'objet et le théâtre d'opiniâtres et de sanglans combats; après plusieurs efforts inutiles , les Francs , renonçant à s'en emparer, passèrent le fleuve sur des bateaux.

La ville assiégée employa pour sa défense les est auTs^décatapultes, les balistes et toutes les antiques ^Arres!"

/j8 CLOVIS.

créations du génie d'Archimèdc. Tandis que la garnison fatiguait lis assiégoans par de Vigoureuses sorties, et détruisait leurs travaux, une émeute éclata dans Arles; l'évèquc saint Césaire fut soupçonné d'avoir voulu livrer la ville à l'ennemi; mais on découvrit que le complot était tramé par des juifs.

Après un grand nomjjre de combats meurtriers, livrés sous les remparts d'Arles, la constance des assiégeans triompha du courage des Francs. Une nouvelle armée, accourant alors d'Italie , contraignit Clovis et Gondebaud à se retirer. Les Ostrogoths les poursuivirent et détruisirent leur arrière-garde. L'armée de Théodoric , profitant de cette défaite , étendit ses conquêtes et s'empara d'Avignon. Le roi d'Italie informa le sénat romain de ce triomphe, et en attribua le principal honneur à l'un de ses généraux , né parmi les Goths et nommé Tulum ; le nom du vainqueur de Clovis ne doit pas rester dans l'oubli.

Nouvelle Théodoric remporta encore une victoire sur

vicloirc (le «j. il* i -iT-i

Théodoric Clovis *. Jornandès dit que le roi des Francs y

sur Clovis. -iii ••! r •

perdit trente mule hommes; mais il ne fait

point connaître le lieu où cette bataille se livra.

Traité La paix fut conclue entre les deux rois ^*' :

" ^*"' les Ostrogoths conservèrent le pays situé entre

* Sog. ** 5io.

les Alpes , la Méditerranée , le Rhône et la Durance ; les Visigoths , Narbonne et son territoire ; Clovis garda tout le reste de ses conquêtes.

Ce fut après avoir siffné ce traité que Clovis Lettre aux

. . , , • -t- évê<jues.

écrivit aux évêques la lettre suivante : u V ous » êtes sans doute informés par la renommée » des ordres que nous avons donnés en entrant » sur le territoire des Visigoths , pour prescrire » à nos guerriers de respecter tout ce qui ap- « partient aux églises, aux communautés de » vierges , aux veuves et aux clercs dévoués au » service des autels. Nous avons interdit toute » violence contre leurs personnes , et com- » mandé qu'on rendit la liberté à tous ceux » d'entre eux auxquels on aurait pu la ravir.

» Quant aux captifs laïcs que nous avons >) pris les armes à la main , et sur lesquels no- » tre droit est incontestable , nous permettons » que vous les placiez sous votre protection ; » et, sur la vue de vos lettres, leurs maîtres » adouciront leur sort.

» A l'égard des captifs qui ne nous auraient » point combattu, il a été ordonné de les ren- » dre libres, dès qu'ils seraient honorés de votre >i recommandation : ainsi vous pouvez récla- )) mer tous ceux qui auraient été détenus contre » le droit des gensj leurs fers tomberont, dès

5o CLOVIS.

» que nous aurons reconnu renjpreinte du » sceau de voln^ anneau pastoral. Mais mon » peuple vous conjure de n'accorder votre ap- /) pui qu'à ceux qui en sont dignes, et de con- » firmer la justice de vos réclamations en pre- » nant à témoin le nom de Dieu : c'est le seul » moyen, au milieu de tant de rapports divers, n d'empêcher que le juste ne soit confondu » avec l'impie. Vénérables successeurs des apù- » très, je me recommande à vos prières. «

Clovis revint * dans la ville de Tours , et prouva sa reconnaissance pour le clergé par les dons magnifiques qu'il fit à l'église de Saint- Martin : Licinius gouvernait alors le diocèse. Précédemment le roi avait offert à cette église lin covirsier qu'il montait le jour de la bataille deVouillé; voulant alors le racheter, il envoya cent sous d'or à ceux qui le gardaient; mais ceux-ci surent tourner contre lui les armes de la superstition , dont il s'était servi pour dominer les peuples. Le cheval, dressé par eux à cette ruse, refusa de sortir du saint monastère. Clovis comprit facilement le mystère de cette résistance ; il envoya deux cents sous d'or à l'é-' glise, et le cheval marcha. « 11 faut convenir, » dit alors le roi, (jue saint Martin est un ami » très utile ; mais il vend un peu cher sa pro-

du roi

CLOVIS. 5l

» tection » Le clergé , sous les régnes suivans, ne confirma que trop la vérité de ces paroles.

Ce fut à cette époque, selon le récit d'Hinc- Diplôme mar, que Llovis reçut de l empereur Anastase le en lavcur diplôme qui lui conférait les titres de palrice, de consul et à! Auguste, soit pour conserver par ce don une apparence de souveraineté sur les Gaules, soit pour se concilier l'appui d'un rival redoutable, qu'il voulait opposer à Théodoric.

Clovis se revêtit, dans l'église de Saint-Martin , de la pourpre romaine et du manteau d'écarlate ; ensuite, orné du diadème, il se rendit à cheval dans la cathédrale , et y jeta des pièces d'or et d'argent à la foule qui l'entourait.

Chef des Francs par sa naissance et par le consentement du peuple, protecteur du clergé catholique, maitre de la plus grande partie de la Gaule par les armes, Clovis, par ces nouvelles dignités, joignit à son autorité victorieuse une autorité légale sur les Gaulois romains; il affermit ainsi la puissance royale par le pouvoir des coutumes qui survivent long-temps à la chute des Etats et à la destruction des gouvernemens.

L'auteur des Gestes dit que depuis ce jour les Romains le nommèrent Aup^uste, et s'adrcssèrent à lui, pour l'exécution de leurs lois, dans les mêmes formes dont ils se servaient avec les consuls.

52 CTO VIS.

En sVIoignaiU de Tours, le roi vint à Paris, où il plaça, si nous en croyons Grégoire, le siège (le sa monarchie : ce fut dans cette capitale qu'il établit son tribunal pour juger les Francs , et son prétoire pour donner audience aux Romains.

Clovis fut tout à la fois conquérant et législateur; son caractère le portait plus à la guerre qu'à la justice; mais sa situation nouvelle, la fusion de son peuple avec une nation qui jouissait d'une civilisation antique , le besoin de l'ordre pour conserver les conquêtes, et la nécessité de régler les rapports qui devaient exister entre les vainqueurs et les vaincus, obligèrent le roi des Francs à réformer en quelque sorte les coutumes guerrières , et à corriger la loi des Saliens connue sous le nom de pacte de la loi salique.

Probablement cette loi avait déjà subi quelques modifications depuis que Pharamond, Clodion , Mérovée et Childéric étaient entrés dans les Gaules, et s'étaient successivement établis dans la Toxandrie , dans le Tournaisis et sur les rives de la Somme et du Rhin.

Le texte de cette loi , dont on parla longtemps sans la connaître, et dont Ilérold découvrit le premier * un exemplaire dans le mo-

CLOVÏS. 5!)

nastère de Fulde, renferme des dispositions si favorables au clergé catholique, en même temps qu'il contient des dispositions toutes germaines , que l'on doit en conclure avec certitude qu'elle fut modifiée depuis la conversion des Francs ; ainsi l'époque de cette modification ne peut être antérieure au règne de Clovis ; et, comme il est avéré que l'un de ses successeurs, Childebert, y fit de nouveaux changemcns, on peut croire qu'elle fut en grande partie l'ouvrage de Clovis.

Il est nécessaire de se faire une juste idée de cette loi, source sauva^rc de la législation française ; elle expliquera beaucoup de faits postérieurs , et les faits valent mieux que les systèmes.

Nous savons par Eccard que plusieurs au-Pi.,i„p,e et leurs ont, depuis, donné diverses éditions de u iaii.ju*. cette loi , avec des commentaires. Goldaste , Jérôme Bignon, Baluze, Chifilet, Vandelin ont multiplié les copies de ce monument, en l'enrichissant de gloses. Enfin on en a publié aussi un ancien exemplaire de Wolfcnbuttel , écrit sous Pépin. Il est curieux et peut-être utile de connaître le prologue placé à la tête du plus ancien exemplaire : tout ce qui peint les mœurs est l'àme de l'histoire.

PROLOCT'E DE I.\ I.Ol SAI.IQIE.

« La nation célèbre des Francs, formée par » la volonté de Dieu, constante dans ses traités » de paix , profonde dans ses délibérations , )t distinguée par la noblesse et la force du » corps , remarquable par sa blancheur et par )) ses formes, audacieuse, prompte, âprc,con- » vertie récemment à la foi catholique, enfin » exempte d'hérésie , recherchant la clef des » sciences lorsqu'elle était encore dans la bar- )) barie , désirant la justice , mais conforme à » ses mœurs , voulant maintenir et p;arder sa » piété, a chargé les grands de cette même na- » tion , qui en étaient alors les chefs, de rédiger )) la loi salique.

» Entre plusieurs de ces hommes elle en » choisit quatre, Wisogaste, Bodogaste , Salo- » gaste et Widogaste : ils se réunirent dans les » lieux nommés Bodoghève , Saloghève et Wi- » doghève , et y tinrent trois assemblées ou » malles. Là, discutant avec soin les choses, » leur origine , et traitant de chacune en par- )) ticulier, ils ont rédigé le décret suivant.

» ]\Lais , après que Clovis le beau et le che- )) velu, par la faveur de Dieu, roi célèbre des » Francs, eut le premier reçu le baptême ca- » tholique , tout ce qui cessa dans ce pacte de

» paraître convenable fut plus clairement cor- » rigé et rédigé par les illustres rois Clovis , » Childebert et Clotaire, qui publièrent ce dé- » cret.

» Vive le Christ qui chérit les Francs ! puis- » se-t-il tenir leur royaume sous sa garde, rem- » plir leurs chefs de la lumière de sa grâce , » protéger leur armée, élever des monumens » à leur foi! puisse enfin le seigneur Jésus- >) Christ leur donner des temps de paix , de » joie , de félicité , et conduire ces domina- » teurs dans les voies de la piété!

» C'est cette nation, puissante par sa force » et son courage, qui, par de nombreux com- » bats, a secoué le dur joug des Romains pe- » sant sur sa tète ; c'est elle qui, après avoir » reconnu la sainteté du baptême, a somptueu- » sèment orné de pierres précieuses et d'or les >) corps des saints martyrs , que les Romains » avaient défigurés par le feu, mutilés et mas- » sacrés par le fer, ou jetés aux bêtes féroces )) qui les dévoraient. »

Tel était le langage de nos premiers aïeux : il prouve assez rinfluence nouvelle et forte des évèques gaulois et romains dans le conseil des rois.

Trois siècles après , lorsque Charlemagne promulgua de nouveau la loi salique, il la fit

56 GLOVIS.

précéder du prologue suivant : « 11 a plu aux » Francs et à leurs grands , et il a été convenu » entre eux que, pour conserver Tamour de la » paix intérieure, ils devaient couper toutes » les racines des anciennes querelles et de tout » ce qui pouvait les aigrir; ainsi, comme ils » l'emportaient sur toutes les nations par la » force de leurs bras, ils voulurent mériter la >) même prééminence par l'autorité des lois, et » que toute action criminelle fût jugée selon la » nature du délit; ils choisirent donc sur un » grand nombre quatre hommes, Wisogaste , » Bodogaste, Salogaste et Widogaste, habitans )) des lieux nommés Bodohaim , Salohaim et » Widohaim, et situés au-delà du Rhin. Ceux- » ci s'assemblèrent dans trois malles^ discutè- » rent soigneusement l'oriîrine des causes et » des délits, et exposèrent sur chacun d'eux le )) jugement suivant. »

Nous ne parlerons que du texte de la première loi salique, telle qu'elle fut rédigée par les prédécesseurs de Clovis, modifiée par ce roi et corrigée par ses fils. Celle que promulgua Charlemagne , qui y ajouta trois titres, trouvera plus convenablement sa place au moment où nous peindrons ce grand monarque par ses actions et par ses lois.

Ce pacte contient soixante-douze titres; il

suffira, pour en connaître l'esprit, d'en citer les conditions principales et celles qui donnent une idée des mœurs du temps; le reste ne serait que fastidieux et sans aucune utilité.

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