CARIBERT
Lombards amena bientôt la guerre entre eux et les Francs. Après la mort cVAlboin et de son successeur, ces Lombards avaient aboli la royauté ; un gouvernement oligarcliique de trente ducs la remplaça ; ceux-ci francbirent les Alpes, entrèrent dans le royaume de Bourgogne, délirent l'armée de Contran, commandée par Amatus, patrice d'Arles, et remj)ortèrent en Italie un immense butin.
L'année suivante *, ils y revinrent; mais leur course y fut arrêtée par le patrice Mummol , successeur d'Amatus. Ce général, le plus célèbre de ce temps, était un Romain nommé d'abord Eunius, fils de Péonius, et comte d'Auxerre : à la tête de l'armée de Contran, il surprit les Lombards, les entoura et les attaqua avec une telle furie qu'il les détruisit presque entièrement.
Conduite Tandis qu'il relevait la gloire des Francs ,
scandaleuse r-i -i i
de ses les rois Contran , Chilpéric et Caribert la souillaient par leurs désordres : Contran prit pour maîtresse une villageoise, épousa ensuite la fille du duc Magnacaire , la répudia bientôt après par amour pour une de ses suivantes qu'il couronna. Cbilpéric , épris d'une plus fatale flamme pour une fille nommée Frédégonde , qui était aussi de basse exti-action, lui laissa prcn-
frères
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dre sur son esprit le plus funeste ascendant. Il était marié avec Audovère, dont il avait déjà trois fds, Mérovéc, Théodebert et Clovis : le roi voulait tenir un enfant sur les fonts de baptême; la marraine se trouvait absente. Frédégonde conseille perfidement à Audovère de la remplacer; bientôt après elle persuade à Cbilpéric qu'il a par cet acte dissous son mariage suivant les lois de l'Église. Cliilpéric, entraîné par sa passion, adopte cette fausse interprétation que la flatterie confirme : il relègue Audovère dans un couvent. Cependant, après s'être livré sans frein à l'amour de Frédégonde , honteux de ce lien scandaleux et voulant imiter son frère Sigebert qui venait d'épouser Brunehaut, fille d'Athanagilde, roi des Visigoths, il demanda en mariage Galsuinde, sœur de cette princesse.
Athanagilde , qui se méfiait de son inconstance, ne lui accorda sa fille qu'après lui avoir fait jurer de ne jamais la répudier. Cette princesse arriva en France, suivie d'un pompeux cortège et portée sur un char d'argent; c'était une victime parée que le Néron de la France devait bientôt immoler aux fureurs de Frédégonde.
Le roi de Paris, Caribcrt, scandalisait aussi les peuples par le choix et par la multiplicité
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de ses amours; après avoir répudié sa femme Infjoberge , il épousa successivement la fille d'un ouvrier en laine, sa sœur qui était reli- (jieuse, et enfin la fille d'un pâtre. Saint Germain , évèque de Paris , l'accusa hautement d'inceste, d'adultère et de sacrilège; le roi méprisa ses remontrances , et brava son excommunication : le clergé seul alors commençait à opposer quelque résistance au pouvoir.
Clotaire, par un simple édit, avait nommé Euménius évcque de Saintes, sans le consentement du métropolitain ; les évoques de la province, rassemblés, cassent cette nomination , élisent lléraclius à la place d'Eumène , et l'envoient àCaribert, pour obtenir de lui la confirmation de ce choix. A sa vue, le roi , indigné, s'emporte et s'écrie : « Les prêtres sont » bien hardis de destituer un évêque nommé » par mon père. Croient-ils que les fils de Clo- » taire ne sauront pas soutenir ses actes et faire )) respecter son autorité .^ » Aces mots il chasse lléraclius de son palais, et l'envoie en exil sur un chariot rempli d'épines; en même temps il ordonne à des clercs de rétablir Eumène sur son siège ; et quelques camériers , revêtus de ses pouvoirs, condamnent les évêques d'Aquitaine à de fortes amendes : celle de Léontius, évêque de Bordeaux, fut lIq mille pièces d'or.
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Dans ce siècle, l'audace et la Ibrce décidaient de tout; les faibles cédaient aux menaces des grands, et obéissaient au clergé, tandis que les rois, impérieux et favorisés par la fortune, exerçaient sans obstacle le pouvoir arbitraire. C'est par cette raison que les historiens ont trouvé chacun beaucoup de faits pour appuyer leurs systèmes opposés sur les droits de la couronne et sur ceux des peuples , à cette époque où rien n'était constant que le désordre.
Si plusieurs personnages célèbres illustrèrent alors l'Église par leur courage , leur modestie et leurs vertus , la masse du clergé n'était pas d'ailleurs plus exempte de vices que les patriciens romains et que les leudes des Francs. On voit par les lettres du pape saint Grégoire au roi Childebert, à Brunehaut et à plusieurs évèques, combien ce pontife gémissait de l'avidité, de la simonie, de l'orgueil, des vices, des incestes, des adultères qui souillaient alors une partie du clergé de France. Quelques-uns mêmes n'avaient point horreur de l'effusion du sang : dans la bataille livrée par le patrice Mummol contre les Lombards , deux évèques , Salonius et Sagittaire, se mêlèrent aux combattans : u Ils n'y parurent point, » dit Grégoire de Tours, armés de la croix,
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» mais le casque en tète, la cuirasse sur la poi- » trinc; et, ce qui est pis encore, on rapporte » qu'ils tuèrent de leurs mains plusieurs en- » nemis. )) Mort Caribert, qui n'avait montré sur le trône '"' '^"'que des vices, tomba malade à Blaye *, et y mourut. Il avait régné neuf ans, et ne laissa que trois filles ; l'une , nommée Berthe , fut mariée ci Ethelberg , roi de Cantorbéry, qu'elle convertit au christianisme ; les deux autres prirent le voile.
Dès que Caribert eut expiré , l'une de ses veuves, Théodégilde , offrit à Contran de lui remettre les trésors de son mari , s'il voulait l'épouser ; il la trompa , en lui donnant de fausses espérances, s'empara de l'argent , et relégua sa belle-sœur dans un monastère.