‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 19 sur 50 · CHILPÉRIC · texte numérisé non relu

CHILPÉRIC

contraint Gailen, run de ses serviteurs, à lui donner la mort.

Chilpéric attril)uait les égaremens, la révolte et l'infortune de son fils à la faiblesse coupable de l'évêque Prétextât qui l'avait marié avec Brunebaut. Il cberchait quelques prétextes pour ])unir ce prélat; Frédégondc lui en suggéra un proniptement.

Ses émissaires l'avertirent que l'évêque s'était rendu maître des trésors de Bruneliaut. Cette reine, après la défaite de Didier, était redevenue libre; et Cbilpéric s'était vu contraint de la renvoyer en Austrasie.

Procès Le roi de Soissons convoque à Paris, dans

de révt'quc

Prétextât. l'égUsc dc Saintc-Gencviève, les évêques de son royaume, et ordonne à Prétextât d'y comparaître devant eux. Au milieu de cette assemblée le roi , qui prétendait à l'éloquence , accuse lui-même l'évêque d'avoir conspiré contre le trône; il lui reproche dans un long discours d'avoir violé les lois de l'Eglise, d'avoir, au mépris de l'autorité paternelle, uni le neveu et la tante, de s'être emparé d'un trésor qui ne lui appartenait pas, et d'avoir distribué des sommes considérables pour soulever le peuple; enfin il implore contre le coupable la rigueur des lois et la sévérité du clergé.

Après avoir prononcé sa harangue d'un ion

ET AUTRES ROIS. l5j

menaçant, il se retire; TefFroi qu'il inspirait rèpne encore après son départ. Tous les prélats, posant simultanément le doigt sur leurs lèvres, indiquent par ce geste la terreur qui enchaîne leur langue. Un archidiacre, Aëtius, rompt enfin le silence, et représente au synode la nécessité de ne point condamner un évèque sans entendre sa défense : chacun reste muet.

Grégoire de Tours seul se lève : << Prêtres Fermeté

. , ... de l'e'vcqiie

» du Seigneur, dit-il, résistez à l'injustice; Grégoire.

» soutenez la dignité de l'Église; défendez l'in-

)i nocence contre la calomnie, et donnez cou-

» rageusement de sages conseils au roi. Dites-

» lui que, s'il se montre injuste et inflexible

» contre un ministre de Dieu, il armera la ven-

>i geance du ciel, souillera sa gloire, perdra

» son royaume et périra. »

Ces paroles, loin de réveiller le courage des évêques, semblent redoubler leur stupeur. «Eh! » quoi donc, continua alors Grégoire, avcz- )) vous oublié ces paroles du prophète : Qui- » conque 7)oit un homme près de commettre une » injustice , et qui ne s'y oppose pas , en devient » le complice? Parlez donc hardiment au roi; » souvenez-vous que récemment, lorsque Clo- » domir jeta dans les fers le roi Sigismond, M l'évêque Avitus lui dit avec une sainte au- » dace : Si vous épargnez i^otre captif, vous re-

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» viendrez 7 vainqueur des Bourguignons ; si vous >i versez son sang, le ciel 7wus punira : Clodo- )) mir méprisa cet avis, fut vaincu et périt. »

Les prélats, ranimés par ce discours, l'approuvèrent par leurs acclamations; et cependant ils se séparèrent ce jour - là sans rien résoudre. Deux évèques courtisans vinrent rapporter au roi ce qui s'était passé ; aussitôt Chilpéric appelle Grégoire devant lui : il était debout près d'un pavillon formé de branches d'arbres; à ses côtés se tenaient Bertrand, évèque de Bordeaux, et Ragnemonde, évéque de Paris; une table était devant eux couverte de pain et de différentes sortes de mets.

a Évéque, dit le roi à Grégoire, vous devez )) la justice à tous, et c'est à moi que vous la )) refusez. Mais je sais pourquoi vous favorisez j) l'iniquité : le corbeau, dit le proverbe, ne » crève pas Vœil d'un corbeau. »

(( Roi, répondit Grégoire, vous pouvez pu- » nir celui de nous qui manque à la justice ; » mais vous, qui vous punira, si vous y man- » quez ? Lorsque nous vous parlons son lan- )) gage , il dépend de vous de l'entendre ; si » vous lui fermez votre oreille , savez-vous qui » vous condamnera? celui qui est le principe n de toute justice. »

Le murmure des flatteurs qui se trouvaient

ET AUTRES ROIS. l5g

près du roi, désapprouvait la réponse hardie de l'évêque. Excité par eux, Chilpéric s'écrie: u Je sais ce qui me reste à faire ; les peuples » vont vous connaître ; je ferai éclater votre » iniquité à leurs regards; oui, je cours assem- » hier les habitans de Tours , et je leur dis : )) Que vos cris , que vos huées poursuivent ce n Grégoire, cet ennemi de la justice. Lorsqu'il » me la refuse cette justice, à moi qui suis roi, » vous, peuples, espérez -vous que jamais il » vous la rende ? »

« Si je suis injuste, répliqua Grégoire avec » fermeté , vous l'ignorez ; celui-là seul le sait )) qui lit dans le fond des cœurs. Je supporte- » rai vos outrages, et les vaines clameurs du » peuple ne pourront m'émouvoir; on saura » que vous les excitez; ce n'est point sur moi, » c'est sur vous que leur haine tombera. Mais » pourquoi tous ces vains discours? Vous avez » pour règle les lois et les canons; il vous im- )) porte de les consulter avec soin; et, si vous )i les violez, la justice du ciel vous attend. »

« Chilpéric, changeant tout à coup de formes et de langage, prit alors avec moi, dit l'historien Grégoire dans son récit, un ton presque caressant, et, croyant que je n'apercevrais pas le piège qu'il me tendait , il se tourne vers la table , regarde le plat qui est devant lui et me

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dit : (f C'est pour vous que j'ai fait apprêter ces » mets : des l'olailles et quelques pois chicJics » composent mon dîner. »

n Je répondis : u Ce qui doit nous suffire, c'est )) d'obéir aux ordres de Dieu , et non de nous )) complaire aux délices de la table. Mais vous, i) qui accusez les autres, promettez d'observer )■> les lois et les canons , nous croirons alors à » votre justice. » A ces mots Cliilpéric leva la main et jura, par le nom de Dieu, qu'il respecterait les canons et les lois. Grégoire ne se mit point à table ; il accepta seulement, selon l'usage, le pain et le vin , et il se retira.

Au milieu de la nuit des émissaires de Frcdégonde viennent le trouver et lui disent : « La )) reine vous olTre deux cents livres d'argent, » si vous vous déclarez contre Prétextât. Nous >) avons reçu la promesse des autres évoques; » la vôtre seule nous manque. )>

a Quand vous m'offririez mille talens d'or et » d'argent, répondit Grégoire avec autant d'a- » dresse que de fermeté, je ne pourrais faire )) que ce que la loi me prescrit. Tout ce que je » puis seulement vous promettre , c'est d'ac- » quicscer à tout ce que feront les autres évé- » ques en se conformant aux canons. » Cette restriction ne fut pas comprise, et la reine se tint pour satisfaite.

ET AUTRES ROIS. iGl

Le lendemain l'assemblée eut lieu. Chilpéric Pn-iMiat

1 ,1 \i • tri 1. est alwoui.

accusa le prélat cl avoir vole deux valises remplies de pierreries et un sac qui contenait deux mille pièces d'or; en même temps il fit paraître des témoins subornés qui déposèrent contre l'évêque. Mais Prétextât prouva dans sa défense qu'une partie de ses richesses était un dépôt qu'il devait garder, et fautre un don légitimement reçu. Les évèques regardèrent l'accusation comme calomnieuse, et Prétextât pour cette fois fut absous.

Le roi appela promptement auprès de lui Anificedc

1 1 1 • .• PI 1 !• Clii!pi-'ric

deux de ses plus intimes conlidens, et leur dit : envers Ui.

(( Les réponses de Prétextât sont vraies; il m'a

» vaincu : cependant quel parti prendre? Je

)) veux absolument satisfaire le ressentiment

» de la reine ; allez trouver Prétextât, comme

» de vous-même, et parlez-lui en ces termes :

» fous savez que Chilpéric est un prince pieux

» et facile a émouvoir; il se laisse Jlécliir lors-

» qu'on s'humilie devant lui ; suivez donc notre

)) conseil, soumettez-vous ; avouez que vous êtes

» coupable des crimes qu'il 7)ous impute ; aussi-

» tôt nous tombons tous à ses pieds ; nous de-

» mandons votre grâce , et elle nous est ac-

» cordée. »

Prétextât, trompé par cet artifice, promet de faire ce qu'on exige de lui. Le lendemain le

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concile se rassemble; le roi s'y rend, et, adressant la parole àTrûtextat : « Si vous n'avez, » dit -il, voulu faire qu'un acte de {générosité ;) en distribuant de l'argent aux liabitans de » Rouen, pourquoi les avez-vous sollicités de » prendre le parti de Mérovée et de lui rester » lidéle ? »

« J'avoue, répond l'évêque, que je les ai » pressés de favoriser ce prince; je ne m'adres- » sais qu'à des hommes : mais si je l'avais pu, )) j'aurais conjuré les anges de descendre du » ciel et de secourir cet infortuné dans la po- » sition déplorable où je le voyais réduit. D'ail- » leurs je l'avais tenu sur les fonts ; il était » mon fils spirituel, et je croyais en le servant » remplir un devoir. ».

A ces mots , Chilpéric lui adresse de vifs reproches sur sa conduite factieuse ; la contestation s'échautfe ; enfin l'évêque , cédant aux conseils perfides qu'il avait reçus, se jette aux pieds du prince et lui dit : (( 0 roi très miséri- » cordieux, j'ai péché contre le ciel et contre » vous ; je suis un malheureux homicide ; j'ai )) voulu vous faire périr pour (jue votre fils ré- )) gnât à votre place. » Alors Chilpéric se prosterne au milieu du concile : u Saints prélats » du Seigneur, s'écrie -t -il, vous Tentendez; » c'est lui-même qui confesse un crime cxé-

ET AUTRES ROIS. l65

» crable. » Les évêques courent au roi et le relèvent. Soudain il bannit Prétextât de sa présence, et se retire dans son camp.

Peu d'instans après il envoya au concile un E^iide recueil de canons dans lequel on on avait in-" '^"^'i""' séré quelques-uns de faux , et qui portaient qu'un évèque convaincu d'homicide ou de parjure devait être déposé. Ils furent lus, sans être vérifiés , en présence de Prétextât consterné. L'évèque de Bordeaux lui dit alors : c Vous n'a- » vez point obtenu votre grâce du roi; notre >i affection vous est désormais inutile. » Un envoyé du roi vint demander qu'on excommuniât le coupable et qu'on déchirât publiquement sa robe. Grégoire s'opposa à ces rigueurs et à CCS formes nouvelles; mais il souscrivit à la condamnation prononcée par le concile; et Prétextât fut exilé dans une des lies du Cotentin.

Ce procès célèbre montre le mélange bizarre que présentaient les mœurs de ce siècle , Tinjustice des princes, la force et en même temps la corruption du clergé, d'une part des évêques courtisans et perfides , de l'autre un tyran contraint de s'abaisser aux plus vils artifices pour faire punir un prélat factieux, enfin la religion toujours invoquée dans les discours et toujours outragée par les actions.

iG/j CIIILPÉRIC

A cette même (.époque un autre concile, rassemblé à Lyon , déposa les évéques Salone et Sagittaire, accusés par la voix publique. Leur conduite excitait tant de scandale, que le peuple révolté les avait battus de verges. Malgré leur condamnation, ces évéques, soutenus par leurs nombreux serviteurs , conservaient encore leurs sièges. Le roi Contran les manda en sa présence; et Sagittaire eut l'insolence d'injurier la personne de ce prince , dont les enfans ^ disait- il, ne pouvaient liériter du trône, parce que leur mère avait été servante du duc I\Iagîiacaire. « Il ignorait sans doute, dit Gré- » goire , qu'en France la condition des mères » est indifférente, et qu'il suffit d'être fils des » rois pour avoir droit à leur succession. »

Gontran, irrité de l'audace des deux évéques, les dépouilla de leurs biens, de leurs esclaves, de leurs chevaux, et les exila dans un monastère où ils furent enfermés et gardés à vue. Mais peu de temps après, les enfans du roi étant tombés malades, on lui persuada que ce malheur était l'effet de la condamnation injuste qu'il avait prononcée contre ces évéques. Le faible Goniran, effrayé, ordonna qu'on leur rendit promplement la liberté. C'est ainsi qu'alors et depuis on vit trop souvent, pour le malheur des rois et des peuples , une peur super-

ET AUTRES ROIS. l65

stitieuse remplacer la crainte salutaire de la religion et des lois.

Chilpéric ainsi que ses frères répandaient sans remords le sang de leur famille , opprimaient les peuples, et dévastaient sans pitié les provinces. Mais, d'un autre côté, ces princes cruels devenaient tremblans au moindre phénomène; un songe les troublait; leur bizarre foi croyait aux maléfices et doutait des dogmes.

Ce même Chilpéric composa un livre cou- Livre ae tre la Trinité : « A quoi bon trois personnes; suiiaTn- » disait-il : c'est une chose indigne, préten- )) dait-il , qu'on parle de Dieu comme si c'é- )) tait un homme en chair et en os. » Quand son livre fut achevé , il l'envoya à Grégoire de Tours; et, mandant près de lui cet évèque , il lui dit : k Yoilà ce que je veux que » vous croyiez , vous et tous les docteurs de » vos églises. » « C'est vous-même, répon- )) dit l'évêque , qui ne devez croire que les » vérités enseignées par les apôtres, et par » Eusèbe et Hilaire , enfin ce que vous avez )) juré de croire en recevant le baptême. » Le roi, irrité, témoignant son mépris pour Eusèbe et Hilaire, répliqua : u Je vous crois peu » de lumières; je m'adresserai à des gens plus » habiles que vous, et qui m'approuveront, n « Seigneur, reprit Grégoire, si vous rencon-

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» trez de pareils hommes , ce ne seront point » des hommes habiles, mais des insensés. » Chilpéric le quitta brusquement, attaqua sur le même sujet Tévèque d'Albi ; et , trouvant en lui la même fermeté , il oublia son vain projet de changer le culte chrétien.

Koureiio D'autres aflaires, suscitées par la haine qu'il

guerre ci- • . • l i . i • « i

Tiie. inspirait , troublèrent bientôt le repos momentané de ce roi ambitieux et de son implacable épouse. Contran venait de perdre ses deux fils; il adopta solennellement ^e jeune roi d'Austrasie , et demanda au roi de Soissons de céder à Childebert la ville de Paris; sur son refus, il lui déclara la guerre.

Dans le même temps, Brunehaut, qui suscitait partout des ennemis à Chilpéric , arma contre lui les Bretons; ils s'emparèrent de Vannes , et leur comte , nommé Varoch, vint camper à la tête d'une nombreuse armée sur les bords de la Vilaine. Un corps de Saxons augmentait ses forces.

Chilpéric <itait brave; le courage était la seule vertu qui restait encore à la race de Clovis. Il combattit Varoch , le déût et le contraignit k se soumettre.

Depuis plusieurs années le roi de Soissons, forcé de chercher à tout prix de l'argent pour exécuter les desseins que lui dictait une am-

bition sans bornes, avait bravé les mœurs des Francs, en imposant sur leurs biens de lourds tributs. Les liommes libres, conmie les serfs de son royaume , étaient assujettis à une capitation; l'industrie des villes était gênée par des taxes ; enfin il venait d'asseoir l'impôt d'une ampliore sur ebaque arpent de vigne.

De toutes parts on murmurait ; cbacun , fuyant sa domination, en cherchait une plus douce dans les Etats de Contran et de Childebert : ainsi son royaume se dépeuplait, en même temps que son trésor se remplissait.

L'avarice de ce prince résistait à toutes les snpcrsntiou

. . - de Frcdo-

remontrances; la superstition le trouva plnsgoi-ae et a,

SOU cpuux,«

docile. Le fils aine de Frédégonde meurt subitement; ses autres enfans tombent malades; le roi lui-même est attaqué de la fièvre : Frédégonde alors s'elfraie ; les aiguillons du remords l'agitent; elle ne pouvait aimer Dieu, mais elle craignait l'enfer. Les prêtres s'aperçoivent de sa frayeur, en profitent et la re- * doublent. Epouvantée, elle entraîne son époux dans le lieu oii l'on gardait les registres des impôts.

<( Le ciel nous punit, lui dit-elle; nous » abusons depuis long-temps de sa patience. n Aussi nos enfans vont périr; les larmes des )) pauvres , les gémissemens des veuves , les

iGS CIIII.I'KRIC

i) soupirs (les orphelins unirent sur nous la » colère céleste. Si nos enfans meurent, à )) quoi nous serviront nos immenses richesses? » Nous les tamassons sans savoir qui en héri- » tera; que faire de ces trésors souillés de ra- » pines et chargés des malédictions du peuple? » Nos celliers n'ahondaicnt-ils pas en vin et » on blé? Nos coffres n'étaient-ils pas remplis » d'or et de pierres précieuses? Pourquoi ac- » cahier le peuple sous le poids de nouveaux » iiiq)ùts? C'est travailler nous-mêmes à notre » propre ruine. Ah! croyez-moi, livrons aux )) flammes ces registres funestes^ et conten- )) tons-nous désormais des revenus que perce- » vait le roi Clotaire. n

Chilpéric est ému par ces paroles. Cependant il se tait ; il hésite à consommer un sacrifice si pénible. Alors la reine saisit les registres et les jette au feu, en lui disant : (( Imitez mon exemple ; et , si nous sommes » destinés au malheur, préparons-nous au )) moins une consolation en regagnant l'af- » fection des peuples. » Chilpéric obéit, et la multitude inconstante, oubliant les crimes de Frédégonde , admira sa générosité.

Si la peur des vengeances du ciel vainquit la cupidité de cette reine impie, elle ne fut pas assez forte pour surmonter sa haine contre

les malheureux enfans d'Audovère. Il restait encore un fils de cette princesse, c'était Clovis; il détestait Frédégonde : elle jura sa mort; cependant, avant de frapper sa victime, elle faillit tomber elle-même sous ses coups.

Le comte de Leudaste , parvenu des der- Conspira-

... , fion deLeu-

niers rangs du peuple aux plus hautes dignités dasiecomre de l'État, forma dans ce temps, avec un prêtre de Tours nommé Riculphe, une conspiration dont le but était de chasser Frédégonde , de tuer Chilpéric , de placer sur son trône Clovis, et de gouverner le royaume sous son nom.

Leudaste, esclave dans son enfance, et depuis employé dans les écuries de MarcouefFe , femme de Caribert, était devenu, par la protection de cette reine, premier écuyer, Icude et comte. Ce fut lui que Chilpéric envoya dans la ville de Tours, pour la punir de la protection accordée à Mérovée. Il s'y conduisit en tyran. L'évêque Grégoire obtint, à force de remontrances , l'éloignement de ce fléau public. De ce moment Leudaste résolut de perdre Grégoire, et de faire donner son évêché au prêtre Riculphe, qui, tenté par cet appât, promit de servir tous ses coupables projets.

L'audacieux Leudaste connaissait l'humeur accusation impérieuse, jalouse et violente de Chilpéric ; "cUgoudr

lyO CIIILPÉRIC

il vint le trouver , et lui apprit que la reine Frédégonde entretenait un commerce criminel avec Bertrand, évèque de Bordeaux. Le roi , indigné de cette accusation , s'emporte d'abord contre Leudaste au point de le frapper. Mais celui-ci persiste à soutenir sa dénonciation, u Cet adultère, dit-il, est généralc- » ment connu, et l'évèque Grégoire de Tours )i en atteste la vérité. »

L'accusateur espérait sans doute que le prince outragé chasserait son indigne épouse, sans vouloir se compromettre par un jugement public ; il se trompa. Cliilpéric convoqua les grands et les évèques , et ordonna à la reine , ainsi qu'à Grégoire, de comparaître devant cette assemblée.

Frédégonde se défendit avec hauteur et violence; Grégoire avec le calme de la vertu. L'assemblée décida que l'évèque de Tours serait admis à se purger par serment de l'accusation intentée contre lui. Il communia publiquement, et jura ensuite que les faits allégués par le roi étaient des impostures. Alors les évèques proclamèrent son innocence , et déclarèrent qu'il ne leur restait plus qu'à excommunier le calomniateur.

Comme le roi avait seul porté plainte, sans nommer ceux qui l'avaient informé des désor-

ET AUTRES ROIS. îjl

dres de la reine , celte déclaration des évêques ne concernait que lui; eiïrayé de cette menace, il dit qu'il n'avait fait que répéter les révélations de Leudaste et de Riculphe. Le comte fut jeté en prison, et Riculphe exposé à la torture. Ce lâche prêtre avoua tout le complot tramé contre Frédégonde et le roi ; il périt, et Leudaste ne perdit que ses biens; tant on hésitait alors à punir les leudes, dont on redoutait l'audace, la force et les partisans; aussi il était plus commun de les voir assassinés que jugés.

Ce comte insolent , rassemblant quelques gens armés, livra au pillage la ville de Tours, pour se venger de l'évêque , obtint ensuite sa grâce du roi , et revint arrogammcnt à Tours demander à Grégoire de le réconcilier avec l'Église , et de l'admettre à la communion.

L'évêque allait céder à ses instances ; mais il reçut une lettre que Frédégonde lui écrivait pour l'en détourner. Alors il répond à Leudaste qu'il doit racheter sa réconciliation par une longue pénitence. Le comte, dont l'épée et l'orgueil bravaient tous les dangers comme toutes les puissances , revient hardiment à Paris, et se montre sans crainte aux regards de Frédégonde. Vtngcance

/-i . , • . ,. , . àe culte

Lette reine indignée perd connaissance , et reine.

nouveaux crimes

172 CJULPÉRIC

tombe en le voyant ; elle demande ensuite vainement à son époux venf^cance de cet afl'ront ; Chilpéric n'ose ni la refuser ni la promettre. L'imprudent Leudaste se promène, sans suite, dans les rues , et parcourt les boutiques aussi tranquillement que s'il n'avait point d'ennemis; mais, au moment où il examinait les diamans d'un joaillier, un serviteur de la reine tombe sur lui à l'improviste , et le massacre : les lois et le roi se turent. Ses A peu près dans le même temps deux en-

"!'' fans de Frédégonde moururent; au lieu de les pleurer, elle chercha dans leur mort un prétexte pour consommer la ruine de Clovis ; au moyen de faux aveux arrachés par la torture à une maîtresse de ce prince, elle vint à bout de persuader à Chilpéric que ses enfans étaient morts empoisonnés. Le roi, subjugué par sa vindicative épouse, lui livra son fils; on l'enferma dans une prison , et le poignard de Frédégonde y trancha ses jours.

La reine Audovère était religieuse ; elle ne pouvait ni ne devait se venger; mais ses larmes importunaient Frédégonde. La barbare la fit étrangler, et enferma dans un monastère la fille de cette infortunée, après l'avoir fait déshonorer par ses infâmes satellites. De tels monstres, échappés à la justice des hommes, dé-

montreraient plus que toute autre preuve la nécessité et l'existence d'une justice céleste.

L'empire d'Orient se relevait alors sous le sceptre d'un prince guerrier ^. L'empereur Tibère invita Cliilpéric par ses ambassadeurs à se liguer avec lui contre les Lombards. Il envoya aussi dans le même but de riclies présens aux rois Contran et Cbildebert ; mais les Français, livrés à leurs funestes dissensions, semblaient alors insensibles à la voix de la gloire qui les avait si long-temps animés. Frédégonde etBrunehaut, pareilles à deux furies, les excitaient sans relâche à se détruire entre eux et à déchirer le sein de leur patrie.

La faiblesse de Contran et la minorité de Childcbert laissaient un libre cours en Austrasie à la licence des grands; ils étendaient de jour en jour leur fortune et leur autorité aux dépens du pouvoir royal. Vainement Lupus, duc de Champagne, défendait le trône d'un monarque enfant; les leudes Ranchin, Contran-Boson, Bertefroy, de concert avec Égidius, archevêque de Reims, bravèrent le ministre et le contraignirent à s'exiler. Favorisant secrètement Frédégondc, ils corrompirent le patricc Mummol , forcèrent le jeune Cbildebert à rompre avec Contran son tuteur, auquel ils

174 cniLPÉRic

enlevèrent par surprise la ville de Marseille. En même temps Didier, (Général de Cliilpéric, s'empara du Péri.j^ord et de l'Agéiiois. Invasion Les Gascons , peuplades qui habitaient la

tics Gascons i r» > i il

en Aqui- JNavarre espagnole, proliterent de ces troubles,

laine, r. i • i t» 5 i i • 1

francliirent les Pyrénées et s établirent dans l'Aquitaine ^. Le désordre semblait alors refluer dans le ciel comme sur la terre; on entendit gronder le tonnerre; on vit naître des fleurs au mois de janvier; une comète chevelue et une pluie colorée qu'on prit pour une pluie de sang efl'rayèrent les peuples. A la même époque, pour ajouter encore un élément de plus aux discordes qui désolaient la France, on vit paraître un nouveau prince de la race de Clovis.

11 se nommait Gondebaud et se disait fils de Clotaire; dans son enfance le roi Childebert l'avait accueilli, protégé et enrichi. Après la mort de ce roi il parcourut l'Italie, l'Allemagne, la Grèce, et rencontra à Constantinople Gontran-Cosoii , qui lui conseilla de réclamer ses droits au trône. L'empereur d'Orient lui promit des secours; il revint en France, fut reçu avec honneur dtâns Avignon par Miimmol, et peu de temps après vit ce même Gontran- Boson se déclarer contre lui et le combattre.

Brunehaut, dans l'espoir de susciter un en-

ET AUTRES ROIS. IjS

nemi de plus à Chilpéric , favorisa secrètement Gondebaud, qui força ses ennemis à s'éloigner d'iVvignon.

La guerre continuait entre Chilpéric et Contran avec des succès balancés ; enfin ils conclurent la paix; et Childebert, qui venait d'atteindre l'âge de quatorze ans, se réconcilia avec le roi de Bourgogne , son tuteur.

Le règne de Tibère en Orient avait été glorieux , mais court ; son successeur jNIaurice envoya cinq cent mille écus d'or à Childebert, pour l'armer contre les Lombards qui investissaient la ville de Rome. Le jeune roi d'Austrasie franchit les Alpes '*' à la tète de son armée , entra en Italie et éprouva d'abord quelques revers; mais enfin, réparant sa défaite, il força le roi des Lombards Autharis à se soumettre et à lui payer un tribut annuel.

Ce fut cette même année que la France se vit Mo,i «lo délivrée de l'un de ses plus cruels tyrans. Chilpéric, revenant de la chasse dans sou palais de Chelles, reçut en descendant de cheval deux coups de poignard qui terminèrent sa vie et ses crimes : on accusa de sa mort lîrunehaut et Frédégonde. On ne sait laquelle des deux fut coupable de cet attentat; mais toutes deux étaient capables de l'avoir conçu et commis.

Cliilpei

Ij6 CIIILI'KRIC

Quolqucs autours ont l'crit quo Cliilpéric venait de découvrir la liaison criminelle de sa femme avec un leude nommé Landry, et qu'ils l'assassinèrent pour échapper à sa vengeance.

Chilpf'ric mourut k l'âge de quarante-cinq ans'*'. Ce prince, vaillant, adroit, magnifique et instruit, se montra toujours dissolu, violent, faible, perfide et cruel; il comblait de richesses les grands pour les asservir; il fondait partout des monastères et bâtissait des églises pour racheter ses crimes; il craignait le clergé et le détestait, ce Notre fisc, disait- il, est devenu » pauvre ; nos richesses sont à présent le pa- » trimoine des églises; les évêques deviennent » les vrais administrateurs des nations ; le » sceptre n'est plus qu'un ornement presque )) inutile dans la main des rois; les beaux )) jours de leur gloire sont passés ; le clergé a » tout envahi ;)

Ce roi sans pitié n'aima jamais personne, et personne ne lui fut attaché. Après sa mort, son corps abandonné resta couché sur la terre, sans qu'aucun parût s'occuper d'un monstre qu'on ne craignait plus; ses restes durent enfin les honneurs funèbres à la pitié d'un évêque qui lui avait demandé pendant trois jours une

audience sans pouvoir l'obtenir. Ce prélat fit transporter son corps à Paris; on l'inhuma dans l'église de Saint-Germain-des-Prés. Grégoire de Tours a tracé en peu de mots le portrait de ce tyran , qu'il appelle avec raison le Néroîi et XHérode de la France.

lyS CONTRAN

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