‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 20 sur 50 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CONTRAN, ROI DE PARIS; CHII.DEBERT, ROI d'aIISTHASIE ; CLOTAIRE II, ROI DE SOISSONS.

Clotaire II est proclame roi. — Guerre entre les Français et les Lombards. — Assassinat de Pre'textat. — Traite' d'Andclot. — Mort de Gontran.

Dès que Gontr.in apprit la nouvelle de la mort

de Chilpëric, il vint précipitamment à Paris.

Cliildebert y accourut aussi avec ses troupes;

mais on ne lui permit pas d'entrer dans cette

ville. Ce fils de Brunehaut demandait à grands

cris qu'on livrât Frédégonde à sa vengeance

pour immoler l'infâme meurtrière de Sigebert,

de Théodebert, de Mérovce, de Clovis et de

Chilpéric à leurs mânes.

Clotaire II Frédégoude , effrayée , se réfugia dans l'é-

"rod^oi.* glise de Notre-Dame, et chercha un asile au

pied des autels que sa présence profanait. Elle

eut cependant l'audace d'y appeler Gontran et

l'adresse de le séduire. Ce roi, dont la bonté

n'était que faiblesse , protégea cette reine coupable, et fit proclamer roi son fils Clotaire II.

Les Parisiens , indignés, bravaient l'autorité de Gontran , et demandaient la mort de Frédégonde. Son protecteur la fit partir pour Rouen afin de dérober sa tête à la baine publique. A peine arrivée dans ce nouvel asile, l'implacable Frédégonde médita de nouveaux forfaits; sollicitant l'appui des étrangers pour venger sa querelle , elle se ligua secrètement avec les Lombards, et, pour prix de leur invasion en France, elle leur promit la mort du jeune roi d'Austrasie et de sa mère Bruncbaut.

Des assassins , agens fidèles de sa politique sanguinaire, partirent pour Metz; mais, au moment où ils voulaient exécuter les ordres de leur barbare reine, ils furent découverts, arrêtés, et Brunehaut, après avoir ordonné qu'on les mutilât, les renvoya avec mépris à Frédéfîondc.

L'opinion générale, accusant alors la veuve de Cliilpéric d'adultère, regardait Clotaire II comme bâtard et indigne du trône. Gontran, pour détruire ce soupçon, obligea Frédégonde de faire attester publiquement la légitimité de son fils par le serment de trois évêques et de trois cents notables. Cette bienveillance du roi de Paris et de Bourgogne pour la mortelle en-

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nemic de Rrunchaut excitait le ressentiment de cette reine; voulant se venger de lui, elle soutint secrètement \v. parti du prince ou de l'aventurier Gondebaud, qui demandait à Contran le partage de ses États.

Protégé par elle, secondé par Mummol, par Gontran-Boson et par l'évèque Sagittaire, il accrut promptement ses forces ; et une armée assez nombreuse le proclama roi d'Aquitaine dans la ville de Brives-la-Gaillarde dont il s'était emparé ; mais ce fut le terme de sa fortune. Le patrice Egila, envoyé contre lui par Contran , l'attaqua, le vainquit et le mit en fuite. Il s'enferma dans le château de Commineces , ville très forte par sa position; il y fut assiégé et repoussa vaillamment plusieurs assauts; mais enfin, comme les vivres lui manquèrent, sa ruine parut certaine. Dès-lors le perfide Contran-Boson et l'intrigant Sagittaire résolurent de se sauver en le trahissant. IMummol souilla aussi sa longue gloire par la même perfidie. Ils persuadèrent à cet infortuné de fuir avec eux et le livrèrent à ses ennemis ; il périt : mais le patrice Egila, méprisant les traîtres en profitant de la trahison, fit aussi tomber leurs tètes cou-

Guerrc pablcS.

Fran^ais^'et A la mémc époquc on vit éclater entre les 7)ards".' Français et les Lombards une guerre suscitée

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par les artifices de Frédégonde. Le fds du roi de Lombardie avait épousé la sœur de Childebert; ce jeune prince se révolta contre son père qui le fit enfermer; mais sa femme trouva le moyen de le tirer de sa prison , et de se sauver avec lui dans l'Orient. L'empereur Maurice y régnait alors; il se ligua avec Childebert et Brunehaut pour protéger le prince proscrit.

Cette guerre fut sans gloire pour les Français ; ils ne purent ni pénétrer en Italie ni chasser leurs ennemis de la partie de la Gaule qu'ils avaient envahie. Le glaive des Francs était alors terni ; on ne voyait briller que leur poignard, et ils semblaient n'avoir plus de courage que pour le crime.

Frédégonde, qui ne se lassait jamais d'en Assassinat

, -Il ilePrelexlal.

commettre, chargea un assassin de la venger d'un ancien ennemi, de l'évéque de Rouen, que Contran venait de rétablir sur son siège. Prétextât fut frappé au pied de l'autel d'un coup de poignard; le meurtrier, arrêté par le peuple , invoqua vainement la protection de la reine ; on le livra au neveu de l'évéque, qui le mit en pièces.

Prétextât était mourant ; Frédégonde , qui ne connaissait ni pudeur ni remords, eut l'audace de visiter sa victime sous prétexte de la secourir. Le prélat refusa ses soins avec mé-

d'Âadelot.

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pris, l'accabla de reproches, et lui annonça les venj^eances du ciel.

Contran, toujours faible, borna sa sévérité à exiler cette furie dans un château de Normandie nommé le Vaudreuil. Frédégonde, sans reconnaissance pour son libérateur, sans pitié pour l'âge de Contran, sans respect pour le protecteur de son fils, tenta deux fois de l'assassiner.

Traite Cependant les grands du royaume de Neustrie et d'Austrasie, las de la guerre impie que leurs faibles rois se faisaient pour la cause d'une femme souillée du sang de tant de princes, leur conseillèrent ou plutôt leur commandèrent de se réconcilier. Ils conclurent la paix *. Contran reconnut Childebert pour son héritier. Crégoire de Tours prit une part active à ces négociations. Ce traité, qu'on nomma le traité d'Andelot, fut, ainsi qu'on le voit dans son préambule, conclu par le conseil des évèques et des grands, dont il prouve évidemment l'influence et l'autorité croissantes.

Par les dispositions de cet acte Contran conservait les parties de la ville de Paris et de tout l'héritage de Caribert qui lui avaient été disputées. De son côté Childebert acquérait définitivement les cités de Meaux, Senlis,

* SSr.

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Tours, Poitiers, Aire, Conserans, Bayonne et Albi. Le survivant des deux rois devait hériter totalement de l'autre, s'il mourait sans en fans.

Tous les dons faits par Contran à sa fille Clotilde, en cités, terres ou autres revenus, lui étaient garantis.

Dans le cas où Childebert mourrait le premier, Contran promettait de protéger en père ses fils Théodebert et Thierry, et de plus de servir d'appui à sa femme Failleube et à sa mère Brunehaut.

Le même traité garantissait aussi à la reine Brunehaut les cités de Bordeaux, de Limoges, de Cahors , de Béarn et de Bigorre qui lui avaient été adjugées après l'assassinat de sa sœur Calsuinde.

Les leudes qui avaient, dans le cours de la guerre, abandonné l'un des deux rois, étaient obligés d'après ce traité de revenir près de lui.

Tous les dons faits -précédemment aux églises et aux leudes devaient leur être inviolablement conservés ou fidèlement rendus, et on les déclarait irrévocables; on s'obligeait à faire ces restitutions aux leudes sur-le-champ. On convint que les leudes pourraient en tout temps voyager avec liberté d'un royaume à l'autre. Chacun des deux rois contractans s'en-

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piu2;eait à ne jamais solliciter les leudes de Tautre de le quitter pour s'attacher à lui.

Enfin il fut déclaré que celle des deux parties contractantes qui violerait, sous (juel(|ue prétexte que ce fût, les stipulations de ce traité, en perdrait tous les avantages qui tourneraient au profit de l'autre.

Cet acte célèbre fut une victoire des grands sur les rois, et devint une époque remarquable dans notre histoire. Jusque-là les rois avaient marché graduellement au pouvoir absolu en s'entourant de leudes auxquels ils accordaient des bénéfices révocables; mais, comme leurs domaines s'épuisaient, et que cependant ils voulaient sans cesse augmenter le nombre de leurs leudes, ils reprirent arbitrairement les dons qu'ils avaient faits, et les distribuèrent de nouveau, suivant leurs craintes ou leurs caprices, dépouillant les plus faibles,'enrichissant les plus redoutables; leurs cours se remplirent d'intrigues; et, lorsque tour à tour chacun des leudes eut subi sa part des injustices de ce despotisme, tous se liguèrent pour défendre leurs communs intérêts.

Le traité d'Andelot, arraché par eux, convertit les bénéfices en propriétés irrévocables; et dès-lors la noblesse, devenant indépendante et héréditaire, domina le trône qui resta sans

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richesse et sans force , de sorte que l'ancienne démocratie des Francs, qui depuis Clovis était devenue une monarchie militaire, se convertit en aristocratie turbulente sous laquelle languirent des ombres de rois incapables de défendre leur sceptre et le peuple de l'oppression des grands. Les progrès de celte révolution furent si rapides qu'en moins de cinquante ans on la vit consommée.

Au reste cette paix d'Andelot , qui rendait momentanément le repos à la France, augmentait les périls de Contran, en redoublant les fureurs de Frédégonde. Aussi ce malheureux roi, se croyant toujours entouré d'assassins, adressa un jour dans l'église ces étranges paroles au peuple qui assistait à l'ofticc : « Vous tous, » hommes et femmes, je vous conjure de me n rester fidèles. Ne me traitez pas comme mes » deux frères que vous avez fait périr. Je n'ai » point d'enfans; il ne me reste que déjeunes » neveux que j'ai adoptés. Laissez-moi régner » encore deux ou trois ans pour rétablir l'ordre » dans la France. Songez que, si vous me lais- » sicz mourir avec mes innoccns pupilles, il » ne resterait plus personne de la race royale » pour vous défendre. » Le peuple répondit à ce discours par des prières ferventes pour le salut du roi. Il suffit, pour peindre les mœurs

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de ce temjis, de dire qu'une si étranf^e démarche d'un roi excita quehjue pitié, mais ne causa aucune surprise.

On découvrit bientôt en Austrasie une conspiration nouvelle tramée par les grands àl'insti.j^ation de Frédégonde. Brunehaut envoya les traîtres au supplice; Tévèque de Reims, leur chef, fut, dans un concile à Metz, jugé, convaincu et déposé.

Mort Le roi Contran mourut à Chàlons*: il était

acGonlran.

âgé de soixante-huit ans; il avait régné trentedeux-ans. Son dernier acte fut un acte de faiblesse : il consentit à revoir Frédégonde, et à tenir à Ruelle sur les fonts du baptême son fils Clotaire.

Comme il ne laissait pas d'enfans mâles, Cliildebert hérita de ses États ; et la fière Brunehaut, qui gouvernait ce jeune prince , se vit enfin au comble de ses vœux, en régnant sur la plus grande partie de la France , tandis que son ennemie Frédégonde , humiliée, sans appui, soutenait avec peine dans un État borné le sceptre d'un enfant entouré d'ennemis.

Contran fut l'un des moins barbares des petils-hls de Clovis; il faisait le bien par penchant et le mal par faiblesse ; le peuple chérit sa douceur; le clergé profita de sa dévotion : il accrut

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l'autorité de cet ordre par ses lois, et sa richesse par de magnifiques fondations et par des dons sans mesure.

Le récit de ses entretiens avec l'évèque de Tours prouve qu'il était affable, gai et familier avec ses leudes; superstitieux comme tous les princes de son temps, il racontait à Grégoire de Tours que la mort de Chilpéric lui avait été annoncée dans un rêve, et qu'il avait vu en songe ce roi tomber dans une marmite bouillante.

11 nous reste deGontran un édit dans lequel, après avoir gémi sur les crimes de tout genre qui souillaient alors la France, il ordonne aux évêques de renoncer sur de si graves objets à une indifférence et à un silence coupables; il leur recommande de se réunir aux juges, de parcourir les cités, d'instruire les peuples des règles de la morale, des préceptes de l'Évangile, et de rendre des jugemens sévères contre ceux qui les violeraient. Enfin il défend, soils des peines sévères , tout travail les dimanches et les jours de fête. Les princes , dans tous les temps, oublient que leur exemple serait la plus eflicace des lois , et que la vertu perd sa force quand son langage sort de la bouche de la faiblesse et du vice.

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