CHAPITRE X
(LOTAIRE II, ROI DE KEI'STBIE ET DE BOIRGOGNE ; D.VGOBERT SON FILS , ROI d'aXSTRASIE.
Irruption des Esclavons ou Slaves. — Traite entre Clotairc et Daj^obert. — Révolte des Saxons. — Echec de Dagohert. — Victoire de Clotairc. — Mort de ce roi.
L'administration sage et ferme du nouveau roi d'Austrasie lui attira de grands c'ioges; son nom devint célèbre en Europe ; il dut cette gloire à ses trois ministres, Pépin, Arnoul etCunibert, évêque de Cologne. Le caractère d' Arnoul était si révéré que le peuple de Metz voulut l'élire pour évèquc, quoiqu'il fût marié et père de plusieurs enfans. L'autorité du roi appuya le vœu du peuple. La femme d'Arnoul consentit à se séparer de lui; elle se fit religieuse; et Arnoul, dégagé de ses liens, se vit porté malgré sa résistance sur le siège pontifical.
A cette époque les Francs commençaient à irrupùon
, , , ' . des Escla-
redouter un nouveau peuple dont la puissance vonsou
„ . . , .',*,.,. , Slaves.
faisait des progrès rapides : c était la nation des
i!22 CLOTMIU; Il
Esclavons-\ onèdos; on les appelait dans leiiipays Slaves, nom tiré du mot sluva (jui sijjniliait gloire.
Les Esclavons, sortis des plaines glacées de la Suède et de la Prusse , s'étaient d'abord répandus en Scythie, en Sarmatie , bientôt jusqu'aux rives de FElbe. De là ils s'étendirent en Hongrie, en Bavière, en Dalmatie et dans les contrées connues jusqu'à présent sous le nom d'Esclavonie. Ce peuple était divisé en pins de trente tribus ; quelques-unes, voulant s'établir dans la Carinthie et dans la Carniole, s'y trouvèrent soumises aux Avares ; mais, impatientes du joug, elles se révoltèrent sous les ordres d'un marcband français né à Sens et nommé Samon; son courage le conduisit à la victoire, et son esprit à la domination. Par reconnaissance elles le proclamèrent roi ; et Samon , marcbant de succès en succès, étendit promptemcnt ses limites jusqu'aux frontières de la Tburinge.
11 avait quitté le commerce pour la royauté, et la religion clirétienne pour Tidolâtrie. D»'*gagé du frein qui aurait pu arrêter ses passions, il épousa, dit-on, douze femmes, dont il eut vingt-deux fils et vingt-cinq filles : tel était le nouvel ennemi qui menaçait alors les Austrasiens.
Le roi de France aurait dû attaquer ces Barbares sans leur laisseï- le temps d'accroitre leurs forces et d'affermir leur puissance; mais, depuis un demi-siècle, les Francs étaient trop livrés aux troubles civils pour s'occuper avec constance des dangers extérieurs; et leur désunion seule les empêcha de succéder aux Romains, et de se rendre maîtres de l'empire du monde , qu'aucun rival digne d'eux n'aurait pu alors leur disputer.
Clotaire, en donnant TAustrasie à son fils , Tr..iiecntre
' CloUiie el
n'avait pas cru cesser de régner sur cette Dagohen. partie de la France; un nouveau nœud semblait encore lui répondre de la docilité de Dagobert ; il venait de lui faire épouser Gomatrude , sœur de sa femme Sicliildc ; mais l'ambition ne respecte ni les chaînes du devoir ni les liens du sang; les leudes austrasiens exigèrent que leur roi réclamât les possessions qui appartenaient à leur royaume du temps de Brunchaut, de Childebert, de Thierry, et que Clotaire en avait séparées : le père et le fils se virent au moment d'être forcés par la turbulence de leurs grands de se faire une guerre impie; mais, au moment où la rupture était près d'éclater, les deux rois se soumirent à l'arbitrage de douze seigneurs qui terminèrent leurs différends par un traite''.
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Clotairc céda aux Aus( rasions jîrosque toutes les terres qu'ils demandaient; mais il garda Bordeaux, Toulouse, et une grande partie de l'Aquitaine. Arnoul , blessé de ces débats scandaleux , et fatigué de ces intrigues qui ne pouvaient convenir à sa piété, abandonna son évêché , renonça au ministère, quitta la cour et chercha dans la solitude, au fond des Ardennes, un repos que les mœurs du temps rendaient inconîpatil)le dans le monde avec la vertu.
Cunibcrt le remplaça dans la confiance des peuples et dans la faveur du roi. Le maire de Bourgogne, Varnacliaire, mourut cette même année. Les grands rassemblés , prévoyant peutêtre que les maires deviendraient de nouveaux rois plus redoutables que ceux dont ils ne semblaient être que les ministres , ne voulurent point élire de successeur à \arnachaire ; et Clotaire , depuis ce moment , gouverna seul cette contrée jusqu'à sa mort ^.
Révolte La France était pacifiée au dedans; ce repos fut court : la révolte des Saxons la força bientôt de courir aux armes. Berthold, duc et chef de ce peuple belliqueux, refusa de payer le tribut qui lui était imposé; et , lier des forces nombreuses qui l'entouraient, il envoya au roi de France un défi hautain.
des Saxuii
Dagobert, sans attendre les secours que lui v.cUcàe promettait son père, marcha contre les rebel- '° *^' les avec plus d'ardeur que de prudence. Surpris, attaqué, investi, il opposa vainement une opiniâtre résistance au nombre et au courage des Saxons; après des prodiges de valeur, vaincu et blessé , il se vit forcé à la retraite ; il rendit compte à Clotaire de ce désastre, et, pour lui prouver que la race de Clovis n'était point dégénérée en lui, il lui envova des fragmens de son casque brisé, et une touffe de ses cheveux souillée de sang.
Clotaire se livrait dans les Ardennes au plaisir de la chasse, passion favorite des princes francs. Saisi de douleur et de colère à la lecture des lettres de son fils, à la nouvelle de sa défaite et à la vue de son sang, il appelle aux armes tous ses leudes, rassemble tous les Francs, leur demande vengeance , marche rapidement contre les Saxons , les atteint près du Yéser, et leur livre bataille,
La fortune était indécise, la victoire vaillamment disputée; au milieu de la mêlée, Clotaire aperçoit Berthold, et s'élance sur lui : « Roi » de France, crie le duc, arrête-toi; évite un )) combat qui ne peut tourner à ton avantage. » Si je succombe, à peine se souviendra-t-on que » tu as tué un de tes vassaux; et, si lu tombes
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» SOUS mes coups, tu me donneras la gloire d'a-
M voir vaincu le plus puissant roi de la terre. »
Victoire Clotaire, sans lui répondre, l'attaque, le
lie Clotaire. | I -«^^ir*^
presse, le renverse, tranche sa tête et la fait placer au bout d'une lance. La vue de ce sanglant trophée remplit les Français d'enthousiasme et les Saxons de terreur; il semble que ceux-ci ont perdu leur courage avec leur chef; ils ne peuvent ni combattre ni se retirer. Clotaire profite de leur désordre , les disperse, les poursuit et en fait un affreux carnage.
Les historiens de ce temps barbare n'auraient point cru ce triomphe assez beau, s'ils ne l'avaient terni en s'efforçant de le rendre honteux et féroce; ils racontent que le roi, insatiable de vengeance , extermina les vaincus, et n'accorda la vie qu'à ceux dont la taille n'excédait point en hauteur la longueur de son épée.
Revenu en France, le roi éprouva qu'il lui était plus facile de vaincre ses ennemis que de gouverner ses sujets. Au moment où il jouissait paisiblement de la victoire dans son palais de Clichv, il apprend que les serviteurs d'Egina , son favori, ont lue l'intendant de son fils Charibert ou Aribert, et que le prince et ses amis veulent ])unir les meurtriers défendus vivement par un grand nombre de seigneurs.
Malgré les ordres du roi, et aux portes de son palais, les deux partis, rangés en bataille, se disputent la colline de Mont-Mercure , aujourd'hui Montmartre, qui les séparait.
Le roi ne peut empêcher ce criminel combat qu'en sortant armé, à la tète d'une troupe de leudes fidèles, et en menaçant de charger luimême celui des deux partis qui commencerait l'attaque; on bravait son sceptre, on se soumit à son épéc.
L'année 628, qui termina le règne de Clotaire, devint dans l'Orient une époque mémorable par la mort de Mahomet, de ce prophète guerrier dont les dogmes et le glaive dominèrent bientôt une moitié du monde et menacèrent d'envahir l'autre.
Clotaire fut enterré dans l'église de Saint- Germain-des-Prés ; il avait régné quarantequatre ans. Meurtrier de Brunehaut à laquelle il avait faussement imputé tous les crimes de Frédégonde , assassin des fils de Thierry, il fut cependant nommé juste, clément, et même débonnaire par ses contemporains , toujours disposés par leurs mœurs à excuser les crimes politiques.
Au reste on doit convenir que ce prince, cruel par ambition avant de parvenir au trône, se montra modéré après son élévation. Il était
de co roi.