‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 36 sur 50 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

TillERRY, ROI DE BOURGOGNE ET DE KEUSTRIE; ÉBROIN, MAIRE ; MARTIX ET PÉPIN, PRINCES d'aISTRASIE.

Habileté Ui; Pépin , maire du palais. — Ambition et nouveau crime d'Ebroin. — Sa mort violente. — Sage gouvernement de Pépin. — Sa victoire sur les Neustriens. — Sa puissance souveraine.

JLa mort de Dagobert reiidil aux grands d'Aus- iiai,ii..ié Irasie une autorité sans bornes; elle les au- maire du rait perdus par Tanarcliie qui en aurait éttî la suite; mais, heureusement pour eux-mêmes, ils trouvèrent à la fois de saws conseils et un utile frein dans l'habileté et le courap:e du maire choisi par eux pour les gouverner; l'autorité tombée se releva sous l'administration vigoureuse de Pépin, et s'aflermit par le génie haidi d'un fils ((ui accrut encore la gloiie de sa race : ainsi la famille carlovingienne jouit prés d'un siècle du pouvoir avant de régner, et mérita cent ans la couronne avant de la porter.

Cependant les premiers pas du sage Pépin

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dans cette brillante carrière ne furent marqués (jue par des revers. Mais beaucoup d'exemples prouvent qu'ils sont souvent plus utiles ([uc les succès; car ils retrempent les grands courages qu'une prospérité continue amollit.

Ambition Ébroin ne se contentait pas de la défaite et de

cl nouveau l

crime aÉ- la mort du roi d'Austrasie; c'était son rovaumc qu'il voulait conquérir, c'étaient surtout les grands de ce pays que sa haine poursuivait, parce qu'ils avaient offert un asile et des secours aux seigneurs neustriens et bourguignons échappés à sa tyrannie.

Profitant du désordre causé par ses dernières victoires, il poursuivit l'armée vaincue, l'atteignit, lui livra une nouvelle bataille et la mit encore en déroute. Martin , ralliant quelques fuyards, s'enferma dans la ville de Laon; Pépin, plus prudent, se retira en Austrasie.

Ébroin se servait également contre ses ennemis de la force et de la trahison ; il proposa la paix à Martin, et l'invita à venir dans son camp en lui promettant une entière sûreté. L'Austrasien, redoutant quelque perfidie, voulut pour garantie le serment de deux prélats ; on les lui envoya , mais c'étaient deux traîtres; Ingilbert, évèque de Paris, et Rieul, évêque de Reims , vils instrumens d'Ébroin , trompèrent Martin par un faux serment.

Si l'on en croit la chronique de Régulas, ces prélats, superstitieux alors même qu'ils se montraient parjures, prononcèrent ce serment sur des châsses de saints dont ils avaient fait enlever les reliques. Ainsi l'hypocrisie , s'abusant elle-même, espère tromper le ciel comme les hommes.

Martin , sans défiance , se rend, sur la foi des deux évêques, dans les tentes de son ennemi; il y est enveloppé et massacré.

Ebroin, délivré de ce rival et maître de Laon, sa mon

, . . I . . , violente.

se montra de jour en jour plus audacieux, plus cupide et plus cruel. Dans les rêves de son or- . gueil il se croyait au moment de ranger toute la France sous ses lois; mais une mort violente et trop méritée l'arrêta dans ses projets ambitieux. Un seigneur franc, Ilermanfroy, récemment dépouillé j)ar lui de ses biens, et décidé à tout oser parce qu'il n'avait plus rien à perdre, l'attaqua au moment où il sortait d'une église, et lui fendit la tête d'un coup de sabre.

Le roi Thierry, étranger à tous ces évéïie- >mens, semblait en attendre avec indifférence les résultats, prêt à recevoir le nouveau chef qui devait gouverner ses Etats et lui.

Les Neustriens et les Bourguignons élurent pour maire Varaton, sage vieillard, dont le premier acte rendit quelques jours de repos à

la France; il conclut la paix avec Pépin *. Ce calme fut court; Varalon avait plus de prudence que de fermeté : Guilimer, .son fils, ambitieux comme Ébroin, et soutenu par une jeunesse turbulente qui ne respirait que la guerre, dépouille son père de son «autorité, s'empare de sa charge, fait déchirer par le faible Thierry le traité conclu avec Pépin, reprend les armes contre lui, le combat, et, justifiant au moins sa témérité par son courage , enfonce les Austrasiens et en fait un grand carnage.

Ce début promettait aux guerriers neustricns beaucoup de gloire, aux peuples beaucoup de malheurs ; mais ce jeune ambitieux fut arrêté, dès le commencement de sa course, par une maladie qui termina ses jours *'^.

Varaton, rétabli dans sa dignité, mourut peu de mois après; il eut pour successeur Berthaire, son rendre, dont l'inconduite et l'incapacité lassèrent bientôt les Neustricns, plus disposés à supporter la tyrannie que la faiblesse : ils voulaient le chasser du palais. Thierry pour la première fois parut se souvenir qu'il régnait; résistant mal à propos à la volonté de ses leudcs et aux sages conseils de Pépin, il défendit Berthaire qu'il aimait , et le conserva dans sa charge.

gou- \ eincniciil

Tandis que laNeustrie et la Bourgogne chan- sapeaient ainsi continuellement de maires et de dePcpin systèmes, Pépin, profitant du calme dont il jouissait par la discorde de ses ennemis, avait réparé ses forces, et rétabli l'ordre dans l'Austrasie, en rendant aux lois leur activité et à la discipline sa vigueur.

Ses défaites et le danger imminent de la patrie lui servirent à faire sentir aux seigneuis austrasiens l'impérieuse nécessité de l'union entre eux et de l'obéissance à leur chef : mais comme il n'était possible de distraire les Francs de leur esprit d'indépendance qu'en les occupant de la gloire des armes, il les rassembla au champ de Mars, et leur fit prendre la résolution de combattre les Frisons qui avaient secoué leur joug; cependant cette résolution ne put être exécutée que quelques années plus tard. En attendant ce moment favorable, Pépin chargea plusieurs évéques de ramener ces peuples à la soumission par des conseils pacifiques et de répandre chez eux la lumière de l'Évangile. Pvadebod était le duc de cette nation alors idolâtre, que le clergé français voulait convertir, et que Pépin prétendait soumettre.

Un évêque de Sens, nommé saint WuKVam , bien accueilli par ce duc barbare, se flattait d'un succès prochain, et « croyait, disait- il,

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» lui avoir déjà fait avancer un pied dans la » fontaine sacrée du baptême. » Cependant, au moment d'abjurer le culte des faux dieux, le prince demande aux missionnaires « dans )) quel lieu existaient les âmes du duc son père, » de tous ses aïeux et des illustres guerriers )) dont sa nation vt'nérait encore la mémoire, n

« Au fond du jjouflVc des enfers, réj)ondit » durement l'évêque de Sens, et là ils expient » leurs coupables erreurs, plongés par le dia- » ble dans des fleuves de poix bouillante. »

(( Ce n'était pas de leurs dangers ni de leurs » souffrances que je m'informais, répliqua le » héros frison; je voulais savoir le lieu qu'ils » habitaient; et là où ils sont, là je veux aller » aussi. » A ces mots il sortit dédaigneusement du baptistaire.

Pépin, comme nous le verrons bientôt, fut plus heureux dans ses projets que l'évêque dans les siens; mais, avant de marcher contre cet ennemi redoutable, il se vit obligé de tourner encore ses armes contre la Neustrie; vainement il avait essayé de rétablir la concorde entre les deux royaumes. Il exigeait seulement que Thierrv rappelât les exilés neustriens persécutés par Ébroin, et qu'il leur restituât leurs biens.

Berthaire, avec cette présomption compagne

inséparable de l'incapacité, répondit, au nom du roi, que, loin de se laisser faire la loi par les exilés, il irait bientôt les cliercher lui-même en Austrasie, et les punir ainsi que ceux qui, contre la loi des nations , leur avaient accordé un asile.

Pépin, décidé à combattre, mais assez liabile pour sentir que le pouvoir d'un gouvernement se centuple lorsqu'il s'appuie sur le vœu national, convoqua l'assemblée des Francs; ils partagèrent son indignation, déclarèrent la guerre à Tliierry 111, et coururent en foule se ranger sous les drapeaux de Pépin.

Le duc d'Austrasie à leur tête traversa la sa victoire forêt Cbarbonnière qui séparait la Neustrie de >eusiriciis. l'Austrasie, et vint camper dans la plaine de Testry en Vermandois, où il trouva l'armée neustrienne qui lui disputa le passage d'une rivière nommée le Daumif^non. La bataille fut longue et acharnée; des deux parts il y avait égalité d'armes, de haine et de courage; enlin Pépin , par une manœuvre habile , tourna l'ennemi et décida la victoire. La résistance opiniâtre des Neustriens enfoncés rendit le carnage plus sanglant et leur défaite plus complète. Le vainqueur détruisit presque entièrement leur armée.

Bcrtliaire, cherchant à s'échapper, fut tué

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par ((ucl(jues-iins de ses compnjjnons d'armes qui lui atlribuaieut leurs revers ou qui espéraient peut-être se faire un mérite de sa mort. Les ÏNeustriens sauvés de ce dcîsastre cherchèrent un asile dans les monastères de Saint- Quentin et de Péronne; les abbés de ces couvons obtinrent du v;niK|u('ur la .^ràee des vaincus, à condition (ju'ils lui jureraient iidélilé. ^' Pépin poursuivit ensuite Thierry IH qui

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souveraine, s'était sauvé dans Paris. Ce lâche descendant de Clovis ne conçut aucun projet de résistance , et ne tenta aucun eflort pour sauver sa capitale ; il attendit avec résignation son nouveau maître. Pépin, respectant son nom et méprisant son caractère, crut avec raison qu'il ne pouvait placer sur le trône un pupille plus obéissant, un prince plus timide; il le proclama donc roi, et le fit reconnaître même par l'Austrasie , qui , depuis la mort de Dagobert II , n'avait plus voulu de monarque. Se contentant pour lui-même du titre de maiie et de duc de Fiance , il se réserva le commandement des armées, la disposition du trésor, l'administration de la justice, le gouvernement des provinces, et la plénitude du pouvoir souverain, ne laissant au roi, son prisonnier, que la couronne dans les cérémonies et les chaînes de l'étiquette royale.

THIERRY III. OOI

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