‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 38 sur 50 · THIERRY III. Ù\ I · texte numérisé non relu

THIERRY III. Ù\ I

déférant pour les évêques , ferme dans l'observation des lois , il sut diriger avec adresse les assemblées nationales qu'il remit en vigueur, afin de contre-balanccr la puissance des leudes par une force légale.

Jusque-là les chefs de l'Église n'avaient paru dans les assemblées qu'individuellement , et lorsqu'ils étaient eux-mêmes leudes, anlrustions et bénéficiers j ce fut ainsi que dans l'assemblée de Paris , tenue sous Clotaire , on y convoqua trente-trois évêques, trente-quatre ducs et soixante-dix-neuf comtes. Pépin fut le premier qui appela dans le conseil national les évêques pour représenter rÉglise; c'était un nouvel appui contre l'aristoci^atie guerrière de ce temps.

Pépin ne commit point l'imprudence de compromettre ses jours et son autorité, en restant au milieu des peuples qu'il venait de vaincre. Laissant en Neustrie , pour contenir les vaincus et pour surveiller le roi captif, un seigneur nommé Nortbert , qui lui était dévoué, il vint résider à Cologne, au centre de ses terres, de ses forces, et entouré de ses amis.

Son premier soin fut de répandre des grâces et de créer un grand nombre de ducs, de patiices et de comtes, pour satisfaire l'ambition de ses alliés et pour se réconcilier avec ses ennemis.

5l2 TllJI.KKÏ III.

^ Dans les patentes, dont Marculfe nous a fait connaître les fornuiles, le faible Thierry, qui les signait, donnait en maître, du fond de sa prison, des ordres qui rappelaient Tautorité de ses prédécesseurs et (pii contrastaient trop ridiculement avec sa nullité; vantant les services des titulaires qui l'avaient combattu, la fidélité de ceux qui l'avaient tralii , il leur ordonnait de protéger le peuple sur lequel il ne régnait plus, la veuve et l'orphelin qu'il livrait à leur cupidité ; enhn il leur conunandait de prévenir et de châtier les crimes que lui-même était incapable de réprimer.

Le faisceau de la royauté était rompu; l'union monarchique était dissoute ; les grands dans chaque province se rendirent indépendans; l'excès seul du mal y mit un terme. K.voiio .ici L'exemple des seip^neurs français enhardit les Gascons à la révolte; Eudes, duc d'Aquitaine, descendant du roi Caribert, s'empara du pouvoir suprême et gouverna en roi les contrées qui s'étendaient depuis la Loire jusqu'aux Pyrénées. Les Suèves, les Thuringiens , les Bavarois, les Frisons ne voulurent plus obéir au nom d'un monarque détrôné ; ils refusèrent de lui payer des tiibuts et de lui fournir des troupes; cette défection générale, en eflrayant les Francs , les éclaira. ^Menacés par tant d'enne-

THIERRY m. 5l5

mis, et voyant qu'ils perdaient en force nationale ce qu'ils gagnaient en indépendance pri- A ée , ils se décidèrent à fortifier l'autorité de Pépin.

Ce chef habile , profitant d'une circonstance "''ii'i-

* lie l'epiii.

si favorable, rendit aux champs de Mars leur ancien éclat, ranima dans les assemblées l'ardeur martiale des leudcs, et, pour se faire respecter par eux, se rapprocha des hommes libres dont il avait abattu le parti; comme pour s'élever il s'était montré leur adversaire, pour régner il devint leur appui : son fils aine Drogon épousa même par ses ordres la fille du maire de jNeustrie, JBertliaire, dernier appui du parti populaire. Les Francs étant réunis, les intérêts privés disparurent devant l'intérêt général.

Pépin, soutenu par le vœu national, rétablit l'ordre ; etfaçant les traces des derniers troubles, il rendit aux propriétaires dépouillés leurs terres , aux évoques leurs sièges , aux leudcs proscrits leurs dignités , aux hommes libres leurs droits, au gouvernement sa puissance.

A la tête d'une armée nombreuse , non content de défendre l'Austrasic menacée, il entra dans le pays des Frisons, les comballit, les soumit et força leur duc à lui promettre de re-

3l4 TIIIEKKY Jll.

noncer à ridolàlrie. AyJint ainsi satisfait l'Église par une nouvelle conquête pour l'Évangile, il rassembla un concile j)our réformer les abus du clcrjjô.

Mort Tandis qu'il s'occupait si activement à ren-

•Ic Thifiiy. • . ^ 1-1

dre quelque vie à la monarchie, le monarque, réduit à une médiocre pension, végétait indolemment dans une de ses maisons de j)lais;mce ; il y mourut * âgé de quarante ans, après dixsept ans de règne, ou plutôt de honte; il laissa deux, fils , Clovis et Childebert. Pépin donna au premier la couronne de Neustrie et de Bourgogne, gardant pour lui-même l'Austrasie qu'il considérait comme une souverainet»' appartenant à sa famille ; il n'accorda aucun apanage à Childebcit.

CLOVIS III. 5l5

Page 1