‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 4 sur 50 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Puissance et caractère de C^lovis. — Conseils de saint Remy à ce prince. — Ses projets de conquêtes sur les Armoriqucs. — Bataille de Soissons. — Défaite et mort de Syagrius, chef des Armoriques. — Le vase de Soissons. — (]lovis fixe sa résidence dans cette ville. — Sa prédilection pour TEglise. — Son mariage avec Clotilde. — Son gouvernement. — Invasion des Allemands. — Leur défaite à la bataille de Tolbiac. — Baptême de Clovis et de ses guerriers. — Il est sacré à Reims. — Miracle de la Sainte- Ampoule. — Guerre en Bourgogne. — Difle'rends entre Clovis et Alaric. — Leur entrevue. — Guerre entre eus. — Leur combat singulier. — Danger de Clovis. — Défaite d' Alaric. — Clovis est aussi défait devant Arles. — Nouvelle victoire de Theodoricsur Clovis. — Traite de pais. — Lettre aux évèques. — Diplôme d'Anastase en faveur du roi. — Prologue et extrait de la loi salique. — Fin sanguinaire du règne de Clovis. — Sa mort et celle de sainte Geneviève. — Ivetraite de Clotilde en Touraine.

issance <l caractère

1^'oRACLE des douze vautours de Romulus sein- p» blait accompli , et la puissance du peuple-roi decîov tombait au moment où le sort plaçait dans le

nord de la Gaule, à la tète de la Iribii vaillante des Francs salicns , un jeune roi à peine sorti de l'enfance. Clovis , âgé de quinze ans , régnait sur un territoire peu étendu : tous les pays conquis par la nation étaient partagés en plusieurs tribus indépendantes, et gouvernés par des princes de sa famille ; environ cin({ mille guerriers, fiers et turhulens, composaient toute sa force : comme prince, il exerçait sur eux une autorité très bornée; comme général, son pouvoir dépendait de ses succès et des chances de la fortune; possesseur d'un étroit domaine , il n'avait d'autres richesses que les antiques trésors des Francs, la simplicité des mœurs, un courage indomptable et l'inviolable fidélité de ses leudes, ou compagnons d'armes dévoués à sa personne.

Jamais on ne vit un conquérant célèbre entrer dans sa carrière avec de si faibles moyens; mais le sort des empires dépend plus du génie des hommes que de l'étendue des États et du nombre des guerriers. Le jeune chef d'une faible tribu de Sicambres changea le destin de la Gaule, parce qu'il était doué d'une âme forte, d'un vaste génie, d'une audace impétueuse et d'un esprit adroit : il semblait réunir dans son caractère l'intrépidité téméraire d'un Franc, la prudence d'un Romain, la finesse artificieuse

CLOVIS. l5

Aiirélien , déguisé en mendiant , arriva dans la ville de Genève où résidaient Clotilde et sa sœur; comme elles étaient charitables et visitaient les pauvres, le ministre de Clovis les vit et obtint de Clotilde un entretien particulier. Il lui apprit que le roi des Francs, sur le bruit de ses vertus et de ses charmes, s'était décidé à rechercher sa main ; mais qu'avant de faire aucune démarche, il voulait être assuré de son consentement.

Clotilde haïssait son oncle comme ennemi de sa foi et assassin de sa famille : elle accueillit favorablement la demande d'un roi couronné par la victoire ; elle accepta l'anneau royal de Clovis, donna le sien en échange pour gage de sa foi , fit présent de quelques sous d'or à l'émissaire dont elle ignorait le rang , et lui dit : a Apprenez à votre prince que, s'il veut ma )i main, il doit se hâter d'en faire la demande )) à Gondcbaud, mon oncle , avant le retour de » son ministre Aridius, qu'il a envoyé à Con- » stantinoplc. Cet Aridius est un Romain en- » nemi de votre nation; s'il était de retour, il » traverserait vos desseins. »

Aurélien partit, toujours sous le même déguisement : arrivé dans l'Orléanais, un véritable mendiant l'accosta, et, tandis qu'il sommeillait, lui déroba les présens de Clotilde;

l() CLOVIS.

mais, comme il se (rouvuit alors prùs de son château, il y courut et envoya à la poursuite (lu voleur ses esclaves (|ui l'arrêtèrent.

Clovis, informé par son ministre des dispositions favorables de Clotilde , lit demander olïiciellement sa main au roi de Bourgogne. Gondcl)aud, surpris de cette démarche, reçut froidement les ambassadeurs : ceux-ci insistèrent et dirent que la princesse était déjà fiancée avec Clovis. Le roi, irrité, traita cette assertion d'imposture, et refusa formellement de consentir au mariage proposé. Les Francs répliquèrent d'un ton menaçant. Des deux côtés tout annonçait la guerre ; mais les sénieurs bourguignons , qui redoutaient les armes de Clovis, conjurèrent Gondebaud de ne point précipiter une rupture ^i funeste : «On parle, » lui dirent-ils, d'engagemens secrets; qui sait » en effet s'ils n'ont point été contractés à. vo- )) tre insu ? »

Gondebaud manda sa nièce Clotilde, dont le récit découvrit le mystérieux échange des anneaux. Le roi de Bour^oJi^ne flottait encore entre la prudence et la colère; mais les grands de sa cour, d'un avis unanime, le forcèrent à consentir au mariage de sa nièce. Elle partit et pressa les ambassadeurs du roi des Francs d'accélérer sa marche, parce «ju'elle venait d'ap-

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