‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 41 sur 50 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

i)A(;oi)r,iiT m ; i-ûmn kï cuimoai-i», mviki:s.

Élévation de Dagobert III au trône. — Êvc'ncmcns au dehors. Chagrins domestiques de Pépin. — Sa maladie et sa mort.

Kiovaii.n L'assemblée nationale, qui éleva Dagobert Ilï i.'cri jÏÎ ausur le pavois, accorda au trône, c'est-à-dire aux maires, un tribut pour le besoin de l'État, sous le nom de don gratuit; elle confirma par un décret les droits des églises, rendit une loi sévère contre le rapi, crime alors très commun, et déclara la guerre aux Allemands : mais, au I moment où les Francs s'efforçaient de faire revivre les mœurs, la vaillance et la gloire de leurs aïeux, un orage formidable, venu de l'Orient, se grossissait en traversant l'Afrique, se j)récipitait sur l'Espagne et menaçait l'Occident d'une ruine totale.

ÉvrnPM.pns L'Asic ct l'Afriquc avaient cédé sans effort

au dehors. i . • , i i

aux lois et au cimeterre des successeurs de

Mahomet; la rivale de Rome, Cartilage, était tombée sous les coups des musulmans ; toute cette belle partie de l'empire romain, déjà trop dévastée par les Vandales , ne présentait plus à l'œil du voyageur étonné que des ruines, des déserts, des fanatiques et des esclaves.

Dans le même temps l'Espagne gémissait sous la tyrannie d'un roi visigoth nommé Roderic; ses peuples subissaient le joug de son pouvoir arbitraire : mais les aifronts révoltent plus que les supplices ; le comte Julien , dont le roi avait déshonoré la fille, sacrifia sa patrie à sa vengeance , et appela les Maures dans son pays.

Musa, envoyé par le calife pour commander en Afrique, chargea son lieutenant Tarée de descendre en Espagne ; il y trouva des grands divisés, des peuples opprimés, un roi détesté: une seule victoire, remportée dans les plaines de Xérès, décida du sort des Espagnols. Tarée construisit le fort de Gibraltar. Musa vint recueillir le fruit de sa victoire , et acheva en deux années la conquête de l'Espagne entière.

Pépin, ne prévoyant pas alors le danger prochain qui menaçait la France, crut devoir profiter de l'infortune des Visigoths au lieu de les secourir. Ses troupes et celles du duc d'Aquitaine les chassèrent des parties de la Provence

5^4 ïiAnoBERT nr.

et du Languedoc qu'ils occupaient depuis plusieurs siècles; leurs débris, poursuivis d'un côté par les Français et de l'autre par les Sarrasins, se réfugièrent dans la (ialicc et dans les Asturies. De tout (eni[)s les montagnes furent l'abii du courage et de la liberté; là un guerrier intrépide, Pelage, bravant les conquérans du monde , sauva l'bonneur de sa nation , et lui prépara, pour d'autres siècles, une nouvelle gloire et une nouvelle puissance.

Chagrins La fortuuc j usquc-là , renonçant pour Pépin «leivpin. a son inconstance, lavait toujours couronné de succès; mais, à la fin de sa carrière, il paya quelque tribut au malheur. La perte de Drogon son fils aîné, que le sort lui enleva, fut sa première blessure. Il appela près de lui pour se consoler Grimoald son second fils, dont les chroniques du temps vantent l'humanité, le courage, la douceur et la justice. Ce prince partageait cependant avec vivacité les ressentimens de sa mère Plectrude contre Alpaïde et contre Charles son fils. Grimoald, rempli, comme elle et comme le peuple , de vénération pour la mémoire de l'évèque Lambert, vint visiter l'église où les reliques de ce saint étaient conservées ; au moment où il s'agenouille pour leur rendre hommage, il est poignardé par un Franc nommé llantgar.

Alpaïde et Charles pouvaient seuls profiter de ce crime. Cependant aucun écrit du temps ne les en accusa; peut-être la puissance à laquelle Charles s'éleva le mit-elle au-dessus ou à l'abri des soupçons. Il parait qu'on attribua cet assassinat à la haine que le duc des Frisons montrait pour son (gendre. Cependant on peut penser que Pépin ne crut point à rinnocencc d'Alpaïde et de son fils ; car , après avoir puni le crime par le supplice du meurtrier, il ne donna aucune part de son héritage au jeune Charles, et le livra même à PlecUudequi l'enferma dans une prison.

Ce n'était point l'illégitimité de Charles qui le déshéritait; les mœurs du temps étaient favorables aux droits des enfans naturels; ceux de Drogon héritèrent des duchés de leurs pères, et Théodoald même, que l'on croit fils bâtard de Grimoald , fut nommé maire de Neustrie, quoiqu'il ne fût âgé que de six ans. Un tel choix annonçait assez la décadence des facultés morales de Pépin. Peu de temps avant sa maïaa.e il avait été atteint d'une maladie grave; une rechute termina ses jours. Aveuglé par son orgueil ou par sa tendresse , il laissa la France sous le sceptre d'un roi enfant et sous l'autorité d'un maire de six ans, dirigé par Plectrude, à laquelle sa dernière volonté confia la

ut sa murt.

régence. Pépin mourut '*', après avoir exercé vingt-sept ans la puissance s(>uveraine sous le nom de quatre rois.

DAGOBEfiT 111. 527

CPIAPITRE XXYI.

DAGUBERT 111 , ROI ; THKODOALD ET EXSllTE RAINFROI, MAIRES.

Affranchissement de Dagobert. — Sa victoire sur les Anstrasirns. — Election de Rainfroi. — Mort de Dacobert.

Une ancienne race régnante , soutenue par la vénération générale et par le besoin de l'ordre public, ne peut s'écrouler qu'après avoir longtemps lassé la patience des peuples par les excès , par les fautes de ses princes , et par la mollesse dans laquelle ne tombent que trop souvent les rois élevés sur les marclies du trône et corrompus par la flatterie; leur nom les soutient même encore long -temps lorsque leur autorité a cessé d'être crainte et respectée , tandis que l'usurpation trouve sa route liérissée d'écueils, et rencontre pour adversaires ceuxlà mêmes qu'un sentiment élevé dispose le plus vivement à l'amour de l'égalité.

C'est surtout ce penchant naturel qui oppose

le plus d'obstacles au fondateur d'une nouvelle race royale; on supporto avec peine l'ambition d'un homme qui s'ricve au-dessus do ses (-(^aux; et l'homme nouveau, ({uel(pie liahih^ (pi'il soit, ne s'assied pas sans péril sur un trône où se maintiennent facilement les princes médiocres, mais anciens.

Pépin, trompé par la fortune, crut trop imprudemment que ha race de Clovis n'était plus à craindre. L'Austrasie seule s'en était réellement détachée; depuis un demi-siècle elle paraissait accoutumée à regarder ses ducs comme ses souverains ; il n'en fut pas de même en Neustrie et dans la Bourqoffne : on avait bien l'habitude d'y voir des rois indolens végéter sous la tutelle d'un guerrier heureux , d'un maire habile; mais un voile de respect couvrait encore la couronne; Pépin le déchira, en léguant le gouvernement de la France à un enfant et à une femme : c'était insulter à la fois le roi, les grands et le peuple.

AiTranciiis- L'indi^juatiou était trop m-néralc pour ne

s.mentde ^ ^ n . -Il • r M

Diigoberi. pas éclater promptement; elle réveillait a ailleurs dans lâ Neustrie une antique haine et le souvenir de récens affronts. liOs seigneurs neustriens se rassemblent; le plus intrépide d'entre eux, Rainfroi, marche à leur tête, entre dans le palais du roi Dagobert, et s'efforce de rap-

peler en lui l'honneur de sa race. Tous le conjurent de sortir d'une tutelle injurieuse, de ne point souffrir qu'on lui donne un enfant pour maitre; on le presse de reprendre l'épée de Clovis, et de répondre aux vœux des Francs qui l'appellent.

Le roi, étonné, excité, confus, irrité, s'arme, sort du palais qui lui servait de prison, pour habiter une tente plus digne de lui, quitte son char indolent pour monter un coursier, et présente enfin aux regards surpris des Francs l'apparence d'un prince guerrier.

Entouré de bataillons nombreux, il marche sa victoire ct rencontre dans la foret de Guise l armée uasiens. d'Austrasie. La haine des deux peuples rend le combat long et acharné; l'un veut maintenir sa domination, l'autre recouvrer son indépendance; eniin, après une furieuse mêlée où chacun songe plus à donner la mort qu'à l'éviter, les Austrasiens sont vaincus ; la plupart des anciens compagnons d'armes de Pépin périrent dans cette journée; Plectrude prit la fuite, emportant avec elle son hls Tiiéodoald qui mourut peu de temps après.

Les Neustriens avaient réveillé quelques in- Élection

. . de Ruiafroi.

stans le courage de Dagobert : mais il est plus facile d'exciter le courroux que de changer le caractère; on avait momentanément fait de ce

ODO DAGODERT III.

j)rincc un soldat, ou ne put ou faire uu roi : i'Iiahitudc lui rendait uu luaitre nécessaire; les seigneurs élurent Rainfroi pour maire.

Ce chef actif, ne voulant j)as laisser aux Austrasiens le temps de se relever, s'unit pour les accabler avec Radehod , duc des Frisons. Bientôt TAustrasie est envahie et ravagée par leurs troupes nombreuses. Plectrudc, incapable de leur résister, disperse les débris de son armée dans ses forteresses, et s'enferme ellemême dans Cologne avec les trésors de Pépin , seul reste alors et seule ressource de sa puissance.

Dans les grands dangers l'envie se tait, l'intrigue s'effraie; les courtisans se cachent, et les hommes courageux se montrent. Le jeune Charles , captif de sa belle-mère , brûlant de venger sa honte et la mort de sa mère Alpaïde , s'échappe de sa prison avec le secours de quelques serviteurs intrépides. A peine libre, il se voit entouré d'un grand nombre de braves qui, las du joug d'une femme et honteux de leur défaite, ne demandaient qu'un chef.

Son air martial ranime l'espérance , excite l'enthousiasme ; les Austrasiens cherchent et revoient en lui les traits de son père ; cette ressemblance leur parait un présage assuré de triomphes; avant de combattre, ils se croient

DAGOBERT 111. C^Ctl

vainqueurs , oublient le malheur , rêvent la gloire, et comparent déjà leur jeune prince, comme le disent les annales du temps, au soleil qui se montre plus brillant après une éclipse.

A la môme époque Dagobert mourut, et Monde Rainfroi plaça sur le trône de Neustrie un prince mérovinfjien appelé Daniel : c'était le dernier fils de Childéric II; les voûtes sombres d'un couvent l'avaient dérobé aux poignards des meurtriers de son père et de ^a famille. Il s'était fait moine; et, à l'âge de quarante-cinq ans , il sortit du cloître pour régner sous le nom de Cbilpéric II.

CIIILPLRIC II.

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