‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 42 sur 50 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

ClllLl'ÉRIC II, ROI Ul. >ElSTniF, ET DE DOIRGOGM- ; BAINFROI, MAIRE; INTERRÈC.NE E.\ AlSTRASIt; CHARLES, DVC DES AVSTRAHIEXS.

Guerre entre Ips TVeustriens et les Austrasiens. — D(;faite de ces derniers. — Ra'allle de Vincv. — Victoire du duc Charles. — Clotairc IV est roi d'Austrasie.

ijE nouveau roi de Ncustrie ne devrait pas, suivant quelques historiens, tels que Mézerai, être confondu avec les rois fainéans , parce qu'on le vit long-temps, disent-ils, combattre pour dt'fcndre et pour relever son trône. Il est vrai qu'il parut souvent dans les camps, mais à la suite de Puiinfroi qui commandait ses troupes ; et , dans plusieurs de ses diplômes , il rappelle lui-même, pour faire respecter ses ordres , que le maire du palais les a revêtus de son consentement.

Charles , sans titres légitimes , sans forteresses, sans trésors, sans palais, poursuivi dans

CHILPÉRIG II. DDD

son propre pays par la haine de Plectrude , au <lehors par les Frisons et les Xeustriens, n'avait pour lui que son nom, son épée et le zèle d'une troupe vaillante, mais peu nombreuse : le malheur mûrit son caractère; les périls fortifièrent son courage, et de grands revers signalèrent le commencement de sa vie héroïque. Comme il cherchait ses ennemis au lieu de Ou

erre fnirc les

les compter, il attaqua Radebod et Rainfroi Neu.iriens réunis. Malgré tous les efforts de ses braves tra,ie.ii. jTuerriers , le courasje fut forcé de céder au nombre. Les Austrasiens se virent encore vaincus, mis en fuite, dispersés; et Charles, battu, mais non découragé , erra dans les bois , n'ayant plus près de lui que cinq cents soldats fidèles.

Cependant, à la tète de cette faible troupe, au lieu de s'éloigner, il revient, cherche l'ennemi, le suit, l'observe, prêt à saisir la première occasion favorable pour frapper un coup heureux. Radebod et Rainfroi, après avoir de nouveau dévasté TAustrasie et menacé Cologne que Plectrude racheta par une forte rançon , se retirèrent; leurs soldats, chargés de butin, marchaient sans ordre, campaient sans méfiance, et s'abandonnaient à la débauche.

Charles s'avance avec rapidité, mais en si- Défaite de lence ; la forêt des Ardennes cache à la fois , dans ses ombres, et l'audace du général et la

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faiblesse de ses troupes; un soldat intrëpide lui olVre d'aller jeter seul l\''pouvanle dans le camp ennemi. Charles a])prouve ce projet hardi. Ce pruerrier part, pénètre sous les lentes des Neustriens, immole sous son glaive quelques victimes, en faisant retentir les noms de Charles et d'Austrasic. A ce cri, que répètent bientôt de tous côtés les Austrasiens dispersés dans le boM, tout le camp s'épouvante, la confusion y règne : Charles profite du moment; il s'élance avec ses compagnons, eifraie, frappe, poursuit tous ceux qui cherchent leurs armes pour combattre. Les plus braves sont tués , d'autres sans défense sont pris ; la plus grande partie s'échappe et se croit long-temps poursuivie : le camp, les armes, le butin, le trésor, tout tomba dans les mains de Charles, qui, avec un seul escadron, mit ainsi en fuite deux armées.

Le bruit de ce succès lui attira bientôt de nombreux bataillons dont son génie triplait la force. A leur tète, reprenant rapidement l'offensive pour venger la mémoire de son père , les injures de son pays et ses propres affronts , il traverse la forêt Charbonnière, entre dans la iNeustrie, la pille et «atteint près de Cambrai l'armée de Chilpéric.

Sa victoire ne l'avait point enorgueilli , et

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ses revers l'avaient éclairé ; avant de combattre, il négocia et proposa à Chilpcric de terminer par la paix les malheurs de la France , et de réunir sous son sceptre les trois royaumes, pourvu qu'il consentît à lui rendre la place de son père et à le prendre pour maire de son palais.

Chilpéric, ou plutôt Rainfroi , reçut ses offres avec mépris, lui reprocha l'illégitimité de sa naissance, et le menaça d'un châtiment sévère. Charles ne lui répliqua qu'en tirant l'épée et en donnant le signal de la bataille.

Elle eut lieu à Yincy près de Cambrai '*". «ataiiie Toutes les passions qui peuvent animer les hommes se réunissaient pour rendre la lutte opiniâtre ; le carnage fut si terrible que la population se ressentit pendant un siècle des pertes éprouvées dans ce combat sanglant.

La fortune et le courage de Charles triom-vidoin- .lu plièrent; Lhilperic et Kaintroi, mis en fuite, furent poursuivis jusque sous les murs de Paris.

Cette victoire enleva â la régente Plectrude le reste de sa puissance et de son parti. Les Austrasiens livrèrent à Charles la ville de Cologne, le trésor de Pépin, et le reconnurent solennellement pour leur duc.

Plectrude , trop heureuse encore de devoir

la vie à celui qu'elle avail chargé de fers, se retira dans un couvent. Charles ne se laissa j)oint élilouir par de si grands succès ; il sut limiter en apparence son pouvoir pour TalTermir, et conforma son habile politique aux mœurs du temps. Il faut connaître l'esprit de son siècle pour le dominer.

Charles n'ignorait pas que les Francs, méprisant alors leur roi , vénéraient encore la royauté ; les peuples ne voulaient qu'un trône, un simulacre, un nom mérovingien et une lonp;ue chevelure; ils étaient habitués à leur rendre le même hommage qu'aux images des saints qu'on promène avec solennité pour obtenir la fin des orages, et qu'on renferme après dans un obscur sanctuaire.

ciotaire IV Cliarlcs chercha au fond des cloîtres un trasie. princB mcrovingicn qu il proclama roi dAustrasie sous le nom de Clotaire IV. On ne sait pas quel était son père, et l'histoire ne nous donne pas plus de renseignemens sur sa vie que sur sa naissance.

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