CHAPITRE XXVÏII
CHILPÉRIC II, ROI DE BOFRCOGNE ET DE SECSTRIE; RAINFUC»! maire; CLOTAIRE IV, ROI d'aTJSTRASIE ; CHARLES, MAIRE.
Nouveaux exploits de Charles. — ]NTnrt de Clotaire après nu règne obscur. — Adroite politique de Charles.
Ce fantôme de roi, indilTérent aux Austrasiens, suffît pour imposer quelque respect auY ducs et aux seigneurs de la Frise et de la Geimanie, qui déjà s'étaient montrés trop disposés à profiter des troubles de la France , et à se rendre indépendans d'une puissance divisée qu'ils ne redoutaient plus.
Charles, crovant nécessaire de réveiller par- Nouveaux
* exploits d(
mi ces peuples la crainte que leur inspira si charies. long-temps l'ombre de Clovis, ne se laissa point aller au vain plaisir de jouir de son nouveau pouvoir dans un palais. Semblable aux anciens Francs, les périls l'attiraient, le repos ]e fatiguait ; il marcha contre les plus redouta-
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l)les et les plus opiniâtres ennemis de l.i France, les Saxons, qui venaient de s'emparer du pays des Attuaricns et des Ihuctères. 11 les repoussa, les poursuivit, renipoita contre eux une victoire éclatante sur les rives du \ éser, et revint promptement en France, où le rappelaient de nouveaux danj^ois.
IlainlVoi , son inférieur en génie, mais son égal en activité , s'était assuré , pour attaquer de nouveau l'Austrasie , d'un autre allié, le duc d'Aquitaine, qui devait remplacer le duc des Frisons trop découragé par ses défaites. Il acheta cette alliance en obligeant le faible Chilpéric à reconnaître l'indépendance de l'Aquitaine.
Cette vaste partie des Gaules, qui s'étendait alors des Pyrénées jusqu'aux bords de la Loire, avait conservé, malgré la conquête ou plutôt à cause des excès qui en furent la suite , un grand éloignement pour les Francs. Les conquérans, répandus en trop petit nombre sur ce large territoire , n'y purent changer les mœurs, et ne parvinrent, en l'essayant, qu'à aigrir les esprits.
LesYisigoths, moins barbares, s'étaient soumis aux lois et aux coutumes romaines; les Gaulois des provinces méridionales étaient fortement attachés aux usages, à la législation, à
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l'habillement et au langage des Romains : les vaincus y firent en quelque sorte la loi aux vainqueurs. Ainsi toute cette partie de la France, de même que la Provence, était encore presque romaine à l'époque dont nous retraçons l'histoire, et on y regardait à la fois les Francs comme des ennemis et comme des Barbares. Ce fut dans ces contrées que prit naissance la langue romane, qui n'était qu'un latin vieilli et corrompu.
Charles n'attendit point l'attaque de ses nouveaux ennemis. Avec sa célérité ordinaire il les prévint, et livra bataille près de Soissons au roi Chilpéric , au duc Eudes et à Rainfroi. Quoiqu'il leur fût inférieur en nombre , la victoire ne resta pas long-temps douteuse; la confiance environne un nom déjà favorisé par la gloire, et la terreur le précède. Charles défit et dispersa ses ennemis; les vaincus ne purent rallier leurs troupes. Chilpéric , perdant l'espoir de défendre la Neustrie , s'enfuit avec son trésor, et se réfugia au-delà de la Loire dans les États du duc d'Aquitaine.
Rainfroi , poursuivi et assiégé dans les murs d'Angers, cessa de lutter contre la fortune du vainqueur; il capitula et se dépouilla lui-même de la dignité de maire; pour prix de sa soumission, Charles le nomma comte d'Anjou.
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Mort Sur ces entrefaites Clotairc dispanil d'un
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après un rè- monde et d un trône ou il avait vécu et re^ne
gne obscur. . /"M 1 «i • I " 1' \ "* *
inconnu. Charles, prêt a envahir 1 Aquitaine, proposa au duc Eudes de lui accorder la paix, s'il consentait à lui livrer Chilpéric. Le duc effrayé n'hésita pas; il préféra un traité honteux à une guerre dangereuse, et, pour sauver ses Adroite États , il sacrifia son allié. Charles accueillit ^'cilalks/avec respect dans son camp le royal captif, et, l'cgardant son nom comme un étendard utile , il le proclama roi des trois royaumes, bien décidé à ne pas lui en laisser gouverner un seul : ainsi, sous le nom de Chilpéric, Charles se vit de fait, comme son père, le seul et le vrai monarque de toute la France.
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