‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 44 sur 50 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

CHiLPLRic u. roi; coari-es, maire.

Victoire de Charles sur les Saxons. — Invasion des Sarrasins. Gouvernement ferme de Charles. — 3Iort de Cliilperic II.

Ljes Saxons, aussi belliqueux que les Francs , victoire ae

, Charles sur

avaient repris les armes et dévastaient la Thu- les saxons. ringe. Charles marcha contre eux, les battit quatre fois sans pouvoir les subjuguer, et rentra précipitamment en Austrasie pour défendre la France , soudainement menacée par un ennemi formidable , conquérant de l'Asie , de l'Afrique et de l'Espagne, et qui se flattait de réduire bientôt toute l'Europe à se courber sous le joug de l'Alcoran.

Déjà les Sarrasins, poursuivant les Visigoths, invasiondes

Sari-asins.

avaient iranchi les Tvrénées et s'étaient emparés de Narbonne '*'. Peu de temps après, Zaman, leur général, les conduisit sous les murs

3/y2 CJULPÉRIC H.

(le Toulouse. Là, ils furent attiujués et défaits par le duc d'Aquitaine; Eudes leur prouva que la France , moins facile à épouvanter que le reste de la terre, leur coûterait plus à conquérir que toutes les autres parties du monde ; ils n'avaient rencontré ailleurs que des monumens matériels et des vestifl^es elfacés de la fjrandeur romaine; mais dans les Gaules ils retrouvèrent le coura.o-e romain.

Zaman périt dans ce combat; mais dans ce temps les Maures, enflammés par le fanatisme et favorisés par la gloire , voyaient à chaque instant leurs forces grossies par une foule de peuples auxquels leur culte séducteur promettait la richesse sur la terre et des voluptés éternelles dans les cieux.

Leurs nombreux escadrons se renouvelaient sans cesse; et, semblables aux flots de la mer, ils paraissaient rouler les uns sur les autres, et redoubler de furie en se répandant sur la terre qu'ils dévastaient.

Bientôt une armée sarrasine, plus forte que celle qui venait d'être vaincue, rentra en France, commandée par l'émir Ambizat, s'empara de Carcassonne et de Nîmes; elle échoua ensuite contre les remparts d'Arles; mais, plus furieuse que découragée, elle porta l'épouvante et le ravage dans le Périgord et dans le Qucrcy. Plu-

sieurs autres corps non moins nombreux de ces ravageurs de la terre se répandirent dans le raidi et dans le centre de la France, renversant les églises, enlevant les femmes, pillant les châteaux et dévastant les campagnes. La marche de cette immense cavalerie était si rapide qu'on ne pouvait ni se préparer à ses attaques, ni l'atteindre dans sa course. Les Sarrasins traversèrent ainsi sans obstacles leLyonnais, et arrivèrent sans combattre jusqu'aux murs d'Aulun , que la force de sa position mit à l'abri de leur furie.

Cependant Charles , qui devait enfin opposer Gouveme-

. ment ferme

seul une diffue insurmontable a ces nouveaux <ie CLaries.

dominateurs du monde, s'occupait alors à réunir les débris dispersés de la force publique. Nouveau maître de l'État, il sentit qu'il ne pouvait lui rendre sa sécurité au dedans et son énergie au dehors que par l'établissement d'un gouvernement militaire vigoureux; remède funeste pour la civilisation, mais le seul pourtant qui puisse rendre la vie à un peuple tombé dans l'anarchie.

Charles était né pour son siècle; jamais il ne connut de passion que celle de la gloire ; ses jeux furent les combats, ses palais les camps, ses courtisans des guerriers. Le clergé, enrichi par les rois, lui refusa l'argent que la guerre

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exigeait; Charles, loin (Kimiter son père qui, pour s'élever, avait accru la puissance des prêtres, disposa de leurs biens pour affermir son pouvoir et pour sauver l'Etat.

Il savait que la politique doit changer avec les circonstances; respectant la foi et méprisant la superstition, il protégea le pape, triompha des maliométans, combattit l'idolâtrie, défendit l'Église et appauvrit le clergé.

Honorant la noblesse et soutenant le peuple contre elle, il ne traitait les grands en compagnons d'armes que lorsqu'ils se montraient braves , fidèles et généreux ; la lâcheté ou la rébellion leur faisait perdre leurs biens et leurs dignités.

L'homme libre le plus obscur était sûr de s'élever au rang des leudes en s'illustrant par les armes. Ce fut ainsi que Charles retendit tous les ressorts de l'État; mais, pour dominer une nation si turbulente, il fallait un homme ferme et absolu. Charles le fut et le fut peutêtre trop dans ses volontés ; prompt à récompenser comme à punir, il donna souvent et sans mesure des évêchés à ses généraux , des abbaves à ses capitaines, des cures à ses sol- <lats. Rome le bénit, l'Europe le respecta, les moines le condamnèrent aux feux éternels, et la France l'immortalisa.

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L'histoire impartiale, en lui laissant une grande partie de la gloire due à son courage, à sa constance, à son activité, dira que Charles fut un héros, mais un héros barhare, et peutêtre un besoin du siècle.

Il releva la France par ses armes; mais, par son despotisme, il acheva de faire rétrograder la civilisation; sous lui les assendjlées nationales tombèrent en désuétude; la liberté des Francs s'effaça, et tout ce qui restait de lumières s'éteignit ; aussi , dans cette époque de ténèbres , où ne brillèrent que quelques éclairs sortis du choc des glaives musulmans, saxons et francs, on n'a rien conservé qui puisse nous faire connaître avec quelques détails le caractère, les mœurs et même souvent les noms des personnages qui animaient alors la scène du monde.

On ne trouve dans les légendes du temps que des fables grossières , et dans les chroniques que le laconisme de la crainte et la sécheresse de la servitude. Elles indiquent sommairement quelques événemens mémorables, et quelques batailles dont elles conservent les dates sans en expliquer ni les causes ni les résultats. Enfin, de tous les héros qui partagèrent la gloire de Charles, nous ne connaissons que le nom du comte Childebrand son frère. Ce ne fut que

J/|G CIHLPÉKIC il.

dans le siècle suivant, et sous la domination des rois et des empereurs de sa race, que l'on publia, relativement à son règne, quelques chroniques plus détaillées; mais la vérité s'y montre également altérée par l'adulation des partisans de sa famille victorieuse, et par la haine implacable du clergé pour sa mémoire. Charles, toujours en guerre et toujours victorieux, accoutuma les Français à ne plus délibérer et à obéir; l'admiration ne leur laissait pas le temps de la réflexion ; ils ne voyaient que leur général , et oubliaient leurs lois comme leurs rois.

,..",*""' ''^, Le faible Chilpéric mourut sans que la

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