THIERRY IV, DIT DE CHELLES ; CHARLES-MAUTEL , DCC ET MAIRE
Alliance d'Eudes et de Manuza , genériTl des IMaurcs. — Victoire d'Ahderame sur eux. — Bataille de Poitiers. — Victoire de Charles. — Son surnom à cette occasion. — Ses nouveaux exploits.
Le duc d'Aquitaine se trouvait placé dans une Aiiiamc
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de ces circonstances critiques dont la fermeté aeManiiz.i,
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et la bonne foi peuvent seules triompher, mais Miuues. où la faiblesse et la fausseté succombent toujours. Eudes était jaloux de la fortune, de la puissance et des talens de Charles; cette passion l'égara ; espérant follement profiter de l'appui perfide des Sarrasins pour régner sur la France, il se livra honteusement à l'ennemi de sa foi et de son pays, dans le dessein d'abattre son rival, et signa un traité d'alliance avec le général des Maures, iNIanuza, auquel il donna même en mariage sa fille Lampagie. Fortifié par cette union, il fit passer la Loire à ses
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(roupes, et enleva plusieurs places aux Neusiriens.
Dans ce même temps Charles s'était vu forcé de porter ses armes en Germanie pour réprimer une nouvelle révolte des Saxons, des Allemands et des Bavarois. Il les vainquit, força Hubert, duc de Bavière, à se soumeltrc, et lui enleva sa nièce Sonecliildc qui devint sa femme ou sa concubine : de retour en France, il chassa de Neustrie les troupes du duc Eudes, fondit en Aquitaine et la saccagea.
vicioiie Le moment était venu où le duc d'Aquitaine
d'Aljdeiaiue | . 'il*' i i •
sur eux. dcvait rcccvoir le chatniient de sa trahison. Tandis qu'il fuyait devant Charles, il apprend que le farouche Abdéramc , nouveau lieutenant du calife, est entré dans ses Etals à la tète d'une forte armée, qu il a battu et pris son gendre Manuza , qu'il s'est emparé de Bordeaux et l'a livrée au pillage. Eudes tente vainement d'opposer quelque résistance à ce torrent; il livre bataille sur les rives de la Dordogne, il est vaincu ; il perd la plus grande partie de ses troupes, et cherche, avec les débris de son armée, un asile ou des chaînes dans le camp de Charles son ennemi.
i;.uaii!c Charles, touché par son malheur, oublie ses
(le Poitiers. ^ , . . , , ,
tautes , ne consulte que la pitie , et n écoule que la voix de l'honneur qui lui ordonne de
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se réunir aux vaincus pour combattre les musulmans, Abdérame , impatient de jouir des fruits de sa victoire, marchait rapidement sur Tours, dans l'espoir de s'emparer des trésors de Saint-Martin; mais il rencontra dans la plaine de Poitiers l'armée de Charles , et là se livra cette lutte célèbre où le cimeterre des Maures et la hache des Francs devaient fixer les destins du monde et assurer le triomphe ou de l'Évan-
ffile ou de l'Alcoran '*".
Quelques jours se passèrent en escarmouches et en manœuvres, sans que d'aucun côté on osât donner le signal terrible du combat. On eût dit que les deux chefs et les deux armées hésitaient à sonner l'heure qui allait décider de si grands intérêts, donner ou ternir tant de gloire et moissonner tant de tètes.
Ces deux armées se contemplaient avec une égale surprise ; les Français ne pouvaient s'empêcher d'admirer avec une sorte de crainte cette immense et brillante cavalerie orientale, fière de tant de triomphes et chargée des dépouilles de l'Asie et de l'Afrique.
La terre frémissait sous les pas ardens des coursiers arabes ; l'œil était frappé de l'éclat des vêtemens flottans des Sarrasins, de la richesse de leurs turbans; les rayons du soleil
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semblaient faire jaillir des feux de leurs cuirasses el de leurs cimeterres.
L'armée des Francs ne présentait pas aux Maures un spectacle moins nouveau et moins imposant. Les chevaux les plus rapides ne surpassaient pas en célérité ces guerriers agiles, revêtus dhabils courts et étroits, et qui semblaient plutôt voler que marcher à Tennemi.
Les escadrons sarrasins sentaient leur impétuosité se ralentir à la vue de cette infanterie formidable, de ces piques longues et serrées qui repoussaient et perçaient leurs coursiers, de ces XouvàQ^ francisques qui brisaient les plus dures cuirasses, de ces phalanges épaisses dont les cris effrayans annonçaient la mort. On y voyait avec terreur un surprenant mélange de l'ancienne tactique des légions de Rome et de la férocité germaine.
Enfin, après avoir préludé au combat général par cent combats particuliers, le signal de la bataille se donna; elle dura depuis le lever jusqu'au coucher du soleil : ce qu'on aurait peine à croire , c'est qu'aucun écrivain du temps ne fit connaître en France les événemens de cette journée célèbre. Un Portugais , l'évêque Isidore, et Roderic, dans son histoire des Arabes, nous en ont seuls transmis quel-
ques détails, et encore Isidore en fait plus un tableau qu'un récit.
Les nombreux escadrons des Africains chargèrent plusieurs fois et sans ordre Tarmée de Charles; mais leur impétuosité échouait sur les bataillons des Francs, qu'Isidore, plus poëte qu'historien , compare « à un mur de glace » contre lequel des nuées d'Arabes venaient se » briser et se fondre sans y laisser de traces. »
Sans cesse repoussés , ils renouvelaient sans vinoir.^
^ de Cl.arl.s.
cesse leurs attaques. Cependant les Francs, en masses serrées, avançaient intrépidement au milieu de cette nombreuse cavalerie qui les entourait et qui les chargeait sans pouvoir les entamer. La terrible francisque abattait tous les guerriers qui s'acharnaient vainement à rompre les phalanges françaises. Le champ de bataille était couvert de morts , et la fortune restait indécise. Enfin le duc d'Aquitaine, qui avait pénétré dans le camp des Sarrasins avec une cavalerie d'élite, revient dans la mêlée, prend en flanc les escadrons africains, et v répand à la fois la surprise et la crainte. Charles profite de ce désordre; il se précipite au milieu des ennemis; les Francs le suivent en foule; sa redoutable hache écrase tout ce qui lui résiste. Abdérame lui-même tombe sous ses coups; la chute de ce chef décourage les
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Sarrasins; ils fuient et se relirent sous leurs tentes, qu'ils trouvent déserles et pillées.
Déjà les ombres de la imi( eouvraient la terre; la fatigue et les ténèbres (>ni|)êehent les Francs de poursuivie les vaincus. Charles luimême, craifjnant les surprises et les embuscades, permet à ses guerriers le repos et le sommeil. Le lendemain, au lever de l'aurore, les Français reprennent leurs armes, et, à la vue des tentes musulmanes, ils poussent des cris d'ardeur et de joie ; impatiens de compléter la ruine de leurs ennemis, ils se précipitent sur le camp africain et le trouvent vide; les Maures avaient fui.
sonsurnom Cliarlcs , jugcaut que la célérité de leurs
à celte oc- , • i » i p • i
casion. coursiers avait du leur laire prendre trop d'avance pour qu'il pût espérer de les atteindre, ne voulut point par une vaine poursuite épuiser son armée alfaiblie; il revint en Neustrie, chargé de gloire et d'un riche butin. Les soldats , frappés d'admiration par la force de ses coups, lui décernèrent le surnom de Maitel, regardant sa glorieuse francisque comme le terrible marteau qui avait écrasé les Sarrasins. L'histoire du temps resta muette sur cet éclatant triomphe ; il donna naissance , dans un autre siècle , aux romans de chevalerie et à une foule de chroniques tout aussi fabuleuses
que ces contes. Celle de Paul Diacre porte la perte des Maures à trois cent soixante-quinze mille hommes : il n'évalua celle des Français qu'à quinze cents soldats : il ignorait qu'on affaiblit tout ce qu'on exagère.
Mais ce qui est certain et prouvé par les faits, c'est que cette victoire enleva aux musulmans l'espoir de conquérir la France et le nord de l'Europe ; ils évacuèrent même l'Aquitaine , et bornèrent leurs prétentions à s'affermir dans le Languedoc , et à s'étendre dans la Provence , où ils étaient favorisés par Tanibition de quelques leudes qui sacrifiaient à cette passion leur serment, leur religion et leur indépendance.
Quelques moines ont écrit , et plusieurs historiens ont répété qu'en mémoire du triomphe de Poitiers, Charles Martel institua, pour récompenser ses preux, l'ordre de la Genette ; mais c'est une fable : cet ordre ne fut établi que sous la troisième race de nos rois : la devise de cette décoration , exaltât liuiniles, convenait mal au caractère et à la dignité de Charles ; elle était plus humble et plus chrétienne qu'héroïque.
Si ce grand homme fut regardé dans la siiilc par la chevalerie comme un modèle , elle ne put lui attribuer son origine qui est d'une date bien plus moderne: car elle naquit des excès
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mômes d'un système féodal dont elle devint le seul remède, et qui, à IVpoque des exploits de Charles, n'était pas encore orfjanisé. Le libérateur de la France méritait la reconnaissance publique; mais les passions du clergé et de quelques grands ne lui firent éprouver d'abord que cette ingratitude dont l'envie paie toujours ia gloire. Ses Arnoul son neveu et plusieurs seigneurs ré-
pioiis. voltèrent la Bourgogne contre lui; il parut, les combattit et les soumit. Eucher, évèque d'Orléans, excitait le clergé à la résistance et au refus des tributs que les besoins de l'armée exigeaient : Charles l'exila.
La renommée , en publiant ses travaux et ses exploits, exagérait probablement ses fatigues et ses pertes; les Frisons crurent le moment favorable pour recouvrer leur indépendance; ils espéraient que les Français, agités par des troubles intérieurs et affaiblis par les combats livrés aux Aquitains et aux musulmans, n'auraient plus assez de force pour leur ravir la liberté; mais le génie trompe toujours la médiocrité qui ne le juge que sur sa propre mesure. JiPs hommes qui savent nnimor le soldat le rendent inféitigablo.
Les Frisons virent bientôt apparaîtr(" dans leurs plaines eetlo nrmée de Francs qu'ils
croyaient encore campée sur les rives de la Loire. Charles leur livra bataille, les défit et tua de sa main leur duc Papon. Après les avoir vaincus, il les dispersa, les poursuivit jusque dans leurs lies et les soumit.
Sa générosité ne lui avait point regagné l'affection du duc d'Aquitaine; les bienfaits, en humiliant TorPiueil, aigrissent l'envie. Tandis que Charles détruisait l'armée des Frisons, renversait leurs idoles, démolissait leurs temples, abattait leurs bois sacrés, démantelait leurs villes, et soumettait toute la Frise à la couronne de France, Eudes soulevait les Aquitains contre lui, et menaçait la Neustrie de ses armes.
Charles revole des rives de la mer du Nord aux bords de la Loire, la franchit, tombe comme la foudre sur les Aquitains et les met en déroute*. Eudes vaincu ne put survivre à sa défaite; la honte et le chagrin terminèrent ses jours. Ses fils Iliinon et llalton, l'un duc d'Aquitaine et l'autre de Poitou, tentèrent vainement de le venfîer. Charles leur enleva la ville de Blois, s'empara de Cordeaux, les contraignit à se soumettre, et ne leur rendit leurs États qu'après les avoir forcés à j)rèter seiincnt de fidélité comme vassaux non au roi Tiiierry, mais à lui-même comme duc d'Austrasie.
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La vie de Cliarle.s ik* l'iil (ju'iiii voyage perjx'diel; il put coinptcM' autant do guerres que d'années et presque autant de combats que de jours.
Les seigneurs de Provence et de Bourgogne, jaloux de son autorité, et méprisant celle du roi, s'étaient ligués, armés, et prétendaient hautement a i indépendance. Charles y courut , soumit Lyon, entra en Provence, se rendit maître d'Arles et de Marseille, reprit aux leudes infidèles leurs biens, leurs dignités, donna les bénéfices des prêtres remuans à ses guerriers, établit partout des comtes, des ducs, des gouverneurs dévoués à sa personne, et par cette sévérité réprima la rébellion.
De là il reporta lapidement ses armes en Saxe, dont les peuples indomptables se préparaient à le combattre ; effrayés à son approche , ils lui livrèrent des otages et se soumirent à lui payer un tribut annuel.
La plume, moins rapide que son épée , a peine à le suivre. Une trahison rappela bientôt ses armes en France. Tel est l'aveuglement des hommes, ils préfèrent souvent la domination d'un ennemi à celle d'un égal. Mauronte, gouverneur de Marseille, de concert avec un grand nombre de seigneurs mécontens, imitèrent la perfidie du comte Julien qui avait livré l'Espa-
gne aux Maures; ils s'allièrent avec ces Barbares et les appelèrent dans leurs fovers.
Les Sarrasins accoururent en foule, ravagèrent la Provence, le Lyonnais, et surprirent Avignon; Childebrand les attaqua, les défit et reprit Avignon d'assaut. Les Maures qui le défendaient furent égorgés , et la ville livrée aux flammes.
Charles rejoint son frère, traverse le Rhône, chasse les Africains de la Provence , les poursuit en Septimanie et assiège Narbonne. Cotte ville était le siège de la puissance musulmane en France; les Sarrasins, décidés à la secourir, accourent en grand nombre d'Espagne pour la défendre. Cette nouvelle armée était commandée par l'émir Amoroze. Charles vole à sa rencontre, l'atteint dans le val de Corbière sur les bords de la rivière de Bère, lui livre bataille, la taille en pièces, la chasse de la plaine jonchée de cadavres, et la poursuit jusqu'à la mer; les flots engloutirent ceux que le fer n'atteignit pas.
Athinie, gouverneur de Narbonne, après une opiniâtre résistance, la rendit à Childebrand, et par cette éclatante victoire toute la Gaule fut enfin réunie sous la domination des Francs.
Charles, aussi actif poui' cueillir les fruits
de la victoire que pour vaincre, prit Bczicrs, Agdc, Maguelone et Nîmes; il les démantela, car jamais il ne laissait de lorteresses dans les pays conquis par ses armes.
Une nouvelle révolte des Saxons lui donna de nouvelles fatigues et de nouveaux triomphes; cette guerre fut le dernier événement du règne de Thierry IV; son nom avait régné dix-sept ans dans les actes puhlio. Charles, affermi par la victoire, ne crut plus avoir besoin de l'ombre d'un roi; il ne remplit pas le trône vacant, et dédaigna de s'y asseoir : son épée lui tint lieu de sceptre et sa gloire de couronne.
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