‹ Histoire des Merovingiens, comprenant les règnes de Clovis ler, Clovis II, Dagobert et autres rois de FranceChapitre 48 sur 50 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

CHILDÉRIC III, ROI DE NEUSTRIE ET DE BOURGOGNE ; PEPIN, DUC DE FRANCE, MAIRE DU PALAIS; CARLOMAX, DUC d'aUSTRASIE.

Concile convoque par Carloman. — Révolte du duc Odillon. — Ligue des Bavarois, des Saxons et des Allemands. — Leur defaite. — Dernière victoire de Carloman. — Sa retraiteau Mont- Cassin.

C'était en Neustrie et en Bourgogne que l'attachement à la maison mérovingienne s'était le plus opiniâtrement conservé. Les peuples de ces deux royaumes se regardaient exclusivement comme Francs ; les Austrasiens n'étaient à leurs yeux que des Germains. Il existait entre eux une opposition inconciliable d'intérêts, de mœurs et de langage; en Neustrie on regrettait l'ancienne indépendance des hommes libres, dont quelques princes mérovingiens s'étaient montrés les appuis; et, malgré l'habileté des deux Pépin et de Charles -Martel , ils ne pouvaient effacer le souvenir de la bataille de Testry qui avait assujetti les hommes

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libres aux leudcs, la JNcusdie à rAustrasic, et

les rois à leurs majordomes ou maires.

Aussi les Neustriens et les Bourgui(i;nons apprirent avec transport l'élévation de Childéric au trône, tandis que cet événement ne produisait aucun effet ni aucun chaufrement en

Concile Austrasie. Carloman continua de la f^ouverner

oiivoqud lar Carloman.

convoque .

par Car- cn souvcraui ; on en trouve la preuve dans un

acte du concile de Leptine, convoqué par ce prince ; il y déclare « qu'après avoir pris les » conseils de sa noblesse, il a rassemblé les évé- » ques dans ses Etats. » Ce concile est doublement remarquable par plusieurs sages réglemens qu'on y fit pour la réformation des mœurs, et parce qu'on y commença à compter les années depuis l'incarnation; jusque-là on datait des années du monarque régnant.

Si l'apparition du faible Childéric au trône apaisa les esprits en France, cette ombre de roi ne fit aucune illusion aux étrangers, tous ardens à saisir le premier prétexte pour secouer le joug des ducs de France. Révolte chi Ilildetrude, fille de Charles-Martel, mécon-

ducOdillou. , , . , 1 o ' i ' 1 1

tente de la severite de ses treres, s échappa de leurs mains, et courut en Jjavière chercher un trône , un époux et un appui ; elle y donna avec sa main au duc Odillon le désir et l'espoir de succéder à la puissance de son beau -père

et de gouverner l'empire des Francs comme Charles-Martel.

Excité par son ambition qu'enflammait con- Ligue des

-, o • 1 • Bavarois ,

tinuellement celle de sa femme, il unit ses des saxons

1*11 - et des Alle-

armes à celles des Saxons et des Allemands, mands, qu'on trouvait toujouis disposés à la guerre et à la vengeance.

En même temps il conclut un traité d'alliance avec le duc d'Aquitaine , qui , fortifié par cet appui, envahit promptemcnt la jNeustrie , et s'avança même jusqu'à Chartres qu'il livra au pillage.

Les princes français coururent d'abord en Germanie pour combattre les Bavarois ; mais ils trouvèrent Odillon retranché sur les bords du Lech dans une position si forte, que, pendant quinze jours , ils observèrent l'ennemi sans oser l'attaquer. Les Francs, plus téméraires que leurs chefs , ne purent supporter plus l<...

• 1 • 1 dcl.iilc.

long-temps les provocations et les insultes que leur prodiguaient les Bavarois, en les raillant sur leur timidité. Emportés par la colère, tout péril disparaît à leurs yeux; ils se jettent à la nage, franchissent la rivière, et mettent en déroute l'ennemi, qui perd ses plus braves soldats, son camp et ses bagages, hn Bavière fut dévastée pendant deux mois.

Après avoir ainsi puni le duc Odillon de sa

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révolte, Carloman marche contre les Saxons, les bat, les disperse, poursuit leur duc Théodoric jusqu'au château dlloelishourg , et le contraint à jurer une paix ([u'ii rompit bientôt. Libres de crainte du côté de la Germanie, les deux frères , avec leurs troupes triomphantes et réunies, revinrent en France, et entrèrent presque sans obstacles dans les États du duc Hunnon qui ne put leur résister. Us ravagèrent l'Aquitaine, et forcèrent le duc infidèle de demander grâce pour la troisième fois.

Peu de temps avant, ce prince, ambitieux sans talent et cruel sans courage , avait assassiné son frère Hatton qui voulait le décider à la paix. Enfin, honteux de sa défaite, revenu de ses illusions, et peut-être repentant de son fratricide, il se détermina à quitter le monde, et prit l'habit de moine dans un couvent de l'île de Ré, laissant ses États à son fils, GaifTre, qui prêta serment de fidélité non au roi Childéric, mais au duc d'Austrasie ^, Dernière Lcs Saxons et les Allemands, plus irrités que

victoire de , , . i o • > '

Cariomao. dccouragés par leurs detaites, étaient souvent vaincus mais non subjugués. Leur fierté ne voulait point reconnaître la domination de la France ; ils reprirent de nouveau les armes. Carloman marcha contre eux; et, si l'on vou-

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lait croire les chroniques fabuleuses du temps, « l'armée germaine serait tombée miraculeu- » sèment sans combattre dans les liens des » Français. » Mais ce qui est probable, c'est que Carloman trompa les Allemands par de feintes dispositions à la paix, et les attira dans un piège où ils furent surpris , entourés et taillés en pièces.

Cette victoire ou plutôt ce carnaee termina Sarciraite la carrière politique de Carloman; dégoûté des Ca^m. grandeurs, effrayé par les fables que les moines débitaient sur la damnation de son père, et poursuivi lui-même par les remords du sang qu'il venait de verser si injustement en Germanie, il livra ses États à Pépin, lui confia son fils Drogon , courut à Rome implorer la protection de saint Pierre, se fit raser, prit l'habit de saint Benoit, et, fatigué des visites fréquentes que lui attiraient encore son nom et son ancienne puissance , il s'enferma dans l'abbaye du Mont-Cassin.

La tranquillité du cloître , seul asile alors contre les orages de la terre et contre les crimes des princes, la crédulité du temps, et la vénération que les guerriers les plus barbares conservaient pour le clergé , inspiraient généralement le goût de la vie religieuse. On ne pouvait plus trouver la paix nulle part que dans

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l'ombre des monastères; aussi on vit â cette époque deux rois d'Aii.^jleterre, deux ducs d'Aquitaine et un duc de France se vouer à la vie du cloitre. Alors les moines, ennemis du luxe et de roisiveté, travaillaient et fécondaient la terre. Depuis, l'ambition des papes les multiplia sans mesure, et en foi-ma un genre nouveau et bi/arre de léf^ions deslinées à soutenir les prétentions de Rome à un nouvel empire.

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