‹ Histoire des microscopes; ce que leur doit la médecineChapitre 9 sur 10 · DECOUVERTES RECENTES, AVENIR DE LA MEDECINE · texte numérisé non relu

DECOUVERTES RECENTES, AVENIR DE LA MEDECINE

A dessein jusqu’à maintenant, nous avons omis de parler des découvertes récentes dues au microscope, et qui ont trait aux maladies infectieuses. C’est que nous nous proposions d’en dire un mot dans un paragraphe spécial, de présenter les plus importantes et de nous efforcer de faire voir les idées nouvelles qu’elles ont fait naître en médecine, relativement surtout à l’étiologie, à la pathogénie et à la prophylaxie de ces maladies.

Nous savons, en effet, que dans les maladies infectieuses, en général, la transmission s’opère par un germe contage, par un microbe spécial à chacune de ces affections. Assurément, nous ne connaissons pas d’une façon certaine, le microbe pathogène de chaque maladie, mais ce que nous en

savons nous permet, jusqu’à un certain point, de conclure du particulier au général et de présumer de l’avenir.

Raspail, que nous pouvons considérer comme l’un des précurseurs de ces doctrines, écrivait il y a cinquante ans : « Si, comme l’analogie l’indique aujourd’hui encore plus hautement que jamais, toutes les épidémies (peste, choléra, fièvre jaune, etc.), doivent être attribuées à l’action d’insectes parasites. 1° L’air interviendra comme favorisant la cause de ces maladies, en favorisant le développement de leurs auteurs, 2°Les miasmes et les émanations agiront de la même manière que l’air ; 3° Mais il est des miasmes fétides qui favorisent le développement des insectes et il en en est d'autres qui les tuent, et parmi ceux-ci les hydrosulfates d’ammoniaque ou l’ammoniaque seul occupent la première place ; se sont donc quelquefois les miasmes que l’on respire avec le moins de répugnance qui seront les plus favorables à la propagation du fléau. 4° Les climats chauds seront plus exposés que les climats froids à certaines invasions d’épidémies, et les climats froids plus que les climats chauds à certaines autres, parce qu’il est des insectes qui, pour pulluler avec une incommensurable multiplication, ont besoin de tel plutôt que de tel autre degré de température. Tel insecte qui se trouve engourdi sous le climat du nord peut, dans les climats brillants, devenir le père d'une innombrable et dévorante progéniture. 5° Tel individu offrira à la propagation des insectes auteurs de l’épidémie des conditions plus favorables que tel autre qui vit sous le même toit, mange à la même table et couche dans le même lit. L’hygiène a encore plus d’empire que la médecine sur les épidémies, car les produits d’une bonne et forte santé sont, en général, ceux que les

insectes parasites des animaux ou des végétaux recherchent avec le plus d’indifférence ; c’est ce que démontre l’histoire des insectes. 6° Il est des insectes qui vivent dans un tissu et qui vont se propager et pondre dans un autre ; il en est d’autres qui meurent, vivent et naissent dans le même tissu. Certains insectes générateurs d’épidémies se nicheront dans les hardes, le linge et les habits de l’infecté. »

Tout cela est incore vrai de nos jours ; toutefois il faudrait remplacer le mot insecte par celui de micro-organisme, car, même actuellement, les naturalistes ne sont pas encore suffisamment fixés sur la nature de certains infiniment petits et ils hésitent à les classer soit dans le règne animal, soit parmi les végétaux.

Ce qu'il faut retenir surtout, c’est l’idée du germe et de sa contagion, qui, déjà pour Raspail, doit servir de hase à l’hygiène des épidémies.

Les parasites avaient déjà attiré l’attention des anciens micrographes : Leuwenhoeck a décrit il y a deux cents ans les leptothrix et les vibrions de la salive.

Ehrenberg, en 1838, et Dujardin, en 1841, ont décrit des espèces de bactéries et les ont classées ; M. Robin, en 1853, les a placés à côté des algues et des levûres, et dans ces dernières années on a apporté de nouvelles données sur leur nature. Néanmoins, à ce sujette dernier mot n’est pas dit. Citons parmi ceux qui se sont surtout occupés de ces questions, Hallier, Cohn, Billroth, Warming, Nœgeli, Magnin, Marchand, Van Tieghem, Koch, Zopf, Fliigge, Rabenhorst, de Bary, etc.

Cagnard-Latour avait découvert le rôle d’un ferment organisé dans la fermentation du vin, M. Pasteur, en 1866, puis

en 1876, étendit cette découverte à la bière et ouvrit des horizons nouveaux sur la matière. D’un autre côté, Davaine et Rayer avaient constaté, en 1850, dans le sang des animaux morts du charbon, la présence de bactéries que Polllender décrivit quelques années plus tard. Ces découvertes se multiplièrent ; Pasteur imagina les procédés de culture des micro-organismes et apporta dans les théories microbiennes la rigueur scientifique. Il vérifia et compléta les recherches de Davaine sur le charbon, établit le rôle des micro-organismes dans l’infection purulente, la septicémie et la putréfaction, diminua les virus du charbon, du choléra des poules, du rouget du porc et de nos jours les publications scientifiques et mondaines retentissent de ses découvertes sur l’atténuation du virus rabique.

Au point de vue pratique, MM. Pasteur et Toussaint ont rendu un service immeuse en montrant qu’on pouvait faire servir avec succès le bacille atténué à des vaccinations préventives contre les effets du bacille virulent. En effet, quand on inocule un animal avec un bacille atténué jusqu’à un certain degré que l'on détermine chaque fois, il résiste à la maladie et peut y échapper. Cependant, Koch et ses élèves disent qu’il faut en rabattre ^beaucoup des succcès décisifs obtenus par l’école de M. Pasteur. Ne faudrait-il pas là invoquer la raison de jalousie ?

En même temps que Pasteur faisait ses cultures, de tous côtés paraissaient des travaux tendant à confirmer ses données et des vues nouvelles sur la pathogénie des maladies infectieuses surgissaient.

Ces découvertes, en effet, réduisaient à néant l’hypothèse de la spontanéité morbide ; et d’autres idées émises autrefois,

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par exemple celle de la spécificité des maladies, étaient remises en lumière avec une fraîcheur nouvelle, comme le dit M. Corail.

Au point de vue de leur forme Cohn a divisé les schizoraycètes en quatre groupes : Les spherobactéries ou cocci ; les micro-bactéries en bâtonnet ou bâtonnets courts ; les bacilles ou bâtonnets longs ; les spiro-bactéries ou spirales. . Zopf, Rabenhorst etFlügge en ont donné des classifications analogues.

Au point de vue du milieu favorable à leur développement et suivant que l’air est nécessaire ou non à leur évolution, M. Pasteur a distingué les micro-organismes en microbes aérobies et microbes anaérobies.

Les schizomycètes se reproduisent par formation de spores.

Par l’injection de certaines bactéries on reproduit chez les animaux des maladies purement expérimentales ou identiques à celles qui surviennent chez eux spontanément. On donne le nom de pathogènes à ces bactéries productices des maladies infectieuses. Pour qu’une bactérie soit pathogène, il faut qu’elle trouve pour se développer des conditions de milieu, de température, de nutrition favorables à son développement, et s’il s’agit d un individu quelconque, il faut que son organisme soit en état de réceptivité. Ces microbes pathogènes peuvent causer des maladies aigues ou des maladies chroniques. Dans les premières, le milieu très-favorable à l’évolution des bactéries fait que la maladie traverse rapidement son cycle, dans les secondes, les bactéries restent et s’éternisent dans les tissus comme cela a lieu pour la

lèpre.

Quelles sont donc les maladies que 1 on considère comme bactéridiennes ?

Le choléra des poules, épizootie qui lit sa première apparition en 1789 est une maladie de cet ordre. Il a été étudié en 1851 par Renault et Delafond ; Joannès et Mégnin en 1877, Semmer de Dorpat en 1878 ont repris cette étude. Péroncito en a découvert le microbe en 1878 et l'a figuré. Toussaint a confirmé en 1879 les travaux de Péroncito, et Pasteur ayant repris la question en 1880 a obtenu un virus atténué de cette maladie.

Ebert, Wolff, Grün (1877) ont décrit une maladie analogue chez le perroquet.

Le charbon symptomatique a été étudié par Arloing, Cornevin et Thomas en 1879 et 1880 ; la bactérie charbonneuse avait été découverte par Davaine en 1850.

Le virus du rouget du porc dont le micro-organisme n'est pas sûrement connu malgré que Klein y ait décrit un bacille, a été atténué en 1882 par Pasteur qui fit sa communication à l’Académie des Sciences, le 4 décembre de cette année.

Les germes infectieux de la fièvre récurrente ou typhus ont été découverts par Obermeïer en 1873.

Koch et Baumgarten ont vu à peu près en même temps le bacille de la tuberculose en forme de bâtonnet en 1882 ; MM. Malassez et Vignal ont décrit la tuberculose zoogléique en

Les expériences de Koch ont porté sur 217 animaux différents et les résultats ont toujours été concordants. Aujourd’hui on considère ce germe comme le facteur de la tuberculose, et sa présence dans les crachats des phthisiques est considérée par presque tous les praticiens comme un nouveau signe de diagnostic.

La blenorrhagie est due à un micrococcus découvert par Neisser qui lui a donné le nom de gonococcus ; de là le nom de gonorrhagie que l’on donne volontiers à la blenorrhagie.

Recklinghausen et Lukomski ont indiqué la présence d’un microbe dans l’érysipèle. C’est Fehleisen qui l’a le premier inoculé.

Le trachome, le xérosis de la conjonctive sont également des maladies parasitaires (Sattler et Schleich).

Friedlander et Talamon ont décrit dans la pneumonie aiguë un microbe de forme spéciale. Neisser, Hansen, Cornil ont étudié celui de la lèpre ; Loeffler celui de la diphtérie du pigeon et du veau.

Plusieurs micro- organismes ont été décrits comme étant les facteurs de la malaria ; Ivlebs, Tomasi Crudeli ont décrit le bacillus malariæ; Laveran, Cuboni etMarchiafava, Lanzi, Peroncito, Ceci, Liehl ont trouvé des bactéries dans le sang, la peau, les veines, la rate de l’homme atteint de fièvre palustre. Cependant la nature précise du microbe qui serait la cause de la malaria n’est pas encore déterminée.

En 1871, Recklinghausen avait signalé la présence des bactéries chez les cadavres de typhiques ; Klein en trouva diverses espèces, Eberth et Klebs en ont les premiers donné des descriptions détaillées. Gaff'ky a décrit à nouveau les micro-organismes de la fièvre typhoïde ; il en aurait rencontré un 2fi fois sur 28. La question de causalité de ce microbe dans la fièvre typhoïde doit néanmoins être réservée.

Klebs a décrit des bâtonnets dans la diphtérie, Lœffier a confirmé leur présence, mais il n’est pas positivement affirmatif lorsqu’il s’agit de les considérer comme causes de la maladie.

Dans le choléra indien, Koch a décrit un bacille qu’on appelle kommabacillus ; mais il faut encore être très-réservé sur son importance ; Klein en nie absolument l’existence dans le sang’ et les tissus et bon nombre d’auteurs émettent des cloutes sur son action efficiente.

La maladie des vers à soie appelée Flacherie a sop origine, d’après M. Pasteur, dans l’action simultanée d’un bacille et d’un micrococcus.

Le pus du furoncle contient des micrococci qui ont été étudiés pour la première fois par Pasteur. M. Duclaux a décrit un coccus dans le bouton de Biskra(1884).

Les verrues seraient, paraît-il, produites par des microbes.

Rosenbach est arrivé à isoler dans le pus cinq espèces différentes de micro-organismes. 1° Le microbe pyogénique découvert par Pasteur, 2° le staphvlococcus aureus, 3° le staphylococcus pyogenus albus, 4° le micrococcus pyogenus tennis, 5° le streptococcus pyogenus.

MM. Chauveau et Arloing affirment que le vibrion de la septicémie gangréneuse est le même que le vibrion septique de M. Pasteur.

On attribue aux microbes les arthrites rhumatismales, l’osteomyelite (Pasteur et Krause), la lymphangite, la thrombose, la phlébite, la métrite et les inflammations puerpérales, la pyémie, la septicémie (Coze et Felz, Davaine, Pasteur, Koch, Charrin etc.), la saprémie (Duncan, Ogston, ROsenbach), l’endocarchte et la myocardite d’origine infectieuse (Mayer, Klebs, Eberth, Koster, Weigert, etc).

Certains néphrites sont considérées comme d’origine bactéridienne. (Bouchard et Kannenberg, Cornil et Berlioz) ; la

maladie pyocianique également (Robin, Chalvet, Bimber, Billroth, Lucke, Eberth, Fordos, Gessard, Charrin, etc).

La gangrène, la péripneumonie contagieuse du gros bétail sont des maladies microbiennes.

On a décrit des pleuréries, des péricardites, des péritonites, des méningites que l’on attribue à la présence de microorganismes.

Lustgarten a affirmé avoir découvert un microbe de la syphilis; ses recherches datent de la fin de l’année 18SL et du commencement de 1885 ; il faut être néanmoins réservé à cet endroit.

La fièvre typhoïde bilieuse, la dyssenterie, la fièvre jaune, l’atrophie jaune aiguo du foie, la morve (Lœffler et Schiitz, Bouchard, Gapitan et Charrin, Babès), les fièvres éruptives, la grippe, la coqueluche, le goitre endémique, l’anémie pernicieuse, quelques dermatoses sont considérées comme autant de maladies microbiennes. Certaines maladies chroniques, certains néophasmes seraient aussi imputables à des micro-organismes.

La liste des maladies bactéridiennes, comme on le voit, est longue, et certainement nous en passons. Nous avons tenu à citer, au début de cette énumération, quelques affections dont le germe paraît sûrement connu ; par exemple la tuberculose, nous en avons cité à côté d’autres, comme la malaria, pour lesquels il est encore permis d’élever des doutes. Le dernier mot, tant s’en faut, n’est pas dit sur le sujet, mais, en présence de si nombreux résultats concordants, il est bien permis de croire que définitivement on a trouvé dans le parasitisme la clé de la pathogénie des maladies infectieuses.

Notons que toutes ces découvertes n’ont été possibles que grâce au microscope ; mais leur exposé froid ne nous en montre pas toute l’importance.

Faisons voir comment l'hygiène et la thérapeutique peuvent en bénéficicier. Si l’on possède, comme nous le croyons nous-même, l’explication des maladies infectieuses avec la bactériologie, il nous sera permis de dire que les micrographes auront rendu un très grand service à la médecine, dont l’avenir dépend alors du microscope.

Comment agissent les microbes sur l’organisme ?

Ce qui rend le microbe vraiment redoutable, ce sont, soit les matériaux nécessaires à son évolution, soit ses produits ou sécrétions. Aura-t-il, par exemple, besoin d’oxigène ? c’est aux dépens du sang et des tissus qu’il se développera et se multipliera, et on verra le sujet qui est victime de cette soustraction dépérir d’autant plus rapidement que la colonie microbienne sera plus prospère.

D’autres fois, au contraire, ce seront ses sécrétions, ses produits solubles, qui seront un poison pour ce même sujet et on assistera à un véritable empoisonnement par une substance toxique. Les découvertes de MM. Selmi et A. Gautier, qui ont fait si grand bruit dans ces derniers temps, ne peuvent-elles pas expliqueur ces intoxications? Les ptomaïnes paraissent être, en effet, les produits alcalins des bactéries (Brouardel, Boutmy et Brieger). Ces substances n’existent toutefois que chez les cadavres ; mais les leucomaïnes qui apparaissent en proportions variables, mais d’une manière constante, dans les excrétions des individus vivants, en pleine santé ou durant la maladie, comme l’ont montré MM. Bouchard et Lépine, pourraient bien, ce nous semble,

fournir la cause de certains empoisonnements. Ces poisons, élaborés dans l’organisme, circuleraient dans tout l’ensemble alimenté par la circulation.

Un autre problème des plus intéressants à aborder est celui de la réceptivité.

Dans les grandes villes, certaines maladies régnent à l’état endémique ; à Paris, par exemple, nous voyons la fièvre typhoïde sévir avec une intensité plus ou moins considérable ; nous y vivons dans un milieu de contage constant et cependant nous ne sommes relativement que peu enclins à la contracter. Quelle peut en être la raison ? C’est que, petit à petit, notre organisme, en contact continuel avec ces germes, s’est vacciné, pour ainsi dire, de lui-même. Mais que nous venions à changer d’existence, à nous surmener, à nous livrer à des travaux qui épuiseront notre corps, alors, ce dernier, insuffisant à la lutte, se laissera plus facilement contaminer ; l’équilibre sera rompu. Le paysan qui vit à la campagne, où les contages n’existent presque pas, est plus robuste que l’homme des villes, son organisme s’est développé librement sans avoir sans cesse en face de lui l'ennemi qui est le contage morbide, chez lui il endure facilement toutes les fatigues. Transportons-le à Paris, les conditions changeront; qu’il se surmène au début, en vivant au milieu des germes qui l’environnent, son corps, qui n’est pas habitué à lutter contre eux et qui est, en outre, débilité par un excès de fatigue, sera dans les meilleures conditions pour contracter une maladie, la fièvre typhoïde par exemple.

Dans cette question de récepticité l’hérédité joue également un grand rôle. Nous savons tous que lorsqu’on a eu certaines maladies infectieuses on en est à peu près sûre-

ment à l’abri pour l’avenir. Prenons encore pour exemple la fièvre typhoïde ; assurément il n’existe que peu, peut-être même pas d’exemples authentiques de récidives de cette maladie ; qu’un individu vienne a en être frappé il en sera à l’abri lui-même, qu’il vienne à avoir des enfants après sa maladie, ne pourra-t-il pas leur conférer une certaine immunité vis-à-vis de cette affection lui qui au moment où il a conçu cet enfant en était garanti pour l’avenir? Il n’y a là, croyons nous, rien de contradictoire.

Prenons, au contraire, un tuberculeux, cet individu est marié et a des enfants, certainement il y a bien des chances pour que cethomme, dont l’organisme a fourni aux bacilles de la tuberculose un champ favorable de développement, ait engendré des descendants venus au monde avec cette même susceptibilité.

Ces deux cas nous fournissent deux exemples différents, l’un d’immunité vis-à vis de la fièvre typhoïde, l’autre d’opportunité morbide pour la tuberculose.

Ici se place tout naturellement la question des vaccins: que, au lieu de recevoir cette immunité contre la fièvre thyphoïde de son père ou de sa mère, cet enfant la reçoive artificiellement du médecin qui lui inoculera le virus thyphïque atténué, il n’en possédera pas moins cette résistance à l’invasion de la maladie.

L’exemple de fièvre typhoïde est peut-être ici mal choisi parce que nous ne connaissons pas encore son vaccin ; mais qu’il s’agisse de la variole, ne sommes nous pas obligés de reconnaître qu’en vaccinant quelqu’un nous lui conférons une sorte d’immunité au moins temporaire ?

Cette question delà vaccine est capitale dans la médecine

de l’avenir et ce n’est pas un des moindres services rendus à l’humanité que celui qui consiste à atténuer un virus qui peut servir de vaccin contre une maladie infectieuse.

Dernièrement, M. Pasteur, qui avait trouvé l’atténuation des virus pour plusieurs maladies étrangères à l’espèce humaine vient de rendre un signalé service en appliquant son principe au développement de la rage. Ce sont ces découvertes qui lui ont attiré l’admiration du monde savant.

La thérapeutique des maladies infectieuses si pauvre actuellement malgré tous les efforts de nos maîtres, se trouvera remplacée par l’hygiène ou du moins par le traitement prophylactique de cesmaladies le jour où le vaccin de chacune d’elles sera connu. Voilà l’avenir de la médecine actuelle et avec la nouvelle découverte de M. Pasteur, nous pouvons presque dire sans être taxé de présomption, que nous ne sommes plus dans une période de transition, mais que nous entrons de plein pied dans cette médecine de prophylaxie.

C’est bien là que réside la thérapeutique pathogénique incontestablement la meilleure. Atténuer par les effets physiologiques des médicaments les symptômes d’une maladie est sans doute quelque chose, mais empêcher le développement de cette maladie est encore mieux. Le but est de rendre l’organisme réfractaire à l'infection dans la médecine actuelle.

Avec cette conception l’immunité devrait finir par être très grande, presque absolue, et la maladie devrait disparate après qu’on aura stérilisé son terrain d’action. L'objection est sériense, comme le dit M. Duclaux, mais on peut la résoudre. A côté des causes qui renforcent l’immunité il en

est d’autres qui la diminuent ou môme l’éteignent, rien que le temps suffirait à lui tout seul; il faut tenir compte encore des changements de milieu, d’autres maladies, de tout ce qui peut modifier profondément l’organisme. Cette combinaison d’effets inverses, ramène à une moyenne.

Il existe encore un autre ordre de causes, comme le dit M. Duclaux, ce sont les causes sociales : Le mélange, dans une société d’individus dont l’immunité se renforce et d’autre part, où elle s'affaiblit par la misère, les fatigues et les accès, nous ramène encore à une moyenne.

I/'hygiène a aussi de puissants enseignements à tirer de la théorie des microorganismes, le plus grand est l’isolement des malades pour empêcher la diffusion du mal : « Tout malade doit être traité en suspect. Voilà le premier et a peu près le seul article du credo de l’hygiène des microbes. >* Et pour que cet article soit rigoureusement observé, il ne suffira pas de tenir le malade éloigné de toutes les personnes qui n’ont pas besoin de lui donner des soins, mais encore il faudra soigneusement désinfecter la literie, le linge, en un mot tout ce qui aura passé, pour ainsi dire, dans la chambre du malade.

La thérapeutique médicamenteuse elle-même a des données sérieuses à puiser dans la théorie des microorganismes. Il n est pas douteux qu’en étudiant les agents chimiques et thérapeutiques sur les cultures microbiennes, on arrive à la certitude que certains germes résistent plus à certaines substances quecertains autres. Le bichlorure de mercure, le chlore et le brome, pour Koch, doivent être rangés au premier rang parmi les substances désinfectantes. D’ailleurs, lorsqu’il sera possible d'attaquer directement le mi-

crobe par son ennemi le plus puissant, par l’antiseptique qui le détruit le plus sûrement ne fera-t-on pas bien de le faire? Les pansements antiseptiques que pratiquent aujourd’hui les chirurgiens sont basés sur ces considérations. Mettre une plaie à l’abri de l’air vicié ou ne permettre à celui-ci d'aborder la plaie qu’après avoir été filtré et avoir traversé une atmosphère fortement imprégnée de substances qui tuent les micro-organismes dont il pourrait être le véhicule, était une conséquence bien naturelle de l’étude des germes contages ; aussi les noms de A. Guérin et de Lister qui, les premiers, ont su montrer cette vérité, sont-ils honorés de tous les chirurgiens. Assurément, les opérations si audacieuses que l’on tente aujourd’hui, seraient impossibles à réaliser avec quelque chance de guérison pour le malade si le chirurgien n’avait pas l’antiseptie à sa disposition.

Ces doctrines édifiées sur les études microscopiques et sur la découverte des germes-contages, sont assurément celles qui ont contribué le plus à donner de la vogue à ces études et bientôt l'on pourra répéter avec plus de vérité encore cette phrase que Kaltenbrunner écrivait en 1828 : « Alors on ne trouvera plus que des gens sans instruction et sans foi qui blâmeront l’usage du microscope. »

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