‹ Histoire des missions de Chine [microform] (volume 2)Chapitre 13 sur 62 · SYNODE · texte numérisé non relu

SYNODE

Le texte du synode, tel qu'il fut approuvé par Rome et publié, est divisé en quatre cliapitres. Le premier déclare officiellement acceptées et publiées dans les six Vicariats réprésentés les deux constitutions dogmatiques : de la Foi et de l'Eglise du Christ. Le second ordonne d'observer les prescriptions du synode du Su-tchuen tenu en 1803, sauf quelques changements qui sont spécifiés ou certains points qui sont précisés dans le chapitre troisième ; par exemple : art. IV, il est défendu d'admettre au baptême un catéchumène avant trois mois de probation ; art. VI, il est prescrit de revêtir le surplis et l'étole au tribunal de la pénitence toutes les fois que la chose est possible ; art. VIT, il est ordonné d'établir des confessionnaux dans toutes les stations ou d'établir un treillis en osier.

Dans le chapitre quatrième, il est conseillé aux prêtres : art. I, de garder la modestie dans les vêtements, par conséquent de ne pas porter d'habits de soie sauf en certaines circonstances ; art. II, de ne pas se servir de chaise à quatre porteurs, de parasol rouge ; il leur est prescrit, art. IV, de ne pas s'occuper des affaires des païens, de ne pas prendre sur eux les procès des catéchumènes et des chrétiens, d'observer les usages chinois dans leurs relations avec les mandarins ; art. VI, de ne pas faire le commerce ; art. VIII, de ne pas s'absenter de leur district pendant plus de 10 à lo jours consécutifs ; art. IX, de ne pas accorder l'absolution aux parents qui envoient leurs enfants aux écoles païennes avant que ces enfants ne soient parfaitement instruits de la religion catholique ; art. X, de ne pas rompre les fiançailles des jeunes filles sans Tautorisation du Vicaire apostolique ; art. XI, de ne pas adopter d'enfant.

Deux articles de ce chapitre concernent les prêtres indigènes seuls : ce sont : Tarticle III , qui leur défend d'aller chez les mandarins sans l'autorisation de l'évêque ou du provicaire; l'article VII, qui leur prescrit de rendre chaque année un compte exact de l'argent qu'ils reçoivent et de verser le surplus à l'évêque pour la caisse commune.

Les articles XII, XIII et XIV rappellent les anciens règlements des vierges chrétiennes et ordonnent de les observer.

Le 1 1 octobre 1 880, Lions et Bodinier qiiittèrent Su-tcheou et, par Loutcheou, gagnèrent Jen-hoai tin, la première ville du Kouy-tcheou de ce côté de la frontière.

Une des conséquences de ce synode et de ceux qui se tinrent à cette époque fut une Instruction très importante publiée par la Propagande, le 18 octobre 1883, sous ce titre : Instructio S. Congregationis de Propaganda fide ad RR. PP. DD. Vicarios apostolicos hnperii Sinartini circa regimeii misf^ionum et conversionem gentium. Elle est divisée en 17 articles dont voici les titres : I. De la formation des mis-

DE SL-TCHEOl

sionnaires Européens. — II. De Tétude de la langue chinoise. — III. Du A'ètement ecclésiastique. — IV. Des séminaires. — V. Du gouvernement des prêtres. — VI. Des instituts religieux. — VII. De Tinstitut des Vierges, — VIII. De la conversion des païens — IX. Du petit catéchisme. — X. Des catéchistes. — XI. Des écoles et des collèges. — XII. De l'organisation des missions, — XIII. Des lieux saints, — XIV. De l'administration des biens temporels. — XV. Du voile des femmes. — XVI. Du bonnet chinois pendant la messe. — XVII, De la préparation au baptême. On voit par cette énumération que Tlnstruction visait surtout les questions fondamentales et les œuvres d'intérêt général ; elle se reportait souvent aux prescriptions du premier synode du Su-tchuen^ engageait les évoques et les missionnaires à les suivre. Il serait intéressant de comparer en détail les enseignements de Rome avec les pratiques des missions de Chine. Le cadre de notre travail ne nous le permet pas. En ce qui concerne le Kouy-tcheou, cette Instruction y était observée autant que le permettait l'état des choses ; par exemple l'étude du chinois était poussée assez avant par deux ou trois missionnaires, tandis que les autres se contentaient de bien parler et de bien comprendre le langage ordinaire ; le vêtement ecclésiastique, composé de la robe, de la coiffure et du pantalon chinois, était de coton, rarement de soie; il y avait une école préparatoire pour les enfants que l'on destinait au séminaire ; et si les études au petit et au grand séminaires étaient d'une force ordinaire, on y trouvera bientôt un jeune prêtre pourvu du grade de bachelier ; les théologiens, avant leur élévation au sacerdoce, étaient éprouvés pendatit plusieurs années soit dans le séminaire, soit à la suite des missionnaires; cependant les prêtres indigènes étaient trop peu nombreux pour que Ton pût placer l'un d'eux à la tête de plusieurs autres dans une des subdivisions de la mission. Ce système, que le Saint-Siège a plus d'une fois conseillé, ne saurait être suivi que dans les missions riches en prêtres du pays, et nous croyons que, malgré les inconvénients que d'aucuns signalent, il peut être essayé, ne fiit-ce que pour s'assurer si les objections que l'on y oppose sont en réalité aussi vraies qu'elles le paraissent en théorie. Il n'y avait aucun religieux ; mais les religieuses, en petit nombre, suivaient bien, dans leurs couvents ou dans leurs familles, les règlements qui leur étaient imposés. Quant à la conversion des païens, à l'établissement des écoles, la mission offrait des résultats ordinaires, parfois péniblement obtenus, et qui auraient certainement été plus considérables et moilleurs, si les catéchistes avaient été plus nombreux et s'ils avaient eu la formation nécessaire à leur état. Elle ne possédait pas encore l'organisation demandée par l'Instruction de la Propagande, c'est-à-dire des subdivisions dirigées par

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des missionnaires et composant un groupe de districts sous Tautorité d'un Vicaire forain. La préparation au baptême se faisait selon les règles indiquées ; elle était généralement minutieuse et longue.

Les synodes prescrits en 1879 devaient êtres tenus tous les cinq ans; une lettre de la Propagande du 16 avril 188i, ordonna des nouvelles assemblées pour 1885* ; mais, par suite de la guerre entre la Chine et la France lors de l'expédition du Tonkin, elles ne purent avoir lieu dans la quatrième région ; il en fut de même en 1890 et en 1898 à cause des troubles qui agitaient Tun ou Lautre des Vicariats.

Application du synode. ,— (lonseils de Lions aux missionnaires, à-vis des mandarins. — Allocations. — Achats.

Conduite vis-

Quelques mois après la tenue du synode de Su-tcheou fou, Lions imposasses missionnaires l'obligation d'observer les décisions prises; il joignit à cet ordre des conseils qui expliquaient certains articles et en exposaient les raisons.

Il recommande spécialement la réserve dans les rapports avec les lemmes, la prudence vis-à-vis des mandarins, la discrétion dans les réclamations à la suite de difficultés entre chrétiens et païens^ :

t^iiisque le décret de convocation, non seulement permet, mais semble donner Tordre de publier le synode et de le faire observer en attendant l'approbation, je le déclare publié, et obligeant, en conscience, pour tout ce qui appartient aux statuts du synode, dont le principal statut, est, vous le savez, la remise en vigueur du synode du Su-tchuen, avec quelques addi tions ou changements qui ont été faits. La lettre de M-"" de Carad^e^ qui suit, est mise sur le même pied que le synode, il est vrai que le synode de Su-tchuen a été observé jusqu'ici, plus ou moins, d'une manière satisfaisante, et peut-être mieux que dans les missions voisines, mais je crois qu'il ne l'est pas encore assez exactement par tons les missionnaires. Je vous exhorte donc à relire avec attention ce synode, surtout la partie qui a rapport aux vierges, aux écoles des vierges, et à nos rapports avec elles et avec les femmes : question du plus haut intérêt, d'où dépendent souvent la sanctification et la persévérance des missionnaires, la sanctification des âmes et une grande diminution de scandales, quelquefois pharisaïques, mais qui ne laissent pas d'être nuisibles.

Quand on arrive de France, où la liberté des hommes et même des ecclésiastiques, est plus grande avec les femmes, on est parfois étonné de la cir-

1 Par cette lettre, il y eut des changements dans le groupement de quelques Vicariats; mais aucun dans celui de la quatrième région. ^ A. M.-E., vol. 5'*9q, p. 76.S.

^ De Saint-Martin.

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conspection que l'on est obligé ici de garder à leur égard, et Ion est parfois porté à y aller plus rondement ; mais à mesure qu'on connaît mieux les mœurs de ce pays, on comprend facilement la sagesse de ces précautions recommandées par le synode.

Ainsi, bien chers confrères, soyez prudents et très prudents. La moindre familiarité est un scandale pour certains chrétiens. Donc, jamais la moindre plaisanterie, jamais de discours inutiles. Pour les rapports nécessaires, qu'ils soient courts et sérieux, comme dit saint Jérôme.

Il importe aussi de vous dire quelques mots touchant les affaires du prétoire, dont le bon Dieu nous préserve Vous savez tous que j\ii chargé le P. Gréa de traiter ces afTaires, ne pouvant moi-même m'en occuper sérieusement à cause de mes tournées annuelles en campagne, chose utile à la mission et, aussi, à cause de mon ignorance des caractèr(îs chinois et, par conséquent, des pièces venant du prétoire qu'il faut connaître, afin d'éviter, autant que possible, des erreurs qui peuvent parfois faire grand tort, surtout avec un secrétaire néophyte qu'il est bon de surveiller de près. Le P. Gréa est donc, beaucoup mieux que moi, en position de traiter ces affaires.

D'ailleurs, quand je suis ici, nous faisons toujours conseil, et quand je suis absent, il y a le provicaire. Soyez donc persuadés qu'on fait les choses le mieux possible ; mais il faut que vous sachiez bien que nous pouvons très peu. Beaucoup de chrétiens croient que nous sommes puissants ; peutêtre y a-t-il encore des missionnaires qui ne sont pas loin de ces idées ; qu'ils se détrompent ; soyez tous persuadés que nous pouvons fort peu, si ce n'est, parfois, quand les affaires sont directement contre les traités et regardent la religion ; nous pouvons alors parler, mais moins haut qu'autrefois ; aussi, selon l'usage chinois, pour tout litige, c'est à peine si l'on peut obtenir une demi-justice, maints faits le prouvent.

Sur cette matière, je vous rappelle ici les statuts du synode de Soui-fou, tenez-y avec fermeté et annoncez clairement aux néophytes ses prescriptions, ne craignez pas de les offenser, ni d'éloigner de la religion quelques mauvais sujets ou quelques mauvais néophytes sans foi ; bétels néophytes, venus par intérêt temporel et les affaires de prétoire nous ont fait beaucoup de mal. Ne craignez pas d'élaguer ces gens scandaleux qui n'observent pas les commandements de Dieu et refusent de se corriger.

Encore un mot : Si vous avez des affaires, quod ahsit, ce qui, parfois, est inévitable, lâchez toujours de faire traiter l'affaire dans vos préfectures et sous préfectures, cela vaut beaucoup mieux. Si vous êtes forcés d'avoir recours à la capitale, ayez soin d écrire clairement* et véridiquement les choses en français et surtout entchinois, afin qu'on- puisse traiter convenablement et sûrement ; et quand les affaires ne se traitent pas selon votre gré et aussi vite que vous le désirez, n'écrivez pas des lettres trop pressantes à ceux qui les traitent, comme si. à la capitale, on pouvait faire marcher les choses à volonté, ou comme si on refusait de faire ce qu'on peut et le mieux qu'on peut. Pensez vous, par exemple, que l'évêque aime beaucoup moins les chrétiens que vous? Je le répète, soyez discrets et prudents pour ces affaires de prétoire ; surtout, je vous en ^prie, ne blessez jamais les mandarins, ni même, autant que possible, les chefs de l'endroit ; de plus s'il faut écrire quelque chose au prétoire, ne chargez pas le premier venu de cette tâche. Que les nouveaux missionnaires ne se lancent dans aucune affaire sans avoir pris conseil d'un ancien, ou même à la capitale, s ils sont à portée.

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