‹ Histoire des missions de Chine [microform] (volume 2)Chapitre 16 sur 62 · iii'ir.M · texte numérisé non relu

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faire vendre ou a acheter une parlie de ces propriétés qui excitaient la convoitise des païens et avaient fait surgir, disait-on, les troubles de Tson-v en 1(S69'.

La quostion de l'opium en Chine et en particulier au Kouy-tcheou.

Une question longuement trailéo dans les congrégations ou réunions du synode fut celle de l'opium, on s'en occupa également dans les sessions. Lo texte primitif du synode expose les deux opinions : celle qui permettait dans une certaine mesure l'usage de l'opium, et celle qui le défendait en tout et partout ; comme conclusion, les Pères du synode laissaient la décision à la Propagande -,

Nous allons ici exposer la question avec des développements historiques et tliéologiques assez larges^, car elle alonguement agité la mission du Kouy-tcheou ainsi que plusieurs autres missions de Chine ^.

L'opium est le suc préparé du pavot somnifère. Le pavot est cultivé dans les plaines divisées en plates-bandes par des sillons profondément creusés. La terre, qui reçoit en octobre ou en novembre la graine du pavot, a été préalablement plusieurs fois façonnée et minutieusement nettoyée. Au mois d'avril, on recueille le suc de la plante.

Lorsque le suc est suffisamment épaissi, on le pile au mortier pour obtenir un tout bien uni ou, selon l'expression ordinaire, pour obtenir la réunion des larmes. D'autres fois, on se contente de le malaxer et de lui donner la forme de pains plus ou moins volumineux.

Après la récolte du jus du pavot et la préparation qu'il doit subir, l'opium est vendu à des négociants en gros qui les revendent à de petits commerçants.

Ceux qui ne sont commerçants ni en gros ni en détail se servent souvent de l'opium comme d'un objet d'échange, parce que sous un petit volume il constitue une valeur assez considérable ; on l'emploie comme monnaie pour payer les domestiques ; on l'offre en cadeau à

» A. M.-E., Tol. 548, pp. 457, 759.

^ Dans notre Histoire de la mission du Thihet, nous avons écrit que les actes ne parlaient pas de la question de l'opium ; nous avons voulu parler uniquement des actes tels qu'ils furent approuvés et imprimés.

■^ Cette élude est la reproduction presqu'intégrale de l'article : L'opium en Chine étude historique et théulogique, que nous avons publiée dAnsY Ami du Clergé, n° du 28 juillet 1908, p. 689.

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des amis, à des voisins qui rendent service, à des invités qui viennent à un dîner.

Ainsi, l'opium passe par les planteurs, les préparateurs, les commerçants en gros et en détail et les particuliers qui en usent de diverses manières.

Il arrive enfin aux consommateurs. Il sert en médecine pour le traitement de nombreuses maladies. Il est fumé, chiqué ou bu après avoir été dissous dans de Talcool.

Il est plus fréquemment employé pour le plaisir qu'on éprouve à le fumer ou à le chiquer que pour l'amélioration de la santé.

L^effct de l'opium fumé, chiqué ou absorbé avec de l'alcool est un excitant sans action spécifique. « Il ne donne pas une diversion spéciale à l'imagination et ne la tient pas forcément dans le monde des rêves voluptueux ou lubriques, comme semblent le faire croire les écrivains qui ont traité cette question'. »

Dans les effets physiologiques produits par l'opiu'm^ on distingue trois degrés. — Dans le premier degré, l'organisme lutte contre le narcotique, et l'on voit se manifester des symptômes de souffrance et de réaction analogues à ceux que l'on éprouve au début de l'usage du tabac à fumer. Dans le second degré, l'organisme est dompté ; l'opium produit alors l'excitation générale du système nerveux cérébro-spinal que recherchent les habitués. — Au troisième degré, le corps et l'esprit se désorganisent ; c'est le narcotisme chronique.

Outre ces effets physiologiques qui, le plus souvent, sont mauvais pour la santé, il y en a d'autres : surexcitation des passions auxquelles la nature du fumeur le porte, que ce soit l'orgueil, la colère, la volupté ou toute autre ; augmentation, pendant quelque temps, de la facilité dans le travail intellectuel, au dépens d'ailleurs de la résistance physique, c'est le cas de dire que la lame use le fourreau ; diminution assez rapide de la force de la volonté, de l'aptitude au travail par suite de la déperdition de la vigueur ; mauvais emploi ou perte de la fortune parce que l'opium coûte cher, que, les sensations s'afï'aiblissant avec l'usage, le fumeur veut les maintenir par des doses plus considérables, et par conséquent les dépenses sont augmentées dans des proportions notables ; désorganisation de la famille, parce qu'un homme qui n'a pas de santé, pas de moralité, pas de ressources, jette sa famille dans la misère.

Ces affirmations sont généralement admises comme vraies ; il v en a d'autres cependant qui vont à l'encontre de celles-ci, elles sont rares, mais nous devons les citer.

< Les fumeurs d'opium en Chine. Etude médicale par le D"" H. Libermann, p. 18 (citée dans les Casus conscientix resoluti in missione Kiaug-nan, auctore A. M. Sica S.-J., p. 223, édition de 1906).

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« Les Chinois, qui sont une nation de fumeurs d'opium, lisonsnous dans an article du Norfh China Daily Ncws\ sont non seulement pacifiques et sobres, mais généralement parlant, bien portants et vigoureux. Le coolie chinois, bien que mal nourri et mal logé, est capable d'un travail rude et prolongé aussi longtemps qu'il peut se procurer la pipe à opium du soir. » Et dans le môme journal, Fannée suivante ' : « A dose modérée, la fumigation de l'opium ou son absorption sont suivies d'un accroissement considérable d'endurance ; elles ne produisent de mauvais effet que si on en abuse. »

Est-il possible de ne pas en abuser? C'est là une question très discutée. En général, elle est résolue par la négative. Il est impossible, dit-on, de n'en pas abuser, parce que la sensation va s'émoussant, qu'il faut augmenter la dose pour que cette sensation ardemment désirée se produise. D'ailleurs, les faits pris dans leur généralité le prouvent. Cependant, quelques observateurs le nient d'une façon absolue, déclarant» qu'il n'est pas plus vrai dédire que tout fumeur modéré deviendra passionné pour l'opium, que de dire que tout buveur deviendra ivrogne ^ ».

Cette seconde opinion n'est acceptée que par très peu de personnes.

La fumigation est déclarée par presque tous causer de vrais ravages dans la santé^ la moralité, la famille et la société.

Et c'est pourquoi nous allons voir le gouvernement chinois défendre la fumigation ainsi que les actes qui la favorisent, c'est-à-dire la plantation et le commerce, et les missionnaires recourir à Rome pour savoir quelle conduite ils doivent tenir dans l'administration des sacrements aux chrétiens qui veulent continuer à pratiquer leurs devoirs religieux tout en fumant l'opium, en le négociant, en le plantant.

Introduit en Chine à la lin du XVI L' ou au commencement du XVIII'' siècle, l'opium fut interdit en 1729' par un édit de l'empereur Yong-tching. Cet ordre ne fut pas obéi. Le commerce,- à partir de i773, augmenta par l'intervention de la Compagnie des Indes.

* N° du 26 septembre 1890 citant un article de VEnglishman.

"^ N° du 28 mai 1891 citant un article de VEnglishman.

' Peut-être serait-il plus exact de comparer le fumeur d'opium à l'alcoolique. Sans doute, il est rare qu'un ivrogne ne soit pas alcoolique, mais l'alcoolique peut ne pas être ivrogne. Or l'alcoolisme produit souvent les funestes effets que beaucoup attribuent à l'opium. Remarquons à propos de cette comparaison que le confesseur s'occupe ordinairement des actes d ivresse, du nombre de fois où le pénitent a bu jusqu'à perdre la raison. Ce n'est qu'indirectement, accessoirement pour ainsi dire, qu il traite de l'habitude et de ses conséquences. Quand les missionnaires traitent la question de l'opium (du moins la plupart d'entre eux), ils s'occupent de l'habitude vA de ses conséquences.

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L OPIUM

En 1800, un décret de l'empereur Kia-kin le de'fendit de nouveau, mais sans plus de résultats que précédemment : en 1815 et en 1817, 3210 caisses d'opium furent importées- en Chine.

L'opium ayant également été importé à Siam, l'usage en fut défendu sous peine de mort par l'autorité royale. Le Vicaire apostolique de ce pays, Pallegoix', ayant demandé à Rome quelle obligation les ordres royaux créaient à la conscience chrétienne, il lui fut répondu, le 23 juin 1830'-:

1° Les chrétiens sont tenus d'obéir aux lois civiles proclamées par des princes infidèles ; 2° les théologiens distinguent entre les lois civiles, les unes étant purement pénales et les autres obligeant en conscience selon la volonté du législateur ; 3" les missionnaires sont en droit de s'appuyer sur la loi civile pour interdire l'opium.

Mais, pas plus que les ordres des souverains et les lois civiles, rinstruction de la Propagande et les défenses des missionnaires n'empêchèrent l'usage de l'opium de s'étendre.

En 1837, on importe en Chine 34.000 caisses d'opium et 40.000 en 1838. Le gouvernement impérial s'oppose à ce trafic ; à Canton, en 1839, plus de 2Q.00O caisses sont brûlées par ordre du vice-roi. A cette occasion, l'Angleterre fait la guerre à la Chine, elle en triomphe, et, à partir de cette époque (1842), la vente annuelle de l'opium augmente rapidement, puisquen 1850 elle est de 70.000 caisses au prix de 3.200 fr. la caisse.

Le Vicaire apostolique de la presqu'île de Malacca, Boucho \ ayant par l'intermédiaire de Luquet^, évoque d'Hésebon, demandé que les missionnaires pussent excommunier les vendeurs d'opium, la Propagande répondit le 30 septembre 1848 « qu'il fallait s'en référer à l'Instruction du 23 juin 1830, et faire tous ses efforts pour extirper l'opium, mais qu'il était nécessaire d'agir avec circonspection et prudence, dans la crainte d'augmenter les maux au lieu de les diminuer^, m

Le Vicaire apostolique du Chen-si, Chiais % juge que l'Instruction

1 Jean-Baptiste Pallegoix, né le 24 octobre 1805 à Combertault (Côte-d'Or), prêtre le 31 mai 1828, parti pour Siam le 31 août (?) 1828, évêque de Mallos et coadjuteur en J838, Vicaire apostolique en 1842, mort à Bangkok le 18 juin 1862.

2 Collecianea mis. ad Ext. 2« édit.,p. 888, no 1921.

-' Jean-Baptiste Boucho, né vers 1796 dans le département des Basses-Pyrénées, parti pour Siam le 11 ou le 12 janvier 1824, évoque d'Atalie et Vicaire apostolique de la presqu'île de Malacca en 1845, mort à Pinang le 4 mars 1871.

* Voir Tom. 1, p. 171, note 9.

» Collectanea, 2« édit., p 888, n» 1922.

^ Elphège Chiais, franciscain, évêque de Tienne, coadjuteur le 24 février 184 7 Vicaire apostolique en 1850, mort le 12 avril 1884.

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de 1830 est iiisul'lisaiite pour donner une direction précise aux missionnaires sur un mal aussi grave et aussi général ; il s'adresseà Rome, résume en une page tous les inconvénients de l'usage et de Fabus de l'opium, et groupe dans un seul portrait tous les caractères qu'on a coutume de rencontrer dans une collectivité '. A cet exposé, le Saint-Office répondit le JO mai 1852 :

Le commerce et l'usage de l'opium, ainsi qu'ils sont exposés, sont illicites; c'est pourquoi les Vicaires apostoliques auront à cœur en agissant avec prudence d'en extirper l'usage et le commerce.

Cette décision fit loi pour, tous les missionnaires qui acceptèrent comme exact l'exposé du Vicaire apostolique du Gh,en-si.

Au Kouy-tcheou, les missionnaires de cette époque, Albrand, Perny, Lions, Mihières, sont unanimes à refuser le baptême à tous ceux qui d'une manière ou de l'autre emploient l'opium : fumeurs, vendeurs, planteurs.

Ils n'ont pas une pratique aussi sévère ni aussi générale envers les chrétiens qui se présentent au tribunal de la pénitence ; les uns accordent l'absolution, les autres la refusent toujours, sauf à l'article de la mort.

Dans quelques Vicariats, des missionnaires assez rares, généralisant moins, ont une tendance à faire une étude particulière des circonstances.

Le Vicaire apostolique du Yun-nan, Ponsot, porte à Rome cette question - : « Ceux qui fument l'opium et qui par suite d'une lougue habitude ne peuvent le laisser sans danger de mort ou de maladie grave peuvent-ils être baptisés, s'ils s'efforcent de se corriger et si par ailleurs ils sont bien disposés? » Le 20 septembre 18oi, le Saint-Office répond :

Pourvu qu'avant la réception du sacrement ils fassent selon leurs forces ce que le droit exige, que leur constance soit bien prouvée, que par ailleurs ils soient bien disposés, ils peuvent être baptisés.

Cette réponse n'a pas une grande intluence dans la plupart des missions de Chine. Les plus écoutés sont ceux qui prédisent la ruine des familles, la dissolution de l'empire, presque la disparition de la race chinoise par suite de l'usage de l'opium.

Les généralisations l'emportent sur l'étude attentive et particulière des faits.

De 1854 à 1878, nous ne voyons plus aucune décision de Rome ;

' Collectanea, 2« édit.,p. 888, n° 1923. - A. M.-E., vol. 5-50, p. 378.

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L OPIUM

et voici comment dans ce laps de 24 ans on raisonne et on agit au Kouy-tcJieou.

Le 28 avril 1863, le Vicaire apostolique, Faurie, donne à Fourcy cette ligne de conduite :

Les fils de famille que leurs parents obligent à cultiver l'opium doivent s'y refuser tant qu'ils peuvent ; mais s'ils ne peuvent se soustraire à ce travail, je trouverais trop sévère de leur refuser l'absolution. Pour les domestiques, il faut les exhorter à changer de maître ; que, s'ils ne peuvent pas trouver d'autre place pour vivre, on peut les traiter comme les fils de famille forcés par leurs parents.

Pour les ouvriers, libres qui travaillent à la journée, on ne peut leur permettre daider à cultiver l'opium. Telle est actuellement notre pratique.

Le 19fcvrier 18Go, Vielmon,au milieu de nombreux catéchumènes, pose cette question ' : « Peut-on permettre aux nouveaux adorateurs de récolter l'opium qu'ils ont semé l'an dernier, à condition qu'ils n'en sèment plus ? » Remarquons combien de raisons d'indulgence dans ces mois : il s'agit de nou'veaux adorateurs, d'opium qu'ils ont semé étant encore païens, de promesse de n'en plus semer ; et cependant ce missionnaire, qui certes ne passe pas pour un esprit étroit, ni pour un confesseur jajiséniste, doute ,que cette autorisation puisse être accordée.

Nous ne connaissons pas la réponse faite à Vielmon, mais voici celle que Faurie adressa à Mercusot en avril 1868. Ce missionnaire avait écrit : « Ceux qui désirent le baptême ne le reçoivent qu'à condition d'arracher l'opium. ,Cinq familles, les seules du reste bien préparées, se sont exécutées. Une famille en a arraché pour plus de 20taëls(160fr.). o

Faurie lui répond^ « qu'il a bien agi pour la prohibition de l'opium. Quand les chrétiens ont été avertis, il faut être inexorable sur ce point. Les décrets de Rome sont formels à ce sujet. Les chrétiens ne peuvent ni planter, ni vendre, ni fumer l'opium. Pour ceux qui ne sont pas baptisés, ils ne peuvent point être obligés par les règles de l'Eglise. Il faut cependant les exhorter fortement à s'y conformer. Mais ne les repoussez pas pour cela ; laissez-les venir prier, apprendre le catéchisme, etc. Seulement, ne les admettez au baptême que quand ils auront entièrement renoncé à cette culture. Vous faites bien d'encourager ceux qui s'exécutent de bonne grâce. »

Les moyens énergiques ne répugnent pas à Largeteau qui écrit à Lions ^ : « A Ko-kia-ten quelques familles ont planté ce fruit défendu,

' A. M.-E., vol. ;ri9'\ p. 461.

2 A. M.-E., vol. 549% p. 633.

3 Journal de la mission, 28 avril 1868.

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parmi lesquelles une seule compte un adulte baptisé. Encore tous les coupables, vers la fin de la visite, sont-ils venus me demander pardon et me remettre un écrit signé de leur main, dans lequel ils déclarent renoncer à leur opium planté et permettent à moi et à mes gens non seulement de le faire abattre s'il existe encore à la 2'^ lune, mais même en sus de les mettre à l'amende eux-mêmes. »

Qu'on lise maintenant ces lignes écrites par Mercusot ; elles ont le double avantage de nous montrer des principes et une pratique contraires dans deux missionnaires * :

Le Su-tchuen a ici des terrains qui sont sujets à l'inondation ; il les a loués tous à des païens pour y faire de l'opium. De cette façon, même quand les terrains sont inondés, il y a encore une récolte passable. Ces païens paient leur louage soit en sapèques, soit en opium, au procureur du Su-tchuen qui ainsi fait le commerce de l'opium au vu et au su de tout le monde. A leur imitation, les chrétiens en ont fait autant. Cette année, j'ai fermé les yeux sans dire que cela pouvait ou ne pouvait se faire. Je vous prie donc de vouloir bien me dire : 1° si l'on peut permettre aux chrétiens de louer leurs champs exprès pour faire de lopium, à supposer que les païens les paient en sapèques ; 2° si, comme cela arrive souvent, ils re<;oivent de l'opium au lieu de sapèques, on peut les laisser vendre cet opium sans rien dire. Je n'ai jamais vu la Bulle sur l'opium, je ne sais pas au juste à quoi m'en tenir ; seulement jusqu'à présent j'avais formellement défendu ces spéculations, même sous refus d'absolution.

M. Vinçot* a enseigné ici qu'on pouvait fumer l'opium quand on est malade ; même un de leurs gens étant tombé malade, on a invité un païen à lui préparer l'opium. Quelques chrétiens aussi en font autant chaque fois qu'ils sont malades, un ou deux ont ainsi contracté l'habitude de fumer. Pour ceux qui n'ont pas l'habitude, mais qui fument pour cause de maladie, peut-on les absoudre et leur permettre de recevoir la sainte communion ?

Ainsi, pour certains missionnaires, la question se pose môme de savoir si l'on peut permettre l'opium quand l'usage en est utile à la santé, par conséquent légitime. Ce doute étonne ; il étonnerait plus encore si l'on ne savait qu'il se base sur la crainte que le malade, ayant commencé à user de l'opium par besoin^ ne continue par plaisir et qu'il ne tombe rapidement dans les excès dont presque tout le monde parle.

Un autre missionnaire, Roux, ne partage pas la sévérité de Mercusot et de Largeteau : « Je continuerai la défense en principe, écrit-

1 A. M.-E., vol. 547, p. 1097.

2 Jacques-Pierre Vincot, né le 10 août 1825 à Plaine-Haute (Côtes-du-Nord), prêtre le 21 décembre 1850, parti pour le Su-tchuen le 13 mars 1851 ; en France en 1889, mort au Sanatorium des Missions-Etrangères, à Montbeton -(Tarn-et-Garonne), le 28 octobre 1904.

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il*, et je refuserai les sacrements autant de fois que je croirai pouvoir le faire sans préjudice du salut des âmes, me réservant de faire au saint tribunal les exceptions rares que des circonstances exceptionnelles me porteront à croire être justes. » »

Cependant l'opium gagne toujours du terrain et le pouvoir civil s'en émeut. En 1873, l'empereur publie un édit pour le défendre ; les ordres sont sévères et les peines graves : « Apres cent jours les satellites, les soldats, les mandarins seront* poursuivis ; six mois sont accordés au peuple. » Il sera peut-être assez facile de publier l'édit, mais comment le fera-t-on observer? Les huit dixièmes des mandarins et presque tous les satellites sont adonnés à cette habitude. Le gouverneur du Kouy-tcheou hésite donc beaucoup à publier l'ordre impérial, car il en sent l'exécution impossible. Il hésite tant, qu'il ne le publie pas. D'ailleurs, en 1876, la convention de Tche-fou, (sect. 3, art. 3) conclue entre la Chine et l'Angleterre, spécifie les conditions auxquelles devront se soumettre les marchands anglais qui importent l'opium en Chine. Ainsi tout en étant entouré de précautions, le commerce de l'opium est parla même autorisé.

En 1877, la première autorité du Kouy-tcheou publie une exhortation énergique à ne pas fumer l'opium ; elle ne dit rien de la plantation.

Plusieurs missionnaires, Bodinier, Viret, Jouishomme, Bouchard, appuient dans les centres chrétiens les conseils du gouverneur. A Tsen-y, à Tong-tse, à Jen-hoai, à Mei-tan, ils font afficher sur les murs des maisons catholiques la défense de fumer, de vendre et de planter l'opium.

Mais rien n'arrête l'envahissement, et, môme sur les chrétiens, les défenses de l'Eglise et des missionnaires n'ont pas toute l'intluence désirable ; on pourrait même dire qu'elles ont une intlu-ence contraire au but que l'on veut atteindre. Qu'on lise ces extraits de lettres :

L'opium est un grand obstacle aux conversions, parce que ceux qui veulent se faire chrétiens ont un grand sacrifice à faire ; sans cela beaucoup viendraient à nous.

Ainsi écrit Largeteau'^. Lamy pense de même^ :

La plantation de l'opium, écrit-il à Lions, se développe partout et est un obstacle immense à la propagation de la foi, surtout chez les Chinois. Si toutes les stations de Ten-kio, Ghoui-rnou, et même Kin-pin et Siao-kiatchouang ne pratiquent plus, c'est précisément parce qu'elles veulent

* A. M.-E., vol. 548, p. 709. Lettre à Mg'" Lions, 2 juillet 1877.

2 A. M.-E., vol. 547, p. 1050. Lettre à Ms'" Lions, 16 novembre 1877.

» A. M.-E., vol. 547, p. 963 ; 7 octobre 1872.

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planter l'opium ; chez les indigènes même, il sera difficile d'empêcher de le planter. De temps en temps de nouveaux villages se font chrétiens, d'autres demandent les catéchistes, mais tous ont l'opium et préfèrent ne pas se faire chrétiens plutôt que d'y renoncer : faut-il les abandonner à leur triste sort ? Depuis bien des années, grand nombre de chrétiens n'ont pu être admis aux sacrements ; ils n'avaient d'autre obstacle que la plantation de l'opium; ces chrétiens privés des sacrements deviennent négligents ; on ne les voit plus.

Et encore

Je n'ai pas fait de baptême, écrit Viret, à cause de la plantation de l'opium, qui est un grand revenu pour ces pauvres gens habitant un pays montagneux et où ils ne peuventc ultiverle riz vu qu'il n'y a pas de rizières.

Voici les paroles de Roux' :

Nous trouvons beaucoup de chrétiens qui résistent héroïquement contre cet appât du gain, mnis le nombre en diminu£ cliaque année et l'avenir paraît peu rassurant. Que voulez-vous que nous fassions? Ne pas admettre aux sacrements les planteurs ? Ces gens se découragent et peu à peu abandonnent la prière ; qu'.en résultera t-il pour eux plus tard ? L'apostasie. Encore trois ou cinq ans de christianisme pour ces gens-là, et puis tout sera fini.

Le Vicaire apostolique, Lions, fait les mômes constatations^ :

Les défections se produisent partout où nous défendons de planter l'opium.

C'est alors que sur le conseil de ses missionnaires qui, d'ailleurs, le lui donnaient depuis plusieurs années* , Lions se décidée consulter Rome*.

L'exposé qu'il fait peut être divise en 7 parties : 1° la loi civile qui défend l'opium a été au Kouy-tcheou suspendue pour 10 ans ; 2° la défense de planter l'opium entrave notablement les progrès du catholicisme; 3° l'exposé du Vicaire apostolique du Chen-si paraît exagéré; 4° la S. C. dans sa réponse de 1852 ne parle pas des planteurs ; 5° tolérer la plantation de Topium, l'usage de l'opium pour ceux qui eu ont une longue habitude et pour ceux qui n'en abusent pas ; 6° la défense de planter l'opium fait éprouver des pertes matérielles que

» A. M -E. vol 548, p. 601. Lettre à Mg»" Lions. Tong-tse, 26 mars 1877. 2 A. M.-E., vol. 548, p. 1603 ; 23 novembre 1873. ^ A. M.-E., vol. 549, p. 739.

i A. M.-E., vol. 547, p. 964. Lettre de M. Lamy, 7 oct. 1872. — Vol. 548, p. 3. lOjanv. 1875.

5 Coi/ec<., 2" édit., p. 889, n» 1924.

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le peuple ne veut pas supporter et qui Téloignent du christianisme ; 7° viennent alors les cinq demandes :

1" Tous les planteurs d'opium, sans acception de personnes, peuventils être admis aux sacrements ?

2° Dans une famille où le père n'est pas admis aux sacrements, peut-on admettre la femme, les enfants, les domestiques, les travailleurs qui aident le père dans Ja culture de l'opium?

3° Peut on admettre aux sacrements ceux qui par suite d'une habitude invétérée sont dans l'impossibilité de se déshabituer de l'opium sans péril de mort ou sans grave danger?

4° Peut-on user de l'opium comme remède, même quand il y a danger d'en contracter l'habitude ? .

5" Les propriétaires peuvent-ils permettre aux fermiers de planter de l'opium?

Le Saint-Office répondit, le 27 mars 1878 :

1" Etant donné l'exposé des faits, les planteurs d'opium peuvent être admis aux sacrements.

2*" La réponse à cette question est comprise dans la première.

3° Oui, mais à condition que l'on emploie des précautions pour éviter les mauvais effets de l'abus de l'opium.

4° Oui, avec les mêmes réserves que dans la troisième réponse ci-dessus.

5° La réponse à cette question est comprise dans la première.

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Cette réponse de Rome était la cinquième. La première (1830) et la seconde (18i8) avaient dit aux missionnaires : Il est bon d'observer la loi civile ; la troisième (18o2\ correspondant à un exposé qui montrait les inconvénients de l'usage et de l'abus de Topium, en empêchait le commerce et l'usage : la quatrième (1854) n'avait guère résolu qu'un cas particulier, ou si l'on veut, un cas s'appliquant à une seule catégorie de personnes ; enfin, en face du tableau des effets produits sur les catholiques et sur l'évangélisation par la sévérité, la. cinquième réponse (1878) penchait vers l'indulgence.

Quand cettte pièce arriva au Kouy-tcheou, Lions, avant de la faire publier officiellement, en donna connaissance aux missionnaires. 11 y eut une explosion de joie parmi ceux qui n'envisagèrent que la possibilité de l'administration des sacrements et celle des conversions :

Pensez, Monseigneur, écrivait Bodinier, pensez que cette permission de Rome sera la résurrection des stations de Gan-chouen ; Votre Grandeur le sait mieux que personne ! Ici, bien que nos chrétiens obéissent en très grande majorité, ce sera toujours un obstacle de supprimé pour embrasser la religion, une source de péchés de moins, une grande misère de moins pour les chrétiens pauvres qui sont obligés de louer des terrains païens, lesquels exigent la plantation de l'opium.

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Mais la riposte ne se lit pas attendre. Sans vouloir contester la véracité de l'exposé en général, quelques-uns s'attachèrent à un point particulier :

« Le Vicaire apostolique a dit que la défense de planter l'opium a été siipendue pour 10 ans. C'est une erreur: car cette suppression n'a pas été autorisée. L'exposé est obrcptice ; la permission n'a aucune valeur, puisqu'elle a été accordée d'après un faux exposé. »

A quoi Bodinier et ceux qui pensaient comme lui répliquèrent : « L'erreur est dans les mots plutôt que dans la chose, puisqu'en réalité les autorités laissent planter l'opium en toute liberté. »

Surgissait une seconde objection tirée de la défense de faire le commerce de l'opium d'après la réponse de 1852 : « Puisque ce commerce demeurait prohibé, les cultivateurs d'opium avaient-ils le droit de vendre leur récolte? Et s'ils ne l'avaient pas, à quoi servait la réponse du Saint-Office ? »

Enfin se posait une question d'opportunité administrative : « Pouvait-on annoncer officiellement et par toute la mission, aux néophytes, que la plantation était tolérée? Ou bien devait-on laisser aux confesseurs le soin d'éclairer en particulier la conscience de chaque planteur? » Mais alors que de complications allaient naître! Ici on permettrait, ailleurs on défendrait. Les chrétiens ne sauraient plus quelle règle suivre ; c'était le désordre. En face de ces prévisions. Lions résolut d'attendre. « Je crois, dit-il, que la publication serait plus nuisible qu'utile. Donc, la question demeure dans le statu ^z/o jusqu'à nouvel ordre. »

Cq statu quo durajusqu'en 1880. Cette année-là, eut lieu le synode de Soui-fou. Lions exposa aux évêques et aux missionnaires ses pensées et ses actes, ainsi que l'état d'esprit de ses prêtres. « Les Pères du synode, écrit-iP, ont tous répondu que je pouvais et certains que je devais publier ce décret ; c'est pourquoi, le synode terminé, je me suis empressé de publier ma circulaire. »

Voici lé texte de cette pièce, datée du 8 octobre 1880- :

Comme les Pères du synode de Soui-fou sont généralement d'avis qu'on peut publier les réponses venues de Rome en 1878, touchant l'admission aux sacrements de tous les planteurs d'opium, je publie par les présentes les susdites réponses en vous recommandant toutefois de bien vous garder de dire aux chrétiens, quasi ex cathedra, que la plantation de Fopium est permise par Rome ; car Rome,*comme vous le voyez, en répondant aux quœsita ne dit pas le mot permission ; son affirmation ne tombe que sur l'admission des planteurs aux sacrements. Ce n'est qu'implicitement que

' A. M.-E., vol. 549. q. p. 789.

2 A. M.-E,, vol. 549% p. 593.

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la plantation est tolérée pour de graves motifs d'intérêts spirituels et temporels.

Il convient de détourner autant que possible les chrétiens de cette culture plus ou moins indirectement nuisible. Aussi, je suis d'avis qu'il vaut mieux continuer la prohibition de la plantation dans les endroits où on peut l'obtenir sans avoir recours au refus des sacrements. Mais je ne pense pas qu'on puisse refuser les sacrements uniquement parce qu'on plante l'opium, vu l'affirmative de Rome.

Au Yun-nan, où l'on se trouve dans les mêmes circonstances qu'au Kouytcheou, on va suivre la même ligne de conduite, en publiant les mêmes dé- ^crets.

Voici les résolutions admises par la majorité du synode, comme pouvant hic et nunc être mises en pratique :

1° Omnes opium plantantes, sine personarum acceptione, admitti posse ad sacramenta ;

2** In locis ubi viget consuetudo opio utendi tanquam moneta pro transactionibus, christianos prsedicto modo utentes non esse inquietandos*.

Nota. — La fumigation et le. commerce de l'opium restent toujours sévèrement prohibés. Le synode, en tolérant la plantation, tolère aussi la vente de l'opium planté, ce qui n'est pas un commerce, mais ne tolère nullement l'acte de celui qui achète l'opium pour le revendre et en fait ainsi spécialement commerce.

Venait ensuite, — sans l'exposé, que tous les missionnaires connaissaient, — le texte des demandes faites à Rome et celui des réponses.

Naturellement, cette circulaire donna lieu à des commentaires. Aubry fit les premiers et les plus importants :

Si la plantation est permise, disait-iP, elle n'a pas besoin d'être tolérée. Si elle n'est pas permise, elle ne peut pas être tolérée? Et pourquoi ne peut-elle pas être tolérée ? Parce qu'elle est une coopération formelle, directe et prochaine à la fumigation qui est défendue.

Il opposait le même argument à la vente que le planteur faisait de sa récolte et même il ajoutait :

On permet au planteur de vendre sa récolte parce qu'il n'a en vue que le gain, sans s'occuper de l'usage qu'on fera de sa marchandise. Mais le revendeur n'a pas d'autre but ! Alors pourquoi lui imposez-vous une défense ? Si le vendeur vous dit : « L'opium a un usage licite ; » vous lui répondez avec le P. Sica : « Votre marchandise, par suite des circonstances, ne peut donner aucun bon résultat. » Et moi je réponds les mêmes choses au plan-

1 fTous ceux qui plantent l'opium peuvent, sans acception de personnes, être admis aux sacrements ; 2° Dans les endroits où existe la coutume de se servir de l'opium comme une monnaie pour les paiements, les chrétiens qui suivent cette coutume ne doivent pas être inquiétés,

» AM.-E., vol. 549", p. 669.

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leur. Où est la différence ? Je ne vois pas une raison qui soit bonne dans la bouche de l'un et mauvaise dans la bouche de l'autre. J'en vois même une que pourrait me dire le revendeur et que ne peut me dire le planteur ; la voici : « Si cette marchandise est mauvaise pro rei adjunctis, prenez-vous, en 'au producteur sans qui elle n'existerait pas. Il l'a mise en mes mains disant que le synode de Soui-fou lui en donnait le droit ; faut-il que je la jette à l'eau ? En la revendant, ai je une autre intention que lui? L'opium ne devient-il mauvais qu'à partir du jour où il est entre mes mains ? Et. meferez-vous plus coupable, plus responsable que celui-là même qui est le producteur, par conséquent la source de cette marchandise ? »

A cette argumentation absolue d'Aubry, un moraliste répliquait :

Sous peine de tout brouiller en morale, il faut distinguer soigneusement les divers degrés de coopération. Dans la matière présente, laplus prochaine et la plus grave est celle du débitant qui vend au consommateur l'opium dont celui-ci doit abuser. Moins prochaine est celle du marchand en gros ' qui fait ce commerce; beaucoup plus éloignée est celle du simple planteur.

D'aucuns avaient voulu réunir pratiquement les deux opinions, et s'adressant aux partisans de la tolérance :

Voici ce que vous dites : « Sous peine d'être trop sévères, il faut tolérer la plantation en général, sauf à la prohiber encore là où ce sera possible. »

Puis se tournant vers ceux qu'on appelaitles partisans de la sévérité :

Votre avis consiste en ceci :

« Sans brusquer, ni briser les âmes, vous voulez sauver les principes et maintenir la barrière qui les protège, et alors vous conservez la prohibition pour tous en général, sauf, dans les cas particuliers de pratique, à admettre des circonstances atténuantes et excusantes là où ce sera reconnu nécessaire. » Donc les uns et les autres vous tolérez et même vous permettez la plantation.

Mais aussitôt quelqu'un faisait cette remarque :

Le principe sur lequel s'appuient les partisans des deux opinions est absolument différent.

Dans le 1" mode, la plantation est tolérée pour tous, la prohibition levée pour tous, la porte est donc ouverte, le fléau de l'opium peut entrer librement, et la prohibition insuffisante et provisoire que Monseigneur nous dit dans sa circulaire de maintenir encore là où c'est possible, c'est-à-dire en réalité là où ça plaira au missionnaire, ne sera bientôt plus possible nulle part. Elle est, d'ailleurs, arbitraire, car un chrétien qui, par malheur, saurait que la tolérance de l'opium est édictée pour tous sine personarum acceptione et à qui vous essaieriez encore de le défendre, pourra vous dire : « L'opium est toléré pour tous, pourquoi me le prohiber à moi ? Vous n'en avez pas le droit ; moi, j'ai le droit de profiter d'une tolérance édictée pour

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tous sine personarum acceptione ; votre prohibition est arbitraire, je la récuse. » Que lui répondre, s'il vous plaît? Si un chrétien ne sait pas dire cela, un Père, un peu avancé dans l'esprit de la tolérance, ne saura-t-il pas le dire, et un Père de cette sorte est-il introuvable ? Si un Père ne le dit pas, la logique et les principes ne le disent-ils pas ? et n'est-ce pas bien plus grave ?

Dans le 2'- mode, la plantation est prohibée pour tous et on laisse à la conscience, au jugement, au bon sens de chaque missionnaire, comme dans toute autre matière morale, le soin de tempérer l'application de la loi selon les circonstances. Mais, répliquent à leur tour les adeptes de l'opinion contraire : « Vous défendez la plantation à tout le monde, puis vous la permettez à plusieurs, parce que vous trouvez leurs raisons bonnes. Et cependant les autres vous diront et croiront et ils n'auront pas toujours tort, que leurs raisons sont aussi bonnes, mais que vous ne savez pas les apprécier. »

Pendant ce temps, les partisans de la tolérance proclamaient les heureux effets de leur pratique : « Grâce à la tolérance de Topium, écrivait Roux, mes stations se relèvent, les ti'èdes se convertissent et les païens embrassent la foi. Cette bénédiction du ciel est pour moi un des plus beaux arguments de cette thèse. »

Lamy faisait les mômes constatations ; mais elles ne suffisaient pas pour rallier tous les esprits. Lions tenta de donner une règle de conduite :

Tous les missionnaires, écrivit il, tâcheront d'empêcher le plus possible la plantation de l'opium, mais non jusqu'à refuser les sacrements pour la raison seule de la plantation ; c'est là mon opinion basée sur la réponse du Saint-Oftice. Puisque Rome ne distingue pas, je ne vois pas pourquoi nous serions obligés de distinguer. Sans doute, on objectera qu'une telle pratique va bientôt introduire l'opium parmi tous les chrétiens, dans tous les districts, au scandale des chrétiens et même des païens. J'avoue que, très probablement, il en sera ainsi ; mais je crois que ces scandales sont faciles à lever, en leur expliquant que l'usage de l'opium est toujours défendu à cause du scandale, mais, que la plantation étant en soi une chose indifférente, l'Eglise la tolère à cause de la pauvreté des chrétiens, et de leur peu de foi et de courage, et ne leur refuse pas les sacrements, afin de né pas éteindre la mèche qui fume encore, surtout pour ne pas empêcher les païens d'embrasser la foi ; mais que pourtant, comme ils coopèrent par là, quoique involontairement, à une chose qui cause grand dommage à certains individus et à la société, il vaut beaucoup mieux, à moins de bien graves motifs, s'abstenir de cette parLicipation généralement regardée comme odieuse.

Tout commerce proprement dit est-il dûment prohibé, bien qu'il ait beaucoup d'affinité avec la plantation? car, vous le savez, les qaœsila ne font pas mention des vendeurs qui, tout le monde le comprend, n'ont pas de motifs aussi graves que les planteurs. La plantation est libre ; pour moi, je n'ose aller plus loin que ce qui est accordé par le Saint-Office, et je crois que cela suffit pour aplanir un peu le plus grand obstacle que rencontre la propagation de la foi au Kouy-tcheou. .

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Sans doute, si, *par impossible, vendeurs et fumeurs pouvaient être admis, l'obstacle serait complètement levé ; mais la morale, mais la conscience, mais la sainteté et la pureté de la religion en souffriraient trop.

Les esprits continuèrent de s'agiter : Aubry composa sur les question de lopium deux mémoires demeurés manuscrits ; le premier se compose de oG pages el le second de 44 , il ne dit substantiellement rien de plus que ce que nous avons rapporté'. Alphonse Schotter écrivit, pour combattre les idées d'Aubry, un manuscrit beaucoup plus considérable où il cite de nombreux témoignages, extraits de diverses revues françaises et anglaises, d'ouvrages théologiques et médicaux plus ou moins récents, généralement en faveur de son opinion^.

De telles perplexités n'agitaient pas l'esprit des seuls missionnaires du Kouy-tcheou ; on les retrouve dans la plupart des Vicariats apostoliques de Chine. Aussi après avoir examiné la teneur des synodes qui s'étaient tenus dans les différents groupes des missions, la Propagande, le 4 juillet 1883, adressa aux évoques une instruction qui se terminait et se résumait ainsi '^ :

Le décret du Saint-Office du 27 mars 1878 sur la plantation et l'usage de l'opium doit il être compris comme s'étendant d'une façon générale à tout l'Empire ? ou bien, pris au sens négatif, peut-il être étendu à tout l'Empire ? De plus : D'après ce décret, le commerce de l'opium doit-il, en quelque manière, être considéré comme permis ou toléré :

RÉPONSE : Le décret ne doit être appliqué qu'aux provinces et dans les circonstances pour lesquelles il a été porté, là et aussi longtemps que ces mêmes circonstances existeront.

Mens est : Que la S. C. de la Propagande excite les Vicaires apostoliques à travailler de toutes leurs forces pour déraciner l'abus de l'opium, principalement en établissant des Sociétés de Tempérance comme en Europe.

Pour l'autre question, la réponse est comprise dans celle qui vient d'être donnée.

Cette réponse parut restrictive de celle de 1878. D'autre part, elle suivait, à quelques mois d'intervalle, un décret impérial du 28 janvier 1883, dont voici la teneur :

Le censeur Ngen-pai nous a adressé une lettre * et une note dans lesquelles il propose de purger les rangs de la magistrature et de l'armée, en déracinant une habitude invétérée. D'après son avis, à commencer par les grands officiers, soit mandchoux, soit chinois, soit civils, soit militaires.

^ A. M.-E., vol. 549^ p. 629 à p. 729. 2 A. M.-E., vol 549^, p. 1 à p. 575. •'' CoUectanea, 2^ édit., p. 890, n° 1925.

* Le texte de cette lettre se trouve dans Choix de Documents par le P. Couvreur, p. 231.

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les directeurs du collège des Han-lin, les directeurs de rinstruction de l'iiéritier présomptif, les censeurs des six Tribunaux supérieurs et des provinces, si parmi eux il en est qui fument l'opium, on leur fixerait à tous un terme de trois mois, au-delà duquel ils devraient s'en abstenir. Telle est sa proposition.

Les statuts défendent sévèrement aux officiers de fumer l'opium. Les hommes établis en charge doivent tous savoir se respecter. Cependant, peut-être en est-il qui, comme dit le censeur, auraient contracté peu à peu cette mauvaise habitude.

Nous ordonnons de publier de nouveau des défenses sévères.

Désormais, parmi les officiers grands ou petits, civils ou militaires, chinois ou autres, s'il en est qui fument l'opium, ils devront se corriger et renoncer à cette passion. Si de nouveau, obéissant aux édits en public, ils les violent en secret, et ne connaissent ni crainte ni repentir, dès que leur conduite sera connue, ils seront sévèrement repris et punis ; on ne leur fera aucune grâce. Respecta cet ordre.

Les mandarins firent afficher l'ordre impérial. « Mais, écrivait Roux à Lions*, ils affichent tout ce qu'on veut, puis il disent: «Nous ne réussirons point... Qu'on évite de planter sur les bords de la grande route, le gouverneur n'ira pas voir les campagnes. »

Les choses demeurèrent en cet état jusqu'en 1891 ; les esprits continuèrent de s'agiter, de questionner, sans arriver à une solution satisfaisante. En 1»89], la Propagande publia une Instruction plus générale et plus complète que les précédentes-.

Elle donnait d'abord ces explications qui pouvaient servir de principes :

« 1° D'après les réponses données jusqu'à ce jour, si on les comprend bien, il est clair que le Saint-Siège n'a jamais eu Tinlention de condamner la culture, le commerce et l'usage de l'opium en tant que servant à la médecine.

« 2° Il est clair également, d'après les décrets de la S. Congrégation portés soit sur l'usage de l'opium à permettre ou à tolérer, soit sur l'abus de l'opium à réprimer, que ces décrets ne sont pas absolus, mais relatifs. »

Elle exposait ensuite quel sens elle avait entendu donner aux décrets de 1830, 1848, 1832, 1878, 1883.

/ En 1830, elle avait voulu que l'on tînt compte en pratique des lois civiles qui défendent l'opium.

En 1848, elle avait conseillé de travailler à l'extirpation de l'opium.

En 1852, elle avait déclaré illicite le commerce et l'usage de l'opium, mais seulement d'après l'exposé qui lui avait été présenté.

' A. M.-E.. vol. 549, p. 772. 23 octobre 1884. 2 CollecL, 2» éd., p. 890, n° 1926.

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En 1878, elle n'avait pas changé d'avis, et c'est à cause des raisons alle'gnées et des circonstances particulières qu'elle avait admis des exceptions, sans inlirraer la teneur des décrets précédents.

En 1883, elle avait expliqué que c'était en ce sens quer le décret de 1878 devait (Hre entendu.

Elle concluait :

De tout ceci, il résulte :

1° Que la culture de l'opium n'est pas illicite en soi ; mais à cause de l'abus que l'on en fait en Chine, après une longue expérience, il est évident qu'elle devient illicite et que l'on doit en général l'interdire aux chrétiens.

5° Qu'il faut dire la même chose du commerce de l'opium, qui bien qu'il ne soit pas mauvais en soi, produit cependant de grands maux à cause des graves abus qui existent à peu près partout, et l'usage en est défendu par les lois. En conséquence il faut interdire le commerce de l'opium non seulement à ceux qui l'exercent directement, mais à ceux qui le favorisent, à ceux qui, en connaissance de cause, prêtent de l'argent aux marchands d'opium, et à ceux qui louent leurs champs pour la culture de l'opium.

3° Qu'il faut considérer l'usage dej'opium, tel qu'il se pratique en Chine, comme tenu par l'Eglise pour détestable et déclaré par elle illicite.

A° On peut en permettre l'usage à ceux qui en ont contracté l'habitude et qui ne peuvent s'en défaire complètement sans danger de mort ou du moins sans grave dommage. On peut également user d'opium comme médecine, employant toujours tous les moyens pour que, de cet usage, ne découlent ni abus ni mauvais effets.

A cette époque. Lions n'était plus que de nom Vicaire apostolique du Kouy-tcheou. Comme nous le verrons bientôt, son coadjuteur, Guichard, avait en mains l'administration de la mission ; ce fut donc lui qui adressa, en 1892, aux chrétiens de la province un mandement dont voici la traduction ' :

Le 2.5 décembre de l'année du Seigneur 189J , nous avons reçu de la S. C. de 1 Inquisition la communication suivante :

Le Saint-Père, attristé et pris de pitié en voyant les chrétiens de Chine faire un mauvais usage de 1 opium au détriment de l'àme et dii corps, ordonne à cette Congrégation d élablir les règles suivantes :

I. Défense de cultiver l'opium. Si l'opium était employé comme médecine, il poun-ait être cultivé impunément. Mais comme des inintelligents le prennent en fu-migation jusqu'à contracter une habitude funeste, la culture de l'opium devient par là-mème nuisible. Aucun chrétien ne peut donc le cultiver.

IL Défense de vendre ou d'acheler de l'opium et, en conséquence, de négocier de l'opium pour le compte d'autrui. ou bien de louer expressément sa terre .à un autre pour y cultiver de l'opium. Autant d'actes coupables qui sont aussi dans la défense.

1 A. M.-E., vol., 549% p. 504.

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III. Défense de fumer l'opium. Fumer l'opium c'est nuire à son corps et à son âme, corrompre les mœurs publiques, causer des désordres sans limites ; c'est pourquoi la sainte Eglise le défend sévèrement.

IV. L'opium de sa nature est une médecine et c'est contre les maladies qu'il a été créé. Si donc il est employé en solution comme collyre ou en pilules pour guérir les maladies, cet usage de l'opium n'entre pas dans la défense.

Tous les chrétiens devront se conformer exactement à cette instruction.

Désireux de faire préciser l'Instruction de 1891, le Vicaire apostolique du Kiang-nan, Garnier, pria le Saint-Siège de résoudre les cas de conscience suivants ^ :

Les cultivateurs de la région de Siu-tcheou fou, dans mon Vicariat, sèment en général dans leurs champs du blé et des pavots d'où l'on extrait l'opium ; ils font en sorte de semer les 2/3 en blé et le 1/3 en pavots. Généralement ces cultivateurs ne fument point l'opium et n'ont pas de maison de commerce pour le vendre. Ils vendent à des marchands étrangers le suc qu'ils ont extrait des pavots. Ils avouent que l'opium est nuisible aux hommes ; mais ils ne le cultivent qu'en vue d'obtenir de meilleurs revenus ; car on gagne autant avec un arpent de terre planté de pavots qu'avec trois arpents semés en blé.

Ceci posé, voici les cas :

I. Paul, fils de famille, âgé de 30 ans, qui depuis un an a reçu le baptême, vit sous le même toit que ses parents, ses frères, et le reste de sa famille, pauvre, qui toute entière est inscrite au nombre des catéchumènes. Avant son baptême Paul avait promis de ne plus semer de pavots dans ses champs, la famille entière avait fait cette même promesse. Mais le père de Paul, à qui incombe la charge de nourrir toute la famille, se voyant chargé de dettes ordonne à Paul et aux autres enfants catéchumènes de réserver deux arpents de terre pour y semer des pavots. Paul, pour conserver la paix dans la famille, et ses frères aussi, à contre-cœur, ont semé des pavots dans leur champ.

On demande :

1" Peut-on admettre Paul aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie?

2° Peut-on baptiser les frères de Paul, si rien d'autre ne fait' obstacle à la réception du sacrement ?

3° Du seul fait , que le père de Paul a exigé de ses fils de cultiver l'opium, doit-on différer son baptême ?

4° La mère de famille, si elle est catéchumène, peut elle ne pas être baptisée, ou si elle est déjà baptisée peut-on ne pas l'admettre aux sacrements parce que son mari et ses enfants cultivent l'opium ?

II. Dans cette même région de Siu-tcheoufou, Jean, néophyte, qui jusqu'à ce jour avait dans son champ cultivé des pavots pour en recueillir l'opium, se conformant aux ordres du Saint-Siège, a renoncé à cette culture et a donné son champ à cultiver à un païen son voisin ; par le contrat passé entre eux, le païen s'engageait à donnera Jean comme prix de location la moitié des revenus du champ.

* Casus conscientiu-, du P. Sica, 4" éd. 1906, p. 233.

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Le païen, selon l'habitude da pays, cultive dans ledit champ loué, et du blé et des pavots. Le temps de la récolte arrivé, en vertu du contrat passé, il remet à Jean la moitié de la récolte du blé et des pavots. Jean accepte le blé mais à la place de Fopium qu'il refuse, il reçoit du loueur du champ la partie du prix de l'opium qui lui revient. On demande :

1° Si Jean doit interdire au païen la culture de l'opium dans son champ?

2" Si Jean peut recevoir ou de l'opium ouïe prix de l'opium comme prix de location du champ?

Le 25' avril 1894, le Saint-Office fit la réponse suivante :

Quant au y^"" cas. On peut admettre Paul aux sacrements et baptiser ses frères pourvu qu'ils promettent sérieusement de s'efforcer de faire abandonner par leur père la culture de l'opium ; et que dans le cas où ils ne pourraient y réussir, ils soient disposés à pourvoir à leurs besoins, dans la mesure du possible, d'une autre manière et sans qu'il y ait scandale.

On doit différer d'administrer le baptême au père de famille. La mère de famille peut être baptisée, ou admise aux autres sacrements; il faut toutefois l'engager à faire tout son possible auprès de son mari pour qu'il abandonne la culture de l'opium.

Quant au 2^ cas, voici la réponse : Il ne faut pas inquiéter Jean, si dans la location du champ il ne sest pas entendu avec le païen pour que ce dernier cultive l'opium dans ce champ, et pourvu qu'il n'y ait pas scandale quand il reçoit comme prix de location non de l'opium, mais de l'argent.

Telle est la dernière réponse de Rome.

L^opium a continué d'envahir la Chine. Sans doute limportation du narcotique a diminué, puisqu'elle ne s'élève pas à 40.000 caisses après avoir été à 70.000, mais la plantation a augmenté et la fumigation également.

D'aucuns pensent que le dixième de la population mâle fume l'opium. Les fumeurs chrétiens seraient proportionnellement cinq fois moins jiombreux que les païens. Le gouvernement chinois a fait récemment un nouvel effort pour abolir la funeste habitude. Le 20 septembre 1906, l'empereur Kouang-siu a publié l'édit prohibitif dont voici la traduction :

Du 3® jour de la 8*^ lune. — Depuis que l'on a permis l'importation de l'opium en Chine, le mal que ce poison a fait dans tout l'empire est apparent à tous. Tous ceux qui fument l'opium perdent la santé et la dignité d'homme, sacrifient leurs intérêts et leurs familles, deviennent faibles et pauvres. C'est pourquoi la Chine semble chaque jour de plus en plus gênée et débile.

Pensant à ce poison, qui est le motif de la pauvreté en Chine et de l'état précaire et effacé delà nation, nous l'avons en haine absolue.

* Le ColLect. porté 24 avril, l'ouvrage du P. Sica porte 25 (page 235);

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En ce moment, la Cour qui s'applique à fortifier la Chine, croit nécessaire d'exhorter le peuple à savoir safTranchir enfin du mal et supprimer énergiquement toutes les coutumes, les habitudes et les abus mauvais, afin que tous les Chinois puissent se réjouir d'un grand bien-être et d'une grande paix.

Nous ordonnons donc que, à l'avenir, tous les Chinois s'abstiennent de l'opium ; ainsi le mal causé par ce poison venu des Indes ou préparé dans le pays pourra être enrayé sinon supprimé dans un délai do dix ans.

Quant aux moyens pratiques de l'interdiction sommaire et absolue à tous les fumeurs et à ceux qui cultivenf cette drogue, nous ordonnons au Tcheng-vou-lch'ou (Conseil chargé des nouvelles administrations) de délibérer sur les meilleures mesures à prendre à ce sujet et de nous en faire part en un rapport détaillé.

Respect à ceci.

Cette fois, le gouvernement chinois ajouta des mesures graves à ses ordres. A Pékin, le ministère de la police prescrivit aux mandarins de cette administration d'inscrire au rôle les fumeurs d'opium, et de ne plus accorder ni permission^ ni licence à ces fumeurs.

Voilà 011 en est aujourd'hui en Chine la question de l'opium.

Si nous résumons et l'action du gouvernement, et celle de l'Eglise catholique et les opinions des missionnaires, voici ce que nous trouvons.

Le gouvernement, se basant sur les graves inconvénients de

l'opium, défend la plantation, le commerce, la fumigation. Les défenses ont été pendant longtemps complètement inutiles ; aujourd'hui, on semble vouloir les faire respecter. Qu'en sera-t-il ?

L'Eglise, elle, a fait les déclarations suivantes. L'opium n'est pas intrinsèquement mauvais. L^usage peut en être bon, comme il l'est en médecine. Il peut être dangereux ou mauvais dans d'autres emr plois; comme il l'est dans la fumigation. En Chine, où l'usage est difficilement séparable de l'abus, la fumigation est défendue. Nous l'avons vu dans la réponse delà Propagande de 1852. Comme elle n'est défendue qu'à cause de ses abus, de ses conséquences funestes, s'il n'y avait pas abus ou s'il y avait des raisons excusantes, des résultats utiles, elle pourrait être tolérée ou autorisée.

lien est de môme du commerce ou de la plantation, d'après les réponses de Rome en 1891 et en 1894.

Ces différentes solutions ayant été donnée^ selon les exposés qui ont été présentés, ces exposés correspondant aux cas qui peuvent se rencontrer, il s'ensuit que la ligne de conduite des confesseurs vis-àvis des planteurs, des commerçants et des fumeurs d'opium est suffisamment tracée pour une question de morale.

Des principes rappelés par Rome et des décisions données, que faut-il conclure?

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Il nous paraît que les conclusions sont celles-ci : la question de l'opium, étant du ressort de la morale et non du dogme, ne peut recevoir une solution unique et absolue; elle doit être tranchée selon les principes ordinaires* de la théologie morale dans les choses qui ne sont pas intrinsèquement mauvaises.

Ces principes sont : que les choses peuvent être permises ou défendues, selon lusage qu'on en fait, selon les circonstances dans lesquelles on les fait; que l'acte ne doit pas être confondu avec l'habitude ; que l'usage doit être distingué de l'abus; que les actes par lesquels on y coopère sont régis par les règles de la coopération ; que la coopération a une nature et des degrés différents qui la rendent plus ou moins strictement défendue, plus ou moins largement tolérée ou ■ permise.

C'est donc en réalité, avec les réponses actuellement données par Rome, au jugement soit des chefs de missions pour une collectivité, soit des missionnaires pour les individualités, que l'on aboutit.

Qu'un Vicaire apostolique juge que dans toute l'étendue de sa ju- <,' ridiction il y ait des raisons de permettre l'opium, il peut donner à ses missionnaires l'ordre de ne pas refuser les sacrements à tous ceux qui l'emploient, et les missionnaires sont tenus d'obéir.

Qu'il juge que le contraire doive être fait, les missionnaires sont dans l'obligation de s'y soumettre.

En dehors d'une règle générale, unique et absolue que ni Rome, ni les Vicaires apostoliques n'ont prescrite, chaque missionnaire reste juge d'appliquer les principes ordinaires de la morale pour le plus grand bien des âmes.

Ajoutons ici les dernières pages qu'un missionnaire du Vicariat apostolique du Kiang-nan^ dont l'opinion fait autorité, le P. Sica, a publiées sur certains cas qui peuvent se présenter '.

11 s'occupe d'abord des fumeurs d'opium, qu'il divise en trois catégories :

1° Ceux qui fument quelquefois, mais n'en ont pas contracté l'habitude et qui par conséquent, avec des etïorts, peuvent se corriger ;

2° Ceux qui fument depuis plusieurs années, qui y sont véritablement habitués, pour lesquels il est à peu près impossible de rompre brusquement avec cette habitude :

3° Les vieillards qui fi^iment depuis leur jeunesse et qui par conséquent ont une habitude invétérée et qui sont dans une quasi impossibilité morale de s'en défaire.

Il veut que l'on examine dans quelles circonstances a lieu la fumigation de l'opium, que l'on interroge le pénitent sur les sensations

'^ Casus Conscienluc, etc., p. 225.

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qu'il éprouve, les dépenses qu'il fait comparativement à ses ressources, l'intluence que Fusage de l'opium a sur sa vie, sa famille, l'éducation de ses enfants, la tenue de sa maison, son travail ; car, conclutil, il serait absurde de donner ou de refuser l'absolution, sans étudier les circonstances dans lesquelles on use de l'opium'.

A ceux de la première catégorie, il faut différer l'absolution, parce qu'ils sont dans l'occasion prochaine et volontaire de commettre des fautes graves et nombreuses et qu'ils peuvent assez facilement s'éloigner de cette occasion.

A ceux de la seconde catégorie, on peut donner l'absolution une première fois, s'ils promettent de diminuer progressivement la quantité d'opium dont ils usent ; mais s'ils ne tiennent pas leur promesse, il faut différer l'absolution.

Pour ceux de la troisièrae catégorie, la solution du cas de conscience est plus facile : on peut toujours les admettre aux sacrements parce qu'ils fument l'opium chez eux, parce que l'opium ne produit pas en eux les mauvais effets que Ion éprouve généralement, puisqu'il n'a pas détruit leur santé et ne les a pas jetés dans la misère ; il n'y a d'ailleurs dans leur cas aucun scandale, et l'usage de l'opium paraît plutôt une nécessité de la nature qu'une faiblesse de la volonté.

Quant à ceux qui tiennent des fumeries d'opium, qui colportent sur leurs barques l'opium en détail, considérant les circonstances dans lesquelles ils agissent, le théologien déclare qu'il leur refuserait l'absolution tant qu'ils n'auront pas renoncé à leur commerce.

Des commerçants en gros et des planteurs, Sica ne parle pas.

Il reste maintenant une question : y a-t-il un moyen pratique, en dehors de la force de volonté, à employer, pour se défaire de l'habitude de fumer ou d'absorber de l'opium ?

D'aucuns ont préconisé le café très fort. D'autres, en particulier le préfet de Tsen-y, Tcheou, ont vanté des remèdes différents. Tcheou publia en 1893, pour ses administrés, les recettes suivantes qu'il déclarait excellentes': 1° pilules antipathiques aux acides ou antiacides ; 2° pilules forliliantes.

' Les did'érentes sortes d'opium ayant une influeuce diverse sur la santé, il est bon de s'en enquérir.

' Voici, dans le détail, les médecines et la manière de les préparer :

1° Pilules anti-acides (on les appelle ainsi et non pas « corrigeant de l'opium » parce que, comme elles contiennent du culot d'opium, si après les avoir avalées on mangeait quelque chose d'acide on en mourrait De la sorte, en voyant le nom, celui qui s'en sert apprend en même temps ce dont il doit s'abstenir) :

Colombo cru. 5 tsien^.

Pee-chou . 3 tsien.

•'' Un tsien est le dixième de l'once.

K ou Y- TCHEOU.

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L OPIUM

Le premier remède contient un peu de déchets d'opium provenant de la fumigation ou culot d'opium, ou encore mé^ot d'opium ; car les premiers jours où l'on se corrige de l'opium, on ne peut pas en rompre subitement l'usage.

Ce procédé, souvent essayé, a toujours, affirme le mandarin, réussi merveilleusement.

Tang-kouy . , 2 tsien.

Houang-pee 4 tsien.

Tchouan-lan 4 tsien.

Houang-ky rôti 3 tsien 1/2.

Réglisse rôtie 3 tsien 1/2.

Ecorces d'oranges amères 2 tsien 1/2.

Tchay-fou 2 tsien 1/2.

Bois d'aigle 2 tsien.

Chou-hiang 2 tsien.

Tien-ma. 3 tsien.

On met tout cela en poudre, on y ajoute 7 tsien de fou-tse cru, on. imbibe le tout de bouillon de riz et on le pile au mortier. Quant il est comme de la boue, on y mélange bien également une once de culot d'opium, et enfin on ajoute de la farine et pn met le tout en pilules de la grosseur de petits oléococea. On pèse le tout exactement pouf pouvoir dans l'usage pratiquer la proportion suivante : 1 li 2 hao de culot d'opium pour chaque fen ^ d'opium que le patient fumait. On prend les pilules avant les repas. Le premier ou le second jour, si on en avalait un peu trop, on ressentirait quelque ivresse ; mais on aurait de l'opium sous la main qu'on ne songerait même pas à fumer.

Après trois ou cinq jours, on commence à diminuer chaque jour d'une de ces pilules et à la remplacer par deux des fortifiantes.

2° Pilules fortifiantes .'les mêmes médecines, moins le houang-ky rôli et le culot de pipe d'opium; de plus on remplace le tien-ma par le chen-ma. On amalgame ces poudres avec du miel.

Quand on a remplacé toutes les pilules anti-acides par les fortifiantes dans la proportion ci-dessus, on continue l'usage des fortifiantes seules pendant 10 à 15 jours. Si l'habitude de l'opium est tellement forte que par ce procédé elle ne soit pas entièrement corrigée, on le fait une seconde fois et certainement elle sera détruite.

Voici deux autres procédés très simples qu'on peut employer dans le moindre village :

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