‹ Histoire des missions de Chine [microform] (volume 2)Chapitre 19 sur 62 · OQO fr · texte numérisé non relu

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îVota. — Le résumé précédent comprend les pertes spéciales de la mission du Kouy-tcheou.

Les pertes de nos chrétiens, pillés en même temps et pour la même cause, c'est-à-dire comme chrétiens et amis des Français, s'élèvent certainement au delà de cette somme. Plus de trois mille familles, dont quelques-unes riches, ont été pillées et ruinées, sans que rien leur ait été rendu jusqu'à ce jour. Les mandarins ont prétendu avoir fait quelque réparation. Quelques dizaines d'apostats peut-être ont pu recevoir un semblant de restitution des mandarins, comme prix de leur apostasie ; la grande majorité des chrétiens est restée fidèle et ruinée sans réparation.

Je dois aussi notifier que, sur 280 enfants de nos orphelinats, 140 environ ont été volés par les païens et sont encore entre leurs mains.

Les ruines spirituelles s'ajoutèrent aux ruines matérielles. Plusieurs mandarins et des lettrés s'efforcèrent de pousser les chrétiens à l'apostasie. Le préfet de Tsen-y fit, le 7 octobre, afficher Tordre d'abandonner la religion du Seigneur du ciel, sous peine de perte des biens ; le sous-préfet de la môme ville parcourut les campagnes, prescrivant de ne restituer les biens qu'à ceux qui rempla-

KOIY-TCHEOU. 16

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DESTRUCTION DE LA PAROISSE DE TSEi\-Y

Géraient les tablettes chrétiennes par les tablettes païennes; il lit signer à quelques-uns de ceux qui refusaient et à qui on ne donnait rien un faux billet de restitution '.

Le sous-préfet de Long-tsuen ordonna également l'apostasie -.

Un certain nombre de chrétiens obéirent, à Kao-chan, à Tsan-kichoui, dans le Ta-ki-li et dans le Si-hiang; à Hoang-yu-kiang, àOiitu-pai, les chrétiens payèrent les gardes nationaux pour être laissés en paix. A Eul-lang-pa, il en fut à peu près de même.

« Si on leur donnait à choisir hic et mine entre la mort ou Tapostasie, écrivait Bodinier'. huit sur dix choisiraient le martyre. Mais non , on les pille, on les réduit à la misère, on les exproprie, on les chasse s'ils ne consentent à apostasier au moins extérieurement. »

Tou-yun et les stations des environs, ne se montrèrent pas fort solides : « la* presque totalité des chrétiens consentit à ce que leurs parents ou amis affichassent chez eux dos emblèmes superstitieux ».

Les ennemis des catholiques ne trouvèrent cependant pas devant eux que des âmes faibles, témoin les réponses faites au mandarin Ho par Augustin Oui, de Ghe-teou-tchai^ « m)^ non content d'avoir fait apostasier les chrétiens de llia-pan-kiao, rêvait encore de ravir le trésor de la foi aux chrétiens de Che-teou-tchai. 11 fait venir Oui (Augustin), le prend à part dans une chambre retirée et lui dit : (( Les temps sont mauvais, on va massacrer tous les chrétiens ; à Tsen-y et dans les sous-préfectures qui en dépendent, c'en est fait de

la religion ; le tour de la métropole ne tardera pas Donc, réfléchis

un peu et vois ce que tu as à faire ; je t'avertis en ami, je t'engage à renoncer au christianisme, c'est le seul moyen de sauver ta vie et tes biens. Je vais t'afficher moi-même les tablettes païennes ; après cela je réponds de tout, approuves-tu mes plans? » Augustin répond poliment : « Je remercie le grand homme de s'intéresser à moi. Pour ce qui est de renoncer à ma religion, je n'y renoncerai jamais ; mon père est mort chrétien, je veux mourir chrétien. — Mais si on tue révoque et ses missionnaires, réplique Ho ta-jen, restèras-tu encore chrétien? — Oui, réplique Augustin, je resterai encore chrétien, car le Dieu que je sers ne meurt pas ! — Mais enfin à quoi bon adorer le Dieu de ces étrangers? — Grand homme, le Dieu que j'adore est le Dieu de la Ghine aussi bien que le Dieu de la France, et les Chinois ne sont pas moins obligés que les Français à lui rendre des devoirs. Je lui reste donc fidèle, plein de confiance en lui pour l'ave-

' A. M.-E., vol. 549, p. 736, 14 octobre 1884.

2 A. M.-E., vol. 549, p. 782. M. Bodinier à M. Martinet, 25 octobre 1884.

3 A, M.-E., vol. 549, p. 785, M. Bodinier à M. Lions, 27 octobre 1884. * A. M.-E., vol. 549^, p. 757. Lettre de M. Saby à Mg' Lions.

s A. M.-E., vol. 549% p. 851.

PILLAGE DES STATIONS DU NORD

nir ». Ho, voyant Augustin si ferme, n'eut plus rien à dire. Après cette entrevue, ils se virent encore plusieurs fois, mais la question de religion ne fut pas ramenée sur le tapis. »

En quelques endroits, par exemple, à Long-pin, dans le Ta-ki-li, les chrétiens ne se laissèrent pas voler sans résistance. (( Il y a eu mort d'hommes des deux côtés, écrit Bodinier\ J'ai Lien peur que les mandarins fassent mousser ces prétextes pour tomher sur nos chrétiens. Je n'y puis rien, nous ne voyons personne. Cependant, je crois que ces résistances ne seront que peu de chose, les chrétiens, en immense majorité, se laissent tondre sans rien dire. »

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