CHAPITRE IX
LUTTES DIPLOMATIQUES
Objet des iiégncialioiis de Bodinier. — Mode do. défense des Cliinois.
et ses pcomesses. — Action chinoise.
Conslans
Le but principal du V^icairc apostolique du Kouy-tcheou en envoyant Bodinier à Pékin était d'obtenir la rentrée des missionnaires à Tsen-y ; il y en avait deux autres à atteindre d'importance moindre, quoique fort utiles : des dommages-intérêts pour les ruines de 1884 et de 1886, et la libération des prisonniers.
Les Chinois allaient mettre en œuvre toute leur diplomatie pour refuser à la mission du Kouy-tcheou cette triple satisfaction ; les bases de leur argumentation seront : des accusations de meurtre contre Bodinier et les chrétiens, la nécessité de réunir tous les accusés pour les interroger et les juger, l'impossibilité défaire consentir les habitants de Tsen-y à tolérer des missionnaires dans leur ville.
La Légation de France, qui aidera plus ou moins Bodinier dans ses négociations, mais finalement le fera triompher, considérera que les païens de Tsen-y furent d'injustes agresseurs, que les autorités manquèrent à leur devoir en ne défendant pas le presbytère et Féglise, que le missionnaire et ses chrétiens agirent dans le cas de légitime défense, même au point de vue de la loi chinoise, ce qui n'empêchera pas, cependant, nos ministres ou leurs subordonnés en se plaçant au point de vue pratique de blâmer cette défense, témoin ces paroles que Vissière ' écrira plus tard à Bodinier ^ : « J'ai dit à
' Arnold-Jacques-Antoine Vissière, né le 2 août 1858, interprète adjoint à Pékin en 1882, second interprète en 1883, premier interprète en 1886, consul en 1894, secrétaire interprète à Paris en 1899, professeur à l'Ecole des langues orientales vivantes.
2 A. M.-E., vol. 549f, p. 588. Pékin 10 août 1890.
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M. Van Koot (un missionnaire belge), à propos de l'attaque de la mission de Tsouen-yi, que les missionnaires restaient bien mieux dans leur rôle, à mon avis, en ne repoussant pas par les armes les agressions dont leurs résidences peuvent être l'objet. Cette opinion, que je vous ai, je crois, fait connaître à vous-même, lorsque vous étiez à Pékin, est partagée par la plupart de vos confrères avec lesquels j'ai eu l'occasion d'en causer. »
Tels sont les fils conducteurs qui doivent guider le lecteur dans les pourparlers compliqués que nous allons raconter en citant les lettres de Bodinier, les pièces officielles émanant des ministres de France, du Tsong-li yamen, des autorités civiles et religieuses du Kouy-tcheou .
Immédiatement après son arrivée à Pékin, Bodinier demande une audience à notre ministre Constans', qui le reçoit dès le lendemain, 21 novembre 1886; le même jour il a une entrevue avec Huart, le premier interprète de la Légation, et voici le résumé qu'il faittle leurs déclarations, après avoir pris soin de déclarer que sa présence est utile et ne porte ombrage à personne^ :
Je constate d'abord que ma démarche à Pékin, loin de déplaire au ministre, comme on me le faisait craindre lui a été au contraire fort agréable.
Secondement, je constate que l'envoi d'un confrère à Pékin était bien nécessaire, même indispensable pour nos affaires, sans cela on n'aurait pas remué le petit doigt pour nous. M. Huart m'a avoué que jusqu'à présent on ne s'est pas occupé de nos affaires du Kouy-tcfieou^ si ce n'est, dit-il, in globo^ dans le sens qu'il a été fait une petite démarche pour arrêter la persécution dans nos missions de l'intérieur.
M. Huart ma dit aussi que de son côté le Tsong-li yamen n'a pas soufflé mot des affaires du Kouy-tcheou à la Légation, bien qu'évidemment il ait reçu toules les accusations do nos mandarins. Il attend sans doute qu'on lui en parle les premiers. ,
Dès les premiers mots de notre entretien, M. Constans m'a dit qu'il fallait diviser la question en deux parties, question de la mission et question des chrétiens. Pour la question des pertes faites par les missionnaires, il s'engage à la porter au Tsong-li yamen et se fait fort de nous obtenir toutes les réparations convenables : rentrée dans la ville de Tsen-y, reconstruction de notre église, restitution de nos propriétés et de nos pertes.
Pour la question des chrétiens, nous ne pouvons pas, dit-il, nous en occuper maintenant, vu les circonstances et la mauvaise disposition des Chinois. Allons au plus pressé, c'est-à-dire à la réparation des torts faits aux missionnaires ; quant aux chrétiens, on verra par après ce qu'on pourra faire.
* Jean-Antoine-Ernest Constans, né te 4 mai 1833, professeur agrégé des Facultés de droit à Douai et à Toulouse, député de Toulouse 1875-1891, ministre de l'Intérieur et des Cultes 1880-1882, plénipotentiaire en Chine 1886-1887, gouverneur général de l'Indo-Chine 1887, actuellement ambassadeur à Gonstantinople.
2 A. M.-E., vol, 549g, p. 45. Lettre à Mer Guichard;22 novembre 1886,
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Ayant interrogé ultérieurement M. Huart sur le sens de ces paroles, et lui ayant demandé si le sens était que la Légation renonce définitivement à proléger les chrétiens, il me répondit que tel n'était pas le sens, mais que la question était réservée (c'est son expression...) que c'était impossible de- poser la question des chrétiens en ce moment... que cela dépendait de la solution de certaines questions très graves actuellement pendantes, solution qui peut demander encore quelques mois.
Quant à la question des réparations pour les missionnaires : « Soyez sûr, me dit-il, M. l'abbé, que nous ferons tout ce que nous pourrons pour vous, que nous nous montrerons énergiques, etc. » M. Constans me dit encore à ce sujet : « M. l'abbé, vous allez être ma pierre de touche au Tsong-li yamen, avec lequel je n'ai point encore eu de difficultés jusqu'à présent ; "j etiens à réussir pour mon premier essai. »
J'ai parlé de nos chrétiens en prison, de notre prêtre indigène massacré. M. Huart me fait espérer qu'on pourra les faire sortir de prison ; c'est surtout la restitution spéciale pour les Chinois que le gouvernement impérial ne veut pas admettre et que la Légation ne veut pas, ou n'ose pas demander.
M. Huart va ces jours-ci étudier à fond, dit-il, le dossier du Kouy-tcheou (car on n'a fait jusqu'à présent à la Légation que lire nos lettres à la hâte), et préparer une pièce pour le Tsong-li yamen.
Ces déclarations sont agréables à Bodinier, elles ne le satisfont cependant pas complètement ; elles contiennent surtout une chose qui lui paraît dangereuse : c'est la distinction établie par Constans entre les afTaires regardant la mission et les missionnaires et les affaires des chrétiens, et sa volonté de s'occuper actuellement des premières et de remettre les antres à plus tard.
On a beaucoup parlé de cela à la mission, écrit-il; maintenant se pose pour moi la question : Puis-je accepter de M. Constans qu'il traite nos affaires, comme il le dit, sans s'occuper des chrétiens. Jusqu'ici l'opinion de Monseigneur et de ses confrères a été queje ferais mieux de n'accepter aucune aide de la Légation dans ces conditions là. Puis-je suivre cet avis ? Je ne le crois pas et voici mes raisons : D'abord la Légation nie positivement qu'elle veuille abandonner les chrétiens. M. Huart, à qui j ai présenté toutes les réflexions susdites, m'a dit et redit que le sens de M. Constans n'était pas de renoncer au protectorat des chrétiens : « Nous voulons d'abord laire ce qui est facile, m'a-t-il expliqué, c'est-à dire obtenir réparation pour les pertes des missionnaires; après cela nous verrons ce qu'il y a à faire ; mais je vous répète que la Légation ne renonce pas au protectorat des chrétiens.
Cette question du protectorat des chrétiens chinois, que Constans fait apparaître aux yeux étonnés et nn peu elVrayés de Bodinier, est à la vérité fort importante et grosse de conséquences, car si les mandarins, trop souvent hostiles aux catholiques indigènes, o'nt toute liberté de mettre leurs actes en rapport avec leurs senti-
» A, M.-E., vol. 549g, p. 63. Lettre à Mgr Guichard, 9 décembre 1886.
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ments, ils en profiteront bien vite pour multiplier les vexations contre les chrétiens et contre ceux qui se disposent à le devenir ; et la vie de ceux-ci, déjà pénible par plus d'un coté, deviendra intolérable ; la Légation le comprend. Cependant on peut se demander si, sur ce point, Constans montra autant de fermeté que plusieurs de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Les circonstances n'étaient pas très favorables ? Nous ne le nions pas, mais cette méthode n'était-elle pas voulue par notre ministre, n'avait-ii pas quelque arrièrepensée de politique générale aujourd'hui plus claire ? « Ma politique, dit-il un jour à Bodinier, a été de tâcher d'éviter toute question de ce genre » ; « et de fait, ajoute le missionnaire, il les a évitées tant bien que mal. Ainsi, dernièrement, dans une affaire de la mission du Kouang-tong, un chrétien a été injustement condamné à trente jours de cangue. Le consul a demandé au ministre d'intervenir, celui-ci n'a pas jugé la chose assez importante. »
Il y eut des faits beaucoup plus graves dans lesquels le ministre n'intervint pas' efficacement, malgré une bonne volonté apparente, à laquelle beaucoup de missionnaires accordèrent une confiance que plusieurs trouvèrent insuffisamment justifiée'.
Gepen^dant, même dans cette affaire, la Légation de France ne s'était pas, extérieurement du moins, désintéressée du sort des catholiques chinois ; par conséquent elle n'avait pas abandonné, en principe, la question du protectorat. Et, si l'on pouvait conclure de l'insuccès de ses réclamations qu'elle n'avait ou ne voulait avoir à cette époque à Pékin, par suite des circonstances ou par la volonté de son représentant, qu'une influence médiocre au point de vue religieux, il eut été exagéré de penser qu'il en serait toujours ainsi, et illogique de croire que notre politique suivait la même marche dans les affaires commerciales ou industrielles. Quoi qu'il en soit, selon sa promesse, la Légation commence effectivement à traiter le procès du Kouy-tcheou avec le Tsong-li yamen, mais à l'encontre de la coutume généralement suivie jusqu'alors, le ministre de France ne communique au missionnaire ni les pièces qu^il envoie, ni celles qu'il reçoit. « M. Constans tient tout secret », tellement secret même, que d'aucuns se demandent si réellement des démarches sont faites, et que Bodinier moins pessimiste en arrive à redouter que cette discrétion ne laisse sans réponse certaines objections faites par le gouvernement chinois. Aussi s'empresse-t-il de s'en expliquer avec le premier secrétaire de la Légation, Souhart-.
1 A. M.-E., vol. 549g, p. 69. Lettre à Mgr Guichard, 17 septembre 1886. ^ A. M.-E., vol. 549g, p. 69. Lettre à Mgr Guichard, 17 septembre 1886. Détails biogr. sur Souhart, voir Hist. de la mission du Thibet,\ol., 2, p. 258.
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Je lui ai dit que nous avions de quoi répondre aux objections que présentera probablement le Tsong-li yamen au sujet du meurtre préalable d'enfaals dont on nous accuse ; je lui ai insinué que si le Tsong-li yamen s'obstinait à croire que les rapports des mandarins du Kouy-tcheou sont seuls vrais, il serait peut-être nécessaire d'ordonner une nouvelle enquête, mais que, pour la sûreté de cette enquête, il serait nécessaire qu'il y eût une partie européenne parmi ceux qui seraient chargés de la faire.
Cependant, continue Bodinier^ quelques jours plus tard, M. Constans m'a dit avant-hier que, dans sa dernière visite au Tsong-li yamen (lundi dernier), le marquis de Tsen lui a fait l'objection suivajnte : « que les missionnaires sont retournés trop tôt à leurs postes, et contre l'avis des mandarins. » M. Constans lui a répliqué : « Avaient-ils leurs passeports ? — Je le crois. — Eh bien alors, ils étaient dans leur droit, et vos mandarins avaient le devoir de les protéger. Je n'admets pas qu'on mette des restrictions pour telle ou telle ville à un citoyen français, muni d'un passeport et voyageant ou résidant en Chine. »
A cela M. Tsen n'a eu rien à répondre, m'a dit M, Constans.
Voilà où en sont nos affaires, ça ne va pas vite, mais ça ne va pas encore mal.
A la fm du mois de décembre, rien n'est changé, et Bodinier en est réduit à consigner dans ses lettres ces paroles de notre ministre* : « qu'il ne faut pas se presser trop, que notre affaire viendra en son temps, que ce mois-ci, M. Constans sera obligé d'aller très souvent au Tsong-li yamen à propos du traité de commerce et qu'il en proliféra pour arriver à une solution. « Quelle sera cette solution ? Huart fait entrevoir à Bodinier celle-ci : « la rentrée dun missionnaire à Tsen-y, la restitution de l'église, une indemnité. »
En ce moment de nouvelles pièces arrivent du Ivouy-tcheou.
Le 25 décembre 1886, Guichard a reçu la visite du mandarin chef du bureau des affaires religieuses. A toutes les questions du prélat sur le règlement du procès, le mandarin a répondu : « On suivra au Kouytcheou, pour traiter, le mode qu'on aura suivi à Tchong-kin. » Or, comme à Tchong-kin on a emprisonné Lo Pao-tche et qu'on veut le faire condamner à mort, l'évèque conclut que les autorités du Kouytcheou réservent le môme sort aux chrétiens prisonniers^. La conclusion est justifiée par les faits ; seulement ce n'est pas aux chrétiens qu'on s'attaque, c'est au missionnaire lui-même.
L'ancien préfet de Tsen-y, Yu Ghang-hoa, qui était dans cette ville lors des troubles de 188i, et qui avait été changé en 1885, y était revenu après l'orage de 1886 ; il proposait simplement au gouverneur du Kouy-tcheou « de traduire Bodinier en jugemerit, sous l'accusation d'avoir conseillé et ordonné le meurtre d'enfants ». Pour ré-
i A. M.-E., vol. 5498, p. 82. Lettre à M. Lucas, 23 décembre 1886,
* A. M.-E., vol. 549g, p. 97. M. Bodinier à Ms-" Guichard. Pékin, 26 déc. 1886.
^^ A. M.-E., vol 549° p, 771. Lettre de Bodinier à Huart. Pékin, 24 février 1887,
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pondro ù cette calomnie, le missionnaire refait, sous une autre forme, io mémoire qu'il a déjà écrit et le présente à la Lég'ation'. Plus tard-, il en composera d'autres encore, mais qui ne contiennent rien de nouveau.
La difficulté principale pour réussir dans les négociations provenait, nous l'avons déjà dit, de ce que les chrétiens s'étaient défendus, Les ministres chinois le répétaient souvent : « Nous ne pouvons pas admettre le droit pour les chrétiens de se défendre par les armes. » Et Bodinier, maintenant convaincu de cet obstacle, écrivait à Guichard en lui répétant le propos des ministres ^ :
Pour moi, j'en tire une conclusion pour la prochaine persécution, en quelque endroit que ce soit de la Chine, c'est de se laisser piller sans se défendre, mais non sans avoir averti les mandarins et réclamé leur protection. Certes, il y a déjà longtemps que j'ai dit à Votre Grandeur que nos pauvres clirétiens de Tsen-y ont eu tort de se défendre, et moi le tort de les laisser faire; je me le suis reproché bien des fois. C'est ce qui rend notre affaire difficile à régler, et me donne des inquiétudes pour la réussite. Enfin, le mal est fait, et s'il y a eu faute devant la justice chinoise, je crois qu'il n'y en a point eu devant la justice de Dieu et celle de tous les braves gens.
Comme il le lui a promis, Favier aide Bodinier de son mieux, surtout depuis qu'à la suite de ses explications sur son voyage en France et à Rome, il entretient avec Constans des relations moins tendues. « J'ai vu hier le ministre pendant deux heures, écrit-il, le 27 janvier 1887 ;la cause des chrétiens du Kouy-tcheou n'est pas absolument perdue. Tout ce qu'il sera possible de faire, je le ferai. »
L'exécution de Lo Pao-tche* permit à Favier de ramener la question du Kouy-tcheou^ : « Eh bien ! M. le Ministre, disait-il en riant, maintenant que vous avez perdu la face, à la chinoise, pour l'affaire Lo, est-ce que vous allez encore la perdre pour celle du
1 A. M.-E., vol. 549°, p. 263, 275.
» A. M.-E., vol 549°, p. 297. Annexe à la lettre du 24 avril 1887.
■i A. M.-E., vol. 549^ p. 1 40, 19 février 1887.
* Chrétien de Tcliong-kin, qui fut condamné à mort et exécuté à Tchea-tou. Plusieurs fois de la part de Mgr Coupât, le Vicaire apostolique du Su-tchuen Oriental, Bodinier alla supplierConstans de s'entremettre pour obtenir sinon l'élargissement de Lo Pao-tche, du moins la commutation de la sentence portée contre lui. Constans parut s'intéresser sérieusement à cette affaire, il demanda à Flourcns, alors ministre des affaires étrangères, des instructions qui, croyons-nous, lui furent données dans le sens désiré par les missionnaires ; mais pour des causes que nous ne saurions préciser, les démarches n'eurent pas de succès, et Lo Pao-tche fut décapité à Tchen-tou, le 4 février 1887.
» A. M.-E., vol 549'i, p. 140. M. Bodinier à Ms«- Guichard, 19 février 1887. '
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Kouy-tcheou. — Pour celle-là, n'ayez peur: ça marchera. Au moins cette fois-ci on s'y prend à temps. »
Le 20 ou le 21 janvier, Bodinier fut invité à déjeuner à la Légation, et bien entendu, il fut longuement question du procès de Tsen-y.
A son retour au Pe-tang, le missionnaire négociateur fit à Guichard le compte rendu suivant de la conversation ^ :
M. le ministre croit qu'il réussira pour notre affaire du Kouy-tcheou, et il m'a donné de très bonnes paroles à ce sujet. Il m'a eu l'air de très bien saisir le point essentiel de notre argumentation : prouver que ce sont les Cliinois qui ont commencé, et que la fable d'enfants tués préalablement, parce qu'ils s'amusaient à jeter des pierres contre notre porte, est une pure calomnie de Kien Pe-chang et Yuen taotai. Il fit venir devant moi M. Huart et M. Guérin et leur expliqua qu'il fallait dans la pièce, qui se prépare en ce moment, faire ressortir cet argument ; — item, que nous avons été attaqués la nuit et non pas le jour ; — que les chrétiens étaient en état dé légitime défense ; — que s'il y a eu des païens mis à mort, — il y a eu aussi du côté des chrétiens six tués' (à Tsen-y et à Pou-lao- Ichang) dont un prêtre chinois.
A ce propos, lui ayant fait remarquer que Yuen, dans ses pièces, ne manque pas de dire que ce Lin To-mé est un sujet chinois et qu'il ne le reconnaît pas comme prêtre, M. le ministre me fit cette réponse :
— « Il n'en a pas le droit, et cela d'après les traités. Les traités reconnaissant et admettant la religion chrétienne en Chine, l'admettent évidemment avec les institutions qui lui sont propres; il en résulte que, si un sujet chinois est élevé à la dignité de prêti'e, cette dignité doit être reconnue, et on ne peut le traiter comme un homme du peuple ordinaire. Cette remarque m'a fait grand plaisir venant de M. le ministre, d'autant plus que s'il a pensé à cet argument, il ne manquera pas de le faire au Tsong- 11 yamen à Toccasion.
Finalement, je suis sorti de cette entrevue avec cette conviction que M. le ministre est plein de bonne volonté pour mener à bien notre affaire, et qu'il a un vif désir de réussir.
D'un autre côté, M. Huart, qui est le factotum du minisire pour les rapports avec le Tsong-li yamen, est plein de bonne volonté pour les missions. Nous avons aussi à notre avoir une influence qui n'est pas minime ici, c'est celle de Li Hong-tchang. Nous savons qu'il a blâmé le vice-roi du Su-tchuen d'avoir été trop sévère pour Lo.
Le 4 mars 1887, Bodinier envoie la continuation des nouvelles où l'espérance domine- :
Avant-hier, M. Favier est allé voir le ministre et a eu avec lui une longue conversation de près de deux heures. En voici les principaux points : M. le ministre a porté notre affaire au Tsong-li yamen par écrit. Quel est le texte de cette pièce? je n'en sais rien : je vous ai dit déjà que M. Constans
» A. M.-E., vol. 549g, p. 147.
- A. M.-E., vol. 549s, p. 156. Lettre à Mgr Guichard.
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ne communique pas ses pièces officielles, comme le faisaient les anciens ministres \ Du reste, d'après la manière dont il a parlé à M . Favier, on peut être sûr qu'il a bien fait les choses et a pris tous les moyens pour réussir. Illui a dit qu'en recevant cette pièce, le Tsong li yamen « a fait une fameuse tête », c'est son expression ; mais que tout le porte à croire que l'affaire marchera bien et aboutira à une bonne solution.
« Dites à M. Bodinier de ne pas s'inquiéter, qu'il se tienne bien tranquille au Pe-tang, son affaire est lancée, .le ne doute pas du succès. »
M. Favier m'affirme qu'il n'avait pas encore entendu M. le ministre assurer le succès avec tant de conviction. Plusieurs passages de sa conversation montrent qu'il se sent du solide maintenant dans ses rapports avec les Chinois. M. Favier lui ayant dit : « Je crois que, si Votre Excellence restait seulement un an à Pékin, vous auriez bientôt reconquis l'ancienne influence de la France dans les aflaires. — Je ne demande que trois mois, répondit M. Constans ; si le ministère continue à me soutenir comme je sais qu'il le fera, dans trois mois nous aurons pris le dessus. » « Pour les afTaires des missions, ajouta-t-il à un autre moment, je veux et j'obtiendrai qu'ils les traitent toutes, mais là jusqu'à la dernière, et je ne partirai pas que ce ne soit tout fiai. » Et à ce propos il répéta à M. Favier un mot qu'il a dit déjà plusieurs fois ici et ailleurs : « Mon passé me fait une obligation de faire beaucoup et mieux que les autres pour les missions, et je le ferai. »
J'ai donc vraiment bon espoir que notre affaire réussira. Maintenant quelles seront les conditions que nous obtiendra M. Constans "? il me serait difficile de vous le dire. M. Constans agit et ne consulte pas.
Le 12 mars, Bodinier apprend que le Tsong-li yamen a fait à Constans « une réppnse assez anodine et qui se tient dans les généralités ». Il en cite le sens - :
L'affaire sera traitée selon les règles de la justice sans acception de personnes, etc., il a confiance dans la haute impartialité de Son Excellence, etc.
Malgré le vague de cette réponse, Bodinier continue d'espérer ; il cite avec satisfaction les moindres paroles de Constans. Tantôt celui-ci répond aux ministres chinois qui veulent que LévAque du Kouy-tcheou recherche Yang Tsiou-tsiang : « Est-ce que vous nous prenez pour des agents de police ou des satellites"? Je ne puis pas écrire une chose pareille à Févèque du Kouy-tcheou. Tâchez de trouver cet homme vous-mêmes, le chercher sort de notre compétence. »
^ Plus tard Bodinier écrira au sujet de cette pièce : « Bien que je n'ai pas vu la pièce que M. le ministre a envoyée au Tsong-li yamen, je sais que ce n'est pas une traduction de mon mémoire, mais qu'elle est très courte et n'entre pas dans les détails. ))(^. 7l!f.-jB.,vol. 549g,p. 168. M. Bodinier à Mgr Guichard. Pélcin, 4 mars 1887 j.
* A. M.-E., vol. 549g, p. 175. Lettre à Mgr Guichard, 12 mars 1887.
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Tantôt il leur fait avouer l'inexactitude du rapport de Yuen. Cet aveu paraît si important à Bodinier qu'il le télégraphie au Kouytclieou. C'était peut-être escompter beaucoup de simples paroles, d'autant que le Tsonj^-li yamen reprit immédiatement pied, en déclarant qu'il ordonnerait une nouvelle enquête.
Ce système des enquêtes, et des contre-enquêtes, s'espaçant sur de longs mois et souvent sur des années, est familier aux Chinois, qui espèrent ou lasser la patience de leurs adversaires ou faire naître de nouveaux incidents propres à retarder une conclusion dont ils ne veulent pas.
A propos de cette enquête, Constans fit au missionnaire la déclaration suivante' :
Le Tsong-li yamen a voulu à toute force cette enquête. Je ne pouvais pas m'y opposer, mais j'ai dit au prince Kin : « Faites une nouvelle enquête, puisque vous y tenez, mais je vous avertis dès aujourd'hui, que pour moi mon enquête est toute faite. J'ai mis sous les yeux de Votre Excellence f édit du préfet de Tsen-y et son rapport sept jours après raflaire, qui constatent parfaitement que les chrétiens ont été attaqués les premiers, et qu'ils n'ont nullement commencé par tuer des enfants. Quelque soit le sens de votre second rapport, ces pièces officielles demeurent irréfragables, et je n'admettrai rien qui les contredise. » Alors le prince répliqua qu'il donnerait des ordres excessivement sévères pour que toute erreur soit évitée, etc.
■ Ouoi qu'il en fût des déclarations de notre ministre, un nouveau délégué fut nommé ; il s'appelait Ouang et n-avait que le simple grade de sous-préfet, ce qui h; subordonnait au préfet de Tsen-y. Il arriva dans cette ville le 23 avril 1887, alla voir remplacement de Téglise et ne ht aucune enquête. Le 28 avril, il se rendit à Pou-laotchang avec le préfet Yu Chang-hoa. Tous les deux passèrent dans ce village la journée du 29. Us visitèrent les ruines du presbytère. Le père de Hou-kiang, le jeune païen tué le 16 juillet 1886, présenta une accusation au délégué. Naturellement, il raconta que son lils venait au marché pour ses alfaires, lorsque les chrétiens lavaient tué, et il se garda bien de dire qu'il était du nombre des pillards. Ouang le ht arrêter, mais au retour, à mi-route, on le laissa s'échapper. Les chefs du marché afiirmèrent que leurs administrés étaient innocents et que tout le mal avait été l'ait par des étrangers. « Et les matériaux de la maison, qui les a emportés? questionna le délégué. Tous gardèrent le silence. Ouang demanda également qui avait tué le prêtre Lin. « Nous ne savons pas », lui fut-il répondu. 11 fit
' A. M.-E., vol. 549g, p, 211.. LeUrc à Msi' Guichard, 5 avril 1887.
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LUTTES DIPLUMATiuUEyj
appeler les chefs de la garde nationale, aucun d'eux ne se pre'senta; et le 30 avril, sans avoir interrogé un seul chrétien, le délégué et le préfet regagnèrent Tsen-y\
A cette époque, le grand trésorier et le grand juge de la province du Kouy-tcheou furent changés ; en soi, ce fait n^était ni favorable ni défavorable, tout dépendait des instructions que recevraient les nouveaux titulaires et de la manière dont ils les appliqueraient. On pouvait cependant avoir quelque espérance en se basant sur la pression que la France essayait alors d'exercer sur la Chine. Ojnstans en parlait en ces termes à Bodinier'.
Je vais vous expliquer mon plan pour les affaires des missions. Je vous dirai tout d'abord que nous avons des difficultés avec laCliine au sujet des affaires du Tonkin, ce que vous savez ; mais ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que nos marins ont fait une descente, et nous occupons maintenant trois points du territoire chinois (entre autres la petite presqu'île de Pak-long). J'ai combiné ce plan avec l'amiral Rieunier, il y a quelques mois quand il vint à Pékin : c'est mon ancien camarade de collège, et nous avons confiance l'un dans l'autre. L'effet que nous attendions n'a pas manqué de se produire. Le ïsong-li yamen est venu m'assiéger de réclamations et me prier de retirer mes soldats. « Je ne demande pas mieux, lui ai-je dit, et si vous voulez que cela se fasse vite, vous n'avez qu'à terminer nos affaires qui traînent depuis si longtemps. Premièrement pour la délimitation de frontières : vous laissez égorger les membres de la commission française ; vous comprenez que je suis bien, obligé de les défendre moi-même, puisque vous dites ne pouvoir le faire. Je vous avertis donc que mes marins ne bougeront pas des postes qu'ils occupent, jusqu'à ce que cette question de frontières et les autres du traité de commerce ne soient réglées comme il faut. Secondement pour les questions pendantes de pillages des missionnaires et de leurs chrétiens : je vous déclare encore que je mets au retrait de nos troupes cette condition sme qua non. >^
Et là-dessus, M. le ministre ajouta avec un accent de conviction : « Et je vous assure, M. l'abbé, que ce que je viens de vous dire, je le ferai. Ou bien nos affaires du Tonkin ne réussiront pas, et les vôtres aussi n'arriveront pas à terme ; ou bien nous réussirons au Tonkin et vos affaires aussi seront réglées : ces deux questions iront de pair. Je ne suis pas prophète, mais je crois pouvoir vous prédire la réussite. Jusqu'à présent, c'était toujours moi qui avals quelque chose à demander aux Chinois, maintenant c'est eux qui ont à me demander : je les tiens ! Je ne serais pas surpris que d'ici à un mois je n'aie quelque bonne nouvelle à vous communiquer pour votre affaire. Le Tsong-li yamen vient me relancer tous les deux ou trois jours; ils viennent me voir ou m'invitent chez eux ;' mes braves marins les gênent, c'est visible. Mais il faudra qu'ils en passent par où je veux pour s'en débarrasser. »
En face des affirmations et des démarches de Gonstans, Bodinier
1 A. M.-E,, voL 549', p. 307. M. Bodinier à la Légation de France.
2 A. M.-E., Tol. 549g, p. 212. M. Bodinier à Msr Guichard, 5 avril 188:
LUTTES DU'LOMATIQUES
sentait augmenter ses espérances, toujours faciles d'ailleurs à naître en son esprit. Le Vicaire apostolique de Pékin, Tagliabue, ne les partageait pas ; il n'ajoutait qu'une foi médiocre aux promesses de Constans, et de temps à autre, quand il entendait le missionnaire du Kouy-tcheou rapporter certaines paroles énergiques de notre ministre, il disait doucement : « Ne le croyez pas trop, ne le croyez pas trop. » Et en ce point, l'avenir «levait lui donner raison.
Tagliabue n'était pas le seul à avoir des doutes sur l'action de Constans ou sur sa bonne volonté.
J'ai eu dernièrement, écrivait Bodinierle 26 mai 1887\roccasion dé voir M. Risteiliueber, notre consul à Tien-tsin. Après quelques mots de politesse, il me demanda où en étaient nos affaires. Je lui répondis que nous en étions toujours à la période d'espérance, que M. le ministre se montrait plein de bon vouloir, etc., qu'il avait déjà obtenu un premier succès en faisant casser le rapport de Yuen tao-lai, etc. Il se mita branler la tète et me dit : « M. l'abbé, est-ce que vous n'avez pas cependant quelque inquiétude sur le résultat final? — Mon Dieu, M. le consul, je vous avouerai que je n'ignore pas la mauvaise, volonté des Chinois à l'égard des missions, non plus que les intrigues des Anglais, Allemands et Italiens auprès d'eux au sujet d'un protectorat. — C'est cela ' reprit-il. Ah 1 si vous saviez tout ée que je sais ! Je ne doute pas non plus de la bonne volonté de M. Constans, mais je vous prédis qu'il ne réussira pas, pas plus qu'il n'a réussi pour l'affaire Lo. » ,
Peut-être y avait-il dans les paroles de cet homme, qui savait tant de choses et ne pouvait les révéler, une indication grave. L'excellent Bodinier ne la devina pas. Les faits ne furent pas plus éloquents pour lui que les paroles, et, quand au lieu d'apprendre le succès des démarches de Constans près du Tsong-li yamen en faveur du Kouytheou, il est averti du départ de notre représentant, il s'écrie avec désolation ^
C'est un très grand malheur. On ne retrouvera pas peut-être un homme qui sache faire comme lui, et qui ait autant d'influence à Paris. Il en a luimême parlé à Monseigneur et aux missionnaires. « Du reste, a-t-il ajouté, je soutiendrai les missions à lallhambre, et j'espère que ma voix y sera écoutée à ce sujet. » / *-
'A. M.-E., vol. 5i9°, p. 267. M. Bodinier à M'^'" Guicliard, 26 mai 1887. ■^ A. M.-E., vol. 549g, p. 262. Lettre à Ms>- Guichard, 26 mai 1887,
LUTTES DIPLOMATIQUES
Continuation des promesses de Constans. — Passeport spécial. — Accord verbal, — Dernières réclamations de Constans. — Son départ.
Avant son départ de Chine, Constans fera encore à Bodinier des promesses dont celui-ci, qui n'a pas à son actif de stage dans la diplomatie, continuera de nourrir ses tenaces espérances'. « C^est un homme sérieux et sincère, écrira-t-il le 9 juin, je ne puis en douter, la sincérité a un accent qui ne s'imite pas de cette manière. » Et il cite les conversations de notre ministre, '( qui ne veut pas même parler aux Chinois de nouvelle enquête, parce que cela ne le regarde pas et qu'il s'en f... (M. Constans parle gras assez volontiers). »
Il répète les combinaisons dont notre représentant l'a entretenu : « Ne pas abandonner Pak-long avant que l'alfaire du Kouy-tcheou ne soit réglée ; faire faire une démonstration sur les côtes de Chine par l'amiral Rieunier. »
Finalement- nous sommes convenus avec M. le ministre de poser comme base (lu futur arrangement les trois points suivants : rentrée à Tsen-y (non de moi personnellement, mais de la mission du Kouy-tcheou) et réinstallation d'une église et d'un presbytère ; indemnité « que m'a dit M.le minislre,je ferai tout mon possible pour rendre la plus forte possible » ; élargissement des chrétiens.
Le 29 juin, à 2 heures de l'après-midi, Constans va au Tsong-Ii yamen, uniquement, affirme-t-il, pour traiter l'affaire du Kouytcheou : « Soyez sûr, dit-il à Bodinier, en lui serrant affectueusement la main, soyez sûr que je ne partirai pas avant d'avoir arrangé votre affaire. » Et profondément touché, le missionnaire s'écrie^ : « Monsieur le Ministre, merci de cette bonne parole qui portera la joie au Kouy-tcheou. Tenez, permettez-moi de vous dire qu'il y a au Kouytcheou 20 à 30 Français qui vous aiment beaucoup, et qui prient tous les jours le bon Dieu pour vous. » « Alors, continue Bodinier, M. Constans me prit de nouveau la main et la serrant aflectueusement, il me dit d'un ton ému : « Eh bien ! voilà une bonne parole qui me fait grand plaisir : c'est cela 1 priez le bon Dieu pour moi qui en ai si grand besoin. »
Nous nous sommes fait un devoir de ne pas donner d'appréciation
» A. M.-E., vol. 549g, p. 262. Lettre à Mgr Guichard, 26 mai 1887. - A. M.-E., vol. 549g, p. 291.
2 A. M.-E., vol. 549g, p. 327.
KOUY-TCHEOU
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LUTTES DIPLOMATIQUES
sur les hommes ni sur les choses proches de nous ; nous avons vraiment besoin, en reproduisant ces lignes, de nous rappeler ce devoir.
Le 3 juillet, Bodinier fait de nouveau visite au ministre qui lui rend compte de son entretien avec le Tsong-li yamen, lui promet de rédiger une petite convention dont le missionnaire sera content. « M. Gonstans, ajoute ce dernier*, a voulu mettre l'arrangement de notre question du Kouy-tcheou comme condition de ses services, et du reste, Monseigneur et le P. Favier ont assuré à M. le ministre qu'ils voyaient, avec le plus grand plaisir, cette question servir à l'avantage des autres missions de Chine.
«Ces considérations nous font donc penser que M. Gonstans réussira à nous obtenir quelque chose. G'est vraiment providentiel, car Paklong a été cédé à la Ghine dans le traité, et M. Gonstans a parfaitement oublié ce qu'il avait dit, que pas un n:i,arin ne quitterait Paklong avant que les affaires des missions ne soient arrangées. N'ayant plus ce gros atout dans son jeu, il aurait été très embarrassé pour obtenir la moindre chose du Tsong-li yamen pour les missions. »
Ainsi malgré l'abandon très prochain de Pak-long, Bodinier espère si fort voir la réalisation de ce qu'il désire, qu'il télégraphie à Goupat, le Vicaire apostolique du Su-tchuen Oriental, ahn qu'il fasse rapidement parvenir ses espérances au Kouy-tcheou :
Pékin, 4 juillet 1 881 , 4 h. 30 soir.
Pour envoyer au Kouy-tcheou. M. Gonstans changé, M. Lemaire succède, malgré ce départ, affaire Kouy-tcheou va bien. Espoir réussir.
Bodinier.
Deux jours plus tard, le marquis Tsen promet, paraît-iP, que les prisonniers vont être mis en liberté et que les missionnaires pourront rentrer à Tsen-y. Le lo juillet, les nouvelles sont toujours les mêmes, sauf un point noir en plus : le Tsong-li yamen a télégraphié au gouverneur du Kouy-tcheou, mais il n'a reçu aucune réponse ; il va télégraphier de nouveau.
Le 26 juillet, la réponse est arrivée ; elle est mauvaise^ : « Nous voulons bien relâcher les prisonniers, ont dit les mandarins, mais qu'on nous livre les deux chrétiens que nous cherchons et qui sont les principaux coupables (Yang Tsiou-tsiang et Ouen San-ho).
De son côté, le Tsong-li yamen a fait des objections.
« Heureusement, M. le ministre ne l'entend pas de cette oreille-là :
' A. M.-E., vol, 5498, p. 333. Lettre à Mgr Guichard, 4 juillet 1887. * A. M.-E., vol. 549g, p. 337. Bodinier, à Guichard, 6 juillet 1887. » A. M.-E., vol. 549g, p. 354. Bodinier à Guichard, 26 juillet 18g7.
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LUTTES DIPLOMATIQUES
il veut la libération des prisonniers : il y tient mordicus, on la lui a promise, et il ne sort pas de là.
« Hier, en pre'sonce de MM. Frandin' et Vissière, il a admirablement parlé, et assuré catégoriquement qu'il ne céderait pas sur ce sujet. Il a ordonné à M. Vissière de faire une nouvelle note au Tsongli yamen, et il a ajouté qu il irait le voir lui-même en personne à ce sujet. — « Je n'ai plus que cela à faire à Pékin, me disait-il, et je le ferai, dussé-je retarder mon départ. ).
Enfin notre ministre obtient la promesse d'un passeport spécial pour le missionnaire qui sera envoyé à ïsen-y^ et, à la demande de Bodinier^ il déclare que sur ce passeport sera inscrit le droit de la mission à une indemnité.
Pendant ces pourparlers, Lions a télégraphié à Bodinier pour le prévenir qu'il allait envoyer Bonat et Jouishomme à Tsen-y, le prier de faire mettre leurs noms sur le passeport promis, et d'obtenir des ordres afin que la mission puisse faire la récolte prochaine dans ses propriétés de Tsen-y et de Pou-lao-tchang.
Le télégramme arrive trop tard pour la première demande, puisque Bodinier avait déjà fait inscrire le nom de Gréa. Quant à la seconde, qui n'avait pas encore été présentée, la Légation promet de s'en occuper. Enfin le passeport est remis; en voici la traduction^ :
Passeport. Par le Tsong-li yamen est délivré le présent passeport.
Nous avons reçu de S'on Excellence M. le ministre de France une lettre disant : un missionnaire, M. Gréa, doit se rendre à Tsen-y fou pour, avec les mandarins du lieu, rentrer en possession de l'église et des propriétés qui restent au dit endroit et ailleurs, disposer toutes choses convenablement et les arranger en faisant conseil. Nous vous invitons donc à donnerun passeport spécial. A ces causes, nous écrivons le présent passeport et l'envoyons au préfet de Chouen-tien fou, pour y mettre le cachet et le livrer au susdit missionnaire. Lorsqu'il arrivera dans la susdite préfecture, les mandarins du lieu devront immédiatement viser son passeport et le protéger convenablement. Quant à l'intérieur de l'église, on devra rechercher les objets qui s'y trouvent et les remettre en présence du missionnaire pour être reçus de lui et ainsi manifester la bonne tiarmonie.
* Josepli -Hippolyte Frandin, né le 2 janvier 1852, interprète en 1880, premier interprète à Pékin en 1883, vice-consul en 1886, consul en 1887, secrétaire de première classe à Pékin en 1889, commissaire du gouvernement à Séoul en 1890, président de la commission de délimitation du Tonkin en 1890, consul à Bogota en 1895, consul général à Quito en 1897.
2 A. M.-E., vol. 549°, p. 321.
Nous avons trouvé cette autre traduction de cette pièce dont nous ne conuaissons pas loriginal, peut-être est-ce le texte français primitif :
Passeport. — Par le Tsong-li yamen est délivré le présent passeport.
Nous venons de recevoir de Son Excellence M.' Constans, ministre de France, une lettre dans laquelle il nous dit qu'il se propose d'envoyer le missionnaire Gréa
LUTTES DIl'LOMATIQUES
Le texte de cette pièce est loin de satisfaire Bodinier, qui écrit au ministre les réflexions suivantes* :
Malgré les bonnes paroles de Votre Excellence, je ne puis réussir à dissiper l'inquiétude qui m'a envahi hier, lorsque j'ai lu le passeport pour la première fois. Aujourd'hui je l'ai lu et relu ; j'ai consulté autour de moi ; mes premières craintes n'ont fait qu'augmenter.
Je sais bien que Votre Excellence a voulu nous faciliter la solution des affaires en demandant ce passeport : pour moi, c'est une chose avérée et je ne saurais vous en témoigner assez ma reconnaissance. Mais voyez comme le ïsong-li yamen a su d'une pièce qui pouvait nous sauver, en faire une qui consacre notre ruine !
Que Votre Excellence veuille bien jeter un coup d'œil sur la traduction ci-jointe que j'ai faite aussi littérale que possible pour bien peindre le sens chinois :
[Suit la traduction du passeport que nous venons de reproduire).
Le Tsong-li yamen autorise le retour du missionnaire à Tsen-y, c'est vrai ; mais, d'un autre côté, ne rend-il pas cette autorisation illusoire, en disant simplement que les mandarins du lieu n'auront qu'à « rechercher les objets de l'intérieur de l'église et les remettre de main à main au missionnaire. » C'est une vraie dérision de leur part, car ces Messieurs savent bien qu'il ne reste pas seulement une pierre des fondations de notre établissement de Tsen-y.
Pas un mot de l'indemnité. Je vous assure, M. le Ministre, qu'une chose qui n'est pas nommée dans une pièce chinoise est, par le fait même, exclue. Les mandarins auraient-ils, au Kouy-tcheou, la velléité de s'arranger sur la base d'une indemnité, qu'après avoir lu ce^ passeport ils se garderont bien de le faire, et diront que le Tsong-li yamen ne nous en a pas encore reconnu Je droit.
Le texte chinois de la lettre au Tseng li yamen dit bien que le missionnaire se rend à Tsen-y pour « rentrer en possession de 1 église et des propriétés qui restent au dit endroit et ailleurs, disposer toutes choses convenablement et les arranger en faisant conseil avec les mandarins » ; mais
à Tsen-y fou, pour s'entendre avec les autorités locales au sujet de la réinstallation de la mission dans ce qui reste de ses propriétés. Il nous prie donc de faire délivrer à cet effet un passeport spécial.
En conséquence, nous avons rédigé le présent passeport, que nous avons fait revêtir du sceau delà préfecture de Pékin, et nous le remettons au dit missionnaire, pour qu'il le garde par devers lui, et afin que, après son arrivée à Tsen-y fou, les autorités locales, au vu du dit passeport et pour se conformer à sa teneur, accordent au missionnaire une protection efficace' et le mettent en possession de tout ce qui devra lui être rendu comme appartenant à la mission.
Ceci en témoignage de nos rapports amicaux.
Passeport qu'il importe de faire parvenir au destinataire.
Destiné au missionnaire français Gréa. '
Le 13'' jour de la 6» lune, la 13« année de Kouang-siu.
Sceau du préfet de Chouen-tien,
Devra être périmé pour le retour, [A. M.-E., vol, 549", p. 315).
• A. M, -E., vol. 549g, p. 377, 4 août 1887.
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, LUTTES DIPLOMATIQUES
ces mots ne sont point répétés par le Tsong-li yamen dans les ordres placés à la fin de la pièce, les seuls qui fassent loi pour les mandarins. De plus, ces termes n'indiquent point, pour la mission du Kouy-tcheou, le droit à une indemnité. Il y a même ce mot « les propriétés qui restent » qui voudrait dire que nous n'aurions pas à rentrer en possession des propriétés « qui ne restent pas », c'est-à dire qui ont été ou volées par les païens ou expropriées pour les pagodes depuis la persécution. Evidemment le texte français n'a jamais voulu dire cela, mais les mandarins ne manqueront pas de tirer cette conséquence du texte chinois.
Pardon, M. le Ministre, de ces réflexions que je soumets à Votre Excellence ; si vous saviez combien je suis bouleversé d'inquiétude et de peine, vous m'excuseriez certainement.
Vos bonnes paroles et promesses ont fait ma joie et mon espérance depuis que je suis à Pékin. Je les ai transmises au Kouy-tcheou où Ton partage ma sincère et profonde reconnaissance pour vos bontés. Comment maintenant envoyer à mes confrères ce passeport, comme conclusion de mon voyage à Pékin? Je suis sûr qu'on me reprocherait de l'avoir accepté : car l'accepter, c'est accepter la manière de traiter qui y est indiquée.
Je ne puis croire que pillés une seconde fois en 1886 après l'avoir été en 1884, il faille encore terminer sans restitution, sans réparation. Ce serait trop perdre la face et provoquer à bref délai le pillage du reste de la mission. Votre Excellence et la J^égation française ne permettront pas cela. Les Chinois disent que les afFaires des missions se terminent toujours par une indemnité, c'est que toujours elles commencent par des pillages.
Je demande donc à Votre Excellence, ou bien une nouvelle rédaction du passeport contenant le mot d'indemnité et ordonnant aux autorités locales de s'entendre à ce sujet avec le missionnaire ou l'évêque, ou toute autre pièce ou preuve, qui puisse combler la lacune du passeport et couper court aux tergiversations des mandarins qui nous diront : il n'est pas question d'indemnité dans les pièces que vous rapportez de Pékin.
Je n'ai pas parlé dans cette leltre de la libération de nos cinq prisonniers que Votre Excellence est sur le point d'obtenir Ce n'est pas que j'oublie une telle grâce que Votre Excellence seule était capable d'obtenir par son prestige auprès des Chinois. Daignez recevoir nos remercîments et nos actions de grâces.
Vos bontés passées me font espérer que Votre Excellence y mettra le comble, en nous obtenant urte pièce qui nous mette dans la possibilité de terminer cette aflfaire pour l'honneur de la France, que nous représentons aux yeux des Chinois dans la province du Kouy-tcheou.
Le texte de cette lettre avait été concerté entre Févèque Tagliabue, Favier et Bodinier. Ce dernier qui la trouvait « polie pour la forme, mais pour le fond un peu plus forte que d'habitude », craignait qu'elle|ne froissât le ministre ; aussi grand fut son soulagement, quand le lendemain, Favier lui rapporta que Gonstans « avait ^ eu à son sujet les meilleures paroles, comprenant son inquiétude et disant qu'il aurait voulu mieux faire, queues Chinois sont intrai-
» A. M.-E., vol. 549g, p. 399. Lettre à Mgr Guichard, 8 août 1887,
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LUTTES DIPLOMATIQUES
tables et que le Tsong-li yamen n^avait jamais voulu consentir à parler d'indemnité dans le passeport. »
Ce à quoi Bodinier répliquait tout bas : « 11 aurait pu ajouter que lui dans sa lettre au Tsong-li yamen aurait pu et dû en parler, ce qu'il n'a pas fait, si ce n'est trop vaguement. »
La libération des prisonniers revient de nouveau sur le tapis, elle paraît d'autant plus pressante, mais également d'autant plus difficile que les chrétiens enfermés dans la prison ordinaire ont été conduits dans celle des condamnés à mort, et que leur gardien accusé de les laisser écrire à l'évoque a été cassé. Le samedi fi août, notre ministre déjeuna au Tsong-li yamen où, selon ses expressions « il dut manger des ailerons de requin, des cartilages impossibles )).Il portait avec lui un télégramme du commandant des forces françaises de Pak-long, disant que le 8 août il commencerait l'évacuation. En présentant ce télégramme au prince King, il lui dit ' : « Vou§ voyez que j'accomplis fidèlement toutes mes promesses, jusqu'à la date. Je vous ai promis d'évacuer Pak-long avant mon départ : voyez, on évacue le 8 et je pars le 10. Voyons si Votre Excellence sera aussi fidèle à accomplir les siennes. Vous m'avez promis la mise en liberté des cinq chrétiens de Tsen-y avant mon départ : je vous demande où en est cette affaire. » Aussitôt le prince fit venir un de ses gens et lui parla «à l'oreille : un quart d'heure après, il revenait rendre réponse, et le prince dit à Constans : « M. le ministre, il n'y a pas de difficulté, vous pouvez tenir la chose -comme accomplie. »
Tel est le récit de Bodinier qui le tenait de notre ministre, dont il ne mit jamais en doute la véracité.
Le dimanclie suivant, le missionnaire étant allé célébrer la messe à la chapelle de la Légation, reçoit de Constans un de ces accueils pleins de bonhomie souriante, cordiale, accentuée qui sont, paraît-il, une des séductions de cet homme politique -.
Il chercha à me consoler, écrit Bodinier, me disant, tout en avouant que le passeport n'était pas aussi bien qu'il pourrait être, qu'après tout ce n'était qu'un passeport et qu'il contenait le point principal d'un passeport, ordre aux mandarins de faire le nécessaire pour la rentrée à Tsen-y.
« Cela ne prouve pas, ajouta-t-il, que le Tsong-li yamen n'ait pas admis le principe de l'indemnité et n'ait pas envoyé des ordres au Kouy-tcheou dans ce sens. Je suis là pour vous l'affirmer, et vous en avez ma parole. » J'étais en train de clierctier un joint pour lui dire : « Mais, M. le ministre, donnez-moi donc une preuve écrite de ce que vous me dites là », lorsque de lui même il me dit : « Tenez, M. l'abbé, je vais vous proposer une ctiose : cela vous ira-t-il? écrivez-moi ce soir ou demain une lettre pour me de-
1 A. M.-E., vol. 549g, p. 405. Bodinier à Mgr Guichard, 8 août 1887. » A. M.-E., vol. 549g. p. 402. Bodinier à Mgf Guichard, 8 août 1887.
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LUTTES DIPLOMATIQUES
3it
mander de vous dire officiellement par écrit les points convenus entre le Tsong-li yamen et moi au sujet de lafFaire du Kouy-tcheou. Je vous ferai cette lettre que vous viendrez chercher mardi. Vous la présenterez à votre évêque et vous pourrez dire à vos mandarins du Kouy-tcheou : voici ce qui a été convenu entre le ministre de France et le Tsong li yamen : nous avons reçu ces instructions de notre ministre, vous avez dû recevoir les mêmes du Tsong li yamen. Et s'ils ne se rendent pas, vous avez toujours un recours ouvert auprès de mon successeur à Pékin, qui ne manquera pas de rappeler ses promesses au Tsong-li yamen et d'en exiger l'exécution. « Du reste, continua M. Constans, je suis encore pour deux mois dans les eaux de la Chine et, pendant ce temps-là, le Tsong-li yamen a encore besoin de moi pour plusieurs points. S'il ne s'exécute pas pour la libération des prisonniers vous n'avez qu'à me le faire savoir, et j'agirai en conséquence. »
Et tout heureux de ces promesses et de ces confidences, Bodinier termine par cet éloge 'de notre ministre :
Vous voyez. Monseigneur, que ce brave M. Constans, est vraiment animé des meilleures intentions, et s'il n'a pas fait mieux, c'est qu'il n"a pas pu.
Le lendemain du jour oii il avait eu cet entretien qui l'avait réconforté, Bodinier adressa à Constans la lettre dont ils étaient convenus et dont voici le texte ^ :
Pékin, 7 août 1881.
Monsieur le Ministre,
Votre Excellence a eu la bonté de porter au Tsong-li yamen l'affaire du pillage de l'église de Tsen-y fou, en la mission du Kouy-tcheou, le 17 juillet 1886. J'ai eu Ihonneur d'entendre de votre bouche les points de l'accord convenu entre Votre Excellence et le Tsong-li yamen.
Oserais-je, pour empêcher un malentendu, prier Votre Excellence de vouloir bien spécifier les points susdits dans une lettre que je présenterais au retour à mon évêque et à mes confrères, et qui nous aiderait à suivre une marche prudente et sûre pour arriver à une solution honorable de cette affaire.
Le surlendemain, le missionnaire reçut la pièce promise' :
Pékin, 9 août 1887.
Monsieur l'abbé,
En réponse à votre lettre du 7 de ce mois, je ne puis que vous confirmer ce que j'ai eu l'honneur de vous dire lors de votre dernière visite. J'ai, à plusieurs reprises, entretenu le Tsong-li yamen de l'affaire du pillage de
lA. M.-E., vol. 549g, p. 393.
a A. M.-E., vol. 549°, p. 335.
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LUTTES DIPLOMATIQUES
léglise de Tsen-y fou et les ministres chinois m'ont toujours paru animés à cet égard de bonnes dispositions. Ils ont donné leur plein consentement aux trois points suivants :
1° Un missionnaire se rendra à Tsen-y pour y procéder, de concert avec les autorités locales et sous leur sauvegarde, à la réinstailation de la mission dans ses propriétés. Je vous ai déjà fait remettre le passeport s|)écial, délivré par le Tsong-li yamen et revêtu, suivant l'usage, du sceau de la préfecture de Pékin, qui permettra à M. l'abbé Gréa de s'aboucher avec les fonctionnaires du Kouy-tcheou et de mener l'aflaire abonne fin ;
2° Les cinq chrétiens, détenus depuis un an dans les prisons de Tsen-y, seront libérés sans nouveaux délais, si leur incarcération ne résulte d'aucun motif étranger aux événements du 17 juillet 1886. Un télégramme a déjà été adressé dans ce sens par le Tsong-li yamen au gouverneur de la province ;
3» L'affaire sera réglée sur place équitablement. Cel,te promesse que m'ont faite à maintes reprises les ministres chinois, comporte le principe du paiement d'une indemnité, dont les détails 'pourront être réglés à Tsen-y par les autorités locales.
Telles sont les bases de l'accord verbal intervenu entre le gouvernement impérial et moi. Si des difficultés se présentaient, vous auriez à vous adresser à cette Légation qui s'appliquerait, le cas échéant, à poursuivre l'exécution de ces promesses.
Recevez, Monsieur l'abbé, les assurances de ma considération distinguée.