‹ Histoire des missions de Chine [microform] (volume 2)Chapitre 25 sur 62 · DÉCLARATION PUBLIQUE DES MILICES DE LA SOUS-PRÉFECTURË DE TSEN-Y · texte numérisé non relu

DÉCLARATION PUBLIQUE DES MILICES DE LA SOUS-PRÉFECTURË DE TSEN-Y

L'année dernière, les bandits appartenant à la religion du « Seigneur du Ciel » ayant voulu, à diverses reprises, revenir à Tsen-y, nos milices ont pris les mesures de précaution les plus énergiques. Alors, saisis d'épouvante, ils n'ont osé paraître. Les principaux coupables du meurtre lamentable d'un si grand nombre déjeunes enfants n'ont pas encore été livrés à la justice, on a étouffé notre ressentiment sans lui donner satisfaction, la colère publique ne saurait s'apaiser.

Nous jurons de réunir nos forces pour empêcher, d'un commun accord, qu'aucun de ces brigands ne pénètre à l'avenir sur le territoire pour y recommencer ses méfaits.

Le bruit court depuis quelque temps que, dans la capitale de la province, on parle de conduire lévêque à Tsen-y sous la protection d'une escorte, et que l'on se propose de citer à la capitale et de faire passer en jugement le chef de nos notables qui s'est montré hostile à ces bandits. Or, les actes de débauche et de cruauté, les meurtres dont ceux-ci se sont rendus coupables ont déjà fait l'objet de rapports à leurs supérieurs de la part des autorités locales. Et maintenant nous apprenons que leurs protecteurs veulent à tout prix les faire venir et se proposent de pfunir le chef de nos notables. Si, courbant la tête, nous nous soumettons, des malheurs innombrables ne manqueront pas de fondre sur nous.

C'est pourquoi, par cette déclaration publique, nous faisons savoir à tous ce qui suit :

Si on introduit en cachette ces bandits sur notre territoire, nous les

* A. M.-E., vol. 5490 p. 441.

2 A. M.-E., vol. 54^0, p. 449.

3 A. M.-E., vol. 549g, p. 739. M. Bodinier à Mgr Lions, 25 juillet 1888.

* A. M.-E., voL 549°, p. 461.

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mettrons à mort ; nous réunirons les milices pour leur barrer la route et les empêcher de passer la rivière, ou bien nos chevaux et nos armes prêts pour le combat, adossés aux remparts de la ville, nous nous mesurerons avec eux. Faire venir à la capitale et punir le chef des notables, alors que les principaux coupables du meurtre de nos jeunes enfants n'ont pas encore été livrés à la justice ! Et de quel droit punirait-on le chef de nos notables au lieu des criminels ? Les désordres de l'an passé ont d'ailleurs eu leur origine dans la colère publique, il faudrait donc, pour être juste, faire comparaître ensemble tous les notables de la population du département.

Si les autorités excitent le peuple aux désordres, ceux ci ne manqueront sans doute pas de se produire.

Les bandits catholiqueg ont de tous côtés, sur notre territoire, loué ou acheté des terres, bien que manifestement ce droit ne soit pas mentionné dans les traités. Nous nous proposons tous de réunir les fonds nécessaires pour racheter ces propriétés et en faire dè& biens publics. On coupera court ainsi chez ces gens à toute pensée de convoitise. S'ils ne veulent pas recoïinaître leur intérêt, la récolte d'automne sera faite par les milices et, en outre, après avoir été sur place examiner leurs terres, on les confisquera au profit du public, sans leur donner une sapèque pour prix de leurs biens. Espérons que tous nos miliciens, unis dans les mêmes sentiments, ne se laisseront pas influencer par d'autres considérations.

Cette déclaration de guerre païenne fut transmise par Bodinier à la Légation de France, mais en ce moment les rapports entre le gouvernement chinois et les réprésentants de l'Europe était tels que Ton ne pouvait guère faire de nouvelles démarches. En effet, toujours fière de ses prétendus succès au Tonkin, voyant de plus en plus clairement les divisions des puissances occidentales, certaine qu'aucune ne lui déclarerait la guerre, la Chine ne se gênait en aucune manière pour opposer des refus aux demandes qui lui étaient faites, ou pour manquer à ses promesses, quand elle le jugeait bon. On le comprit mieux encore, lorsque fatiguées de cet état de choses, les Légations s'unirent, au mois de juin 1888, pour protester par la voix du réprésentant de TAllemagne, von Brandt, contre les manquements du Tsong-li yamen à ses promesses et pour demander sa réorganisation. La réponse fut un refus que l'on qualifia à ce moment « d'insultant et d'insolent ».

Cette réponse fut un coup fatal pour les négociations que Bodinier avait entreprises depuis plus d'une année ; il le sentit vivement* :

« Je ne puis m'empêcher de me rappeler avec inquiétude ce que me disait M. Favier, il y a quelques mois : votre affaire est liée main tenant à la question posée par les Légations ; si celle-ci réussit, votre affaire réussira par contre-coup ; sinon, non. Je n^ai pas besoin d'insister. »

* A. M.-E., vol. 549g, p. 715. Lettre à Mgr Guichard, 1" juillet 1888.

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Arrêt dans les négociations. — Fausses affirmations des autorités du Kouy-lcheou, — ■ Inutilité des instances de Lemaire. — Bodinier quitte Pékin.

Les choses demeurèrent en l'état, et il y eut un long arrêt dans les négociations que naturellement les Chinois ne cherchèrent pas à renouer. Bien servis par leur force d'inertie, ayant atteint le but qu'ils désiraient, puisque les missionnaires avaient été chassés de Tsen-y et n'y pouvaient rentrer, ils ne voulaient que la continuation de cette situation. Vers la fin du mois d'août, dans une visite au Tsongli yamen, notre ministre demanda si Ton connaissait le résultat de l'enquête que le gouverneur de Kouy-tcheou avait dû faire à Tsen-y. « Nous n'avons encore rien reçu », lui répondit-on paisiblement. Au mois de novembre, Lemaire écrivit une nouvelle lettre rappelant que le gouverneur du Kouy-tcheou avait promis de faire une enquête à Tsen-y, lorsqu'il passerait dans cette ville pour sa tournée d'inspection ; il ajoutait que, d'après un rapport au trône publié dans la Gazette de Pékin, l'inspection était achevée, il demandait ce que le gouvernement avait fait, s'il a\ait interrogé les chrétiens et mis les prisonniers en liberté. Le Tsong-li yamen, qui n'avait reçu aucune nouvelle, télégraphia au gouverneur Pan les questions du ministre de France, en le priant d'y répondre. Celui-ci expédia aussitôt la dépêche suivante que le Tsong-li yamen transmit le 20 novembre à la Légation' :

Votre télégramme me faisait savoir que le ministre de France demandait des informations au sujet de l'affaire de la mission de Tsen-y. J'ai, à plusieurs reprises, donné des instructions au sous-préfet pour qu'il terminât promplement cette affaire. Il ma représenté que les chrétiens détenus ont déclaré avoir vu eux-mêmes le prêtre Bodinier, Ouen San-ho et le marchand de vinYang, tuer quatre personnes. Les principaux coupables n'ont pas été livrés jusqu'à ce jour. Si les chrétiens étaient soudain mis en hberté, il serait à craindre que quelque grosse affaire n'en résultât par suite de l'opposition populaire. D'ailleurs, pendant l'été, le peuple de la ville et des environs ayant appris que les missionnaires devaient venir à Tsen y, les milices furent réunies aussitôt près de la rivière Hong-kiang pour leur barrer le chemin. Les missionnaires eurent peur et n'osèrent avancer : arrivés à la rivière, ils s'en retournèrent. D'après cela, il paraît difficile d'arriver à une conclusion de l'affaire.

En ce qui concerne les propriétés de la mission dont il est parlé, cellesci ont toujours été gérées par les chrétiens de la mission qui y établissent

. * A. M.-E., vol. 549°, p. 483.

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eux-mêmes des fermiers et en reçoivent les revenus. Le peuple ne s'en est pas emparé et il n'y a pas lieu de les restituer. Réponse respectueuse.

Le Tsong-li yamen accompagna cette dépêche d'une lettre qu'il terminait par cette phrase, véritable expression de sa pensée :

Nous xîroyons que Votre Excellence, qui est en Ctiine depuis de longues années, est parfaitement au fait des questions touchant les missions et des sentiments du peuple chinois. Après avoir pris connaissance de cette réponse détaillée, nous estimons donc qu'elle ne nous pressera plus à ce sujet.

Le télégramme du gouverneur du Kouy-tcheou renfermait plusieurs affirmations fausses : l'accusation de meurtre, la tentative faite par deux missionnaires de retourner à Tsen-y, la possession des propriétés de la mission. Notre ministre ne laissa pas cette pièce sans réponse et, le 22 décembre 1888, il écrivit au Tsong-li yamen, qui put ainsi comprendre que, malgré son invitation, la Légation de France continuerait à s'occuper du Kouy-tcheou* :

J'ai reçu la lettre que Voire AUesse et Vos Excellences m'ont fait l'honneur de m'écrire le 20 noveml)re dernior, en me transmettant la teneur du télégramme que leur a adressé le gouverneur du Kouy-tcheou, relativement ù la situation actuelle de l'afïaire de Tsen-y.

Le gouverneur parle des instructions qu'il a, à plusieurs reprises, données au sous-préfet pour régler promptement cette affaire ; mais il ne dit pas que, conformément à l'intention qu'il en avait annoncée au Tsong-li yamen par un télégramme que Vos Excellences m'ont communiqué, il soit allé de sa personne sur les lieux pour examiner la question et faire comparaître devant lui, assisté du préfet et du sous-préfet, les prévenus impliqués dans l'affaire de la mission catholique.

Les renseignements qui me sont parvenus m'ont appris que le gouverneur n'aVait pas donné suite à son projet et n'avait pas paru à Tsen-y. Je ne puis que le regretter très vivement, car une enquête conduite sur les lieux par le gouverneur lui-même eût, sans aucun doute, eu des résultats sérieux et satisfaisants, tandis que l'affaire reste entre les mains du sous-préfet qui. n'ayant ni la situation, ni l'autorité morale nécessaires, continue à subir l'influence des notables. Ceux-ci, après avoir par leurs excitations poussé la populace à attaquer les missionnaires empêchent aujourd'hui, par intimidation, l'autorité locale de faire son œuvre de justice et de rendre la liberté aux cinq chrétiens retenus en prison depuis plus de deux ans, bien qu'ils aient été reconnus n'être pas des coupables, mais simplement des témoins importants.

Il ne saurait être conforme à l'équité que ces chrétiens soient seuls poursuivis et détenus indéfiniment en prison, alors que les meurtriers de leurs coreligionnaires Tchang Chi chan, Tseou, Kong-tchang, Tsiang Yong-tseng, Thomas Lin, Li Kouen-chan et Tchen Hing-chouen n'ont pas même été recherchés et jouissent aujourd'hui d'une complète impunité. Dans ces conditions, il conviendrait de relâcher les seuls prévenus qu'une

' A. M.-E., vol. 5490, p. 487.

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coupable partialité retient encore dans les prisons de Tsen-y, ou de punir également leurs adversaires, auteurs du meurtre de six personnes. Je ne doute pas que Votre Altesse et Vos Excellences ne partagent cette manière de voir basée sur la stricte justice.

Vos Excellences ont, comme le gouverneur du Kouy-tcheou, toujours été trompées par les autorités de Tsen-y depuis le début de cette afïaire, et elles continuent à l'être. C'est ainsi que le sous-préfet a osé prétendre « que, pendant l'été, le peuple de la ville et des environs ayant appris que les missionnaires devaient revenir à Tsen-y, les milices furent réunies aussitôt près de la rivière pour leur barrer le chemin ; que les missionnaires eurent peur et n'osèrent avancer, qu'arrivés à la rivière ils s'en retournèrent. D'après cela, — ajoutait le sous-préfet — il paraît difficile d'arriver à une conclusion de l'aflaire. »

Ce récit est une pure invention. Je puis l'affirmer absolument à Votre Altesse et à Vos Excellences : les missionnaires n'ont fait jusqu'ici aucune tentative pour rentrer à Tsen-y, ainsi que le savent parfaitement aussi bien les fonctionnaires que les notables et le peuple de cette ville.

Il ne m'esl malheureusement pas permis de ne plus reparler de cette affaire à Votre Altesse et à Vos Excellences, comme elles semblent le désirer. 11 importe, en effet, qu'elle soit réglée quelque jour selon la justice. Je ne saurais m'en désintéresser puisque lé gouverneur s'est abstenu de faire à son sujet une enquête sérieuse, et que jusqu'ici le Gouvernement Impérial n'en a pas confié l'examen à un mandarin qui, par son habileté, son énergie et son honnêteté, méritât notre confiance.

Le sous-préfet déclare dans son rapport, en ce qui concerne les propriétés de la mission, que « celles-ci ont toujours été gérées par les chrétiens de la dite mission qui y établissent eux-mêmes des fermiers et en reçoivent les revenus — que le peuple ne s'en est pas emparé et qu'il n'y a pas lieu de les restituer. » — Je me plais à reconnaître que les autorités locales ont su prendre cette année, dans les environs de Tsen-y, des mesures efficaces pour la protection des propriétés suburbaines de la mission. J'ai appris, en effet, que la récolte avait pu s'y effectuer dans des conditions meilleures que précédemment. Cependant, les autorités ont tort de vous représenter toutes les propriétés de la mission comme actuellement gérées par des fermiers, car il est connu de tous que le terrain de l'église située dans la ville même de Tsen-y et détruite en 1886 n'a pas été restitué, malgré la convention ihtervenue à son sujet entre le Tsong-li yamen et M. Constans, ainsi que le constate le passeport par vous délivré à M. Gréa en date du 2 août 1887. Il importe que ce terrain, non occupé présentement par les représentants de la mission, ne puisse être envahi et, afin d'éviter des contestations ultérieures, qu'un mur soit édifié tout autour pour en marquer les limites. En conséquence, des personnes de nationalité chinoise se rendront prochainement à Tsen-y, pour en reprendre possession et faire construire le mur de clôture. Je serai obligé par suiteà Votre Altesse et à Vos Excellences de faire donner les ordres nécessaires aux autorités de la ville, pour assurer le paisible accomplissement de ce travail et prévenir les menées du notable Kien Pe-tchang et des autres perturbateurs.

Une réponse à cette lettre fut faite le 4 janvier, elle « autorisait l'envoi de chrétiens pour entourer de murs la propriété de la

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mission dans la ville de Tsen-y et ordonnait de les y protéger. » Sur le conseil de Bodinier, le coadjuteur Guichard ayant averti le gouverneur du Kouy-tcheou de l'envoi de chrétiens à Tsen-y selon l'autorisation du Tsong-li yamen, reçut pour toute réponse cette parole « que le peuple de Tsen-y ne voulait ni des missionnaires ni des chrétiens ». Le 22 mars 1889, le grand mandarin écrit dans le même sens au Tsong-li yamen et il ajoute* :

Il conste par le témoignage de Lou Sin-san et des autres que les meurtriers sont Po-ty-gnié (Bodinier) et Yang Tsiou-tsiang et autres. En conséquence, il faudrait que l'envoyé français les livrât au plus vite, afin que le jugement puisse être porté et Taffaire finie.

En examinant ce passage de la lettre du gouverneur, dans lequel il réclamait le missionnaire, Bodinier le jugeait « d'une insolence sans précédent ». Il en parla au ministre qui lui répondit « que c'était une simple chinoiserie ne méritant pas qu'on y fit attention ».

Lemaire savait aussi bien que les mieux informés que ce n'était pas une « simple chinoiserie », mais il sentait son influence diminuer chaque jour. On s'en aperçut à ce moment môme, quand le Tsong-li yamen refusa de le recevoir sous prétexte « qu'il n'en avait pas le temps et qu'on verrait plus tard ». « C'est, disait Bodinier^, la première fois que pareille chose arrive. »

Aussi lui, l'homme de toutes les espérances et de tous les optimismes dépose tout espoir ; le présent lui apparaît sombre et l'avenir fermé .

Ma présence à Pékin, écrit-il à son évèque ^ est inutile, archi-inutile. Il est clair que la Légation ne peut absolument rien, hic etnunc. Ce que nous avons de mieux à faire, (et je vous donne là Topinion de M^'^ Tagliabue et de M. Favier) c'est de laisser traîner notre affaire un ou deux ans, sans consentir à aucun arrangement, puisqu'on n'en offre pas d'acceptables, et sans cesser cependant les réclamations de temps en temps pour empêcher la prescription. Viendra un jour où notre gouverneur et les mandarins, auteurs des premiers rapports, seront changés, un temps où la France, peut-être, aura plus de puissance en Chine ou un ministre de plus de prestige que M. Lemaire : ce sera le temps de faire de nouvelles démarches.

C'était l'opinion du ministre lui-même qui, le 7 août, disait à Bodinier* : « Je ne puis rien faire ni rien obtenir hic etnunc. Il faut patienter. »

* A. M.-E., vol. 549o, p. 508.

* A. M.-E., voL 549g, p. 935. LeUre à Mgr Guichard, 6 avril 1889. ' A. M.-E., vol. 549g, p. 978. LeUre à Mg»" Guichard, 9 mai 1889.

* A. M.-E., vol. 549S, p. 1028. LeUre à Mgr Guichard, 8 août 1889.

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Trois semaines plus tard, le 26 août 1889, Bodinier quitta Pékin ; la veille il avait reçu des lettres de condoléances adressées à la persévérance malheureuse et qui ne ressemblaient guère aux promesses et aux espoirs du début, mais aussi lettres d'amabilité assurant le souvenir et le dévouement ' :

Je vous souhaite, mon cher Père, disait le ministre, une bonne santé et un heureux voyage. Ne vous préoccupez pas plus qu'il ne faut des atîaires du Kouy-lcheou, je ne les perdrai pas de vue, et l'amélioration, si longtemps attendue, viendra, je l'espère, bientôt vous consoler; la persistance de nos efforts ne peut manquer d'avoir un résultat.

De son côté, Favier lui écrivait '' :

Croyez bien que je vous vois partir avec d'autant plus de peine que votre séjour persévérant n'a pas suffi pour traiter vos affaires. Mais consolezvous, le bon Dieu ne demande pas le succès et vous aurez quand même un grand mérite.

Vous savez que je suis tout à vous et pour toujours; aussi vous pourrez m'écrire et tout ce qui sera possible sera fait pour vous. Si je puis vous aider et que vous m'en donniez l'occasion, vous aurez fait un heureux.

Pendant le séjour de près de deux années qu'il venait de faire à Pékin, Bodinier fut surtout un informateur vigilant ; il renseigna exactement son Vicaire apostolique sur les dispositions et les démarches de la Légation, et celle-ci sur les sentiments et les actes des mandarins du Kouy-tcheou ; il n'eut point riniluence qu'il avait espérée, qu'ont espérée tous ceux qui, en des circonstances analogues, sont allés dans la capitale, tenter de rendre plus rapide et plus forte Taclion du ministre de France. Mal servi par les circonstances devenues difficiles, par suite de la guerre du Tonkin, il était, d'ailleurs, trop optimiste et trop confiant dans les autres pour être très perspicace ; les hommes auxquels il eut affaire durent, s'en apercevoir bien vite, ils lui prodiguèrent de bonnes paroles et des promesses propres à faire germer des espoirs qui ne se réalisèrent jamais, mais dont il se nourrit pendant longtemps. Mihières et Vielmon avaient été plus heureux ; l'époque et les circonstances étaient autres ; pourtant, il n'est pas bien sûr que leur présence à Pékin ait grandement avancé les affaires qu'ils étaient chargés de traiter.

Quand elle est exactement renseignée, qu'elle veut et peut régler des difficultés, la Légation le fait généralement sans l'aide d'un missionnaire. Quand elle ne le veut pas ou qu'elle ne le peut, il est rare que la présence d'un missionnaire lui donne la volonté ou lapossibi-

' A. M-E., voL 5i9g, p. 1047. Lettre du 24 août 1889. » A. M.-E., voL 549g, p. 1048. Août 1889.

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lité d'agir ; ce ne serait pas, croyons-nous, trop s'éloigner de la vérité en pensant que si le séjour momentané d'un missionnaire à Pékin est utile en certaines circonstances pour renseigner le ministre, elle ne l'est guère lorsque celui-ci est bien au courant de là question dont il doit s'occuper et qu'il a un désir réel de le faire.

Quoi qu'il en soit, Bodinier n'avait rien obtenu : aucun missionnaire n'était rentré à Tsen-y, aucune indemnité n'avait été accordée, les chrétiens étaient toujours en prison.

Qu'on nous permette, en nous éloignant avec Bodinier de Tévêché de Pékin, oii le missionnaire avait longtemps vécu, de remercier les évêques et les prêtres de la Congrégation de la Mission de l'accueil fraternel qu'ils font aux membres de la Société des Missions- Etrangères, nous dirions à tous les ouvriers apostoliques de passage dans la capitale de la Chine, si nous avions le droit de parler au nom de tous. Nous savons, pour l'avoir entendu au Kouytcheou, au Su-tchuen, en Mandchourie, au Kouang-si, quel reconnaissant souvenir on garde de leur amabilité ; nous qui avons, à deux reprises% goûté près de Ms"" Sarthou, de Ms*" Favier, de M. Jarlin - le charme d'une hospitalité cordiale et dévouée, nous sommes heureux de joindre à une gratitude si vraie notre fervent merci.

* Au mois d'avril et au mois d'octobre 1898 .

- Stanislas Jarlin, alors provicaire de Mgr Favier, aujourd'hui évèque de Farbeto, préconisé le 19 avril 1900, sacré la même année, Vicaire apostolique du Tche-li septentrional le 4 avril 1905.

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