KOUT-TCHÉOU
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SITUATION DIFFICILE
soyez certains qu'il reste encore un fond solide, et depuis 2 mois que je voyage, je suis content^ en général, des stations visitées. »
Dans le district de Bouchard, les aiTaires de Tsen-y eurent une répercussion attristante. « Du côté de Ke-teou-pa, écrit-il \ de Tchangngai,de Tseoii-chan jusqu'à Song-hiang-pou et non loin de Tong-o-pa, les chrétiens sont toujours sous la pression des païens ; partout, hélas! ils ont affiché les tablettes païennes. 11 n'y a guère d'exception que pour Heou-chan et quelques familles des environs, et Tong-o-pa ; cependant on continue encore à vexer le peu de chrétiens qui restent pour les faire apostasier. A Tao-tieou-choui, les païens sont devenus plus menaçants, et ne veulent pas permettre le retour d'Européens chez eux. Ils se mettent sur la défensive contre ces étrangers; de tous côtés ils forgent des lances et des sabres. Les païens bien pensants craignent eux-mêmes quelque mauvais coup contre le missionnaire, et redoutent que le grand chef des gardes nationales de Long-kia-pa ne tourne à la révolte. »
« Je 'suis maintenant en tournée dans les stations des environs de Ma-tcheo, de Sien-chang, de Kien-tcha-ki et de Lan-kan-tse ; là otj est passé notre vieil évoque, en se rendant de Ou-tchoan à Su-kiapia et à Che-tsien, il y a quelques années. Us ne sont pas brillants, je vous assure, ces néophytes, a[)rès une persécution ; il ne faudrait pas que l'épreuve recommence. Partout ils ont été elïrayés, menacés et sur le qui- vive assez longtemps : ils pensaient que c'en était fini du christianisme chez eux. Du coté de Long-kia-pa et deMei-tan, c'est encore pire que chez moi, surtout du côté de Long-kia-pa; il y a toujours sur ce marché un mandarin militaire qui, avec Lou-hong, harcèle les chrétiens, mettant leurs noms dans toutes les affaires quelconques, pour les prendre et les faire apostasier. Ou, catéchiste à Heou-chan, et Hia Houi-tchang, de ïleou-pa-tchang, ne peuvent retourner chez eux. Ou est poursuivi par les gros bonnets de la capitale. » Bientôt Bouchard apprit qu'un délégué des autorités provinciales, Kouang, parcourait son district, s'inCorinant des stations chrétiennes, notant leur nom et le nombre des tidèles, ce qui effraya les plus braves.
Les catholiques souffrirent également sous le rapport matériel. Au moment de la récolte, les païens les chassèrent et s'emparèrent de leur riz et, en certains endroits, de leurs maisons. Toutes les réclamations faites aux mandarins locaux et aux autorités supérieures furent inutiles.
• A. M.-E., vol. 549^ p. 18. Lettre à M"'' Lions 1" janv. 1886.
* A. M.-E., vol. 549, pp. 57 et 73. M. Eouchai^d à M. Bodinier, 3 mars et 2 avril
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SITUATION DIFFICILE
A Kouy-yang, beaucoup de femmes et de- jeunes filles n'osèrent plus se rendre à Téglise, et les circonstances étaient telles que l'évêque les dispensa de l'assistance à la messe le dimanche.
Les districts du sud-ouest, au nombre de huit, se ressentirent de la tempête qui, par deux fois, venait de dévaster les stations du nord, mais sauf le trouble jeté dans les esprits ils n'eurent presque pas à souffrir. Les rumeurs les plus malveillantes coururent dans la ville et dans le département de Gan-chouen. A tout propos, les païens répétaient que les prêtres étrangers allaient être chassés, les églises, les oratoires, les presbytères pillés et détruits, les chrétiens massacrés. A Tchen-lin, Roux, toujours calme, se tint ce petit discours' : « Si les établissements chrétiens du Kouy-yang sont pillés, je ne serai en sûreté nulle part, ni à Tchen-lin, ni ailleurs ; s'ils ne le sontpas^ je n'ai rien à craindre ; donc, je reste tranquillement ici. » Ce raisonnement, qui prouve la belle philosophie de son auteur, n'aurait pas suffi à garantir le district de tout péril ; d^autant qu'à la fin de l'année 1887 les païens parurent assez mal disposés.
Les notables de Tchen-lin voulurent forcer les chrétiens à participer à des fêtes superstitieuses en donnant de l'argent. Le missionnaire s'y opposa, mais il ordonna aux fidèles d'user de grande prudence. Ceux-ci lui obéirent très exactement. « Quatre notables, descendants des familles que Lions avait fait punir en 1862 ou 1863 pour offenses au christianisme, écrit Roux-, se mirent à la tête d'une bande de 30 à 40 hommes et voulurent forcer les chrétiens à participer aux frais des pagodes et des sacrifices. Les chrétiens ont refusé d'accepter; les païens ont crié, menacé, provoqué. Prévoyant une seconde scène, les hommes (chrétiens) se sont absentés des maisons chrétiennes. La bande, plus nombreuse et plus résolue, est revenue à la charge... ne pouvant se battre (faute d'adversaires) ces tapageurs ont jeté des placards injurieux dans les boutiques chrétiennes. Le soir même, j'ai été voir le mandarin qui m'a bien répondu et a, de suite, fait appeler les chefs des tapageurs. Le lendemain, grand repas des notables à la pagode de Gonfucius pour traiter de cette affaire ; puis l'un deux a été député pour apporter au presbytère la réponse suivante : l*' On ne doit point forcer les chrétiens aux superstitions ; 2<> les tapageurs avaient bu le vin; 3^ les chrétiens pourront donner des sapèques sans participer aux superstitions. »
Comme ces résolutions passèrent incomplètement dans la pratique, le mandarin, qui était bien disposé pour les chrétiens, fit confisquer
1 A, M.-E., vol. 5i9, p. 770. Lettré à Mgr Lions, 23 octobre.
» A. M.-E., voL 549% p. 1001. Lettre à Mgr Lions, 14" décembre 1887.
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SITUATION DIFFICILE
la maison d'un des quatres notables tapageurs, sous prétexte que le propriétaire avait joué. Le motif allégué était vrai, il parut cependant insuffisant aux habitants de Tchen-lin, qui conclurent que le sous-préfet avait voulu punir un des fauteurs de l'hostilité contre les chrétiens ; que la supposition fut exacte ou non, elle suffît pour arrêter toute nouvelle tentative du même genre.
A Gan-chouen, des bruits malveillant^ ayant circulé, le préfet^Pou, publia un édit en faveur des chrétiens ; il rendit plusieurs fois visite à Lamy, tantôt seul^ tantôt avec ses secrétaires ; il parcourut le presbytère, l'église, les cours, interrogea longuement le missionnaire et finalement l'assura qu'il n'avait rien à craindre. « Je crus bon de faire une visite au général qui me la rendit dès le lendemain, écrit Lamy\ Le sous-préfet et tous les autres mandarins ne se montrèrent pas malveillants. Le préfet et le sous-préfet, aux plus mauvais moments, faisaient eux-mêmes la ronde, pendant lanuit, aux environs de Téglise. Cette manière d'agir de laulorité à mon égard produisait bon effet sur la population, ma sollicitude continuelle était pour l'orphelinat. Les horreurs, commises à Tsen-y, avaient épouvanté les vierges et les filles ; il me fallut plus d'une fois consoler, exhorter, fortifier et user d'énergie pour empêcher la débandade.
« Au mois de janvier 1885, le préfet de Gan-chouen fit appeler mon catéchiste Lou, pour lui dire qu'il venait de recevoir du gouverneur un ordre qui défendait aux femmes et aux filles de fréquenter l'église ; le catéchiste répondit : « Mais tout est tranquille. — Alors, fit le mandarin, j'écrirai que tout est tranquille ». Cet incident et le bruit qui se répandit que si les femmes venant à l'église étaient insultées sur le marché, le prétoire ne s'en occuperait pas, firent du mal;, car depuis ce moment, nombre de femmes, surtout les jeunes, ont cessé de fréquenter l'église.
« Pendant ces tristes temps, je n'ai point négligé les moyens humains pour éviter tout malheur, mais c'est en Dieu surtout, en la Vierge Immaculée, dans les saijits Anges que j'avais posé mon inébranlable confiance... Je fis vœu, lorsque tout danger aurait disparu et que la paix entre les deux nations serait conclue, de célébrer en l'honneur de saint Michel une messe votive, suivie de la bénédiction du Saint Sacrement, à laquelle seraient convoqués tous les chrétiens ; je promis aussi que le premier oratoire que j'élèverais serait mis sous le patronage de saint Michel. »
A Mou-you-se, le mandarin Tsoui, fort hostile aux chrétiens, répétait volontiers : « On va chasser les Européens ; les oratoires et les presbytères appartiendront à l'Etat. » Mais un mandarin n'ose pas
• A. M.-E.j vol. 549', p. 513. Notes sur Gan-choueDi
SITUATION DIFFICILE
tout ce qu'il veut,, il a peur de ses supérieurs. Ce fut le sentiment qui garda dans le devoir celui de Mou-you-se. Malgré l'intervention du préfet et le calme relatif dont jouit le sud-ouest de la mission, Roux constate que des chrétiens de Tchen-lin abandonnent leurs pratiques religieuses par crainte des païens, que d'autres ne témoignent plus aux catéchistes et aux missionnaires le même respect que précédemment. De Mou-you-se, Michel envoie la même note^: « L'aversion des païens pour la sainte religion s'accentue de plus en plus. Les pharmacies ne' sont plus si fréquentées ; les nouveaux adorateurs' sont très rares ou presque nuls. Les chrétiens donnent de plus grandes inquiétudes que par le passé. » Et pour corroborer ces appréciations attristantes, le missionnaire déplore quelques apostasies, en particulier celle du chrétien Leang, de Loung-tchao-chou.
Il y eut cependant plus d'une exception ; à Si-teou-gai, dont Saby était chargé, les chrétiens, auparavant un peu divisés, se montrèrent unis contre les efforts que firent les païens pour les amener à l'apostasie. Dans d'autres stations du même district, parmi les catholiques, qui depuis assez longtemps se montraient négligents, plusieurs furent très vaillants, et le missionnaire raconte le courage de deux d'entre eux"" :
« A Pin-fa, YangHi-yuen ne pratiquait plus depuis sept ans, fiançant ses filles à iles païens, etc. ; il se trouva un beau jour assailli par une bande de faux amis, ou de parents dévoués à la façon du diable. « Tu n'ignores pas, lui dit-on après les politesses d'usage, qu'un de ces jours on va massacrer tous les chrétiens, et toi qui, comme nous le voyons clairement, ne pratiques plus leur religion, tu gardes encore, affichées dans ta maison, les tablettes chrétiennes ; elles vont te nuire grandement. Crois-nous, déchire les donc tout de suite, et nous alors, te prenant sous notre protection, nous répondrons de toi et de ta famille. » Mais lui, loin de suivre leur perfide conseil, soit orgueil, soit réveil d'un reste de foi, soit, je crois, l'un et l'autre, leur répond par un vigoureux discours, dans lequel il leur prouve la vérité du christianisme et l'inanité absolue des idoles. Après quoi, il conclut : « Si jusqu'ici j'ai eu le malheur de négliger mes devoirs, sachez que ce n'est pas parce que je doute de la vérité de la religion que j'ai embrassée, mais plutôt par faiblesse et entraînement. Dès aujourd'hui, après ce que vous venez de me dire, je réponds de les mieux remplir à l'avenir. Quant à me tuer, je suis prêt : on peut venir. » Ces bons païens, ébahis de l'entendre parler
' A. M.-E., vol. 549% p.- 1031. Lettre à M. Gréa, 15 février 1888. 2 A. M. -E., vol. 549», p. 753. Lettre à Mg^ Lions, 14 avril 1887.
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SITUATION DIFFICILE
de la sorte, et croyant qu'il désirait la mort à cause de son appauvrissement récent, suite nécessaire de la fumigation d'opium, ripostèrent : « Nous comprenons que tu ne tiennes pas beaucoup à la vie, mais ta femme, mais tes enfants? — Dieu passe avant tout, et il me récompensera de mes sacrifices. » Tel fut son dernier mot. J'ajoute qu'à partir de ce jour, il revint de plus en plus à Dieu et à ses devoirs religieux. L'opium a non seulement disparu de sa bouche, mais aussi de sa maison et de ses terres. Depuis lors, je l'ai vu communier maintes fois. »
Voici encore un autre fait de môme nature, raconté par le môme missionnaire, et qui se passa dans le village de Si-lian à 7 ou 8 li au sud-ouest de Pin-fa * :
(( Au plus fort de la persécution, un jeune homme, Ou chang-hi, eut chez lui une réunion de parents et d'amis. Naturellement il fut question de la religion du Seigneur du ciel et des malheurs qu'elle attirait à ses adeptes.
« Pendant toute la soirée, ce fut un vrai feu roulant d'arguties et d'exhortations pour obtenir de lui qu'il leur permît d'afficher dans sa maison les cinq caractères superstitieux. Peine et paroles inutiles! « Tant que je serai libre, leur dit-il, je ne le permettrai jamais. » Entendant ce mot : libre, ses parents aussitôt : « Nous allons te lier, firent-ils à l'unisson, et alors, toi n'étant plus libre, nous les afficherons. — Oui, je l'avoue, répondit-il, lié, je ne pourrai plus physiquement m'opposer à l'affichage ; mais enfin, puisque c'est par amitié pour moi et pour mon bien, dites-vous, que vous agissez de la sorte, il faudra qu'à un moment ou à l'autre vous me relâchiez ; or, je ne serai pas plus lot rendu à la liberté, que mon premier devoir m'imposera de détruire toutes vos diaboliques affiches, et j'aurai bien garde d'y manquer, soyez-en sûr. » A ces mots, les bras tombèrent et les paroles manquèrent à tous ses parents stupéfaits d'admiration. '< Avec de tels gens, dirent-ils, il n'y a rien à faire, nous te laissons donc livré à ton malheureux sort. — C'est ce que je vous demande », répondit-il, et la crise fut finie.
Il y eut mieux encore ; dans la sous-préfecture de Ta-tang, un catéchiste réussit à amener au catholicisme cinq à six familles^ qui ébranlèrent le pays et dont la conversion donna naissance à une vingtaine de stations, oii l'on comptera vers 1893 plus de 600 baptisés et néophytes.
Cependant, ce n'était là que des exceptions qu'on est heureux de citer, comme on jouit de trouver un port entre deux tempêtes ; en
• A. M.-E., vol. 549% p. 753. Lettre à Mg-^ Lions, 1887.
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SITUATION DIFFICILE
réalité, la situation était difficile et les routes apostoliques, qu'elles fussent au nord ou au sud, étaient bordées de précipices et parsemées d'écueils.
Lions offre sa démission. — Il reste au Kouy-tcheou et remet toute Tadministration à son coadjuteur. — Ses conseils aux missionnaires.
Au milieu de ces contradictions très grandes et très nombreuses. Lions sentit plus vivement le poids de la vieillesse et de la maladie, et plein de confiance dans le savoir-faire et dans la prudence de son coadjuteur, il pria Rome d'accepter sa démission.
Le 21 juin 1887, il adressa dans ce but à la F*ropagande une lettre dont nous n'avons pas le texte, mais dont voici le brouillon rédigé en français ^ :
Au retour du Concile général du Vatican, M""" Faurie, évèque d'Apollonie, étant mort en route au Su-tcliuen, en 1871, avant d'arriver au Kouy-tcheou, par le vote de tous les missionnaires de la mission, bien malgré moi et malgré les graves motifs de mon refus que j'ai exposés ici et au Séminaire des Missions-Etrangères, j'ai été proposé à la Sacrée Congrégation de la Propagande comme Vicaire apostolique du Kouy-tcheou.
Vu les circonstances, tous les missionnaires étant alors jeunes encore, ayant reçu les bulles, j'ai cru, sans doute à tort, devoir accepter, et je me suis rendu au Su-tctiuen pour recevoir la consécration épiscopale des mains deMs"" de Sinite, le jour de la fête des saints Pierre et Paul.
Je n'ai pas tardé à m'apercevoir que je n'avais ni les talents, ni la capacité, ni encore moins les vertus nécessaires pour gouverner et diriger une mission si vaste et si considérable. Après avoir visité plusieurs fois toute la mission, sentant de plus en plus le poids de Tàge et la diminution de mes forces, j"ai commencé à penser sérieusement à donner ma démission ; des confrères sages m'ont conseillé de demander d'abord un coadjuteur, ce qui fut fait, et le saint Pape Léon XIU a eu l'insigne bonté de me l'accorder. La nomination d'un coadjuteur est arrivée fort à propos : les rhumatismes me clouaient chez moi, la persécution (à cause de la guerre) sévissait presque partout, la réunion annuelle n'a pu avoir lieu. Malgré cela, assisté d'un certain nombre de confrères, j'ai pu sacrer évêque Ms'" Guichard, évêque de Toron, le dimanche du patronage de saint Joseph.
Aussitôt, j'ai remis à Sa Grandeur l'administration et le gouvernement de la mission tout entière. Ce cher coadjuteur s'en tire fort bien, mais je sens que si je suis soulagé pour le travail, le gros de la responsabilité retombe encore sur mes faibles épaules. Donc, devant Dieu et en conscience, je crois devoir demander avec instance d'être déchargé complètement du fardeau du Vicariat de la mission du Kouy-tcheou, car devant Dieu et
*A. M.-E,, vol. 5491, p. 577. "
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DEMISSION
devant les hommes je me reconnais non seulement indigne, mais incapable de dii'iger une si vaste mission. Les raisons qui me portent à faire cette démarctie sont sérieuses: d'abord, c'est ma vieillesse anticipée, à cause de 40 ans de mission dans un pays presque constamment en révolution ou en persécution ; en second lieu, mes infirmités croissantes et surtout les rhumatismes souvent aigus en hiver dans cette province brumeuse et humide, ce qui me rend de plus en plus inutile à la mission. Mais la principale raison, d'après ma conscience et mon passé, c'est que, déchargé complètement du fardeau, je puisse me retirer, avec la permission du Pape, dans un lieu de retraite, celui que la Société vient d'établir à Hong-kong, pour me préparer sérieusement à paraître devant Dieu.
J'ai réfléchi, j'ai prié longtemps pour être éclairé et ma conscience me presse de supplier humblement Votre Eminence de m'obtenir cette grâce importante du bon Pape Léon Xlll.
Je n'ai rien à offrir à Sa Sainteté à l'occasion de son Jubilé de prêtrise, je lui offre tout simplement ma démission, en suppliant Sa Sainteté de m'exaucer. Je ne lui serai que plus dévoué.
Le désir du vieillard était sincère, mais il suscita trop de regrets pour qu'il y fût donné suite. En 1888, Lions reçut du cardinal Simeoni, préfet de la Propagande, une lettre dont voici la traduction ^ :
Rome, 17 décembre 1S87,
Illustrissime et Révérendissime Seigneur,
La lettre que vous m'avez adressée le 21 juin dernier m'est parvenue. Dans cette lettre, vous demandiez que, fatigué par l'âge et par lés travaux, il vous fut permis, après vous être démis de votre charge de Vicaire apostolique, de vous retirer dans la maison de retraite que la Société des Missions-Etrangères a établie dans l'île de Hong-kong.
En considérant les mérites que vous avez acquis dans les missions, les longues années pendant lesquelles vous avez travaillé, il m'eût été très agréable de me rendre entièrement à votre désir, si la vue du bien de votre Vicariat ne m'eût engagé à agir autrement. En efïet, je vois clairement que votre seule présence servira grandement à l'édification des fidèles, et c'est pourquoi je prie Votre Grandeur, après avoir entièrement remis l'administration du Vicariat entre les mains de son très digne Coadjuteur, de vouloir bien demeurer dans sa mission. Ce moyen permet de pourvoir au bien du Vicariat et de réaliser le pieux désir, que vous avez exposé dans voire lettre, d'être déchargé de l'administration de la mission.
Votre frère très affectionné,
Jean, card. Simeoni, préfet.
D'après cette lettre. Lions demeurait Vicaire apostolique du Kouytcheou, mais sans garder l'administration qui, désormais, incombait tout entière, avec la responsabilité, à son coadjuteur. C'est ce qui
» Journal de Mgr Lions, p. 501. Voir le texte à V Appendice XLVIL
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ET CONSEILS DE LIONS
eut lieu : « Je viens, écrivait-il au mois de mars 1888*, de livrer officiellement à Ms' Guichard la plaque munie du cachet froid. Donc maintenant me voilà mort au monde et même à la mission, pour laquelle je prie tous les jours, en attendant de me présenter au jugement de Dieu. »
Le vénérable vieillard resta dans son évcché de Kouy-yang, vivant fraternellement avec son coadjuteur, paternellement avec ses prêtres, les édifiant par sa piété, sa patience dans les souffrances, sa résignation à la volonté de Dieu.
Il employa une partie de son temps à rédiger pour les missionnaires des conseils que sa longue expérience lui fit juger utiles ; nous ne pouvons les citer tous ; mais nous croirions gravement manquer au devoir que l'historien a de consigner dans ses récits les meilleurs enseignements, si nous omettions de reproduire au moins les points principaux des observations d^un sage et saint évoque.
Je vais tâcher, dit-il en commençant 2, de réunir dans ce petit cahier quelques avis utiles aux missionnaires, surtout aux plus jeunes. Ce n'est pas un livre^ ni même un écrit en règle que je veux faire, mais de simples conseils que je me propose d'écrire, à mesure que la matière se présentera à ma faible mémoire.
Quoique la religion, les dogmes et même la morale doivent être partout les mêmes, il est hors de doute que pour la manière de les propager Ton peut rencontrer diverses modifications, soit à cause des temps, soit à cause des lieux et des personnes enseignantes ou enseignées. A cause de cela, je suis persuadé, ainsi que tout missionnaire un peu expérimenté, que notre ministère en Chine comporte nécessairement certaines différences avec le ministère qu'on exerce en Europe et en France. A part cela, l'homme est homme partout...
De nos réunions annuelles et retraites pastorales
Tous admettent sans peine que nos réunions annuelles sont très utiles, même nécessaires, pour plusieurs raisons ; mais aussi tout le monde reconnaîtra sans peine qu'une bonne retraite pastorale est plus nécessaire encore ; aussi c'est là le but et le motif de notre réunion annuelle. S'il en est ainsi ne convient-il pas qu'on fasse cette retraite avec soin. Est-ce que, par hasard, p^rce que nous sommes missionnaires au milieu des païens, nous oserions croire que nous avons moins besoin de retraite ? Faisons donc chaque année une retraite sérieuse, soit en commun, soit en particulier, si pour un motif quelconque, on ne l'avait pu faire eu commun.
Rappelons-nous les. retraites que nous faisions au grand séminaire Croyez-vous que nous ayions moins besoin de retraite après avoir passé toute une année au milieu d'une société païenne corrompue, qu'après avoir passé une année plus ou moins dans le recueillement, au milieu de pieux
» A. M.-E., vol. 549% p. 789.
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DEMISSION
condisciples ? Que sera-ce, si nous songeons sérieusement aux graves devoirs, parfois dangereux, qui pèsent sur nous pendant tout le courant de l'année.
En dehors de la retraite
Pour ce qui est du temps que l'on passe ici, à la capitale, en dehors de la retraite, c'est sans doute un temps très utile pour refaire tant le physique que le moral du missionnaire, mais il ne faut pas en abuser. Il est bon de discuter pacifiquement certaines questions de discipline, de morale et de dogme, mais il faut le faire sans acrimonie, de manière à ne jamais blesser la charité.
Ce que je viens de dire pour nos réunions annuelles, convient aussi aux réunions partielles dans les résidences des campagnes.
Encore un petit avis au sujet de nos réunions annuelles générales ou particulières dans les campagnes :
Il arrive ordinairement que, quand quelques confrères se trouvent réunis, on ne parle pas uniquement de la pluie et du beau temps; c'est tout naturel; malheureusement, il arrive parfois qu'on se laisse aller à des critiques plus ou moins fondées et plus ou moins charitables sur le compte des absents.
La chose est encore plus grave quand on l'écrit, à moins que ce ne soit au supérieur de la mission, lorsque la révélation est utile pour le bien général ou pour celui de l'individu.
Habits.
Tenue.
Pour l'habillement, je ne crois pas qu'il y ait excès dans la mission. Qu'on s'habille proprement et modestement selon les saisons de l'année, mais qu'on bannisse la vanité ; n'imitons pas la plupart des Chinois dont la vertu semble consister dans les splendeurs des habits et leur nombre. C'est là une chose peu digne d'un missionnaire, qui est dévoué corps et âme au service de Dieu et au salut des âmes, dans un pays aussi pauvre que le Kouy-tcheou.
Si l'on se trouve en position de visiter les mandarins, il faut avoir alors les quelques costumes nécessaires pour ces circonstances, afin de ne pas oilenser les autorités et ne pas manquer aux usages et à la politesse.
Rapport avec les prétoires.
Au sujet des rapports avec les prétoires et lès mandarins de tout grade, vous connaissez ma manière de voir.
Ne jamais s'occuper au prétoire des affaires des chrétiens, à moins qu'elles n'intéressent directement la religion, telles que persécutions, contributions aux superstitions, pillages à cause de la religion. Encore pour tous ces cas, il faut examiner chaque affaire avec soin, à cause de la propension des Chinois (même chrétiens) à tromper.
S'occuper, an prétoire, des affaires purement temporelles des néophytes, c'est s'aliéner les païens, les mandarins et les gens du prétoire, et de plus, c'est ouvrir'la porte aux gens d'affaires, ce qui, jusqu'à présent, a fait tort à notre cause et à notre réputation.
Que chaque missionnaire ne manque pas d'exhorter fortement les
ET CONSEILS DE LIONS
chrétiens, surtout les néophytes, de prendre bien garde à ne pas susciter des affaires avec les païens, de ne pas les effrayer, mais plutôt de discuter à l'amiable, et plutôt céder que d'aller au prétoire ; car vous savez que notre influence est fort peu de chose, et que généralement les chrétiens sont détestés et quasi proscrits ; d'ailleurs vous savez que la Légation ne fait à peu près rien, ou ne veut, ou ne peut rien faire pour nous.
Je renouvelle ici l'exhortation faite précédemment en public et en particulier, à savoir : de voir les mandarins le plus rarement possible, seulement quand la politesse ou de graves affaires en font presque un devoir, ce qui arrive rarement. Exceplé pour les morts, ne jamais se servir du parasol rouge et autres choses prétoriales. Le tchaohoui\ de la part des missionnaires, est généralement mal vu des mandarins ; une simple lettre vaut mieux.
Mais surtout recommandez à tous les chrétiens de ne jamais employer, dans leurs pièces d'accusation ou pendant les interrogatoires, l'expression moi chrétien, qui a été condamnée sous Lao ta-jen par M"'' Faurie. Que les chrétiens emploient donc l'expression en usage dans ces circonstances. Les clirétiens doivent aussi payer, comme les païens, selon l'usage établi, pour la présentation de la pièce d'accusation, etc.
Notez ceci : quand les chrétiens viendront se plaindre contre les païens pour affaires ayant rapport à la religion, il faut d'abord faire examiner les choses avant de présenter aucune accusation, car il n'est pas rare que le premier et parfois le principal tort soit du côté des chrétiens ; on a même vu de vraies injustices commises sous le couvert de la religion.
Autant que possible, tâchez de terminer l'affaire chez le mandarin du lieu, puis chez le préfet, avant d'écrire au bureau des affaires religieuses.
Quoi qu'il en soit, il faut toujours passer par la filièrea vant d'écrire officiellement à la capitale, afin de ne pas offenser le mandarin.
Une observation utile : il n'est pas rare de voir les chrétiens susciter des procès qui n'ont aucun rapport avec la religion, quoi qu'ils prétendent le contraire, afin que l'Eglise prenne leur défense. S'occuper de telles affaires, c'est souvent nuire à notre réputation et aux intérêts de la religiuu.
Pour les affaires entre chrétiens, entre familles, le missionnaire 'peut-il ou doit-il s'en occuper, afin d'éviter des injustices, des péchés et quelquefois des procès ruineux et peu édifiants? Notez qu'il est très souvent périlleux que le missionnaire décide ou juge lui-même l'affaire, à cause du danger de s'attirer la haine de l'une des parties et quelquefois des deux. Il est très prudent de faire juger l'affaire par les catéchistes ou par les chefs du village, si elle en vaut la peine.
Quoi qu'il en soit, dans ces circonstances, que le missionnaire ne s'emporte jamais, qu'il ne fasse jamais frapper personne. Qu'on fasse des réprimandes sévères, quand elles sont méritées, mais qu'on ne se laisse jamais alleràcertaines paroles blessantes qui, ordinairement, scandalisent dans la bouche du Père et deviennent, par là, matière à péché.
En 'un mot que le missionnaire n'oublie pas que nous sommes dans un pays, 011 la gravité est censée la principale vertu extérieure de quiconque se respecte et tient à être respecté, comme c'est notre devoir à tous.
Ainsi qu'on ne fasse jamais devant les chrétiens, et à foyliori devant les païens, ces originalités ou excentricités, auxquelles certains caractères français sont naturellement portés.
Lettre de forme officielle avec cachet.
DEMISSION
Voyages. — Visites.
Puisque l'humilité et la modestie sont des vertus très recommandéeschez les clirétiens et surtout chez les prêtres, qu'on évite de voyager avec un train presque mandarinal ; les décrets et instructions de la Propagande défendent cette manière de voyager. Ce n'est pas d'ailleurs le moyen de former de vrais chrétiens.
Une monture (cheval ou mulet) est ce qu'il y a de plus commode au Kouy-tcheou. Si l'on préfère une chaise, que l'on prenne une chaise à trois porteurs. C'est ce qui nous convient et n'offusque pas. Quoi qu'on en dise, tout le monde peut voyager avec trois porteurs Les chaises à quatre porteurs sont mandarinales, et c'.est pourquoi les employer est plus ou moins blessant pour les mandarins, c'est d'ailleurs contraire au synode de Soui-fou et à la simplicité. Si on a réellement besoin d'une chaise à quatre porteurs, l'évéque peut le permettre, mais ces cas sont et doivent être rares, 'car, comme je l'ai dit, on peut généralement aller avec trois porteurs, pourvu qu'on ne charge pas la chaise.
'Voulez-vous me permettre d'exprimer ici ma manière de voir touchant les cérémonies extérieures, les pompes, le bruit, etc. ? C est tout simplement un moyen infaillible pour entretenir et exciter la vanité et l'orgueil des chrétiens, déjà si naturellement portés à ce vice, et naturellement si peu capables de comprendre le vrai esprit, la vraie nature de notre religion.
Par le même principe et pour les mêmes raisons, je suis tout à fait d'avis que pour les visites au prétoire, il convient beaucoup mieux de faire ces visites en chaise à deux porteurs (rien n'empêche d'employer trois et même quatre porteurs si le missionnaire est trop pesant, pourvu que ce ne soit pas une chaise à quatre porteurs).
C'est d'ailleurs ce que font tous les mandarins non en place ; or, pour Vexlérieur^ il ne faut pas nous croire au-dessus de ces magistrats. Je l'ai dit, je le répète, cette manière d'agir n'excitera pas la jalousie des mandarins et des lettrés qui, voyant que nous nous tenons à notre place, nous estimeront davantage, ou du moins nous seront moins hostiles, et finiront par nous laisser plus tranquilles.
En cela comme en tout le reste, l'essentiel, c'est qu'on n'ofTense jamais les mandarins, ni les notables, quels que soient nos rapports avec eux. De plus, nous devons le bon exemple aux néophytes, qui, pour 1a plupart, ne sont pas encore bien éclairés sur nos rapports avec les prétoires; plusieurs croient que nous pouvons donner des ordres aux mandarins. Pauvres gens !
Visite des chrétiens
On a toujours exhorté, et l'usage en est établi au Su-tchuen, à visiter deux fois l'an les chrétiens de chaque district; ce n'est pas trop pour les chrétiens, mais c'est quelquefois trop au Kouy-tcheou pour les missionnaires de certains districts très vastes.
Cependant, dc],ns l'état actuel de la mission et du nombre des missionnaires, il y a peu de districts où l'on ne puisse visiter deux fois par an tous les chrétiens, à part peut-être quelques stations fort éloignées ; dans ce cas, il convient que, lors de la visite annuelle, on s'arrête un peu plus longtemps dans cette station et que la visite soit faite avec plus de soin.
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ET CONSEILS DE LIONS
Lors de la visite annuelle, il faut habituer les néopliytes à nourrir le missionnaire ; c'est là leur devoir, à moins qu'ils ne soient par trop pauvres ou trop peu nombreux. On peut alors les aider.
Pour la seconde visite, le missionnaire doit se nourrir à ses frais afin que la crainte des dépenses n'éloigne pas les fidèles des sacrements; que le missionnaire ne se fie pas trop sur renseignement du catéchisle, c'est à luimême à mettre la dernière main à l'enseignement des néophytes. Comme je vous disais une fois pendant une retraite pastorale, il faut que chacun paie de sa personne pour faire bien son devoir et de bons chrétiens.
Tâchons d'imiter le premier catéchiste du Kouy-tcheou, M""" Albrand, qui, pendant la visite annuelle, faisait, tous les jours, deux fois le catéchisme ; le matin, pour examiner ceux qui inscrivaient leurs noms afin de se confesser le jour même, et le soir, pour instruire tous les chrétiens, sans parler de catéchismes particuliers qu'il faisait à d'autres intervalles aux néophytes non encore baptisés, et aux chrétiens qui n'étaient pas encore assez instruits pour être admis à la communion ; sans parler non plus de deux instructions ferventes prêchées, l'une pendant la messe (c'était la principale), l'autre le soir après la prière deâ chrétiens ; suivait ensuite le catéchisme qui parfois tenait lieu d'instruction dans les endroits où les chrétiens étaient trop nombreux.
Baptême des néophytes.
Il n'est pas nécessaire d'aller vite pour le baptême des néophytes. Vous savez tous qu'il ne faut pas tenir au nombre, mais à la qualité. Car, si avant le baptême les baptisés n'ont pas appris suffisamment la doctrine, peu après le baptême ils deviendront facilement négligents et quelquefois apostats, surtout s'ils apprennent quelques bruits de persécution. Ainsi, il faudrait qu'avant le baptême, les catéchumènes connussent toute la doctrine du catéchisme suffisamment pour qu'ils puissent recevoir utilement et fructueusement les sacrements de Pénitence, dISucharislie, de Confirmation et d'Extrême-Onction, et même qu'ils sachent la doctrine du mariage, puisque à peu près tous les néophytes ou sont mariés ou aspirent au mariage.
Mais tâchez surtout de ne pas admettre à l'adoration des gens mal famés, c'est ce qui a gâté notre réputation et la gâte encore. Pour les enfants des néophytes n'ayant pas atteint l'âge de raison, la règle de la mission est de ne les pas baptiser, si au moins l'un des parents n'est baptisé *.
Ensuite une grande raison, qui demande que les néophytes adultes sachent bien leur doctrine avant le baptême, c'est que, après avoir été baptisés, ils se trouveront obligés à remplir deux devoirs graves, celui de la confession et celui de-la communion annuelles.
Encore pour les néophytes indigènes, je crojs qu'il n'est pas prudent de baptiser un mari (a fortiori les enfants) dont l'épouse ne veut ni prier ni apprendre la doctrine.
Confessions et Communions annuelles.
Pour les communions annuelles, il est bon, il est très utile, dans les campagnes surtout, lorsque les pénitents ne se sont pas confessés depuis
*« Suivre, autant que possible, l'usage établi sous Mgr Faurie, de ne pas permettre aux chrétiens de faire adorer aucun païen sans la permission du Père. «
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DEMISSION
assez longtemps, de les faire venir deux fois à confesse, c'est un peu plus de travail pour le missionnaire ; mais c'est un travail très utile, et j'ose dire, presque nécessaire, pour certains chrétiens, à cause de leur peu d'instruction.
Extrême-Onction.
L'Exlrème-Onclion et la visite des malades sont obligatoires, quand les malades ne sont pas au-delà de plusieurs jours de marche.
ORDFiE.
Que le missionnaire examine pendant plusieurs années certains jeunes garçons qui paraissent avoir quelque chance de réussir, et après leur avoir fait faire une bonne première communion, vers 11 à 14 ans, il peut les expédier à l'école préparatoire, oij on les éprouvera encore 2 ou 3 ans, avant de les envoyer au petit séminaire, oij Ion aura soin de les surveiller, de les enseigner et de les diriger.
Mariage.
Quand vous rencontrerez des empêchements de mariage, examinez si vous avez de Rome le pouvoir de dispenser. Tâchez de bien observer les règles prescrites par les décrets, afin de ne pas faire de mariages irréguliers. N'oubliez pas que le missionnaire n'a pas le pouvoir de dispenser lorsqu'il y a deux empêchements, lors même qu'il a le pouvoir de dispenser en particulier sur chacun des deux empêchements (le Vicaire apostolique a reçu le pouvoir de dispenser pour un certain nombre de cas).
Unité d'administration
Dans chaque mission, on trouve établi plusieurs usages, ordinairement fondés sur l'expérience, et que, par conséquent, on ne doit pas rejeter à la légère, mais respecter et suivre autant qu'on le peut, afin que l'unité d'administration règne dans toute l'étendue de la mission, car vous savez combien les Chinois tiennent à l'unité, non des cœurs, mais des usages et des pratiques. Voilà pourquoi j'insiste sur cette unité d'administration dans toute la mission, afin qu'au changement de missionnaires, les chrétiens ne s'aperçoivent d'aucun changement administratif, si ce n'est quelques légères différences pour le caractère et le zèle de l'individu *.
Constructions
On ne peut faire aucune construction plus ou moins dispendieuse sans le demander à l'autorité, qui consultera le conseil épiscopal, surtout si les dépenses devaient être considérables. S'il s'agit d'oratoires, c'est encore plus grave.
A propos d'oratoires, je rappellerai ici la coutume ou règle établie par M?'' Albrand, que les chrétiens de l'endroit doivent fournir ou contribuer à la moitié des dépenses.
* « Aux changements de districts garder, autant que possible, les gens, qui sont employés dans le district. »
ET CONSEILS DE LIONS
En tout état de cause, il faut exposer et expliquer clairement les raisons et circonstances des constructions'.
Aux sages conseils, Lions ajouta les bons exemples ; pendant les dernières années de sa vie, il fit presque chaque jour le chemin de la Croix qu'il appelait « son chemin ». Il se donnait souvent la discipline. Tous les ans, pendant Tété, il allait s'enfermer au pèlerinage de Notre-Dame de Liesse ; et là, durant un mois, il faisait sa retraite ; du reste joyeux, affectueux envers tous, il se faisait remarquer par son humilité et sa charité.
Départs et morts de missionnaires.
Avant de saluer une dernière fois le bon vieillard, qui avait peiné depuis 1848 sur le sol parfois ingrat du Kouy-tcheou, il est temps de dire quelques mots des ouvriers apostoliques dont la mission fut privée, par la maladie ou par la mort, depuis le sacre de Lions en 1872. Deux missionnaires, Mailluchet en 1873 et Lebrun en 1874, se virent forcés par leur mauvaise santé de revenir en France. Le 2 décembre 1874, mourut à Lou-tsong-koan Léon-^Iarie Thieuland. « C'était, dit Lions-, un petit Breton frôle et maigre. II avait tenté d'apprendre la langue des indigènes en même temps que le chinois ; maiS; avec sa pauvre santé, il n'a pu bien apprendre ni l'une, ni l'autre. II s'est donné beaucoup de mal pour construire l'oratoire de Long-ka, et, hélas ! il n'a obtenu que bien peu de résultats, puisque la plupart des chrétiens de ce poste ont glissé dans lindilTérence ou dans l'apostasie. »
En 1877, Berthon, qui avait été pendant quelque temps à Su-yang, puis à Lou-tsong-koan où il s'occupa de l'imprimerie, passa dans la mission du Kouang-tong, où (luillemin utilisa ses talents dans la construction de la cathédrale. Faneau fut obligé, par la maladie, de quitter le Kouy-tcheou. (( Il a passé ici, écrit Lions ^, six ou sept ans, non sans quelque utilité malgré ses indispositions. On lui avait confié un petit district qu'il soignait assez bien ; son œuvre principale est de nous avoir donné des ressources pour construire Notre- Dame de Liesse et d'y avoir ajouté une modeste fondation. » La
1 L'évèque parle aussi des recettes, des biens, des achats et des ventes, des allocations, mais il ne fait guère que répéter les idées émises dans sa lettre écrite en 1882, que nous avons citée ; c'est pourquoi nous ne le citons pas.
- Journal de Mgr Lions, p. 320.
3 Journal de Ms'' Lions, p. 316.
DEPARTS
même année, le 9 juin, Billoiiez mourut à Tsen-y. Fatigué depuis quelques mois, il était allé se reposer dans cette ville ; la fièvre survint, puis des crachements de sang ; un feu intérieur le brûlait. Après une crise, le 8 juin, il demanda à Bodinier de Féclairer sur sa position ; il apprit avec calme qu'il touchait à ses derniers jours et sec onfessa. « Ses douze dernières heures furent une véritable agonie avec des souffrances incroyables. »
Appréciant son caractère et son existence, Lions a écrit* : « Bon cœur, intelligent, ayant des talents et des connaissances, habile en mécanique, en horlogerie, en photographie, etc.. il fut placé aux environs de la capitale. Il a attaché son nom à une œuvre qui restera, la cathédrale du Pe-tang. On peut même dire que c'est en la construisant qu'il a contracté la maladie qui l'a emporté. » On lui éleva à Tsen-y un tombeau qui fut achevé au mois d'août 1878.
Le 28 juin 1879, la mission fit une perte grave par la disparition de Chemier, le -successeur de Vielmon à la cure de Saint- Louis de Kouy-yang et le négociateur des affaires difficiles de 1869 et de 1870. « Sa mort, toute placide comme sa vie, ne nous a pas beaucoup étonnés, car elle était prévue, dit Lions '^ ; cependant nous ne pensions pas qu'elle fût aussi subite, puisque la veille de sa mort, il venait encore avec nous au réfectoire. Tout-à-coup, une espèce de délire le prend, la fièvre augmente, il ne peut plus parler, on n'a que le temps de lui administrer l'Extrème-Onction. Depuis cinq ou six mois, il ne pouvait plus célébrer la sainte messe, maïs il recevait souvent la communion. Il était aimé et respecté des chrétiens, qui demandèrent à prier pendant une semaine, près de son cercueil placé à l'église devant un des autels latéraux. » Il fut enterré, le 4 juillet, à Lou-tsong-koan dans le caveau d'Albrand.
Pasquier, « sujet capable, ayant du zèle, mais malheureusement peu de santé, » mourut le 29 août 1881. Quelques semaines avant, il quitta le Kouy-tcheou pour le sanatorium des Missions-Etrangères à Hong-kong. Il se résigna difficilement à la mort : « On ne meurt pas à mon âge », répétait-il au médecin. A la fin, il accepta le sort que la Providence lui imposait: « Je meurs, disait-iP, juste au moment où je commençais à pouvoir faire du bien aux âmes, à devenir un vrai missionnaire. Mais Dieu en a ordonné ainsi, que sa volonté soit faite. » Ln jour, il traça d'une main défaillante ces lignes émouvantes dans leur brièveté* :
^Journal de Ms^ Lions, p. 319.
- A. ]\L-E., vol. 548, p. 1823. Mgr Lions au Séminaire des Missions-Etrangères, Compte-rendu de 1879, p. 83 M. C. an. 1879, p. 471. 3 Compte-rendu de 1881, p. 132, i A. M.-E., vol. 559, p. 161.
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Et MORTS
Béthanie , de mon lit de mort, le 9 août 1881.
A mon vénérable évêgue, à mes bien-aimés confrères du Kowj-tcheou, ce dernier adieu
Je meurs, quand la tombe aura recouvert mes ossements sur cette lointaine terre^i^vous qui m'avez tant aimé, veuillez né jamais oublier ma
pauvre âme au saint autel.
Pasquier, miss, apost.
L'année suivante, 1882, disparurent deux bons missionnaires, Claude Viret et Jean Baptiste Aubry, dont les postes étaient situés aux deux extrémités opposées de la province : celui du premier à Tong-tse et celui du second à Hin-y fou.
Viret avait toujours eu une faible santé ; pendant son séjour au Séminaire des Missions-Etrangères, il avait dû retourner passer quatre mois dans sa famille. Lorsqu'il partit, on disait de lui : « Celui-là n'arrivera pas au terme du voyage. » Il arriva cependant au Kouytcheou en décembre 1869, et apprit la langue à la capitale; en janvier 1871, il fut envoyé à Su-yang bien, et y resta près de trois ans. En novembre 1873, il fut nommé à Tong-tse, oii il devait mourir le l'^'" septembre 1882.
« Il sut, dit sa notice nécrologique ^ former dans cette ville une communauté chrétienne qui est devenue une des principales du Kouy-tcheou. Dans la campagne, son zèle fonda un nouveau groupe de stations qui^ l'année dernière, ont donné une centaine de baptêmes d'adultes. Mais son œuvre principale, celle qu'il aimait entre toutes, a été la création de deux grands orphelinats de garçons et de filles, qui, à sa mort, renfermaient 200 enfants. Un résultat plus difficile encore fut obtenu par lui : celui de faire accepter et apprécier de l'opinion publique cet orphelinat, chose si nouvelle pour une ville païenne. Sa prudence, son habileté, son intelligence des mœurs chinoises aplanirent tous les obstacles d'une manière vraiment remarquable.
« Son savoir-faire était réellement très grand. Une parfaite connaissance de la langue chinoise, une aptitude peu commune pour cette urbanité spéciale au Céleste Empire, des manières toujours affables en ses rapports avec les païens, lui avaient acquis, dans la ville qu'il habitait, l'estime et Talfection universelles. 11 s'était dit, en arrivant àTong tse, qu'il était de la première importance d'entretenir de bons rapports avec les mandarins, lettrés et notables de la souspréfecture, et il y réussit admirablement. Aussi, jamais un mandarin n'omit de lui faire les visites de convenance, qu'il savait rendre avec
* Le Sanatorium des M. E. à Hong-kong est placé sous le vocable de Béthanie, 2 Compte-rendu 1882, p. 116. Cette notice fut écrite par M. Bodinier.
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DEPARTS
toute la politesse chinoise. Et quand un lettré de la ville obtenait le grade de bachelier ou de licencié, il no manquait jamais, à son retour des examens, de venir présenter ses salutations à l'église, et offrir, selon l'usage, la grande pancarte jaime ou rouge relatant sa nomination pour être affichée à la grande porte.
(( C'est à sa mort surtout et à l'époque de ses funérailles, que nous avons vu se manifester avec un éclat surprenant les bons résultats d(^ cette sage manière d agir. L'unanimité des regrets et des témoigiia^es de respect des habitante de la ville de ïong-tse a dépassé !ou ce que nous pouvions espérer. Dans la semaine qui s'écoula entre sa mort et ses funérailles, ce ne furent que visites de condoléance à l'église, (le la part des mandarins, des lettrés et des notables de la ville. J'ai recueilli là^ de toutes les bouches et sur tous les tons, des éloges du défunt, très précieux, si l'on considère d'oîi ils viennent et qu'ils s'adressent à un missionnaire étranger.
« Mais les témoignages ne s'en tinrent pas là ; tous, sans exception, offrirent selon l'usage du pays ce que nous appelons ici des tsy-tchang . Ce sont des bandes d'étoffe couleur de deuil, blanches^ bleues, violettes, en forme de bannières, sur lesquelles sont écrits en grands caractères l'éloge du défunt et le nom du donateur. Les mandarins, les lettrés, les noUibles, les corps de métiers, tous envoyèrent leurs bannières qui, rangées autour de la cour d'honneur tendue de toiles blanches, en firent bientôt une vraie chapelle de reposoir. 11 n'est pas jusqu'aux pauvres de la ville qui, se souvenant des abondantes aumônes du défunt, ne tinssent à se cotiser et à prélever sur leur pauvreté pour offrir aussi leur étendard avec ces mots: « Il a aimé la justice et méprisé la richesse. » Non! je ne sais si, dans toute la Chine, on trouverait une pareille unanimité de regrets et de respects rendus ainsi à un missionnaire par une ville païenne ^ »
Son successeur, Ronat, lui construisit un tombeau sur le modèle de celui de Billouez à Tsen-y.
Peu de jours après, 19 septembre 1882, Aubry se coucha aussi pour ne plus se relever. On lit dans sa vie que, vers 1880, la Faculté catholique de Lille offrit au missionnaire une chaire de théologie dogmatique ^ : « Mes goûts sont ici, ma vocation est ici, mon travail ici, répondit-il aux ouvertures, discrètes qu'on lui fit. C'est ici que je
* Bodinier disait encore : « Je ne crois pas qu'il y ait dans tout le Kouy-tcheou une maison plus en ordre que celle du P. Viret. » {A. M. -JE., vol. 549, p. 372).
' Nous lisons dans sa vie p. 351 : « Le vénérable évèque, Mgr Lions, n'ajoutait pas qu'il venait d'écrire en Europe et qu'il choisissait le vaillant apôtre comme coadjuteur et plus tard son successeur. » Nous n'avons trouvé dans les archives du Kouy-tcheou aucune trace de cette demande.
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ET MORTS
puis être utile, que Dieu m'accorde d'y souffrir et d'y mourir. » Dieu exauça son désir plus vite qu'on ne le prévoyait. Le missionnaire venait de terminer une longue et pénible administration, quand il reçut une lettre de l'évequc l'appelant à Kouy-yang pour instruire le procès des martyrs du Kouy-tcheou ; obligé à ce moment de retourner à Hin-y fou pour une affaire injuste que lui suscitait un mandarin, il lit une marche forcée et arriva très fatigué et bien tard dans la nuit. Dès le lendemain, 8 septembre, il sentit la première atteinte de la maladie qui devait l'emporter.
Les catéchistes voulaient faire venir le prêtre le moins éloigné. « Non, dit-il, envoyez un courrier au P. Michel ; lui et moi, nous sommes deux frères ; il est cliargé de mes affaires. » « L'envoyé franchit en trois jours une distance de 30 lieues, raconte Michel*. Aussitôt je partis à marche forcée, accompagné du P. Roux. Ah ! pourquoi ce voyage n'a-t-il pas eu la promptitude de nos désirs !
« 11 nous restait un jour et demi à faire, quand nous parvint la foudroyante nouvelle de la mort arrivée le 19 septembre à 8 heures du matin. Jamais, depuis mon séjour en Chine, je n'ai éprouvé'douleur si indicible. Ah! quel moment! Mon Dieu, excusez-moi si j'ai presque murmuré... Dès notre arrivée, notre premier acte fut de prier sur le cercueil de notre ami. Ses catéchistes l'avaient revêtu de ses plus beaux habits, de sa plus belle aube, de la chasuble et exposé dans la salle d'honneur. Les enfants et les chrétiens vinrent nous saluer ; leurs larmes disaient bien la perte qu'ils avaient faite. C'était trop d'émotion ; ne pouvant plus nous contenir, nous avons pleuré. »
Il fut enterré à l'endroit que lui-même avait désigné, non loin des remparts de Hin-y fou, sur la pente d'une colline, en face du tombeau de Muller, et sur l'emplacement de l'ancien oratoire construit par Albrand.
Avant de quitter définitivement ce missionnaire, qui par la trempe de son esprit a droit à une place à part, non seulement dans la mission du Kouy-tcheou, mais dans la Société des Missions-Etrangères, nous voulons reproduire une des plus belles pages que sa plume vigoureuse et profondément sacerdotale ait écrites ^ :
0 bon Jésus , divin compagnon de ma vie, quand j'aurai perdu l'ardeur de la jeunesse et que la mort aura commencé d'absorber cette sève na-
' Compte-rendu de 1882, notice nécrologique, p. 122. Voir précédemment pp. 78-79 la liste des ouvrages de J.-B. Aubry, publiés par son frère, l'abbé A. Aubry, curé de Ureslincourt, auquel une certaine part revient dans la composition. M l'abbé A. Aubry nous a gracieusement oflert cette collection dont la place est, à plus d'un titre, marquée dans la bibliothèque des Missions-Etrangères.
'J-B. Aubry, etc., p. 399.
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DEPARTS
lurelle qui me travaille, me bouleverse et me rend si antipathique au sacrifice ; quand il n'y aura plus pour moi ni poésie, ni rêves, ni projets riants, ni espérances radieuses, ni enchantements, ni élans de cœur, ni capacité d'affection; quand je n'aurai plus rien de bon à prétendre dans la vie ; quand, à force de voir mourir autour de moi, je resterai comme seul icibas, et que ce sera mon tour de mourir; alors, ô bon .lésus, ami des prêtres et compensation de notre sacrifice dans la solitude virginale; alors, votre amour, survivant dans mon cœur à toutes les choses dont la vie m'aura dépouillé, me tiendra lieu de tout, et rajeunira éternellement mon âme. Je vous aimerai encore ; mon amour pour vous sera toujours jeune, toujours profond, toujours plein de charmes. L'ardeur du sang se sera refroidie, mais celle de l'àme aura été exaltée par les longs sacrifices d'une vie consacrée à l'immolation. Je tournerai vers vous avec ravissement le sourire intérieur de mon âme. Mes bras défaillants trouveront encore des élans pour se lever vers la patrie céleste, prêle à s'ouvrir devant moi. Mon cœur vieilli, épuisé par les angoisses de la vie apostolique, et peut-être enfin désenchanté de la terre, n'aura plus d'ardeur que pour vous goûter. Mes yeux affaiblis et prêts à s'éteindre à la lumière créée, auront encore des ravissements inénarrables en se levant vers le ciel et en pressentant l'aurore de votre divine lumière. Ma voix, sans énergie et sans accent, trouvera encore des cris d'enthousiasme sur votre indicible beauté, pour vous appeler de loin, ô vous qui aurez été sur la terre le témoin de mes sacrifices et la consolation de mes douleurs, pour vous appeler comme saint Jean au dernier jour de sa vie : « Veiii, veni, Domine Jesu^ ! « Et je vous entendrai me répondre, de votre douce voix que je connais si bien ; je vous entendrai me répondre, au fond et dans la partie la plus intime, la plus tendre de mon cœur, comme dans un imperceptible et poétique lointain, ce que vous répondiez à votre disciple bien-aimé : .< Oui, oui, je viens bientôt, voici que je viens ! Eliam venio cito ! ecce venio velociter ! - « A cette parole, envoyée du seuil de la Cité sainte où vous m'attendez, je ne me posséderai plus de joie et de tendresse, je vous crierai pour la cent millième fois sur la terre, et pour la première dans le ciel : « Le Seigneur est la portion de mon héritage et de mon calice... J'ai choisi d'habiter avec lui... J'ai cru, je vois' I »
Ces morts faisaient de larges brèches dans la petite phalange des missionîiaires du Kouy-tcheou. Heureusement^ six ans s'écoulèrent sans que l'on eût à déplorer aucune disparition nouvelle ; et celui que nous trouvons sur la liste nécrologique est Mercusot, que la maladie avait forcé de rentrer en France en 1878. Retiré dans sa famille à Remilly-en-Montagne (Cote d'Or), il garda, avec un amour qui allait jusqu'à la souffrance, le souvenir du Kouy-tcheou : « Je vois sans trouble, écrivait-il au supérieur du Séminaire des Missions-Etrangères*, mes forces m'abandonner de jour en jour ; je me prépare avec calme à paraître devant Dieu, quand il le jugera à pro-
» Apoc. XXII, 20.
» Apoc. XXII.
^ Méditation composée par le P. Aubry, à la Pierre-qui-Vire.
* Compte-rendu de 1888, p. 257.
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ET MORTS
pos. Le seul regret que je ressens vivement, c'est de mourir loin de ma chère mission du Kouy-tcheou. J'accepte en esprit de pénitence cette peine, la plus grande peut-être de toute ma vie. Si du moins il m'était donné de mourir dans notre cher S(;minaire, dans les bras de mes confrères. Mais il n'y faut plus penser, je ne puis quitter ma chambre : il faut boire le calice jusqu'à la lie ! » L'ancien missionnaire de Su-yang et de Tong-tse mourut le 4 juillet 1888 et fut enterré à Remilly.
En 1888, Lar^eteau quitta le Kouy-tcheou pour aller à llong-kong aider à la fondation de la maison de retraite que la Société des Missions-Etrangères y établissait ; il y revint en 1891.
Un jeune prêtre, au Kouy-tcheou depuis quatre ans seulement, Jean-Baptiste Arbinet, mourut le 27 septembre 1890 à Pin-fa. Ses vertus principales furent l'humilité et la charité. Quand on le prévint qu'il allait mourir, il répondit simplement : « Je ne me sens coupable d'aucun péché mortel ; cependant, avant cette dernière communion, je veux faire ma dernière confession. »
Un de ceux qui l'ont vu de plus près et plus longtemps, Ménel, a pu écrire de lui * : « Depuis sept ans que je le connais, je n'ai jamais entendu sortir de sa bouciie le moindre mot de critique sur ses confrères ou ses supérieurs. Un jbur, on voulut le mettre à l'épreuve: quelques pointes plus spirituelles que malignes étaient lancées adroitement clans la conversation à l'adresse de tel ou tel. Ce fut pour lui un véritable tourment. »
Le 19 juillet 1891 -, la mort enleva le prêtre Tsiang, et le missionnaire qui lui ferma les yeux écrivit sur ses derniers instants et sur son caractère les détails suivants'': « J'ai administré les derniers sacrements au bon malade, bien disposé, et jouissant de sa pleine connaissance. Il a été tout le temps de sa maladie, d'une patience admirable. Aujourd'hui, à 9 heures 1/2, il a pieusement rendu sa sainte âme au bon Dieu, assisté par moi jusqu'à la fin et pendant que les chrétiens récitaient les prières ; le corps est resté souple et beau après la mort. Les qualités principales du P. Tsiang étaient la franchise, la bonté et le zèle. Quant à ses défauts, Bodinier écrivait de lui en 1877*: « Il est un peu bavard, un peu brusque envers les chrétiens qu'il ne ménage pas assez, bien qu'il se soi! un peu corrigé sous ce rapport. »
Le jeune François Nicol fut frappé à son tour. Dans la notice
• Compte-rendu 1890, p. 306.
5 Ou le 21 juillet.
^ A. M.-E., vol. 5491» p. 303.
* A. M.-E., vol. 548, p. 873. Lettre à Mgr Lions, 18 septembre 1877.
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