CHAPITRE XI
GUIGHARD ADMINISTRATELB. — FIN DU PROCÈS DE TSEX-Y
Continuation des négociations par Lcmaire et par Ristelhueber.
Guicliard, dont l'episcopat dure encore, commença à administrer la mission du Kouy-tcheou en 1888, au moment où Lions reçut de Rome lautorisation de se décharger sur lui de son ministère. Vingt ans se sont écoulés pour lui et pour ses missionnaires dans des contradictions que fait deviner le passé, et que le procès de Tsen-y, qui se termina seulement en 1896, rendit pénibles et nombreuses.
Le futur historien des missions de la Société des Missions-Etrangères racontera les événements de cet épiscoput; nous les jugeons trop proches de nous pour les exposer en détail, sauf en ce qui concerne le procès de Tsen-y et des stations du nord, dont nous avons déjà longuement parlé, et qui eut sur la vie de la mission, pendant dix ans, une si grande influence.
Nous avons laissé le récit de cette affaire au mois d'août 1889, au moment où Lemaire était ministre de France à Pékin et Rodinier retiré à Shang-haï. Tous les deux continuèrent de s'occuper du Kouytcheou dans leur sphère respective.
Favier mit, comme toujours, sa bonne volonté au service de tous. « Vous savez, écrivait-il à Rodinier', que je suis missionnaire apostolique et que les missionnaires apostoliques sont mes vrais frères. Sans doute, je suis Lazariste, mais après*.; et, ce faisant, je crois être
1 A. M.-E., vol. 5i9f, p. 353, Pékin, 25 février 1890.
a Ms"" Favier avait encore une autre façon plus personnelle d'exprimer sa charité pour tous : « Je suis d abord de la Congrégation de Saint-Pierre, disait-il, ensuite de celle de Saint-Vincent-de-Paul. »
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GUICHAÉD ADMINISTRATEUR
dans le vrai, car peu importe que Géphas ou Apollo réussisse, pourvu que le bien soit fait. »
Au mois de décembre 1889, notre représentant adressa au Tsongli yamcn une lettre répétant les précédentes et qui d'ailleurs eut leur sort *.
Gréa, le missionnaire chargé de traiter les affaires avec les autorités de Kouy-yang, essaya d'entrer en pourparlers ausujet deTseny, il lui fut répondu que le procès se terminerait seulement par des ordres précis de Pékin. Or, à Pékin, on ne voulait pas le terminer. Quand Bodinier connut cette réponse, il demanda à Favier de prier Lemaire de faire une nouvelle démarche. Le ministre s'y prêta, bien inutilement d'ailleurs.
A cette époque, survint un incident qui pouvait avoir sur la marche du procès une intluence considérable. Le premier ennemi des chrétiens, le principal auteur de l'affaire de Tsen-y, Kien Pe-chang, fut accusé de nombreuses malversations par les notables de la ville; les mandarins Lancèrent contre lui un mandat d'informations, l'agitation alla si loin que Lon a affiché une longue pièce énumérant tous les reproches qui lui étaient faits. Cette pièce renfermait quelques lignes qui intéressaient la cause de la mission ; elles étaient ainsi conçues ^ :
La IS*" année de Kouag-siu (1886), le peuple et Tes chrétiens de notre ville étant en discussion, c'est lui, présent alors à la maison commune, qui a dirigé et ordonné la destruction de l'église et nous a mis ainsi sur le dos une
grave affaire.
Immédiatement Guichard envoya un exemplaire de cette pièce à Bodinier, qui le trcinsmit au premier interprète de la Légation de France, Vissière, en appelant son attention sur le passage que nous venons de citer ; il ajoutait ces réllexions qui pouvaient paraître justes^ :
C'est vraiment en ce moment-ci une occasion favorable pour presser la solution de notre affaire. Kien Pe-ch uig est mal vu du prétoire ; il est regardé comme un homme dangereux qui a trop longtemps abusé de son influence jusqu'à se rendre encombrant et gênant pour l'autorité locale ellemême. Cette raison, sans doute, aura plus d'influence sur les mandarins que le péché d'avoir saccagé l'église, mais les Chinois font volontiers d'une pierre deux coups ; ils prévoient que tôt au tard l'affaire de Tsen-y peut
» A. M.-E., vol. 549g, p. 1113, 18 déc. 1889.
- « Dans cette pièce, Kien Pe-chang est appelé Kien Nien-tien,je ci:ois que Nientien est le min ou kean-min, Pe-chang est le lao-min •.•>■> (A. M. -E., vol. 549°, p. 527. M. Bodinier à M. Vissière, Shang-hai, 15 juillet 1890).
'A. M.-E., vol. 549f, p. 539. M, Bodinier à M. Vissière, 15 juillet 1890.
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KI!V DU PROCES TSEN-Y
s'arranger et ils tiennent tout prêt l'homme qui doit en porter la responsabilité aussitôt que des ordres précis et sérieux du Tsong-li yamen seront arrivés.
La pioce ne produisit pas à la Légation reiïot qu'on espérait. Vissiére répondit au missionnaire" :
Cette pièce prouve surtout que le noiable Kien ne compte pas dans le pays que des amis. J'ai montré cetle pièce à M. Lemaire qui se propose de nouveau d'écrire au Tsong-li yamen au sujet de votre affaire.
Le 2() aoiit 1890, en effet, le ministre écrivit de nouveau. Favier-, proj)osa ensuite d'en parler au septième prince, puis tout rentra dans le silence.
Le 6 octobre 1890, Lemaire quitta Pékin pour prendre un congé en France, après avoir remis le service de la Légation cà Ristelhueber, consul général à Tien-tsin. Quand il passa à Shang-haï, il rerul la visite de Bodinier, à qui il dit « beaucoup de bonnes paroles comme toujours, ce qui d'ailleurs vaut mieux que de mauvaises, bien qu'on soit en droit de n'y plus trop croire ^ Il promit que Ion pouvait compter, comme sur lui-même, sur le Chargé d'affaires qui poursuivrait ce procès avec d'autant plus do persévérance que la Légation s'en occupait depuis quatre ans. » Bodinier n'espérait cependant pas beaucoup de Ristelhueber, non qu'il mit en doute ses bonnes dispositions, mais parce qu'il n'était que Chargé d'affaires « ce qui, disait-il, ne lui donnait que fort peu de prestige et d'autorité près des Chinois ». 11 lui écritccpendant le 21 octobre* pour lui résumer le procès de Tsen-y et les différentes phases par lesquelles il a passé.
Ristelhueber' obtint que le Tsong-li yamen télégraphiât au Kouytcheou l'ordre de mettre en liberté les prisonniers' ; la joie fut grande à cette nouvelle, mais elle ne dura pas. Le télégramme portait l'ordre non absolu mais très conditionnel de libérer les prisonniers « si rien ne s'y opposait ». La formule était très élastique ; les autorités du Kouy-tcheou en profitèrent, et, au télégramme du Tsong-li yamen, le gouverneur répondit " :
' A. M.-E., vol. 549f, p. 587, 10 août 1890.
• A ce moment, Favier avait quelques dillicultés avec notre représentant. On disait que le gouvernement français s'était opposé à sa nomination de Vicaire apostolique de Pélcin. Voir à ce sujet un ' article du Chinese Tunes de Tien-tsin, du 26 juillet 1890 [A. M.-E., vol. 5'i9f, p. 555).
3 A. M.-E., vol. 549f, p. 681. Bodinier à Mgf Guicliard, 19 octobre 1890.
^ A. M.-E., vol. 549f, p. 782.
5 A. M.-E., vol. 549°, p. 540. Ristelhueber à Bodinier, Il novembre 1890. 549*, p. 745. Le consul général de Shang-haï à Bodinier, 12 novembre 1890.
«A. M.-E., vol. 549°, p. 553.
GUICHARD ADMINISTRATEUR
Les cinq complices précédemment livrés se trouvant en prison, la tranquillité peut encore régner entre tous. Si vous admettiez que le ministre de France à Pékin ordonnât aux missionnaires de se porter garants et que les prisonniers fussent relâchés, il y a tout lieu de croire que des vengeances seraient exercées et que l'on fomenterait de nouveaux troubles. Non seulement la vie des cinq hommes en question serait difficile à sauvegarder, mais les missionnaires, garants eux-mêmes, seraient difficiles à préserver. Les coupables principaux, Ouen San-ho et autres, sont tous des chrétiens, il est à supposer que les missionnaires peuvent sav^eir ce qu'ils sont devenus. S'ils trouvent le moyen de les livrer à la justice pour être punis conformément aux lois, l'affaire pourra recevoir bientôt un solution.
En même temps que le Tsong-li yamen fait remettre cette lettre à notre Cliargéd'alTaires, il lui donne communication d'une note rédigée par le préfet de Tsen-y, Yu Yuin-hoan, envoyée par le gouverneur Pan, répétant les anciennes accusations contre Bodinier et contre les chrétiens et se terminant garces lignes significatives* :
En conséquence, il n'y a aujourd'hui aucune autre manière de traiter cette affaire que celle-ci : presser et ordonner de rechercher les coupables Ouen San-ho, Yan Tsiou-tsiang, etc;.. et de les livrer pour être jugés selon les lois ; ensuite prendre l'instigateur, le prêtre Po ty-gnie, et le punir d'une peine adéquate; peut-être alors ce procès sera bientôt terminé et le pays sera content.
Transmise à Bodinier, cette note lui fait écrire une réponse qui n'est que la répétition plus ou moins résumée des explications qu'il a déjà multipliées sur l'affaire de Tsen-y', il nous parait donc inutile de la citer.
Notre Chargé d'affaires n'attendit pas les observations du missionnaire pour réclamer près du Tsong-li yamen. '
Dans une entrevue que j'ai eue, écrit-il le 25 novembre 1890^ je me suis efforcé de réfuter les arguments mis en avant par les autorités du Kouy-tcheou, pour retarder encore la solution d'une affaire qui dure depuis si longtemps malgré l'intervention reitérée de la Légation. Le Tsong-li yamen se déclare impuissant et, devant les déclarations de S. E. Pan, il affirme qu'il lui est impossible de prendre la responsabilité de faire relâcher les cinq chrétiens. Devant une pareille opposition et dans le désir d'obtenir au moins un commencement de satisfaction, j'ai proposé au prince de ne faire mettre immédiatement en liberté que quatre des détenus et de garder encore en prison, jusqu'à plus ample informé, le cinquième, contre lequel il paraît y avoir quelques charges. Sur mes instances, cette proposition a été acceptée, du moins en principe, et le Tsong-li yamen s'est engagé à recommander par lettre pressante au gouverneur de prendre les
^ A. M.-E., voL 549°, p. 571.
î A. M.-E., voL 549°, p. 553.
flN DU PROCÈS DE TSEN-Y
dispositions qu'il jugera les meilleures pour relâcher les prisonniers et assurer leur sécurité.
Je regrette, Monsieur le Provicaire, de n'avoir pu arriver à un meilleur résultat et je dois même vous avouer qu'étant donné les démarches réitérées et pressantes qu'a faites la Légation et les difficultés qui lui ont toujours été opposées, je crains bien que la solution de l'afTaire qui nous occupe, solution, à laquelle, d'ailleurs, je m'emploierai de mon mieux, ne se fasse encore longtemps attendre.
Les observations de Ristelhueber firent cependant quelque impression sur le Tsong-li yamen, à en juger par la lettre suivante, écrite le 9 janvier 1 89 1'^:
Le 29 de la i i" lune.
Le 12 de la 10® lune (23 novembre 1890), lorsque vous êtes venu, Monsieur le Chargé d'affaires, au Yamen, pour nous entretenir des affaires de la mission catholique de Tsen-y, au Kouy-tcheou, vous nous avez demandé de faire relâcher tout d'abord, sous caution, quelques-uns des hommes détenus en prison. Nous avons télégraphié plusieurs fois au gouverneur du Kouy-tcheou d'aviser et de traiter lafïaire. Nous recevons maintenant une dépèche télégraphique dans laquelle il nous dit :
« Le juge provincial Hoang a déjà envoyé des ordres pour que l'aflaire reçut la solution indiquée ; mais le sous-préfet, se trouvant obligé de se retirer pour cause de deuil, et considérant que, vu l'efTervescence des esprits, de nouveaux malheurs allaient s'ajouter aux anciens, il n'a pas osé mettre, sans plus de précautions, les prisonniers en liberté. Son rapport est très long et ne peut être transmis par le télégraphe. Je me trouvais donc dans une réelle difficulté, lorsque j'ai reçu vos instructions télégraphiques du 20 (31 décembre 1890), à la suite desquelles le juge provincial vient de prescrire verbalement au nouveau sous-préfet de trouver un arrangement, de faire transférer les prisonniers dans la prison extérieure, ce qui équivaut à la mise en liberté sous caution et, en même temps, de citer les deux parties, ainsi que les notables et la milice, pour qu'ils s'entendent convenablement tous ensemble, en vue de satisfaire à la fois le peuple et les chrétiens et d'éviter de nouvelles complications'. Toutefois, la ville dont il s'agit est à une grande distance de la capitale provinciale, et mon autorité s'y fait sentir difficilement. Je vous prie d'en tenir compte. »
Nous trouvons que ce que nous dit le gouverneur représente bien l'état réel des choses, et nous croyons, Monsieur le Chargé d'afïaires, que vous devez aussi savoir que le gouvernement provincial, au milieu de tant de difficultés, peut uniquement se montrer animé du désir de régler l'affaire par voie d'accommodement, s'il existe un moyen auquel on puisse recourir pour l'arranger.
Lorsque le gouverneur nous aura répondu en nous faisant connaître la façon dont cette affaire aura été effectivement traitée, nous vous en ferons part. Nous croyons devoir vous envoyer d'abord cette première réponse, Monsieur le Chargé d'afïaires, pour votre information.
A. M.-E., voL 549°, p. 597.
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GUICUARD ADMINISTRATEUR
Notre représentant vit dans cette communication de forme plus courtoise que les précédentes un indice favorable'. Il se trompait, il le comprit lorsque le 4 mai il reçut la lettre suivante ^ :
Nous avons reçu, le 22 de la présente lune (30 avril), la réponse télégraphique suivante du gouverneur Pi ' du Kouei-tcheou au sujet de l'affaire de la mission catholique de Tsen-y.
J'avais précédemment ordonné de transférer séparément les prisonniers dans la prison extérieure, de réunir les parties et de les interroger pour qu'elles puissent s'entendre ensemble et mettre iin au procès. Le souspréfet m'a adressé depuis un rapport, dans lequel il me dit, qu'après plusieurs interrogatoires, les parents des victimes, les notables et les chefs de la milice, considérant que lincitateur Bodiner et les principaux coupables, tels que: Ouen San-ho, n'avaient pas comparu, ont refusé obstinément de se déclarer satisfaits. Ce n'est qu'après des exhortations réitérées que les complices Ouang Fong-ting et autres ont été installés dans un bâtiment vide du yamen de la sous-préfecture, en attendant que l'incitateur et les meurtriers aient été livrés à la justice, et qu'on puisse alors terminer l'affaire et donner satisfaction aux sentiments populaires.
Nous croyons devoir vous faire connaître par la présente lettre, M. le Chargé d'affaires, le télégramme dont nous vous donnons copie ci-dessus, pour que vous en fassiez part à l'évèque.
Cette lettre, relatant un télégramme du 30 avril, fut confirmée par une lettre de Guichard à Bodinier qui annonça le transfert de trois prisonniers. Ouang et les deux frères Ten avaient quitté la grande prison, oti seuls Lou et Tsiang demeurèrent, pour être mis dans la prison ordinaire. Ce n'était pas là ce qu'avait promis le gouvernement chinois, aussi Ristelliueber réclama-t-il de nouveau, et, dans une visite qu'il fit au Tsong-li yamen le 12 mai, il demanda que ■l'on télégraphiât l'ordre de mettre en liberté sous caution les cinq chrétiens emprisonnés. Il ne se contenta pas de cette réclamation verbale et il écrivit * :
20 mai 1891.
Monseigneur ^ Messieurs les Ministres.
Par une lettre en date du 4 de ce mois, votre Yamen m'a donné communication d'un télégramme du gouverneur par intérim du Kouy-tcheou lui transmettant un rapport du sous-préfet de Tsen-y, relatif aux mesures prises envers les cinq chrétiens emprisonnés sans jugement, après la destruction
* A. M.-E., vol. 549°, p. 595. Lettre de Ristelhueber à Bodinier, 17 janvier 1891. 2 A. M.-E., voL 549°,p. 651.
' A ce moment, le gouverneur Pan avait été changé. Décret de son changement A. .¥.-£., vol. 549f, p. 945.
«• A. M.-E., vol. 649', p. 655.
^ Le prince King.
FIN DU PROCES DE TSEi\-Y
de la mission qui existait dans cette localité, et dont depuis bientôt cinq ans nous réclamons en vain la mise en liberté.
(Suit la teneur de la dépêche.)
Je ne puis laisser passer, sans protester de la façon la plus énergique, cette appellation d'incitateur dont est qualifié M. l'abbé Bodinier, non plus que la prétention de l'autorité locale de faire comparaître devant son tribunal un missionnaire français. J'espère que Votre Altesse et V^os Excellences auront relevé, comme elle le mérite, cette tentative d'un fonctionnaire dont l'impartialité est révoquée en doute, puisqu'il porte une accusation dénuée de fondement, et qui semhlc ignorer l'existence 'des traités et des conventions coaclus entre les deux pays. Je crois devoir m'élever également contre le nom de complices donné aujourd'hui à Ouang et à ses compagnons qui, jusqu'à présent, avaient toujours été considérés comme de simples témoins. Ces observations faites, je viens vous demander, comme je l'ai déjà fait de vive voix, dans l'entretien que j'ai eu l'honneur d'avoir avec vous le 12 de ce mois, de donner enfin un commencement de solution à cette affaire et, à cet effet, je vous prie d'envoyer aux autorités du Kouy-tcheou l'ordre de mettre en liberté sous caution les cinq chrétiens, et de faire entourer d'un mur la propriété de la mission. Il est bien entendu, d'ailleurs, que ces individus devront comparaître devant le tribunal chaque fois qu'ils y seront convoqués pour être interrogés sur les faits qui ont amené leur arrestation.
Ces satisfactions sont bien minimes ; elles sont loin d'être en rapport avec l'accord intervenu dès 1887 entre votre Yamen et M. Conslans, mais je veux bien, pour donner une nouvelle preuve de notre esprit de conciliation, m'en contenter pour le moment, en exprimant toutefois l'espoir que les autorités chinoises ne tarderont pas à accorder à la mission du Kouytcheou les autres réparations qui lui sont dues.
Les demandes verbales et e'crites de notre Chargé d'affaires demeurèrent sans résultat.
Campagne de presse contre les étrangers, — Décret impérial du 13 juin 1891. — Retour de Lemaire. — Les prisonniers de ïsen-y.
A cette époque, des faits graves se passent, qui semblent devoir inlluer heureusement sur Tissue du procès de Tsen-y. Nous les résumons. En 1890, des troubles ont agité le Su-tchuen Oriental ; en 1891, les missions du Kiang-nan et du Tche-li ont plusieurs oratoires et orphelinats pillés et incendiés ; dans quelques villes, sur les rives du Fleuve bleu, les protestants sont maltraités ; la douane de Ou-hou est attaquée ; à I-tchang, des incendies éclatent dans les magasins européens. Ces faits parurent avoir pour cause principale une cam-
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GUICHARD ADMINISTRATEUR
pagne de pamphlets commencée dépuis assez longtemps et qui venait de prendre un développement considérable '.
Les puissances occidentales s^unirent. Le 20 mai 1891, une note fut remise au Tsong-li yamen par tout le corps diplomatique à Pékin, pour protester contre la distribution et l'affichage de placards hostiles aux étrangers et les attaques faites contre eux. Cette note n'ayant pas obtenu le succès désiré, une nouvelle note fut remise le 8 juin. Celle-ci produisit plus d'etîet, peut-être parce que les repré-
' En 1890 et 1891, parut à Canton un petit livre intitulé : Traitement indulgent des Etrangers, écrit par l'amiral Pen Yu-lin et par Ouang Che-tchouen, trésorier provincial du Hou-pe, avec un chapitre supplémentaire par Hiu Kin-chou ancien ministre chinois aux Etats-Unis, Cela semble un singulier titre pour un ouvrage dont le but principal peut être résumé dans les recommandations suivantes faites à la Chine : « étudier les méthodes européennes d'éducation, ^acquérir des richesses en ouvrant des mines et en augmentant le tarif des importations, organiser une armée et une marine effectives, et alors se. venger des affronts passés et présents. » En 1891, le docteur John, ministre protestant à Han-keou, rechercha les auteurs de quelques pamphlets et particulièrement du plus connu, le Kouy kiao kay sse ; il signala les maisons où les exemplaires de ces publications étaient vendus, et où l'on conservait les planches gravées sur bois pour la reproduction ; il rendit public le nom de l'imprimeur qui habitait Tchang-cha, dans le Hou-nan, et les noms des huit Chinois qui avaient fait à leurs frais imprimer et répandre chacun cent mille exemplaires de cet ouvrage ; il porta ces faits à la connaissance du consul anglais de Han-keou, M. Gardner.
Nous ne savons si ce fut le docteur John qui, au mois de janvier 1892, publia, à Han-keou, un ouvrage in-folio relié à la manière chinoise, écrit en anglais et en chinois imprimé sur papier de Chine et intitulé : « La cause des émeutes dans la vallée du Yang-tse : galerie complète de peintures ». « Cet ouvrage contient une série de reproductions en couleurs, avec traductions et notes, de 32 de ces infâmes placards illustrés publiés contre les chrétiens et les Européens, sortis des presses de Tchang-cha au Hou-nan et disséminés abondamment dans toutes les provinces par le parti anti-européen. Dans la préface, il était dit: « La reproduction de cette galerie de peintures étant destinée au petit nombre des penseurs et. non à la multitude, nous n'avons fait aiucun effort pour déguiser l'extrême grossièreté des peintures et du langage. Ce n'est pas cependant l'œuvre de gens illettrés. Les publications anlichrétiennes du Hou-nan, presque sans exception, ont eu des lettrés pour auteurs, il n'y a aucun doute possible à ce sujet Le cas étant ainsi, nous avons pensé qu il était mieux de reproduire la Galerie juste comme elle existe dans les originaux avec toute son obscénité et sa vilenie, car autrement il ne serait pas possible de se faire une juste idée de la nature irraisonuable et blasphématoire de l'attaque des Chinois contre le christianisme, de la basse condition mentale et morale des lettrés chinois, et enfin du besoin profond qu'ont toutes les classes en Chine de cette foi et de cette vérité qu'ils cherchent à détruire. » [A. M.-E. vol.549'', p. 397 et 509).
Au sujet de ces publications honteuses faites par les Chinois, le 6 février 1892, une réunion publique eut lieu à Han-keou, sous la présidence du chef du Conseil municipal de l'a ville, dans le but de délibérer sur les mesures à prendre pour assurer la suppression de cette littérature anti-européenne, et cette réunion résolut d'envoyer une pétition à lord Salisbury. [A. M.-E., vol. 519^, p. 417.)
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FIN DU PROCES DE TSEN-Y
sentants de la Chine accrédités en Europe se hâtèrent, assure-t-on, de télégraphier que les gouvernements étaient décidés à faire respecter leur volonté'.
La cour de Pékin se le tint pour dit et, peu de jours après, le 13 juin 1891, fut signé le décret suivant* :