DÉCRET IMPÉRIAL
Notre Conseil des Affaires Etrangères nous a présenté un rapport dans lequel il nous expose que des affaires concernant les missions religieus-es se sont produites, d'une façon répétée, dans les différentes provinces, et il nous prie de donner des ordres formels aux vice-rois et gouverneurs pour qu'ils avisent promptement à la solution qu'il convient de donner à ces affaires.
Il est dit, dans ce rapport, que pendant la 4^ lune de cette année (maijuin 1891), la mission religieuse de Ou-hou, dans le Ngan-hoei, a été incendiée par des malfaiteurs, que celles de Tan-yang bien, dans le Kiangsou, et de Ou-hiue-tchen, dans le Hou-pe, ont aussi été successivement détruites, et qu'il importe absolument de rechercher et d'arrêter les coupables et de prendre rapidement des mesures préventives sérieuses.
La propagation des religions étrangères est stipulée dans les traités, et des décrets ont été rendus ordonnant aux gouvernements provinciaux d'assurer, à cet égard, la protection en toute occasion.
Bien des années se sont écoulées et la paix a régné entre la Chine et les étrangers. Comment se fait-il donc que des affaires d'incendies et de destruction de mission se soient récemment produites en même temps? Ce fait est digne de notre étonnement. 11 existe là manifestement des chefs de malfaiteurs qui, après avoir comploté en secret, ont formé des affiliations pour fomenter des troubles, puis ont semé de fausses rumeurs et jeté la défiance dans les esprits, avec rintention de profiter des circonstances pour commettre des actes de pillage. Il est même arrivé que des gens honnêtes, faisant tranquillement leur devoir, ont été trompés ou contraints par eux. De cette agitation sont résultées de graves affaires.
Si des punitions sévères n'étaient pas infligées, comment maintiendraiton la rigueur des lois et comment tranquilliserait-on le pays ?
Nous ordonnons aux vice-rois des deux Kiang et du Hou-kouang et aux gouverneurs du Kiang sou, du Ngan-hoei et du Hou-pe de donner, sans délai, aux fonctionnaires civils et aux officiers militaires compétents, Tordre de rechercher et de saisir les principaux coupables, de les juger et de les décapiter sur-le-champ, afin de servir de leçon pour l'avenir.
Quant aux religions de l'Occident, leur but est d'exhorter les hommes à faire le bien. Ceux qui suivent ces religions n'en sont pas moins des enfants et des sujets de la Chine et restent soumis à la juridiction des autorités locales. Le peuple et les chrétiens peuvent donc vivre en bonne intelligence. C'est toujours parce que des misérables inventent des récits sans fondement, pour profiter des occasions, que des désordres se produisent.
^ A cette occasion, le Tsong-li yamen adressa un mémorial au trône. La traduction de ce mémorial se trouve A. M.-E,, vol. 549", p. 59. 2 M. C, an. 1891, p. 433.
KOUY-TCUtOW 24
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GUICUARD ADMINISÏHATEUR
De semblables traîtres existent en bien des endroits. Nous enjoignons aux maréchaux tartares, vice-rois et gouverneurs, dans toutes les provinces, de publier des proclamations pour faire savoir aux habitants qu'ils doivent se garder strictement d'écouter à la légère ces rumeurs et de causer des affaires mal à propos. Si, à l'aide de placards anonymes, on répand de faux bruits, pour semer la suspicion parmi les masses, les auteurs en seront aussitôt activement recherchés, saisis et sévèrement punis.
En ce qui concerne les commerçants et les missionnaires étrangers, les autorités locales doivtîut oécessairemenl prendre, en toute occasion, des mesures pour proléger leurs personnes et leurs familles, sans tolérer que des scélérats les molestent.
Si les mesures de pi'écaution ne sont pas sérieuses et s'il en résulte des affaires, nous ordonnons que des dénonciations rigoureuses nous soient aussitôt adressées, conformément à la vérité.
Pour les anciennes affaires demeurées sans conclusion dans les différentes provinces, nous enjoignons, en même temps, aux maréchaux tartares, vicerois et gouverneurs, de les terminer promplement, sans qu'il leur soit permis de laisser leurs subordonnés les faire traîner en longueur ou les mettre de côté, par crainte de difïicultés ; cela en vue de tirer au clair les dossiers accumulés.
Que ce qui précède soit, par un ordre général, porté à la connaissance de tous.
Respect à ceci !
Cette pièce fut transmise à tous les Vicaires apostoliques de Chine par notre Chargé d'alîaires qui l'accompagna de cette lettre* :
MONSEIGiNEUR,
J'ai l'honneur de vous adresser ci-joint le texte chinois et la traduction d'un décret impérial dont le Tsong-li yamen m'a donné communication par une dépêche officielle en date du 15 de ce mois et qui avait paru, le 13, dans la Gazette de Pékin.
Ce décret, rendu sur ma demande ainsi que sur celle des autres représentants étrangers à Pékin, rappelle que la propagation des religions étrangères est stipulée dans les traités, que ces religions ont pour but d'exhorter les hommes au bien et que des décrets, précédemment promulgués, ont prescrit aux autorités provinciales d'assurer aux missionnaires et aux chrétiens une protection efficace.
Faisant allusion aux récents événements dont la région du Yang-tse a été le théâtre, l'Empereur s'élève contre les malfaiteurs qui, en mettant en circulation de fausses rumeurs, ont pour seul objet de fomenter des troubles à la faveur desquels ils commettent des actes de pillage ; il invite, en conséquence, les gouverneurs généraux et gouverneurs des provinces, dans lesquelles des désordres ont eu lieu, à rechercher et à saisir les principaux coupables, à les juger et à les décapiter sur-le-champ.
Le décret ajoute que les Chinois convertis n'en restent pas moins enfants et sujets de la Chine, soumis à la juridiction des autorités locales et que, dès lors, rien ne s'oppose à ce que les chrétiens et le reste de la population
'M. C, année 1891, p. 433.
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FIN DU PROCES DE TSEN-Y
vivent en bonne intelligence. Il ordonne aux maréchaux tartat-es, vice-rôis et gouverneurs, de, faire paraître des proclamations, conçues en termes formels, d'assurer la protection de tous les étrangers, missionnaires ounégociants, et leur enjoint, enfin, de régler sans délai toutes les affaires pendantes.
Les termes de ce décret sont, vous le reconnaîtrez sans doute, avec moi, de nature à nous satisfaire, et la publication pour la première fois dans la Gazette de Pékin d'un manifeste de ce genre en augmente encore la portée. J'espère qu'il produira les effets que nous sommes en droit d'en attendre, en mettant fin aux désordres qui ont si fâcheusement éprouvé plusieurs de nos missions, et en assurant, pour l'avenir, à tous nos missionnaires, une protection efficace qui leur permettra de poursuivre, en toute liberté, l'accomplissement de l'œuvre à laquelle ils se sont consacrés.
Je vous serai obligé de me tenir au courant de la façon dont les autorités chinoises de votre Vicariat se seront conformées aux ordres de la Cour, et en particulier, de m'adresser soit des copies, soit des journaux, s'il vous est possible de vous en procurer, des proclamations qu'elles doivent faire paraître.
Ce décret était favorable au catholicisme, mais les documents de cette nature ne sont pas rares dans les annales de l'Histoire de Chine ; aussi les missionnaires qui n'en espérèrent pas de grands résultats furent-ils nombreux.
Plus d'un mois après sa publication à Pékin, ce décret n'avait encore été affiché q^ue dans les ports ; mais les Légations veillaient ; le 6 et le 12 août, elles présentèrent de nouvelles notes. Enfin, le 9 septembre, les satisfactions réclamées pour les dommages causés dans les villes que nous venons de signaler furent accordées.
Se basant sur ces résultats si heureux pour d'autres, le coadjuteur du Kouy-tcheou essaya d'engager des négociations avec le nouveau gouverneur titulaire, Song-fan, ancien mandarin au Su-tchuen. Par l'intermédiaire du bureau des affaires religieuses, il fit, selon l'usage, présenter une lettre demandant l'arrangement de l'affaire de Tsen-y. A l'exemple de ses prédécesseurs, le gouverneur refusa et réclama les coupables, c'est-à-dire : Bodinier etlesdeux chrétiens qui s'étaient enfuis K Cette fois, le vieil évêq^ue du Kouy-tcheou, Lions, écrivit au ministre de France. Sa lettre, contrairement à celles qu'il rédigeait d'ordinaire avec tant de calme, débordait de douleur et d'indignation * :
Evèque, je n'ai que des larmes à donner au malheur de mes néophytes, et à pleurer avec eux sur les ruines qui s'amassent autour de nous!... Gomme Français, je me résigne moins facilement, je sens au fond du cœur un flot d'indignation que je ne sais refouler. Il ne m'est pas possible de considérer d'un œil sec ces violations cyniques des traités, ces parjures
'A. M.-E.,vol. 549h, p. 306
^ Nouspensons qu'il signa cette lettre, mais ne la rédigea pas.
GUICHARD ADMINISTRATEUR
sans vergogne, ce mépris brutal des conventions les plus sacrées, ces dénis de justice, toutes ces turpitudes enfin dont nous sommes témoins et victimes et qui contribuent fatalement à abaisser aux regards de ces populations ignorantes le prestige de notre chère patrie. Aussi, Monsieur le Ministre, en remettant cette fois mon dernier espoir entre les mains de la Légation, en vous suppliant d'avoir pitié de ma mission persécutée, je crois remplir un devoir et faire un acte de bon citoyen. Le jour oii, grâce à une impulsion aussi ferme qu'habile, la Légation française aura enfin ramené au respect de la foi jurée et au sentiment des convenances internationales, ces orgueilleux ennemis de la droiture et de la religion, cejour-là, elle aura de nouveau bien mérité de notre pays, de Dieu, et des honnêtes gens ; elle aura, derechef conquis un droit imprescriptible à la reconnaissance des opprimés, à la vénération des missionnaires du Kouy-tcheou.
Lemaire, revenu de Fq^ance depuis le mois d'octobre 1891, reprit l'interminable série des négociations, avec aussi peu de succès que précédemment \
Une de ses lettres, datée du 20 juillet 1892, est plus véhémente que les autres ; en voici les dernières lignes- :
Mais comment l'évèque pourrait-il livrer les soi-disant coupables? A-t-il à sa disposition des valets de yamen pour les poursuivre et les arrêter ? Peut-il empiéter ainsi sur les attributions des magistrats ? Pour les meurtres d'enfants, c'est toujours cette même calomnie stupide que l'on voit reparaître sous différentes formes chaque fois-quc la populace s'est portée à quelques actes de violence et que les autorités n'ont pas su la maintenir ; mais que les autorités s'en fassent elles-mêmes l'écho, c'est un comble d'audace que votre Yamen, soucieux du bon renom du gouvernement chinois, doit avoir à cœur de relever. Pour les circonstances mêmes de l'affaire qui nous occupe, elles sont connues à fond de Votre Altesse et de Vos Excellences. Vous pourrez, d'ailleurs, vous reporter à la dépêche que je vous ai écrite le 3 mars 1888 : les chrétiens de Tsen-y, assaillis pendant la nuit, dans la mission, étaient dans le cas de légitime défense et, d'après le code, « ne pouvaient être recherchés ». Et tandis que l'on emprisonne des innocents, que 1 on demande de livrer ceux qui sont coupables de s'être défendus, que l'on accuse l'abijé Bodinier lui-même, les véritables criminels, ceux qui ont assailli la mission, la nuit, ne sont même pas inquiétés.
A quoi bon insister davantage ! les faits sont patents et la justice est claire. Mais, pour le moment, je veux m en tenir aux mesures préliminaires réclamées l'an dernier par M. Ristelhueber, et je prie Votre Altesse et Vos Excellences de donner des ordres précis au Kouy-tcheou pour que les cinq chrétiens détenus soient relâchés sous caution et que la propriété delà mission soit entourée de murs. Un nouveau préfet vient d'être nommé à Tsen-y, il est important que, dès son entrée en charge, il reçoive comme instructions de terminer cette trop vieille aff"aire pour le règlement de laquelle il ne m'est pas possible de ne pas insister.
' A. M.-E., vol. 549°, p. 615. LeUre à M. Bodinier, 13 novembre 1891, • A. M.-E., vol. 549*, p. 711. Lettre au Tsong'li yamen, 20 juillet 1892.
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FIN DU PROCKS DE TSEN-Y
A la suite de cette lettre, le Tsong-li yamen donne de nouveaux ordres; les missionnaires du Kouy-tcheou apprennent que « les trois grands mandarins de la province se sont réunis pour parler de leurs affaires, mais que le fan-tai, Ouang,s'est opposé à tout arrangement ».
Gréa profite cependant de cette circonstance pour demander une entrevue au grand juge qui la lui refuse ; il va voir un mandarin du bureau des affaires religieuses qui lui répète la réclamation accoutumée : « Livrez-nous les vrais coupables. » Le missionnaire discute, réfute les calomnies et, à bout de répliques, le mandarin finit par dire : « Je rapporterai tout au grand juge. »
Au mois d'octobre 1892, mourut le principal persécuteur des chrétiens, Kien Pe-chang ; il revenait de Pékin où il avait obtenu le grade de docteur ; arrivé à Tong-jen, à quelques jours de marche de Tseny, il fut invité à diner par le mandarin Li ; mais, au milieu du repas, il se sentit subitement fatigué et fut obligé de quitter la table. Le lendemain, un autre mandarin, le général Leang, qui connaissait sa réputation du plus grand buveur de la ville de Tsen-y, l'invita à rivaliser, la bouteille en main, avec lui et quatre de ses amis. A eux six, ils absorbèrent, dit-on, dix litres de vin chinois de l'espèce la plus forte. Kien ne put supporter cet excès, il se lit conduire à son auberge et se coucha ; une heure après, il était mort. Son cadavre fut transporté à Tsen-y ; il y arriva le 31 octobre. Pendant que certains se demandaient si les mandarins n'avaient pas eu intérêt à faire disparaître Kien, qui prenait trop de place, quelques païens accusèrent les chrétiens de l'avoir empoisonné ; mais bientôt on apprit les circonstances du trépas, et l'accusation tomba d'autant plus facilement qu'il n'y avait pas de chrétiens à Tong-jen.
Cette mort, qui faisait disparaître de Tsen-y le plus grand ennemi des chrétiens, sembla opérer une détente dans la situation ; Gréa eut quelques entrevues avec le mandarin Lo, chef du bureau des affaires religieuses, qui lui fit espérer la libération des prisonniers dans'un avenir prochain. Ces malheureux, dont on parlait si souvent, donnaient à leurs geôliers et à leurs codétenus l'exemple des vertus chrétiennes. « Ils prient à haute voix, écrivait Poinsot en 1893, ils ont transformé en oratoire une des cellules de la prison; ils se réunissent là pour prier et s'exhorter mutuellement. Ils prêchent aussi à leurs compagnons de captivité, et leurs exhortations ne restent pas stériles. Plus de dix détenus ont entendu leur voix, abjuré leurs erreurs et prient chaque jour avec eux. Deux ont obtenu la grâce du baptême ; l'un in articula mortis, l'autre quelques instants avant d'être conduit au dernier supplice.
« Je vois un jour venir à moi un beau vieillard qui se jette à mes pieds et, sans autre préambule, me demande le baptême : « Qui donc
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OUTCHARD ADMINISTRATEUR
es-lu ? — Je m'appelle Tchang, je suis geôlier de la prison oij sont enfermés Lou Tsi-pa et les autres chrétiens ; j'ai entendu leurs exhortations, j'ai abjuré Tidolàtrie et, depuis deux ans, je suis chrétien. » Je l'interrogeai sur les vérités de notre sainte religion et je vis qu'il les avait étudiées sérieusement. Je différai pourtant son baptême ; mais après de nouvelles instances, je le baptisai. Depuis son baptême, il fut un sujet d'édification pour tous, même pour les païens. Dieu le retira de la corruption de ce monde un mois après. Pendant les quelques jours de sa maladie, il répétait sans cesse les doux noms de Jésus et de Marie. Quelques instants, avant sa mort, ses amis l'exhortaient à prendre un peu de nourriture, suivant l'usage païen : « Laissez-moi, leur dit-il, j'ai une nourriture que vous ne connaissez pas », et il leur montrait son chapelet. C'est en répétant une dernière fois le nom de Jésus qu'il s'endormit pieusement dans le Seigneur.
« Un an auparavant, n'étant encore que catéchumène, il avait baptisé in articulo ?nortis un de ses camarades, Lai Ta-ye, éclairé comme lui par les exhortations de Lou Tsi-pa. »
Ce dernier convertit encore quatre jeunes criminels qu'il baptisa quelques instants avant leur supplice.
Cette même année 1893, Lou Tsi-pa écrivait à Poinsot ^ :
A mon bien-aimé Père Paul Pé '.
Bien-aimé Père, je vous souhaite une paix inaltérable dans les saintes plaies et dans le saint Cœur de Jésus.
Le 10 du présent mois, j'ai reçu de notre bon Père la lettre qui nous invite à bien invoquer la miséricorde de Dieu, à honorer la clémence de sa sainte Mère, à remercier le grand saint Joseph de ce qu'il commence à nous aider,... qui nous invite également, pendant ce mois du Rosaire, à réciter pieusement chaque jour trois chapelets pour prier la bonne Mère de terminer les affaires de Tsen-y. Immédiatement, moi, très grand pécheur, j'ai transcrit les paroles de mon bon Père pour les faire passer à mes co-détenus.
Miséricordieux et cher Père, précédemment vous vous plaigniez de ce que nous ne pouvions recevoir le sacrement de Pénitence. Bien-aimé Père, merci de cette sollicitude ; nous désirerions tant nous confesser et satisfaire le désir qu'a de s'unir à nous le saint et éternel amour du Sacré Cœur de Jésus ; le malheur des temps nous en enlève tout moyen ; que nous sommes à plaindre !.,.
Un des captifs, Ouang Fong-tin, mourut en prison au mois de juillet 1893; notre ministre en prit occasion pour réclamer la liberté des survivants. Le Tsong-li yamen avisa de cette demande le
* Compte-rendu 1893, p. 137.
' Nom chinois de Poinsot.
FIN DU PROCES DE TSEN-Y
gouverneur du Kouy-tcheou qui annota froidement la lettre de ces mots :
Communiquer au juge criminel, qui examinera les vraies circonstances du procès en cours, et ordonnera aux commissaires du bureau des affaires des chrétiens de lui faire un rapport, afin que je puisse donner une réponse.
Les choses en restèrent là jusqu'en 1894, et Lemaire quitta une seconde fois et définitivement Pékin, sans que ses démarches eussent obtenu le moindre succès. Le procès de Tsen-y était au même point qu'en 1886.
Arrivée de Gérard. — Guerre sino-japonaise. ministre. — Ordres du Tsong-li yameu.
- Premières réclamations de notre Libération des prisonniers.
Auguste Gérard succéda à Lemaire ; il arrivait du Brésil * et était à peu près inconnu en Extrême-Orient. On savait seulement qu'il passait pour un diplomate habile, vigoureux et grand travailleur. Bodinier, toujours à Hong-kong, jugea que le meilleur moyen de faire sa connaissance était de prendre passage sur le même bateau que lui pour la traversée jusqu'à Shang-haï. Ses espérances se réalisèrent ; dès le premier jour, l'attaché militaire français, de Fleurac, à qui le missionnaire avait naguère envoyé des renseignements géographiques % le présenta au ministre. Ce dernier lui fit un accueil très courtois et des promesses qui parurent sincères ; il agit de même à Shang-haï en recevant le procureur des Missions-Etrangères ^
Quelque temps après son arrivée à Pékin, ayant été avisé par Guichardde l'inutilité des démarchesde Gréa, il adressa^ le 21 juillet 1894, au Tsong-li yamen une lettre demandant la libération des prisonniers, la reconstruction des établissements de la mission et la réintégra^ tion du missionnaire. Mais, à cette époque, survinrent les affaires de Corée, la guerre du Japon ^ contre la Chine et la réponse se fit attendre
* Note biographique, voir Histoire des Missions de Chine : Kouang-si, p. 356 Histoire de la mission du Thihet : 2« vol. p. 302.
' Sur les routes commerciales du Kouy-tcheou avec une carte détaillée de la route de Tchong— kin à Kouy-yang.
■'' A. M.-E., vol. 549'», p. 978. Bodinier à Mgr Quichard 28 mars 1894.
* Au début de cette guerre, le Tsong-li yamen adressa aux Légations la lettre suivante :
De Kouang-siu 20« année, 1" lune, 3« jour (3 août 1894).
Notre Yamen a déjà, par une dépèche officielle et conformément à la règle du droit international d'après laquelle on doit, en pareil cas, donner avis à toutes les
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GUICHARD ADMINISTRATEUR
jusqu'au 12 septembre ; elle ne satisfit notre ministre sur aucun point.
D'autre part, le gouverneur du Kouy-tcheou, en septembre 1894, fit dire à Guichard par l'intermédiaire ordinaire du bureau des affaires religieuses « queMéveque devait rappeler de Tsen-y M. Bodinier, qui s'était rendu dans cette ville en secret et y excitait des troubles » .
Cette affirmation étrangement fausse, puisque le missionnaire accusé avait quitté le Kouy-tcheou depuis Sans et qu'il n'y était jamais rentré, que son séjour à Pékin, à Shang-haï et à Hong-kong était de notoriété publique, fut pour notre ministre un exemple, qu'il n'oublia pasj de la valeur des renseignements fournis par les mandarins.
Après la conclusion de la paix entre la Chine et le Japon, paix à laquelle notre Légation avait efficacement travaillé, Gérard profita des avantages que lui donnait sa situation. Le 11 février 1893, il adressa au gouvernement impérial cette mise en demeure ^ :
Messeigneurs
Messieurs les Mikistres ,
Par ma lettre officielle du 21 juillet de l'année dernière, j'ai fait savoir à votre Yamen les mesures que j'attendais de son équité et de son respect des engagements pris vis-à-vis de mes prédécesseurs, pour terminer enfin l'affaire de la mission catholique de Tsouen-yi au Kouy tcheou. Ces mesures comportent la mise en liberté de quatre chrétiens prisonniers, la réédification de l'église et la réintégration de la mission dans sa propriété.
En priant Vos Altesses et Vos Excellences de se reporter à ce que je leur disais dans la communication précitée, à laquelle la dépèche du Yamen, datée du 12 septembre suivant, ne saurait constituer une réponse, j'ai l'honneur de leur donner avis que la mission du Kouy-tcheou doit rentrer en
nations amies, informé Votre Excellence desfaits par lesquels le Japon a ouvert les hostilités contre nous. Mais le Japon seul a cherché querelle à la Chine et, en dehors de lui, toutes les nations qui ont des traités avec nous conservent entièrement les mêmes bons rapports avec nous que par le passé. Quant aux commerçants et aux missionnaires de ces différentes nations qui se trouvent dans les limites de la Chine, la Chine a le devoir de les protéger tous conformément aux traités. Notre Yamen a déjà télégraphié au Commissaire impérial des ports du Nord, pour qu'il en avise par le télégraphe chacun des maréchaux tartares, vice-rois et gouverneurs de nos différentes provinces, afin qu'ils donnent par avance tels avertissements préventifs, qui ne permettent pas aux populations ignorantes de commettre des erreurs et de créer d'autres difficultés. (
Nous prions aussi Votre Excellence d'envoyer des instructions à ses consuls dans les différents ports, pour qu'ils fassent savoir aux commerçants et missionnaires de leurs pays qu'ils peuvent poursuivre leurs occupations comme à l'ordinaire, sans se laisser alarmer àcause de l'ouverture des hostilités parle Japon. (^A. M.-E., vol. 549°, p. 809)
^ A. M.-E., vol. 549», p. 813. M. Bodinier à M. Gérard, 22 octobre 1894.
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FIN. DU PROCES DE TSEN-Y
possession de sa propriété dans la ville de Tsouen-yi, et que des missionnaires y seront prochainement envoyés à cet effet.
Celte réinstallation étant de droit strict et conforme aux assurances émanées du Tsong-li yamen, la Légation ne saurait en diff'érer plus longtemps la réalisation.
Je viens, en conséquence, prier Vos Altesses de vouloir bien envoyer au gouvernement provincial du Kouy-tcheou des instructions formelles pour que. lorsque les missionnaires catholiques se présenteront à Tsouen-yi, ils y soient reçus avec égards par les autorités locales, et que celles-ci aient l'ordre précis de les remettre en possession de la propriété de la mission, et de prêter leur assistance efficace en vue de sa paisible réinstallation.
Quant aux quatre chrétiens qui sont en nre injustement détenus, alors que les meurtriers du prêtre Lin et des chrétiens n'ont jamais été l'objet d'aucune poursuite, il va de soi que leur incarcération doit prendre fin sans plus tarder. Je serai reconnaissant à Vos Altesses et à Vos Excellences de vouloir bien écrire au gouverneur de la province de les faire relaxer.
Le 20 février suivant, le Tsong-li yamen répondit * :
De Kouang-siu 21'^ année, i^^ lune, 26^ jour [20 février i 895).
COMMUMCATIOX OFFICIELLE
Le 17 de la l""® lune de la 21'^, année Kouang-siu (11 février 1895), nous avons reçu la dépêche, dans laquelle vous nous disiez relativement à l'affaire de la mission catholique de Tsen-y, au Kouy-tcheou, que la dite mission devait maintenant rentrer en possession de sa propriété dans la ville de Tsen-y [Texte de la lettre de notre ministre.)
Nous avons aussitôt écrit officiellement et par voie rapide au gouverneur du Kouy-tcheou d'examiner immédiatement l'affaire et d'y donner suite. Lorsque sa réponse nous sera parvenue, nous vous la ferons connaître. Il convient en outre que nous adressions la présente réponse officielle à Votre Excellence pour son information.
Voici maintenant la traduction de la dépêche que le Tsong-li yamen adressa au gouverneur du Kouy-tcheou ; après avoir cité la lettre du ministre de France, il disait* :
Considérant que ce procès traîne en longueur depuis de nombreuses années et que depuis si longtemps il n'y est pas donné de solution, que le ministre de France vient très souvent s'en informer et presser la solution, il nous est difficile de différer encore. En ce moment, les affaires militaires sont dans une situation critique ; dans l'arrangement des affaires ayant rapport aux royaumes étrangers, il faut arriver vite à une solution pour ne pas donner prétexte à des hostilités.
Ci-joint copie de la dépêche du dit ministre. Veuillez en prendre connaissance dans le détail et ordonner aux mandarins du lieu de sindustrier ^ pour en finir vite. Il ne faut plus, par peur des difficultés, mettre des bâ- '
' A. M.-E., vol. 549°, p. 887.
'A. M.-E., vol. 549», p. 891.
GUICHARD ADMINISTRATEUR
tons dans les roues. Nous espérons aussi que vous nous répondrez de quelle façon cette affaire aura été arrangée, pour que nous puissions en informer le ministre de France.
Il y avait évidemment quelque chose de changé dans la situation de la Chine vis-à-vis de la Légation de France, et ce changement se reflétait dans les lettres du Tsong-li yamen qui donnait rarement des ordres sur ce ton.
En même temps, Gérard, comme il le fit pour toutes les négociations importantes qu'il entreprit en faveur des missions, envoya au Vicaire apostolique du Kouy-tcheou la copie de sa correspondance avec le Tsong-li yamen et le pria de le tenir au courant des incidents qui se produiraient'.
23 février 1895.
Monseigneur,
La lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m'écrire le 24 juillet de l'an dernier m'est parvenue par l'entremise de M. labbé Bodinier, qui n'a pas manqué depuis mon arrivée en Chine de signaler à la Légation tous les mits qui pouvaient l'intéresser en vue de la suite à donner à l'affaire de votre mission à Tsouen-yi. Dès le 21 juillet, j'avais saisi le Tsong-li yamen d'une nouvelle réclamation écrite, que j'avais appuyée de vive voix, et par laquelle je demandais la libération de quatre chrétiens prisonniers, et la réédificalion de l'église dans la ville, où la mission serait réintégrée. N'ayant reçu à cette communication qu'une réponse tardive et très insuffisante, oii le Yamen se bornait à rééditer les arguments mis si souvent en avant par les mandarins du Kouei-tcheou pour nous refuser satisfaction, j'ai, le 11 de ce mois, fait parvenir aux Princes et aux Ministres chinois la dépêche dont j'adresse ci-inclus copie à Votre Grandeur. Elle y verra que je présente au gouvernement Impérial le départ des missionnaires pour Tsouenyi et leur réinstallation dans cette ville comme étant de droit strict et devant être effectués prochainement. J'invite, en conséquence, le Tsong-li yamen à prescrire toutes les mesures nécessitées par ces éventualités.
Le Yamen vient de me faire savoir qu'il a écrit d'urgence au gouverneur de la province, pour que l'affaire fût de nouveau examinée sans délai et qu'il y fût donné suite. Il vous appartiendra, Monseigneur, de faire connaître aux autorités de Kouei-yangque, d'accord avec les informations que vous avez reçues de moi, vous allez envoyer des représentants à Tsouenyi et de vous assurer que bon accueil leur y est réservé. Vous voudrez bien, d'ailleurs, me tenir au courant, au besoin par la voie télégraphique, de tels incidents qui pourraient se produire et en général de la marche de l'affaire, dans la phase nouvelle où elle va entrer.
Guichard agit immédiatement en conformité avec ces instructions ; le gouverneur lui répondit :
* A.. M.-E., Tol. 549°, p. 891.
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FIN DU PROCES DE TSEN-Y
Qu'envoyer des missionnaires h Tsen-y était dangereux et qu'il fallait attendre la réponse des mandarins de cette ville.
Deux mois plus tard, cette réponse n'était pas encore parvenue. Enfin, le chef du bureau des affaires religieuses lui promit qu'après les examens, les prisonniers seraient relâchés et les missionnaires réinstallés à Tsen-y. Au temps fixé, l'évêque envoya Chasseur et Poinsot réclamer près des mandarins de Tsen-y Texécution de ces promesses. Ceux-ci, alléguant la grande sécheresse qui régnait alors, leur défendirent d'entrer en ville, et demandèrent au gouverneur un délai de trois mois pour faire droit aux revendications de l'évêque. Le bureau des affaires religieuses fut chargé de prévenir ce dernier du nouveau sursis imposé \
C'est en vain, écrit l'évêque '^, que je lui ai représenté que des pluies abondantes étaient récemment tombées, que, par le fait, tout danger de surexcitation est écarté, que même la sécheresse persévérerait-elle, ce ne serait pas un motif sérieux pour empêcher la libération de quatre inoffensifs prisonniers. Je n'ai pas été écouté et, pour éviter des complications, peut-être serai-je forcé de me résigner, non toutefois sans avoir adressé une lettre de protestation au gouverneur.
Soit pour éviter cette protestation, soit pour y répondre, le chef du bureau des affaires religieuses promit d'obtenir des autorités provinciales que le procès serait traité dans quelques semaines ; cette promesse n'eut pas plus de valeur que les autres.
Guichard prévint notre ministre de ces faits trop visiblement dictés par une mauvaise volonté, qui s'affirma encore par le refus de la correspondance télégraphique avec la Légation. Notre ministre réclama fortement sur ce dernier point ' :
Le Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, M?"" Guichard, me fait savoir qu'au bureau télégraphique de Kouy-yang, dan lui a refusé de transmettre une dépèche qu'il adressait en caractères européens à cette Légation, relativement aux affaires de sa mission.
Ij'administration des télégraphes lui a opposé un refus formeL sous prétexte que le surintendant des ports du Nord, S. E. Li Hong-tchang, n'avait pas encore rapporté la défense faite d'accepter des messages en langage européen.
Je prie Vos Excellences de ne pas laisser subsister plus longtemps un tel état de choses. Je leur serai donc reconnaissant de faire donner les ordres nécessaires, pour que les télégrammes, rédigés en français ou en latin, soient acceptés désormais dans tous les bureaux télégraphiques de l'empire et soient transmis sans délai, ni difficultés.
' A. M.-E., Tol. 549°, p. 933. Lettre au ministre de France, 23 juillet 1895. * A. M.-E., vol. 549o; p. 935. Lettre à M. Gérard, 16 août 1895. 3 A. M.-E., vol. 549», p. 937. Lettre du 13 août 1895.
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GUICHARD ADMINISTRATEUR
Il convient que la liberté de correspondance télégraphique soit assurée à toutes les missions catholiques.
Le 20 août, le gouvernement chinois aquiesça à la réclamation*:
Notre yamen a écrit au lao-tai des douanes à Tieu-tsin, directeur de l'administration des télégraphes, de transmettre désormais tous les télégrammes rédigés en français ou en latin et d'inviter le bureau du télégraphe à Kouyyang à se conformer à ces instructions. Telle est la réponse que nous croyons devoir porter à la connaissance de Votre Excellence.
En transmettant ces lignes à Guicbard, par une lettre du 26 août, notre ministre ajoutait ' :
Je vous serai reconnaissant, Monseigneur, de vouloir bien me faire savoir si les quatre prisonniers chrétiens qui devaient être libérés dans le courant du mois dernier, ont été, comme vous l'espériez, remis en liberté, et si vous trouvez toujours les mêmes obstacles à v^tre rentrée à Tsen-y.
La situation se compliqua encore de troubles qui eurent lieu à Suyang et qui parurent à plusieurs avoir été excités pour en tirer des arguments contre Jes négociations en cours. A visé immédiatement de ces incidents, Gérard pria ^ :
Les ministres chinois de donner d'urgence et par le télégraphe les ordres les plus pressants, pour que la mission soit protégée, pour que les coupables «oient punis, les dégâts réparés et les affaires en souffrance promptement réglées. Il insista à nouveau pour la mise immédiate en liberté des chrétiens encore prisonniers à Tsen-y.
Cette fois, un changement notable s'opéra dans la situation de ces malheureux. Un délégué du gouverneur du Kouy-tcheou partit pour Tsen-y avec ordre d'amener à Kouy-yang les chrétiens captifs. Mais toujours haineux, les mandarins traitèrent les innocents en criminels. Les quatre prisonniers furent chargés de chaînes, revêtus de la camisole rouge, portés en cage, escortés d'une nombreuse troupe de soldats en armes, et dès leur arrivée à Kouy-yang jetés dans le cachot des condamnés à mort ^.
Immédiatement après, le gouverneur télégraphia au Tsong-li yamen ^ :
* A. M.-E., vol. 549°, p. 941.
3 A M.-E., vol. 549°, p. 949. M. Gérard à M. L. Robert, 17 octobre 1895.
* Pendant deux jours, sur la route, on leur permit de quitter leurs vêtements de criminels et de sortir de leur cage ; à 5 ly de Kouy-yang, on les traita de nouveau en prisonniers. » (A. M.-E., 549^ p. 163. Mgr Guicbard à M. Robert.)
» A. M.-E., vol. 549S p. 163. ^
PIN DU PROCES DE TSEN-Y
Comme on amenait les quatre chrétiens LouSin-tan, etc., le long de la route les troubles ont failli recommencer. Grâce à de nombreuses précautions pour les protéger, le courrier a pu arriver hier à la capitale. Mais il faudra agir avec lenteur pour garder la tranquillité.
L'affirmation était fausse, il n'y avait eu aucun incident sur la route, et le transfert des prisonniers n'avait, pas soulevé d'émotion dans la population.
Notre ministre insista de nouveau pour leur libération. Gréa parlementa longuement et vigoureusement à Kouy-yang. Le gouverneur finit par se rendre, mais ce ne fut pas sans porter encore deux coups à la cause de la mission.
Premièrement : il fit signer aux quatre chrétiens, fatigués par neuf années de prison, une pièce, dans laquelle ils reconnaissaient qu'en 1886, à Tsen-y,, lors du pillage de l'église, il y avait eu meurtre d'enfants*;
Secondement : Gréa dut promettre que les quatre chrétiens ne retourneraient pas à Tsen-y.
Après plus d'un mois de réclamations d'un côté, de tergiversations et d'hésitations de l'autre, le 20 novembre 189o, les quatre prisonniers furent remis à Gréa qui libella ainsi leur réception- :
Moi, Gréa (en chinois Ouen), provicaire et chargé des affaires contenlieuses de la mission du Kouy-tcjieou, je remets aujourd'hui ce reçu au gouverneur Song.
J'atteste que le gouverneur ayant fait conduire à la capitale pour y être mis en liberté les quatre chrétiens, Lou Sin-san et autres, il me les a livrés et je les aiTeçus.
Pour moi, je leur ai enjoint de ne pas retourner immédiatement à Tsen-y.-
J'ai livré cet écrit — C'est vrai.
Cette pièce provoqua encore un acte de malveillance du gouverneur : dans le billet qu'il avait préparé. Gréa avait écrit : « les quatre chrétiens innocents; » le gouverneur voulut qu'il supprimât le mot innocent. Pour ne pas prolonger les débats et risquer de les faire échouer, le missionnaire fit la suppression.
' Averti de cet acte de violence, Gérard protesta comme il le dit dans une lettre du 5 février 1896 : « J'ai protesté contre l'obligation à laquelle avaient été soumis les prisonniers chrétiens relâchés de signer une pièce extorqiiée par force et qui n'a, s'il en est ainsi, aucune valeur. » [A. M.-E., vol. 549°, p. 1070. Lettre à M. L, Robert, proc. des M.-E., à Shang-haï.
« A. M.-E., vol. 549», p. 1036.
GUICHARD ADMINISTRATEUR
Pillage à Su-yang. — Le délégué Nien. — Instances de Gérard. — Le délégué Ouen. — Conditions proposées parla mission. — Pourparlers.
La première partie du procès de Tsen-y était terminée. Avant de raconter la conclusion delà seconde, nous devons revenir un peu en arrière pour rapporter les troubles de Su-yang, que nous avons signalés, et pendant lesquels 10 fermes furent pillées et 2 autres incendiées, à l'instigation de Tchang Lien-tchen, chef de la garde nationale.
Dans la requête suivante, adressée au gouverneur de la province, Song, les chrétiens exposèrent toutes les circonstances et les conséquences de ce fait * :
La 21^ année de Kouang-siu, le 10 de la S'' lune, le chef de la garde nationale de la 4® division Kin, Tchang Lien-tchen, faisait courir dans la ville de Su yang, le bruit que sous peu de jours on pillerait la mission, etc.. Tout le monde entendit ces menaces. Le 11 de la même lune, Tchang Lien-tchen s'étant mis à la tète de quelques dizaines d'hommes de sa division, alla piller les fermiers Tsen Tse-hoai, Tseou, Jou-tsiang, et vola 24 piculs de riz dans le grenier de la mission. Cette même nuit, il donna ordre à ses sous-chefs : Ouang-lien et Lin-koui, ainsi qu'à Tchang Peitche, Li Ke Tchen, Tcheou Mao-tse et auh-es, de conduire le peuple mesurer de force 5 piculs 3/10 de riz chez les fermiers Li Ta-chouen et Yan Hin-fa; 13 piculs 2/10 chez Kouang Yu-han et Tsang Hoa-foung ; 1 picul cliez Fou Mao-tsen. En outre ils enlevèrent un bœuf à Tsen Tse-hiang, et enfin appelèrent tous les fermiers chez Tchang Lien-tchen qui leur ordonna en face d'avoir à quitter aussitôt la région.
Le 12, dans la nuit, après la 3*" veille, on entendit les vociférations delà multitude, appelant à aller en masse abattre Toratoire. Par bonheur le souspréfet visitait lui-même la rue pendant la nuit et fit disperser l'attroupement. Le 14, de 3 à 7 heures du matin, Tchang Lien-tchen. ayant secrètement ramassé une bande de brigands vint pour piller l'oratoire ; ils en brisèrent les portes et la devanture, mais heureurement encore le souspréfet et le mandarin militaire arrivèrent pour rétablir l'ordre, les malfaiteurs ne purent pénétrer à l'intérieur ni piller. Alors Tchang Lien-tchen fit distribuer sa carte à tous les chefs de garde nationale de la région, leur disant qu'il fallait absolument tout piller, fermiers de l'Eglise et chrétiens.
La même nuit du 14, au Lang-ly, les nommés Ho Kouang-tin, Yuen Pey-ou, Jen Ma-hoa, Ho Sy-yuen, Li-lou, etc.. à la tête d'une multitude allèrent voler les fermiers Ly Hong-chouen et enlevèrent 23 piculs 5/10 de riz appartenant à l'église, puis ils pillèrent et brûlèrent les maisons des fermiers Tchang Chouen-fa et Kiao Min-fa et volèrent 24 piculs de riz ap-
* A. M.-E,. vol. 449", p. 1031. Acte d'accusation. Lettre de M. Palissier, 10 janvier 1896, p. 1027.
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FIN DU PROCES DE TSEN-Y
partenant à la mission. Enfin ils brûlèrent deux de nos maisons de 4 comparliments chacune.
Le 17, à la nuit, encore pillage et incendie de la maison du fermier Ouen Tchouen-ho. Le 18, pillage et incendie de la maison du fermier Tang Yuchan. Chaque jour, vols et pillages sans interruption. En tout et pour tout, c'est Tchang Lien-tchen qui a commandé aux habitants du pays de brûler et piller, et qui les a dirigés ; il n'y avait ni vagabonds allâmes, ni mendiants. Dans chaque pièce d'accusation portée au préfet, il y a le nom du chef et de ceux qui lui ont obéi. Jusqu'à présent, on a pris parmi ceux-ci Ho You-yuen, ïchen Kouy-chan, et quelques autres impliqués dans les pillages. Tous à l'unanimité déclarent que c'est Tchang Lien-tchen qui leur a donné des ordres, mais Tchang Lien-tchen est un homme rusé plus qu'à l'ordinaire, il s'est entendu avec Tchen Lin yu. etc., pour inventer la fable des vagabonds et mendiants, et de la difficulté d'entente entre chrétiens et païens, et ils ont fabriqué un écrit destiné à tromper les mandarins et à prévenir la punition. Or, nous demandons d'où viennent ces mendiants et ces vagabonds, et où ils sont allés. De leurs allées et venues n'y aurait il aucune trace? 11 appert que ce sont des habitants du pays qui ont pillé et volé. Chaque fermier habitant le pays depuis nombre d années, il n'en est pas qui ne connaissent ceux qui ont pillé, aussi ont-ils mis leurs noms dans leurs pièces d'accusations.
L'auteur de nos malheurs, c'est vraiment Tchang Lien-tchen, qui a tout commandé et dirigé, et ce ne sont nullement des vagabonds et des mendiants.
Nul besoin de discuter, c'est clair.
Ces faits furent travestis par le gouverneur dans le rapport qu'il adressa à Pékin. Le mensonge lui était cependant un peu plus difficile qu'à l'ordinaire, car lui-même avait publié lé décret suivant, dénonçant Tchang Lien-tchen comme coupable d'avoir excité des troubles*:
Moi Song, gouverneur du Kouy-tcheou, publie un décret :
Le notable Siao Se te et autres notables de la province m'ayant adressé une supplique me demandant de supprimer les chefs de garde nationale, je réponds :
Relativement aux chefs de garde nationale, l'Empereur a été précédemment averti, et en a ordonné la suppression, ce qui a eu lieu ; mais les mandarins locaux ont manqué d'énergie et les chefs de garde nationale, continuant d'exercer leurs fonctions en secret, non seulement jugent à tort et à travers les différends des habitants de la campagne, mais troublent et molestent le pays, comme dans la sous-préfecture de Su-yang, le nommé Tchang qui s'est mis à la tête de la multitude pour piller villages et hameaux de la campagne. J'ai enjoint à la milice de le prendre et de le punir sévèrement.
La supplique des notables n'est donc pas actuellement sans raison d'être.
Outre que j'ordonne au Trésorier et au Juge criminel de notifier aux mandarins locaux qu'ils aient à se conformer à ce décret, je le publie afin que personne n'en ignore.
1 A. M.-E., vol. 549», p. 1035.
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GUICHARD ADMIiNISTRATEUR
Gérard, renseigné par Guicliard, demanda au Tsong-li yamen de faire régler cette affaire en même temps que celles qui étaient en suspens depuis de si longues années. Des ordres pressants furent donnés en ce sens aux autorités du Kouy-tcheou. Le gouverneur montra quelque apparence d'obéissance : il accorda une audience à Gréa et consentit à nommer un délégué pour étudier et terminer toutes les questions pendantes.
Ces questions étaient de deux sortes : premièrement, la rentrée des missionnaires à Tsen-y et à Mei-tan d oiî ils avaient été chassés en 1886, leur établissement à Kai tcheou où, depuis 1863", on leur devait une propriété pour s'y installer ; secondement, la fixation des dommages-intérêts dus pour les pillages de 1884 et de 1886.
Le gouverneur nomma pour délégué le préfet de Kouy-yang, Nien ; aucun choix ne pouvait être plus malheureux et prouver des intentions plus hostiles.
Cet homme, écrivait Guichard', est d'une astuce et d'une mauvaise foi notoires. Sa réputation- est tellement établie qu'on ne le désigne que sous le nom de Brouillon. Je prie Votre Excellence d'excuser ce détail qui paraît puéril. 11 faut bien que vous connaissiez celui qui est chargé de nous rendre justice. Or, ce même homme fut, immédiatement après la catastrophe de 1886, envoyé à Tsen-y pour succéder au préfet Yu. Par son inspiration et sous sa direction, fut ourdie la sinistre invention du meurtre d'enfants soidisant commis par les gens de l'Eglise.
Depuis sa nomination comme délégué, ce mandarin, sauf de grandes promesses, ne nous a encore accordé aucune satisfaction. Aujourd'hui même M. Gréa est allé lui rendre visite po.ur tenter de tout arranger à l'amiable et d'arriver enfin aune solution. Il a refusé insolemment et sans motif de le recevoir. Ne voulant ni nous voir, ni répondre à nos pièces, n'est-ce pas éterniser nos procès ?
La malveillance se montrait encore dans d'autres actes : le souspréfet de Su-yang laissait en liberté Tchang Lien-tchen, qui continuait de menacer les catholiques.
Le sous-préfet de Mei-tan, qui avait cependant reçu du grand juge l'ordre de régler le litige religieux de cette ville se montra très grossier vis-à-vis du missionnaire Chasseur, et se refusa à toute négociation, disant que c^était à l'ancien sous-préfet Ouang de s'en occuper.
Or Ouang, qui avait obtenu de l'avancement, était devenu souspréfet de Kouy-yang.
Le grand juge de la province, Tang, ancien secrétaire du général Tien, et qui paraissait avoir hérité de la haine que ce dernier portait aux missionnaires du Kouy-tcheou, ne se gênait pas pour
^ Date de l'accord intervenu.
* A. M.-E,, vol. 549°, p. 385. Lettre à M. Gérard, 10 décembre 1895,
FIN DU PROCES DE TSEN-Y
dire que jamais, sous son administration, ni l'affaire de Tsen-y, ni aucune autre ne s'arrangerait, qu'il aimait mieux perdre sa place.
Il est pour nous plusqu'évident, disait Guichard au ministre de France*, que les dignitaires du Kouy-tcheou font peu de cas des ordres du Tsong H yamen. Reçoivent-ils en même temps des contre-ordres? nous n'osons l'affirmer ; mais nous le craignons.
Aussi, le 9 décembre 189S, l'évêque expédia-t-il au procureur des Missions-Etrangères à-Shang-haï, L. Robert, la dépêche suivante ':
Mandarins, mauvaise foi, escomptant cliangement Gérard, ajournent indéfiniment réinstaller mission Tsen-y, Mei-tan. Priez ministre réitérer instances.
Notre ministre se conforma au désir de l'évêque, des ordres furent encore envoyés à Kouy-yang et, quelques jours plus tard, le 27 décembre, le Vicaire apostolique expédiait par la même voie cette autre dépêche :
Mandarins continuent inventer prétextes pour refuser traiter procès Tsen y, informez ministre.
A cette dépêche, qu'il adressait à Gérard, L. Robert ajoutait» :
L'évêque ne dit rien qui ne soit déjà connu de Votre Excellence et la difficulté d'arrangement ne nous surprend qu'à demi, car les Chinois ne seraient plus fidèles à eux-mêmes, s'ils exéculaient d'un seul trait, sans arrière-pensée, les ordres que, sur votre demande, le Tsong-li yamen a transmis aux mandarins du Kouy-tcheou.
Quand notre ministre connut les mauvaises dispositions du délégué Nien et du grand juge Tang, il demanda que le règlement de toutes les affaires pendantes fut fait avec le grand trésorier Ouen, et, après l'avoir obtenu, il télégraphia à Guichard ' :
Ordres donnés pour faire régler par Ouen, si possible avant son départ, affaires Tsen-y et autres.
Des hatrts mandarins ^du Kouy-tcheou, Ouen était le moins mal disposé pour les missionnaires. Le désigner fut très heureux. Cependant Nien ne fut pas mis de côté, mais Ouen devint le chef de la commission qui se composa de trois mandarins : Ouen, Nien et
1 A. M.-Ë., vol. 549°, p. 985. 12 décembre 1895.
VA. M.-E., vol. 549°, p. 1017. Shang-haï, 28 décembre 1895.
' A. M.-E. vol., 549», p. 475.
KOUY-TCHEOU
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GUICUARD ADMINISTRATEUR
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le tao-tai Yan. Dès lors les négociations sérieuses commencèrent, elles furent conduites de vive voix et par lettres. Nous ne connaissons que les lettres, ou plus exactement qu'une partie des lettres, car quelques-unes ont échappé à nos recherches ; il nous sera donc impossible de donner dans tous ses détails la physionomie des débats. INous en savons assez cependant pour exposer la phase importante du procès que nous racontons. Voici d'abord les réclamations de la mission telles qu'elles furent présentées à Ouen par Gréa* :
Conditions que nous avons cru devoir soumettre à votre haute justice au sujet des affaires de Tsen-y et de Su-yang, etc.
1° Relativement aux véritables circonstances du dommage causé aux oratoires et aux chréliens de Tsen-y et de Su-yang, ainsi qu'à la façon dont les troubles ont commencé, nous vous prions de déclarer que, en vérité, des voyous, profitant de la nuit, vinrent en foule briser les portes et se livrèrent à la violence et aux pillages. Des chrétiens, pour éviter la violence et pour leur défense personnelle, ayant tué quelques individus, la loi excusant le meurtre en ces circonstances, on ne parlera pas de ces faits.
Des notables, ensemble avec des gens sans aveu, nous ayant calomnieusement accusés, ayant répandu le bruit de meurtres d'enfants, et s'étant livrés avec fureur aux incendies, assassinats et pillages à la ville et à la campagne contre les oratoires et les chrétiens, ceux-ci au nombre de 200 et quelques dizaines de familles, et ayant massacré le prêtre Lin et 6 chrétiens, se sont ainsi moqués delà loi, ils devront être punis selon le. code. Il faudra, en une proclamation sévère, exposer toutes ces circonstances.
2" Le meurtre du prêtre Lin sera vengé en toute justice.
3° Le meurtre des 6 chrétiens sera vengé en toute justice.
4° Les instigateurs des incendies, meurtres, pillages et enlèvements (d'orphelins et d'orphelines) seront punis pour l'exemple.
o° Le mort, enterré de force sur l'emplacement de l'oratoire de Tsen-y, sera de suite enlevé.
6" Les oratoires et maisons de Tsen-y et de Su-yang, tant de la ville que de la campagne, qui ont été détruits ou incendiés, devront être réédifiés dans leurs dimensions et formes primitives, en bons matériaux et de solide construction.
7° Il faudra rendre, selon leur prix, argent, sapèques, vases de sacrifice, vêtements, meubles et ustensiles pillés dans les oratoires de Tsen-y et de Su-yang.
8° Les trois années de récoltes non perçues des rizières, des oratoires des deux endroits seront rendues.
9° Les chrétiens des deux endroits ont perdu dans ce désastre tout leur avoir. Ils seront indemnisés, après enquête, respectivement selon leur fortune.
10° Pour chacune de ces indemnités, on fixera une date à laquelle un mis-
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' Traduit par M. Bonnet, ancien provicaire apostolique du Su-tchuen Oriental.
KIN DU PROCES DE TSEN-Y
sionnaire ira les recevoir. Les mandarins du lieu le traiteront avec urbanité et. veilleront à sa sûreté. On ne manquera pas la date fixée.
Venait ensuite le résumé des pertes que nous connaissons. A cet exposé, Ouen et ses deux collaborateurs répondirent en soulevant des objections à peu près sur chaque demande :
De la pièce que nous avons reçue de vous, le 1" article dit :« indemniserles quelques centaines de familles chrétiennes de Tsen-y et de Su-yang, etc. »
Or dans la bataille entre chrétiens et païens de Tsen-y et de Su-yang, si les
* chrétiens lésés et blessés sont au nombre de plusieurs centaines de familles,
les lésés et blessés parmi le peuple ne sont pas non plus en petit nombre :
et si on n'indemnise que les chrétiens comment dire qu'on traite les deux
parties avec la même bienveillance ?
De plus, on n'a pas encore dit comment on indemniserait. Supposé qu'on le fasse à la mode chinoise, il faudra ordonner aux mandarins du lieu d'appeler les individus l'un après l'autre pour leur donner argent et sapèques ; certainement les notables elle peuple en seront révoltés ; de là résulteront des troubles dont on ne peut prévoir la gravité.
Cet article est absolument impraticable, impossible de vous obéir en cela.
Les 2® et 3^ articles : v< Exécution vie pour vie, en réparation du meurtre du prêtre Lin et des chrétiens massacrés à Tsen-y et "L Su-yang, en tout 7 personnes, etc.. »
Or dans ce procès de Tsen-y et de Su-yang, il y a eu des gens du peuple massacrés au nombre de 11 (dont neuf enfants : Vous dites que ce n'étaient pas des enfants ; admettons donc que ce n'étaient pas des enfants) qui ont été enterrés dans les oratoires. Il faudrait, d'après vous, appliquer le talion pour les chrétiens et point pour les gens du peuple. Est-ce raisonnable? En ces deux articles, impossible de vous obéir.
Les 4* et 5^ articles. « Punir les mandarins locaux et le tao-tai, ainsi que les notables, etc. » Dans cette affaire de Tseii-y et de Su-yang, est-ce que par hasard le prêtre Po est sans tort et sans reproche ? Est-ce que parmi les chrétiens, il n'y en pas un qui ait excité des troubles ? Une proposition aussi partiale est par trop injuste. Impossible de s'y conformer.
Le 6'^ article dit : « Au sujet de l'oratoire de Tsen-y, on devra se conformer au télégramme du prince président du Tsong-Ii yamen, disant que, d'accord avec le ministre de France, ordre sera donné, après la conclusion du procès de Tsen-y, à un missionnaire de réintégrer l'oratoire et d'y demeurer, etc. »
Il va de soi qu'on priera Son Excellence le Gouverneur de publier un édit ordonnant aux notables et au peuple du dit lieu d'enlever les corps y enterrés, et défendant de ne plus exciter de troubles à l'avenir, ce qui permettra la reconstruction de l'oratoire.
Les 7^ et 8" articles disent : « Quant aux objets pillés, argent, sapèques, vases sacrés, et aux trois années de moissons perdues, etc.. »
A dix ans de distance, il est difficile d'avoir des preuves certaines. Il bst évident qu'à cette époque, puisqu'on détruisit l'oratoire, il dut y avoir pillage. Seulement on ne put pas prendre les coupables au moment même, et dans la suite on ne les rechercha pas. Qu'on vienne aujourd'hui désigner tel ou tel pour être puni, qui s'y soumettra? Qu'on oblige à restituer, qui voudra s?«n charger?
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GUICHARD ADMINISTRATEUR
De ces deux articles, la délibération devra être renvoyée à plus tard.
Quant au 9» article, il faudra d'abord expliquer avec précision dans une proclamation les véritables circonstances, établir l'origine et la fin des troubles pour que notables et peuple donnent leur assentiment. Mais si on fixe les responsabilités avec partialité contre la justice, non seulement on n'aboutira à rien, mais on soulèvera des calamités. Tout homme intelligent se refusera à agir ainsi.
Sur ce que vous dites, nous attendrons donc plus mûre délibération.
Le 10® article dit : « Une époque sera fixée, etc .. » A l'éppque de la destruction de l'oratoire de Tsen-y, on prit 4 chrétiens. Il y en avait 5 qu'on mit en prison ; voici de cela 10 ans. On n'en parla pas, dès cette époque,* parce que le prêtre Po savait bien que c'était difficile d'en parler. Persuadé qu'il avait des torts, il négligea cela plusieurs années, avant d'oser demander au Tsong-li yamen la délivrance des chrétiens sans parler d'autre chose.
Les divers gouverneurs qui se sont succédé dans la province, craignant que cette délivrance suscite des malheurs, ont difTéré de prendre cette mesure.
Nous, trésorier et tao-tai, ayant appris que vous étiez un homme juste et aimant des convenances, nous avons voulu profiter du moment pour finir ces procès. C'est pourquoi, nous conformant à votre invitation, nous demandâmes par télégramme au Tsong-li yamen la délivrance des chrétiens, alléguant pour raison qu'après vous avoir accordé cette incomparable faveur, toutes les affaires seraient faciles à conclure.
Nous croyions, dès l'abord, qu'un mois suffirait pour tout conclure. Aujourd'hui en fin de compte aucune époque ne peut être fixée.
Pour les affaires de Houang-pin et de Yu-kin, les dits préfet et souspréfet n'ont pas encore présenté leur rapport.
Et quant à Kai tclieoii, Mei-tan et Su-yang, les deux précédentes fois je vous donnai des explications. Il n'est pas nécessaire d'y revenir pour éviter d'embrouiller les choses.
Un négociateur inexpérimenté eut perdu patience en face d'une pareille réponse. Gréa, très habitué aux genres des discussions chinoises, trouva que la pièce offrait quelques bases de transaction ; il répliqua par une lettre qui dénotait un véritable désir de conciliation :
Des pertes subies à Tsen-y et à Su-yang, oratoires, maisons en ville et à la campagne, vases de sacrifice, argent, meubles, récoltes, etc., des pertes subies par les chrétiens des deux juridictions ainsi que des meurtres du prêtre Lin et des chrétiens, j'ai présenté le catalogue à Son Excellence. L'estime en argent y est faite, elle ne trompe pas d'un centime ; elle ne pouvait être qu'au dessous de la vérité. Mais comme Votre Excellence disait à plusieurs reprises, que la province étant pauvre, il était difficile de trouver de l'argent, je lui répondis que nous diminuions encore de 2.000 laëls. Maintenant il est impossible de diminuer encore.
Si Son Excellence dit que cette évaluation est excessive, qui empêche de refaire les constructions en leur ancienne forme ; d'acheter, d'après le catalogue, vases de sacrifice et autres objets ; de nous faire retour, du même nombre de mesures de nos récoltes, encore déposées au grenier d'abon-
Flîi DU PROCES DE TSEN-Y
dance ; d'indemniser les chrétiens de leurs pertes selon leur condition primitive ? Cela simplifierait les choses en nous dispensant d'évaluation. Excellence qu'en dites-vous?
Des meurtres des chrétiens, Votre Excellence dit qu'il ne faut pas les prendre en considération, puisqu'il y a des morts des deux côtés, eh bien ! soit. Mais à Pou-lao-tchang les méchants ligotèrent le prêtre Lin, l'entraînèrent sur la colline du cimetière et là le tuèrent à leur aise. Il n'y eut là aucun chrétien qui molestât les gens du peuple. Des méchants d'une telle férocité doivent certes être activement recherchés, pris et punis d'après les lois, si on veut vraiment éviter les troubles à l'avenir.
Quant à la proposition de ne pas négocier à part l'indemnité au sujet de Houang-pin, Yu-kin, Mei-tan, Kai tcheou et de joindre ces procès à celui de Tsen-y etSu-yang, elle est bien acceptable. La mission se charge d'envoyer à chacun de ces endroits recoristruire les maisons sur nos emplacem%nts. L'époque de ces reconstructions serait à la 3® lune. Son Excellence le Gouverneur sera prié de donner à ce sujet une proclamation au peuple et des ordres aux mandarins, pour qu'ils assurent sérieusement la protection et préviennent le retour des troubles, conformément aux traités.
Tchang Lien-tchen de Su-yang devra être pris et jugé : qu'on ne soit pas de connivence de façon qu'il échappe au filet de la loi.
Tchen Ouy-nien de Kai tcheou a volontairement violé les traités et s'est moqué de nous à son aise ; il n'est que juste qu'il reçoive une correction. Maintenant si nous nous entendons pour arranger ainsi les affaires, on ne peut nier qu'il n'en résulte une certaine aisance dans la situation, que les apparences ne soient sauvegardées de façon que nous pourrons envoyer nos gens établir des pharmacies, refaire les constructions, et, en terminant ainsi les affaires, ce sera de notre part l'extrême limite de la condescendance.
Si conformément au télégramme de ces derniers jours du ministre de notre nation, chaque procès du Kouy-tcheou était résolu par une indemnité adéquate à la grandeur des pertes, ce serait justice.
Une nouvelle lettre de Ouen, et la dernière que nous connaissions, accéda à la plupart de ces demandes :
Les paroles que nous vous adressâmes dans les deux missives précédentes étaient toute une déclaration de la vérité et une manifestation de la justice, sans le moindre ambage de parti pris, n'ayant pour but que de vous dire d'une façon approfondie le droit ou le tort, les conséquences heureuses ou malheureuses de chaque procès.
Si vous nous aviez cru,4i^^ns vous laisser tromper par votre entourage, nous aurions ensuite informé le peuple par une proclamation, pour que le peuple sût que la prédication que fait votre royaume est véritablement sans mauvaise intention, avec la volonté de sauver le monde, exempte de toute idée de lucre ; le peuple en aurait été persuadé. La concorde se serait établie entre le peuple et les chrétiens, et la mission aurait enfin pu être tranquille. C'était là notre intention intime et sincère.
Mais voilà que n'ayant pu pénétrer notre intention, vous prétendez au contraire que nous les calomnions à dessein, amenant entre nous une vaine dispute de langue, détruisant la bonne amitié, etc.
Est-ce une opinion que vous vous êtes fait vous-même, ou tjien est-ce
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l'effet des paroles d'un tiers? nous ne voulons pas le rechercher... Pour le moment nous vous exposerons ci-contre le projet d'un arrangement :
A Su-yang, l'oratoire sera édifié, le riz pillé sera rendu. Votre ^crit d'ailleurs ne demande pas autre chose. Tchang Lien-tcheng sera pris et puni d'après la loi : alors ce procès sera purgé, nous vous prions de terminer la délibération.
Pour l'estimation des pertes de Mei-tan, il n'est pas nécessaire de discuter entre nous.
Vous aviez précédemment consenti à la demande du tao-tai N4en qui négocia par lettres. Et aujourd'hui vous venez nous dire qu'il vous est impossible d'accepter les conditions. Il ne reste donc qu'à donner ordre a\i mandarin local de s'entendre avec la mission du dit endroit pour arranger cela selon la justice, observant exactement toutes convenances, de façon à ce qu'il n'arrive plus d'histoire.
Cette affaire, nous vous prions de n'en pas parler pour le moment.
La location de maison à Kai tcheou. Cette maison appartenait à un homme du peuple (non chrétien) nommé Lieou Siu-hin. Le préfet, prévenant ses supérieurs, l'a confisquée. Dès lors elle ne peut être rendue.
Si, mettant de côté le propriétaire, eîle était livrée au prêtre Min ', ce serait encore moins faisable, nous vous prions de ne plus en parler.
Quant à construire une maison sur un terrain inoccupé, l'article du traité relatif aux missionnaires mentionne ce cas. On devrait le permettre. Seulement une fois la construction faite, c'est sûr qu'elle pourra être détruite. Eh bien ! le sage ne va pas quand même devant un échec dont il est certain. On dit que vous comprenez très bien les choses, pourquoi alors vous obstiner ainsi? Quand le meurtre d'un Européen et le massacre des chrétiens seront arrivés, et que des gens du peuple auront été condamnés à donner vie pour vie, regardant la vie des hommes comme un jeu d'enfant, nous craignons bien que cela soit loin du but que se propose la prédication catholique. Veuillez y réfléchir en détail.
L'oratoire de Tsèn-y. Il y a sans doute un arrangement conclu entre le Tsong-li yamen et le ministre de votre royaume, et il faudrait évidemment s'y conformer. Mais on ne parle que de reconstruire l'oratoire pour qu'un Européen puisse s'y installer et y prêcher, etc. En fin de compte, de quelle manière cela devra-t-il être fait ? c'est à nous à en délibérer avec attention. Avant tout il faut éviter de soulever l'indignation et la haine des notables et du peuple, afin de prévenir des malheurs dans l'avenir.
Si on exhibe la force, et qu'on s'impose par la violence, on aura la paix un moment, mais dans la suite tout sera sûrement détruit de nouveau. Ce n'est pas là le bon moyen.
Jadis le prêtre Po lui-même ne parla-t-il pas au tao-tai Men d'avoir quelques pièces d'habitation, où on se tiendrait provisoirement pour prêcher? C'était uniquement pour laisser la concorde se rétablir entre le peuple et les chrétiens avant de négocier.
La question d'indemnité fut également débattue ; on se souvient que les pertes des chrétiens et celles de la mission avaient été évaluées à environ 830000 francs. Les négociateurs chinois ne voulaient point entendre parler de ce chifTre qui cependant n'était pas
* M- Desvoivrcs.
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FIN DU PROCES DE TSEN-T
exagéré. Gréa dut successivernont réduire la somme qu'il réclamait, et enfin réussit à obtenir environ 200 000 fr. Avec cette somme, il devait être impossible de relever toutes les ruines et de désintéresser les chrétiens ; mais on ne pouvait échouer sur une question d'argent, et d'ailleurs les missions, pour ne pas dire l'Eglise catholique ellemême, sont habituées à ces spoliations. Si elles en ont souffert, elles n'en sont jamais mortes.
Premières réparations. — Dernières luttes. — Contrat d'accord,. — Réinstallation des missionnaires dans leurs postes. — Remerciements au ministre de France. — Réparations définitives à Su-yang et à Pou-lao-tchang.
x\otre ministre était tenu télégraphiquemcnt au courant des phases principales de ces négociations. Sentant bien que la question la plus épineuse était la réintégration des missionnaires à Tsen-y et dans les autres postes, il écrivit le 80 janvier 1896 au Tsong-li yamen :
Il importe que des instructions soient données pour que les missionnaires soient réintégrés dans leur mission de Tsen-y, et qu'ils y soient protégés conformément aux traités.
Il importe en outre que les missionnaires soient réintégrés dans les villes de Houang-ping tcheou, Yu-king bien, Kai tcheou, Mei-tan hien, etc.
Le Tsong-Ii yamen télégraphia immédiatement au gouverneur du Kouy-tcheou et, le 3 février 1896, il transmit à noire ministre la réponse qu'il reçut; cette réponse nous fait connaître le point précis 011 en étaient à cette date les négociations entre Ouen et Gréa^ .
A Kai tcheou, la maison d'un habitant ayant été louée par des chrétiens, ils y installèrent une maison de thé qui fut confisquée par ordre administratif. A Houang-ping. riiabitation de la mission, composée de trois entrecolonnements, tut détruite par des gens sans aveu.
On a déjà payé les sommes nécessitées par les travaux de réparation de la mission à Mei-tan, mais les pourparlers engagés pour fixer une indemnité pour les objets perdus nont pas encore abouti dune façon satisfaisante
A Yu-kin,pour la destruction d'une maison chrétienne, on a donné 220 taëls pour achetei- par contrat régulier une autre habitation. Ces quatre affaires sont en somme faciles à régler.
Seulement, en ce qui concerne la réintégration des missionnaires à Tsen y et leui- protection conformément aux traités, il y aura de très grandes difficultés ; en voici le motif: L'année des troubles, des enfants furent tués et les principaux icbupableS de ces crimes, qui devaient les
*A. E.-M., voL549% p. 1077.
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payer de leur vie, Lin San-ho et autres n'ont pas été punis, et les ressentiments intenses des notables et du peuple ne sont pas encore apaisés. Les victimes ayant été enterrées au milieu du tçrrain de l'église, il serait nécessaire, maintenant, d'ordonner d'enlever les cercueils et ^de les transporter autre part, pour pouvoir réparer l'église.
Parmi ces morts, beaucoup ont des mères à qui il est difficile de faire entendre raison ; je crains que si les chrétiens reviennent ils ne puissent vivre en paix. D'autant plus qu'auparavant, lorsqu'on a amené l^ou Sin-san et autres à la capitale et qu'on les a mis en liberté, il y a eu déjà de grandes difficultés.
Maintenant de nouveau, j ai chargé Ouen-hai, tao-tai de grains p. i., de s'entendre avec le préfet Yen pour arriver à une solution satisfaisante. J'ai ordonné en outre aux autorités ^locales de tous les eodroits précités de chercher un moyen de traiter les afFaires.
Notre ministre communiqua cette lettre au Vicaire apostolique du Kouy-tcheou et la fit suivre de ces réflexions'' :
Les ministres donnent satisfaction à l'ensemble de nos réclamations tout en maintenant certaines réserves au sujet de l'église de Tsouen-y. Il y a là, en effet, en tenant compte des mœurs et des traditions chinoises, des difficultés que je laisse à votre sagacité le soin daplanir. N'y aurait-il pas moyen, peut-être, d'obtenir, à l'aide de modestes secours pécuniaires ou autrement, le désistement des familles dont les revendications sont désormais le seul obstacle à la rentrée des missionnaires? Les exigences de la loi chinoise créent, parfois, au Gouvernement central lui-même de sérieux embarras. Il semble que dans le cas qui vous intéresse, il y aurait lieu de seconder la bonne volonté évidente des membres du Tsong-li yamen. La mise en liberté des prisonniers chrétiens encore vivants, la réintégration de nos missionnaires dans les différentes stations qu'ils avaient dû quitter constituent un résultat appréciable et acquis. Votre tact et votre haute expérience vous permettront, je pense, d'obtenir des autorités et des familles l'enlèvement des cercueils déposés sur le terrain de l'église de Tsouen-y.
Je serai d'ailleurs reconnaissant à Votre Grandeur, de me faire savoir si les observations, que m'a transmises le Tsong-li yamen, correspondent à la réalité des faits. Je la prie, en outre, de prendre dès à présent les dispositions nécessaires, pour qu'il soit procédé à la réintégration effective des missionnaires dans les villes de Houang-ping, Yu-king bien, Kai tcheou etMei-tan, et de même dans la ville de 'Tsouen-y, dès que la question de l'enlèvement des cercueils aura été résolue.
Le 25 février, Gérard continua ses instances et, le 12 mars, il reçut du Tsong-li yamen une lettre lui disant* :
Au reçu des réclamations de Votre Excellence, nous avons envoyé une dépêche officielle au gouverneur du Kouy-Tcheou pour qu'il donne l'ordre aux fonctionnaires locaux compétents de terminer promptement, afin que
1 A. M.-E., vol. 549°, p. 1070. Lettre du 5 février 1896.
* A. M.-E., vol. 549°, p. 1082. Cité par M. Gérard dans une lettre du 12 mars à Mgr Guichard.
FIN DU PROCES DE TSEN-Y
les missionnaires puissent retourner dans leurs établissements, notamment à Tsen-y et s'y installer et qu'on les protège conformément aux traités.
Aussitôt après avoir lu cette communication, Gérard expédia à Guichard une dépêche pour Finformer des ordres donnés par le Tsong-li yamen et pour le prier de veiller à ce qu'ils fussent strictement exécutés.
Nous sommes g-u 12 mars. Depuis plusieurs mois, les lettres et les dépêches se succèdent nombreuses, les ordres sont sans cesse renouvelés dans le même sens ; la Légation de France montre une inébranlable ténacité, le Tsong-li yamen paraît décidé à tout subir ; au Kouy-tcheou, les autorités luttent toujours. Leurs tergiversations et leurs faux-fuyants vont encore durer six semaines ; les missionnaires sont réunis à Lou-tsong-koan pour faire leur retraite annuelle, Gréa est resté seul à Kouy-yang pour continuer les négociations.
Enfin le 30 avril 1896, douze ans après le premier pillage de Tseny, dix ans après le second, un solennel contrat d'accord est signé, qui rétablit les missionnaires dans tous leurs ancien'ï postes. Voici le texte de ce document si longtemps attendu, si ardemment désiré par les uns, si obstinément refusé par les autres, et dû, nous ne saurions assez le répéter, à l'inébranlable persévérance et à la remarquable habileté de Gérard \
Contrat d'accord relatif aux affaires religieuses de Tsen-y, Su-yang, Yu-KiN, Houang-pin, Mei-tan et Kai tcheou, contrat qui doit faire foi.
Titre des articles.
La 12* année de Kouang-siu, l'église de Tsen-y a été détruite, il y a maintenant de cela 10 ans. Aujourd'hui, mot, Nien, tao-tai intérimaire pour l'impôt du Kouy-tcheou, j'ai reçu de Song, gouverneur de la même province, l'ordre verbal de m'entendre avec MM. Ouen, élevé au grade de grand trésorier du Kouy-tcheou, Jan, délégué pour les affaires de religion, et Gréa, provicaire de toute la province, afin de délibérer ensemble et de terminer ce q^i a rapport au pillage de Tsen-y et Su-yang, tant à la ville et à la campagne, et de restituer ce que l'Eglise et les chrétiens ont perdu dans la démolition de leurs maisons et de rendre les récoltes perdues de leurs rizières. En outre, pour Yu-kin, Houang-pin, Mei-tan et Kai tcheou, quatre endroits, avec Tsen-y et Su-yang, on doit après mûre délibération donner comme réparation la somme de 30.000 taëls.
M Gréa, provicaire, recevra directement cet argent pour en faire la répartition à l'époque fixée pour les constructions et terminer l'affaire.
Quant aux cadavres qui ont été ensevelis dans le terrain de l'église de Tsen-y^ on déléguera quelqu'un pour s'entendre avécles mandarins locaux, afin de les faire exhumer dans le courant de la 5° lune de cette présente
* A. M.-E., Tol, 549°, p. 1085. Compte-rendu, an. 1896, p. 126,
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GUICHARD ADMIMSTRATEUR
année et rendre le terrain à Teglise, et on fera donner ordre aux mandarins de l'endroit d'accorder aide et protection, comme le disent les traités, afin d'éviter les a'ffaires.
Pour les maisons qu'on a détruites à Yu-'kin et à Houang-pin, l'affaire doit être terminée d'après l'article de Tsen-y et Su-yang. A l'époque des reconstructions, on préviendra le délégué des affaires religieuses afin d'obtenir un ordre pour le mandarin local, afin qu'il donne aide et protection comme le disent les traités et éviter les affaires.
Pour les pertes d'argent et d'autres objets faites à l'église de Mei-tan, on se conformera à l'article de Tsen-y et Su-yang pour tout terminer, et on donnera l'ordre au mandarin local d'accorder aide et protection comme disent, les traités et d'éviter les afïaires.
Pour la maison qu'on a louée à Kai tcheou pour établir une pharmacie, et qui a été confisquée, l'aftaire sera terminée d'après l'article de Tsen-y et Su-yang, sans être obligé de la rendre ; mais on en rebâtira une autre après avoir restitué l'emplacement ; puis on demandera au délégué aux afïaires religieuses qu'il fasse donner l'ordre au mandarin local d'accorder aide et protection, comme disent les traités, et d'éviter les afïaires.
Quant au marché de Poii-lao-lchang. qui dépend de Su-yang bien et qui fut le théâtre du uieurtre du prêtre Lin, les assassins LieouTien-yuen, Tsai Hin-fa et autres, puis Tchang Lien-tchon qui a pillé le riz de l'église, on donnera des ordres sévères an mandarin local pour qu'ils soient pris et punis suivant les lois et le degré de leur culpabilité.
Maintenant, lès afïaires susdites de Tsen-y, Su-yang, Yu-kin, Houangpin, Mei-tan et Kai tcheou. qui ont commencé dès la IS*^ année de Kouangsiu et qui ont duré jusque à la '±■'1" qui est l'année de l'arrangement, sont toutes terminées ap^'ès mûre délibération. Aussi nous passons cet accord écrit qui a été bien examiné et réfléchi.
Ont signé :
Ol'kx, élevé au grade de grand trésorier du Kouy-tcheou ■ AiEX, loo-tai intérimoire du Kouy-tcheou; Gbka, provicaire du Komj-lcheou ;
Jan HoLAN-TCHAiNG, délégué ad hoc, qui a été employé comme préfet, et qui attend d'être nommé au posle comme second dans un tcheou. La 3*^ lune de la 22''- année de Kouang-siu.
Le jour même, Guichard avisa télégraphiquement notre ministre de la conclusion définitive de ces longues négociations ; dans une lettre subséquente, il lui exposa dans quel esprit il avait terminé cette longue aflaire, et il exprima sa profonde reconnaissance au ministre dont raclivité, l'intelligence, l'énergie avaient triomphé de tant d'obstacles^ :
Peut-être ai-je été trop coulant pour le montant de l'indemnité; 30 mille taëls. en effet, équivalent à peine au tiers de nos pertes et de celles de nos chrétiens. Mais je craignais en prolongeant les pourparlers, d'abuser de votre bienveillance, et surtout qu à la suite d'événements imprévus, vous ne fussiez plus à Pékin pour soutenir notre cause.
1 À. M.-E., vol. 549°, p. 109. 18 mai 1896.
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Du reste, l'essentiel est sauvegardé, nous devons être réintégrés dans toutes les villes d'où nous avons été indûment chassés.
Déjà les sept cadavres inhumés sur notre emplacement de Tsen-y ont été enlevés le 16 courant, par ordre de l'autorité, sans autre manifestation de la part du peuple que quelques placards isolés.
Je dois à la vérité de dire que si la convention a pu être signée, c'est grâce surtout à l'esprit de conciliation de Ouen-hai, commissaire pour les affaires du Thibet. Ce haut mandarin, d'origine tartare, paraît animé de bons sentiments pour notre pays. Il compte principalement sur l'appui de la Russie. et de. la, France pour mener à bonne fin la mission qui lui a été confiée. La haute sagesse de Votre Excellence jugera elle-même dans quelle mesure les intérêts présents de la République Française demandent de répondre à ses vœux.
Ce qui m'appartient et ce que je ne saurais omettre, c'est de vous exprimer ma profonde reconnaissance d'avoir si énergiquement soutenu nos intérêts. Jamais, sans votre appui, nous n'eussions mis le pied à Tsen-y, ni dans les autres villes d'où nous étions bannis ; même depuis deux ans, de tous les côtés, on formait l& projet de nous enlever peu à peu nos autres postes.
C'est à vous. Monsieur le Ministre, et à vous seul, que nous devons un succès si inespéré. Aussi votre nom restera béni dans toute la Chine, et en particulier dans notre pauvre Kouy-tcheou.
Dans sa réponse du 16 juillet suivant, Gérard répandait les remerciements de Tévêque sur tous ceux qui avaient participé aux négociations* :
Monseigneur,
Votre Grandeur a bien voulu à cette occasion et dans le plus noble langage, exprimer au représentant du gouvernement de la République ses propres sentiments de reconnaissance et ceux de toute la mission. J'ai été, en ce qui me concerne, très profondément touché de ce témoignage de haute gratitude. Je dois ajouter, d'ailleurs en toute justice, que si le résultat obstinément poursuivi a été atteint, une grande part est due à la mission elle-même et à son chef, ainsi qu'à l'esprit de conciliation des négociateurs et à la bonne et ferme volonté que, depuis l'été de 1895, le ïsongli yamen a apportée à la solution de ce long litige. Le contrat en six articles signé à Kouei-yang le 30 avril dernier, entre M. l'abbé (iréa. provicaire, d'une part, Ouen-hai, Nien et Jen de lautre, et tel que Votre Grandeur me l'a fait parvenir en texte chinois ej, en traduction française, m'a paru entièremeut satisfaisant.
Quelles que soient les concessions que Votre Grandeur a dû consentir sur le montant de l'indemnité, désormais fixée à trente mille taëls. le contrat, en réglant toutes les anciennes affaires assure à la mission, avec le châtiment des meurtriers du prêtre Lin et la punition du principal auteur des troubles de Souei yang, le retour dans les villes de Tsouen-y, Houang-ping, Yu-king bien, Kai tcheou et Mei-tan, d'où depuis dix ans et plus, elle était si injustement exilée.
» À. M.-E.; vol. 549», p. 1104,
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GUICHARD ADMINISTRATEUR
J'écris officiellement aujourd'hui même au Tsong-li yamen pour faire connaître aux Princes et aux Ministres que j'approuve et ratifie le contrat signé à Kouei-yang. Je prie en même temps leurs Altesses et leurs Excellences de veiller à ce que les clauses de ce contrat soient toutes strictement exécutées, (paiement de l'indemnité, châtiment des coupables, réintégration des missionnaires dans les villes désignées). Enfin et selon le désir de Votre Grandeur, je signale hautement l'esprit d'équité et de concilia- . tion, dont a fait preuve dans cette circonstance le trésorier par intérim, Ouen-hai, aujourd'hui nommé général de brigade mandchou, et résident impérial au Thibet.
Je ne doute pas que, de son côté, Votre Grandeur, ses missionnaires et ses chrétiens, les anciennes affaires étant réglées, n'entretiennent désormais avec les autorités et la population non chrétienne de la province les relations les plus cordiales et les plus propres à assurer le maintien de la concorde. Dans les villes de Tsouen-y et de Souei-yang surtout, il sera nécessaire d'observer la plus grande prudence. C'est pour cette raison que Votre Grandeur, dans sa sagesse, jugera sans doute préférable, et quoiqu'il lui en puisse coûter, de ne placer dans ces villes, et, en général dans la province du Kouei-tcheou, que des missionnaires non mêlés aux événements de 1886.
Le retour de M. l'abbé Bodinier, si parfaitement innocent que soit ce missionnaire des accusations portées contre lui par les autorités chinoises, serait, à mon sens, prématuré et risquerait d'affaiblir l'effet des résultats aujourd'hui obtenus. Le dévouement de M. l'abbé Bodinier m'est connu : et je suis très persuadé d'avance que ce digne missionnaire, heureux de voir la paix rétablie dans son ancienne province, entendra les conseils de prudence ici invoqués.
Veuillez agréer. Monseigneur, les assurances de ma haute considéra-