ADMINISTRATION — ARMEE
la fonction ; quand elle disparaîtra, ce ne sont certes pas les justiciables qui la regretteront. Quoique les mandarins réclament toujours dix fois plus que l'impôt, les Miao-tse les préfèrent cependant comme percepteurs à leurs Tou-se.
Les indigènes des régions de Tchen-fong tcheou et de Tse-hen tcheou (Kouy-tcheou méridional) ont , nous apprend M. Alphonse Schotter', quelques Tou-se qui descendent de chefs Chinois ou Lolos, les Pin-mou ou Tou-?iioii (en langue indigène : Poit-xou, seigneurs^). Les premiers Pin-mou, officiers subalternes ou soldats gradés, auraient reçu leurs fiefs, en récompense de leurs services, après que la Chine se fut emparée de ces territoires. Ils épousèrentdes femmes indigènes et adoptèrent les mœurs des vaincus ; mais ils^ ne s'en conduisirent pas moins en tyrans. Quand les populations furent lasses d'être opprimées et pressurées de toutes manières, elles se plaignirent à l'empereur. Kia-kin régnait alors depuis vingt-trois ans ; il intervint et abolit l'autorité des Pin-mou (1819). Une table en pierre [pei] placé à la porte de la salle d'audience du chef de la justice de Kouy-yang rappelle cet acte. 11 y avait des pei analogues à Hin-y fou et à Tchen-fong ; les rebelles les détruisirent. Mais, bien avant 1819, l'autorité impériale avait dû sévir contre certains Tou-se. Yong-tchen, en 1729, dégrada la famille Tsen ou Tsin, Pin-mou de Se-tchen^-
« Les chefs de chaque village savent tous de quelle province ils sont originaires et sous J^uel Empereur leuis ancêtres sont venus s'établir ici. Les plus nombpe4JT[: sont originaires des provinces orientales, Hou-nan, Kiang-si, Ces émigrations étaient tantôt des renforts de troupes, tantôt des renforts de familles pauvres qui venaient pour acquérir à vil prix des terrains considérables. Presque tous les villages centraux portent le nom de la famille qui s'est originairement établie dans le pays. Ainsi le village du martyr Jérôme Lou s'appelle village Lou, et presque toutes les familles qui le composent sont de ce même nom. Dans plusieurs villages, on m'a montré les actes de concession qui font foi qu il a été accordé à tel individu ou à telle famille, tout le terrain compris entre tel fleuve et telle montagne, etc à condition de payer annuellement au chef établi du canton (appelé
Tou-se) un mouton ou une paire de poules, ou quatre canards, ou un veau, ou une lance, c'est-à-dire un homme armé pour le service du seigneur Tou-se ou pour la défense du pays. On m'a montré des champs qu'ils appellent encore le champ
du mouton, le champ des poules, etc à cause du tribut qu'ils payaient jadis au
Tou-se pour ces champs respectifs. Peu à peu on a ruiné tous ces seigneurs. Les propriétés des Tchong-kia-tse ont été inscrites successivement dans le cadastre à côté de celles des Chinois, et on leur fait payer des impôts onéreux. »
1 Frère de M, Aloys Schotter.
2 On donne aussi aux Pin-mou le nom de Ou-sin, les « cinq noms » : Tsen ou Tsin, Ouang, Tcheou, Ong et Long, qui comprennent tous les vrais Tau-mou venus du Kiang-si, au temps des Song. pour conquérir le Hin-y fou.
3 L'ancien vice-roi du Yun-nan, Tsen Kong-pao (Tsen Yu-yn), appartenait à cette famille. ,
liiiiippilipiiiip^^^^
INTRODUCTION
Il s'en faut que tous les premiers Tou-se et Pin-mou aient acquis leur fonction d'une façon avouable. Plusieurs d'entre eux n'étaient que des experts, des interprètes chinois qui abusèrent impudemment delà confiance des indigènes. Ceux-ci, connaissant mal ou même pas du tout la langue chinoise, redoutaient de se trouver en contact avec les mandarins chargés de prélever Timpôt ; ils acceptèrent donc volontiers Tintervention des interprètes, en leur payant une rétribution, pour verser l'argent réclamé par TEtat. Les interprètes s'acquittèrent bien de leur mission, mais ils conservèrent les récépissés timbrés ; ce qui leur permit de s'affirmer propriétaires et seigneurs de leurs dupes, dès que les événements eurent rendu possible cette indélicate manœuvre.
On devine quelles haines ils excitèrent, et d'autant plus profondes que ces fourbes devinrent vite de détestables tyranneaux. Actuellement, les populations n'abhorrent pas moins leurs continuateurs, quoique leur puissance diminue chaque jour avec leur fortune.
Plusieurs Tou-se, d'origine chinoise, acquirent par l'énergie qu'ils déployèrent lors des révoltes d'aborigènes ou par leur habilité politique, une réelle importance. L'un deux, celui de Mou-you-se, devint le beau-père de l'empereur, qui donna l'ordre de le respecter comme sa propre personne. Cet ordre fut gravé sur une pierre à l'entrée du bourg, et tous ceux qui passaient par là, soit à cheval, soit en chaise, durent mettre pied à terre pour témoigner de leurs sentiments respectueux. Cela dura jusqu'à la période de rébellion qui commença vers 1856; au début du XIX'' siècle, le grand Tou-se de Mou-you-se avait encore une juridiction fort importante.
C'est pendant cette période de révoltes qui prit fin seulement en 1871, que les Miao-tse se soulevèrent pour la dernière fois. Toutes leurs tentatives échouèrent et ils furent définitivement réduits à Timpuissance.
Les Miao ont également des chefs de village^ dont quelques-uns administrent toute une région. Ce sont les habitants qui élisent ces sortes de maires, auxquels ne manquent ni les adjoints, ni même tTn vague conseil municipal, les anciens et les notables en tenant lieu. Le gouvernement ne rétribue pas ces chefs de village, mais ces derniers disposent de mille moyens pour se dédommager.
Les He-miao ont conservé de petits chefs qui ne peuvent rendre la justice que dans les menus procès. Les affaires importantes ressortissent aux mandarins chinois de Kouy-yang, mais les justiciables
■: ÏITB'Ï?'^
^^^^5S!H?fS^P!fF!Wf
OtlGANlSATION — ADMlf^ISÎRAtlON — ARMEE
xxxm
ont le droit de recourir à plusieurs mandarins successivement, ce qui prolonge beaucoup de procès.
Il n'y a aucun Tou-se chez les Hia-ho-miao ; et les Te-ke-pi de Sin-hoang-pin relèvent, au point de vue de la justice, des Tou-se lolos. Les Tou-se des Long-kia, qui passent aussi pour des Lolos, sont des Chinois, que certaines familles, à présent éteintes en réalité, adoptèrent subrepticement. Les chefs des Sen-miao, les Li-tchang^ ^ tiennent leurs pouvoirs des mandarins qui ne les donnent que contre espèces sonnantes. Ces Li-tchang n'ont jamais plus de trois cents familles sous leur autorité ; ils sont aidés par des sous-ordres, les Kia-tchang , qu'ils choisissent eux-mêmes, non pour leur mérite, on s'en doute. Les uns et les autres reçoivent une rétribution des habitants pour régler les différends ; leurs jugements n'ont rien de définitif et les intéressés ont toujours la faculté de recourir au mandarin.
L'armée provinciale ou V Etendard. vert devrait s'élever à environ 20000 hommes ; en réalité elle n'était en 1902 que de 7670 soldats distribués par garnisons dans les villes principales. Elle est sous le commandement d'un général en chef Ti-tou, ou Ti-tai. Elle est divisée en Tchen-piao ou brigades ; Tes brigades en Hie ou régiments ; les régiments en Yn ou bataillons ; les bataillons en Chao ou postes ; les postes en Pe ou groupes.
Un petit corps de soldats est spécialement chargé de la capitale de la province ; il est connu sous le nom de Fou-piao et commandé par le gouverneur.
Dans chaque sous-préfecture, un mandarin militaire, de grade et de titre variables^ est spécialement chargé de la police du district sous les ordres du sous-préfet.
Dans les chefs-lieux de canton, on trouve également de petits mandarins militaires nommés Tsong-ye ou Fou-ye , n'ayant près d'eux que 4 ou même 2 soldats.