CROYANCES RELIGIEUSES
Les croyances et les pratiques religieuses ou plus exactement superstitieuses doivent être signalées. Les Chinois du Kouy-tcheou, comme ceux de tout l'empire, ont un bouddhisme mélangé de taoïsme et de confucianisme auxquels il faut joindre le culte des ancêtres.
Quant aux croyances et pratiques religieuses de ceux que nous
* On trouvait autrefois dans l'administration des Chinois des fonctionnaires portant ces mêmes titres de Li-tchang, Kia-tchang
KOUY-TCHEOU 3
INTRODUCTION
avons appelés les vieux Chinois, voici quelques indications particulières :
Les sacrifices que les Choui-kia olfrent au diable ont, semble-t-il, une origine commune avec les superstitions des Miao-tse. Ce serait un tao-se qui, connaissant leur langue, aurait enseigné à ces peuples la manière de chasser le diable, et légué aux He-loui les livres de rubriques pour les diriger. Dans chaque village choui-kia, il y a quelques exemplaires de ces livres, et quelques koiii-se, ou maîtres es diableries, pour les étudier. Ces ouvrages forment deux volumes écrits à la main, en caractères chinois, plus ou moins transformés par la fantaisie de leur tao-se, ou la distraction des copistes venus après. Le koui-se lit ces caractères chinois avec la prononciation et la signification choui-kia. 11 lit parfois un caractère avec deux sons, trois sons, suivant qu'il a besoin de deux mots, trois mots he-loui pour en traduire la signification. On voit donc par là que l'écriture employée par les Choui-kia pour faire leurs superstitions est tout simplement l'écriture chinoise. Les Choui-kia, qui comptent quelques milliers de villages, ont également plusieurs milliers d'exemplaires de ces livres.
Ils ont aussi des caractères formant une image grossière de la chose signifiée ; ils représentent un grand nombre d'animaux ; Fimagç de l'homme est parfois privée de la tête ou de quelque autre membre, selon que l'homme est censé bon ou mauvais. Là, c'estun homme conduisant par une corde un buffle qui va être immolé ; ici, un cercueil sous la forme d'un rectangle et traversé par un bâton ; ailleurs le soleil, la lune ou une étoile. Les Choui-kia ont leur calendrier qui est de quatre lunes en avant sur le calendrier chinois. Ils ont des jours fastes et néfastes pour les funérailles, l'inauguration des travaux dans les rizières, etc.
Les Pou-tse ont un grand nombres d'idoles et de pratiques bouddhistes, ils entrent volontiers dans la secte des jeûneurs ; chaque année on les voit par troupes, un chapelet à la main, faire de longs pèlerinages et se prosterner sans aucun respect humain devant tous les pagodins qu'ils rencontrent.
On peut faire à peu près les mêmes remarques sur les Tchoantsin, les Li-min-tse, les La-pa-tse et les Ten-tien-jen. Quant aux Fûng-teou-ki ils s'abstiennent de viande le premier jour de chaque lune, se font jeûneurs et récitent beaucoup de prières devant les
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CKOYANCES KELIGIEUSES
idoles ; ils ne se lavent pas la figure et ne se peignent pas ou presque jamais, dans le but^ dit-on, d'honorer leurs divinités.
Les Miao-tse' n'ont sur Dieu, sur un être suprême que des notions très confuses. De tous ses attributs la justice est celui qu'ils conçoivent le mieux. Selon les He-miao, le Tout-Puissant est le Phulio. (Tonnerre, Esprit du Tonnerre, Ciel, Esprit du Ciel, encore appelé Xao-vay, racine du Ciel). Té-lié, l'esprit mauvais, qui cherche sans cesse à ravir leurs âmes aux corps malades, ne peut rien contre sa volonté. Les âmes de ceux dont la vie fut bonne sont de nouveau envoyées en des corps humains ; les autres ne peuvent s'éloigner de
* D'après Mgr Faurie, des traditions bibliques se seraient conservées chez les Miao-tse. Voici en effet ce qu'il écrit dans le Journal du Kouy-tcheou :
« Le P. Paul Ouang, prêtre chinois, revient de visiter quelques chrétientés isolées ; ayant été obligé pour éviter la rencontre des rebelles de prendre des chemins détournés, il a couché un soir dans un village Miao-tse qui l'a fort bien reçu. En causant auprès du feu, il s'est enquis de leur religion et de leurs usages, et, sur son invitation, un vieillard s'est mis à raconter quelques fragments de ce qu'ils appellent leur vieille histoire. Au milieu de détails quelquefois fort ridicules, il a découvert des traces de leurs traditions bibliques : voici, par exemple, comment ils racontent le déluge :
« Il y avait dans un certain pays un saint homme qui habitait au milieu des gens pervers. Il exhortait ces méchants à se convertir, mais il n'en put ramener un seul à la vertu. L'Esprit dit au saint homme : « Prêche encore à ces méchants et, s'ils ne se convertissent pas, j'enverrai uu déluge qui les noiera tous ; en attendant faistoi une barque pour t'y sauver avec toute ta famille. Tu pourras y placer tous les animaux que tu voudras, mais pas d'homme. » Le saint homme avertit le peuple de tout cela ; mais on ne fit qu'en rire. Un jour, un boucher vint demander au saint homme avec ironie : « Quand est-ce qu'arrivera ton déluge? — Le saint homme répondit : L'Esprit m'a dit : Quand le lion de pierre qui est devant le temple pleurera du sang, alors viendra le déluge. » Le boucher se moqua de lui et alla en rire avec ses amis : puis la nuit suivante ayant tué un porc il prit du sang qu'il alla furtivement mettre aux yeux du lion de pierre. Au point du jour il alla avertir le saint homme que le lion de pierre pleurait du sang. Le saint homme, ayant vu cela, monta dans sa barque et tous les gens du pays, hommes et femmes se moquaient de lui. Mais aussitôt le tonnerre éclata, une pluie torrentielle tomba du ciel et les inonda tous. Quelques-uns voulaient gagner la barque à la nage ; mais on les assommait à coups d'avirons. Quand il se présentait des animaux, colombes, corbeaux, singes, etc. .. (ici l'énumération est longue) on leur tendait la main ou un bâton et on les mettait sur la barque. Le fils du boucher gagna aussi la barque ; le saint homme ne voulait pas le recevoir parce que l'Esprit l'avait défendu : mais enfin touché de compassion il le reçut (la suite de l'histoire dit que ce fils du boucher lui causa plus tard des malheurs). Quand l'inondation eut tout couvert jusqu'au-dessus des plus grands arbres, l'eau commença à décroître. Le saint homme regardait, pour tâcher de découvrir un sol émergé où il pût descendre, mais il n'en vit pas. Alors il pensa à lâcher un oiseau pour le suivre des yeux et voir où il se poserait. Il lâcha d'abord un corbeau ; mais celui-ci s'arrêta sur le premier cadavre flottant qu'il rencontra, se mit à manger et ne revint plus. Quelque ten^ps après,
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