XXX VI
INTRODUCTION
la dépouille mortelle qui les enveloppa. A Phu-lio seul, à cause de son pouvoir extrême, on sacrifie des bœufs. Quant à Te-lie, aucun sacrifice de poules ou de chiens ne le touche. On le dénomme aussi Xn, petit. Les He-miao déclarent qu'il a précédé les hommes dans la création ; il^ignorent s'il est seul de son espèce ou s'il a des frères. Cependant, ils croient qu'il existe force esprits malfaisants et ils les craignent beaucoup, persuadés que toute calamité est leur œuvre ou celle des mânes des défunts. Car fantômes et esprits sont très vindi-
.•'fi
le saint homme lâcha une colombe. Elle vola longtemps indécise, puis ayant aperçu le sommet d'un arbre sortant au-dessus de l'eau, elle s'y posa, prit dans son bec un rameau et se mit à balayer l'eau. Elle balaya, balaya si bien qu'elle dessécha toute leau. »
« Le P. Ouangleur dit aussitôt : « Tout le fond de cette histoire est tiré de notre Sainte Ecriture, seulement il y a des différences et des erreurs » Puis, ouvrant son bréviaire, il se mit à leur traduire exactement toute l'histoire de Noé et du déluge.
(( Cest la même histoire, dit le vieillard conteur, quant aux différences cela n'est pas étonnant. Nous n'avons pas de livres et les conteurs peuvent se tromper. Parmi nous, même d'un village à l'autre^ il y a des variantes. Puisque vous avez des livres, c'est certainement vous qui avez la véritable histoire. » Le Pèrç en prit occasion de leur prêcher, il leur fît comprendre que ces traditions prouvaient que leurs ancêtres avaient adoré le vrai Dieu. Ils ont promis d'embrasser la foi dès que la paix sera rétablie. Ils ont déjà tenu conseil avec les villages voisins : s'ils se convertissent, ce sera en masse.
« Dès que nous aurons un noyau suffisant de chrétiens de cette tribu, je recueillerai avec soin toutes les traditions et j'en ferai une narration suivie.
« Dans un autre pays de Miao-tse un catéchiste de M. Lions a constaté qu'ils mettent entre la création du monde et le déluge à peu près le même espace de temps que la Vulgate.
« Comment se conservent ces traditions chez les Miao-tse ?
« Les tribus Miao-tse, quoique très superstitieuses pour une foule d'observances, n'adorent point les idoles, et la principale de leurs cérémonies religieuses est la narration de l'histoire antique : c'est ce qu'ils appellent le Guien-kou-lao .
« Dans chaque village il y a deux ou trois anciens chargés de cet office. Ils conservent toute l'histoire dans leur mémoire, car les Miao-tse n'ont ni livres, ni écriture.
« La cérémonie de la narration a lieu dans toutes les circonstances solennelles, au nouvel an, pour les mariages, les funérailles et autres circonstances importantes de la vie. Mais c'est aux funérailles que la cérémonie est plus solennelle et la narration plus complète.
« Tout le village se réunit à des heures marquées, devant la maison du défunt. On plante une lance en terre, le narrateur s'assied au pied de la lance, et tous les auditeurs s'arrangent comme ils l'entendent autour de lui. Chaque narration dure deux ou trois heures, en sorte que, daès les quatre ou cinq jours de ces cérémonies, ils peuvent raconter toute l'histoire depuis la création du monde jusqu'au temps présent !
« Cet office de narrateur se transmet de génération en génération à ceux de la tribu qui sont les plus intelligents et qui ont fait leurs preuves en racontant mot à mot devant les anciens toute la suite de cette histoire qu'ils appellent leur histoire. )>
w^Pf^^^mww^
'f^^^^'mpi^iiPïpp
dîlOYANCKS RiaiGLEUSES
XXXVH
catifs, et, sans les sorciers, tout irait toujours très mal. Mais il n^est pas d'attaques que ne puissent conjurer les inévitables sorciers. Avec une poule, un canard, un porc, un buffle ou une vache, sjlon lanaîure du cas... et les ressources delà victime, on a raison du pire génie. Le sorcier sait cpmment lui parler ; et après lui avoir fait comprendre que ceux qu'il a molestés, affligés, lui témoigneront une reconnaissance sérieuse, s'il consent à les dédommager, il l'invite à savourer la bête immolée et cuite à point. Inutile d'aiouter que là, comme partout, c'est le sacrificateur qui prend Ja meilleure part du sacrifice ; l'esprit le plus malfaisant a le bon goût de ne consommer que l'odeur.
Il n'y a ni culte, ni temple chez les Miao-tse. Mais chaque village possède un arbre sacré, le To-tlong [Chou-chen en chinois) ; son bois contient l'âme de leur ancêtre primordial et protège leurs maisons et leurs personnes. Dans certaines localités, il y a aussi un minuscule bois sacré ; et les arbres qui le composent sont entourés du plus grand respect. Nul ne peut ramasser leurs branches mortes sans une autorisation spéciale et sans un sacrifice au génie de l'arbre d'où proviennent ces dépouilles. Sur la lisière de ces bosquets, on rencontre parfois des pierres, dont les formes rappellent quelque peu des figures géométriques ; elles sont également sacrées et inspirent beaucoup de crainte ; on en place quelques-unes dans des édicules rudimentaires improvisés avec des morceaux de bois qui supportent un toit de tuiles ou de chaume. A ces pierres, les Miaotse sacrifient d'une façoQ irrégulière ; et il leur arrive de brûler les bâtonnets traditionnels pour rendre hommage aux rochers d'aspect fantastique. Par contre, ils n'offrent pas le moindre encens aux pierres qu'ils conservent en des niches, dans leurs villages. Quant à leur manière d'honorer les morts, elle ressemble à celle des Chinois ; sans doute ils ont emprunté à ces derniers les cérémonies de ce culte, sinon le culte lui-même.
Chez les Tchong-kia deux principes dominent toutes les idées religieuses.
Ils croient d'abord à un être bon, Toue-sien, qui habite le ciel et distribue les biens de la terre. Mais cet être bon, d'où vient-il ? estil un ou multiple ? s'occupe-t-il des hommes ? peut-on le prier et en obtenir des faveurs ? Leur science ne va pas jusque-là ; ils ne peuvent répondre ; ils n'en savent rien. De plus, ils ne rendent à cet être bon, aucun culte, aucune action de grâces ! Toutes leurs observances, toutes leurs pratiques superstitieuses sont pour celui
,,i..*yji«m^i,^, m iijpyppiiiwpjipillPJtilPippiiip^
■^^■vpppi
INTRODUCTION
qui inspire la crainte, qui pourrait nuire si on le délaissait, le démon, Toue-fang, le second dogme qu'ils admettent.
On pourrait croire qu'il y a quelque analogie entre ce Toue-fang et la mort, ou l'âme des morts, car on appelle le cadavre Toue-fang, et quand il y a un mort dai^ une famille, on dit : Tang toue-fang, il y a un mort, un esprit, un diable, dans cette maison ; on nomme les ancêtres Pao-y a- fang. Dans les idées des Tchong-liia, ce Toue-fang est un génie malfaisant, il cause les maladies, la mort, détruit les récoltes etc. Si quelqu'un est malade, on dit de lui : Toue-fang to lo, le diable l'a saisi.
Aussi à peine quelqu'un a-t-il ressenti les premières atteintes d'une maladie qui menace d'être grave, la première pensée de la famille et du malade est qu'il faut apaiser le diable. Si la famille est à l'aise et peut faire les choses en règle, on ira vite quérir une pythonisse la tchim, qui par certaines prières évoquera le diable, afin de savoir de lui, ppurquoi le patient est malade, à quel prix il pourra guérir.
Les réponses se ressemblent toujours ; le malade doit un cochon, un chien à l'arbre fétiche ; il ne pourra guérir s'il ne fait pas ce sacrifice ; le malade avait offensé ses ancêtres, il pourra encore réparer son péché et obtenir laguérison en leur sacrifiant un bœuf, etc. etc..
La pythonisse sortie, on n'a rien de plus pressé que de se conformer à ses prescriptions ; on appelle vite le sorcier qui, en immolant l'animal demandé, guérira le malade ; mais ce remède ne produit pas toujours son effet. On appelle cette pratique Koueuh pey toue-fang.
D'autres fois, surtout si la famille du malade est pauvre, ou s'il ne se trouve pas de pythonisse dans Tendroit, le premier voisin venu s'empare des habits du malade qu'il place parterre, dispose dessus trois longs brins d'herbe en lignes parallèles, et, tenant de la main droite le poids d'une balance suspendu au-dessus, après certaines paroles magiques, il demande : « Un tel pourquoi est-il malade ? est-ce parce qu'il aurait offensé ses ancêtres ? est-ce parce qu^'il aurait péché contre l'arbre sacré ? » Quand le diable juge à propos de donner sa réponse le poids se met à tourner de lui-même.
Une autre pratique qui semble bien particulière aux Tchong-kiatse, c'est le culte de l'arbre fétiche, des bois sacrés. Il n'est pas de village qui n'ait son arbre fétiche, ordinairement très gros et très vieux, auquel, à certaines époques, tout le village vient sacrifier des poules, des cochons, même un bœuf si le village est riche, il est comme le patron, le dieu protecteur du village ; s'ils ne l'honoraient pas, disent les habitants, la récolte périrait, il n'y aurait pas de fruits.
Auprès des grands villages, ce sont des bosquets qui sont ainsi
ft-^^ws*.;-:ns.^P^,:T5r^T^- ■ -^''" ^^ —^
i.M«fifP!iijpippii|ppy|
^^^^^^^iHiPliiir