‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 19 sur 56 · PP9*P!!P · texte numérisé non relu

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d'un endroit où il n'y a pas de chrétien et où il serait facile d'en établir ».

Par suite d'une habitude trop commune qu'ont les anciens missionnaires de citer rarement les noms de lieux et d'hommes, nous ne savons pas à quelle station appartenait ce dernier converti et nous sommes réduits à des conjectures pour préciser ce qui regarde le pays. Quelques souvenirs consignés par M. Aubry en 1879 nous Findiqueront peut-être; tout au moins il s'agit de la môme époque et du même pays que désigne Moye par cette expression : le midi du Kouy-tcheou.

« Dans Me Hin-y fou, à 30 li de la ville, à 6 li de Ta-li-cliou et de la route de Tcheng-fong tcheou à Hong-hiao, He-tao-tong est un endroit qui, de mémoire d'homme et aujourd'hui encore, s'appelle Tien-tchou-kiao. Voici ce que m'en dit Ouang Ta-tchong, chrétien habitant la ville de Hin-y fou et baptisé depuis lo ans :

« J'ai 52 ans, je suis du Hou-kouang, je vins avec mes parents à l'âge de 6 ou 7 ans habiter Hong-hiao, nous y sommes restés longtemps. Alors je ne connaissais pas la religion et n'ayant jamais vu de chrétiens, je ne connaissais d'eux que quelques commérages qui arrivaient jusque dans notre vallon retiré. Or, nous autres enfants, nous demandions souvent aux anciens du pays pourquoi cet endroit s'appelait Tien-tchou-kiao. Les vieillards du pays (ceux qui étaient vieux il y a quarante ans) nous disaient toujours : « Autrefois il y a eu ici des chrétiens >'.

« Ouang Ta-tchong se souvient vaguement d'avoir entendu dire qu'il y avait des familles chrétiennes dont il ne sait pas le nom, il ne sait s^il restait des survivants de ces familles ; il se rappelle qu'on lui disait que la persécution avait ou anéanti, ou dispersé, ou chassé ces chrétiens et qu'ils avaient disparu du pays. Remarquez qu'il y a quarante ans, les vieillards d'alors, qui étaient nés dans l'endroit, ne semblaient avoir eux-mêmes sur ces chrétiens que des traditions et pas de souvenirs personnels. »

Moye continue de s'occuper du Kouy-tcheou. — • Vexations à Mao-tien. — Monique Sen au Kouy-tcheou. — Deuxième voyage de Moye (décembre 1774), — Son troisième voyage (juillet 1776). — Le catéchiste Tsiang. — Quatrième voyage de Moye. — Envoi de Paule Lo à Kouy-yang.

Tout en travaillant activement dans le Su-tchuen, Moye n'oubliait pas le Kouy-tcheou ; il fit parvenir dans les chrétientés qu'il venait de visiter des livres de doctrine pour l'instruction des chrétiens et

1 A. M.-E., vol. '549 1, p. 85. M. Aubry à Mgr Guichard, Hin-y fou, 10 juillet 1879*

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L ANCIEN APOSTOLAT

pour celle des patens ; il envoya deux fidèles dans les stations des environs de Tsen-y afin de voir s'il pouvait s'y rendre. « Ils m'ont rapporté, écrit-il ', que les chrétiens, dans cette partie, ont été accusés par les païens. Le mandarin les a fait prendre ; mais il les a renvoyés sans leur faire aucun mal, et leur a dit seulement qu'ils devaient ôter leur tablette de religion. De retour chez eux, ils ne l'ont point ôtée. Ils doivent venir dans trois mois me prendre pour aller les visiter. »

Un autre courrier vint bientôt lui annoncer que de nouvelles vexations avaient atteint les chrétiens de Mao-leao, qui naguère assez tièdes, « s'étaient par un miracle de la divine miséricorde réveillés de leur assoupissement ».

« Le démon, jaloux d'un changement si prodigieux, a excité les mêmes païens qui nous avaient pris, à les accuser. Le mandarin a renvoyé par deux ou trois fois, les accusateurs, sans recevoir leur accusation, et les a traités débrouillons. Enfin, à la quatrième fois illes a saisis et emprisonnés et a envoyé aussi prendre les chrétiens. Dix ont été amenés. Le mandarin leur a dit : « Vous n'aurez aucune affaire, promettez seulement qu'à l'avenir vous ne professerez plus cette religion, et je vous renvoie sur-le-champ. » Les chrétiens ont tous répondu : « Nous ne le pouvons pas. »

(( Ainsi ils sont enchaînés avec les païens leurs accusateurs avec cette différence que tout le monde déteste et maudit ceux-ci, qui meurent de faim en prison ; au lieu que tout le monde aime et assiste les chrétiens, surtout les satellites qui sont les mêmes qui nous avaient gardés.

« Outre ce jeune satellite qui, dès le temps que nous étions en prison, était déterminé à se faire chrétien, quatre autres prétoriens, dont un est chef de famille , témoignent de la même disposition. Deux sont décidés, les deux autres sont encore en suspens. Le chrétien qui m'a apporté ces nouvelles m'a réjoui en m'assurant que ces chrétiens sont tous également résolus de persévérer jusqu'à la mort. Comme cette province est pauvre au-delà de ce qu'on peut imaginer, je leur envoie quelques aumônes. » *

A cette époque ou peu après, Moye envoya à Mao-tien une veuve chrétienne du Su-tchuen, Monique Sen , tante de son catéchiste Benoit Sen. Encore jeune elle avait épousé un chrétien qui fut exilé pour la foi en 1772.

« Elle n^'avait qu'une vingtaine d'années lorsque je vins pour la première fois dans ces quartiers-là, écrit le missionnaire.^ Elle

' N. L. E., vol. 1, p. 193. Relation écrite par M. Moye, 6 août 1774. '2 N. L. E,, vol. 1, p. 434 à 436, Relation générale écrite en 1784.

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fit des progrès rapides dans l'étude de la religion et la pratique des vertus les plus héroïques. A un esprit pénétrant et à une mémoire heureuse, elle joint un cœur mâle et capable de grandes choses, intrépide dans les dangers, et accoutumé aux grandes croix ; car elle a été éprouvée de bonne heure par la persécution, et séparée par violence de son mari dont elle avait un enfant, lorsqu'il fut exilé.

« Cette jeune femme et plusieurs autres comprenaient parfaitement les instructions que je faisais ; elles les retenaient presque mot à mot, et les répétaient aux personnes qui n'avaient pu y assister ; mais sans oser y rien ajouter d'elles-mêmes, d3 peur de se tromper.

« Ces pieuses femmes avaient le talent de la parole, et s'expliquaient avec précision, clarté, solidité, et même éloquence. Je les ai vues une fois aux prises avec un lettré qu'elles confondirent, convainquirent et persuadèrent par des raisons si solides et si convenables aux circonstances, que j'en étais dans l'admiration. Après avoir instruit les femmes chrétiennes du lieu où elles demeuraient, elles exhortèrent les païens des environs. Les uns se convertirent, les autres, ayant été infidèles à la grâce, en devinrent plus méchants, plus acharnés contre les chrétiens. »

Après cette note générale sur sa manière de comprendre le rôle de quelques femmes chrétiennes particulièrement dévouées, Mo\^e ajoute : « Monique Sen rendit à deux chrétientés du Kouy-tcheou les services les plus importants par ses instructions et ses exemples. »

Les deux stations, dont il est ici parlé, sont sans doute Mao-tien et Mao-leao ; en tous cas Monique Sen se trouvait dans la première de ces chrétientés lorsque le missionnaire s'y rendit au mois de décembre 1774. Au dire de M. de Saint-Martin^, alors missionnaire et plus tard Vicaire apostolique du Su-tchuen, Moye n'avait rien omis pour connaître clairement les desseins de la Providence sur l'évangélisation du Kouy-tcheou et sur l'action que Dieu attendait de lui : prières, jeûnes, mortifications de toutes espèces, sacrifice généreux de sa liberté et de sa vie, résignation entière à la volonté divine, il avait employé tovt^ les moyens inspirés par la ferveur la plus ardente. Lorsque les courriers qu'il avait envoyés afin de s'assurer de l'état du pays, revinrent vers lui et qu'il eut entendu leur rapport, il résolut de partir -.

Au début de son voyage, le missionnaire eut un songe, « qui l'impressionna profondément, et qui lui parut surnaturel et prophétique ^ Il vit Notre-Seigneur attaché à la croix, entre les deux lar-

* Jean-Didier de Saint-Martin, de Paris, missionnaire au Su-tchuen en 1772. 2 N. L. E., vol. l,p. 210. Relation datée du 12 octobre 1776. A. M.-E., vol. 447^ p. 451.

» Vie de M. l'abbé Moye, p. 274.

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L ANCIEN APOSTOLAT

rons, versant son sang pour nous racheter, et faisant voir qull était plus occupé de notre salut que de ses souffrances. La croix lui paraissait moins élevée au-dessus de la terre qu'on ne la représente ordinairement.

« Il se sentit pressé intérieurement de parler à Notre-Seigneur, et il lui dit avec affection : « Seigneur, aurez-vous pitié du Kouy-tcheou ? » Notre-Seigneur pencha la tête en signe d'affirmation. Cependant, comme cette inclination de tête n'était pas très sensible et le laissait dans la perplexité, il réitéra la même demande, avec grand effort. Alors Notre-Seigneur inclina la tête bien plus visiblement et jusqu'à deux fois. Après quoi Jésus-Christ, prenant une verge, chassa le missionnaire du Kouy-tcheou.

« Cette dernière circonstance paraissait étrange à M. Moye, et elle le portait à croire que cette vision pouvait n'être qu'un songe ordinaire, un phénomène de l'ordre naturel, qu'expliquaient suffisamment ses préoccupations de chaque jour, mais les événements dissipèrent ses doutes. En effet, la religion pénétra dans la province, mais lentement et par degrés, comme l'indiquaient les signes d'abord à peine visibles, et ensuite plus affirmatifs, de Jésus-Christ crucifié ; or toutes les fois que M. Moye pénétra dans la contrée, il s'en vit bientôt expulsé, comme dans la seconde partie de l'apparition.

« Pendant plus d'un an il garda le silence sur cette vision ; mais lorsqu'il lui parut que le doute n'était plus possible, il en parla pour la consolation et l'édification des fidèles. Toutefois, craignant toujours l'illusion et se défiant de lui-même, il soumit ce songe extraordinaire au jugement de la Congrégation de la Propagande. »

« J'arrivai au Kouy-tcheou, raconte le missionnaire \ précisément dans le temps que huit chrétiens exilés pour la cause de la foi, venaient de finir leur exil. A leur retour, ils furent conduits de nouveau au prétoire, où on leur demanda un écrit d'apostasie. Ils répondirent avec fermeté : « Jetez-nous dans les prisons, faites-nous mourir, nous ne renoncerons jamais à notre religion.. » Quelques jours après on les renvoya libres sans leur faire aucun mal. Voilà la première consolation que Dieu me "ménageait.

« Un d'entre eux, vieillard pouvant à peine se traîner, venait de faire un voyage de treize jours sans rien perdre de sa constance ; ils s'approchèrent tous des sacrements ; un en particulier qui se préparait pour la confession, était pénéti^é d'une douleur si sensible qu'il se répandait en gémissements, et faisait éclater ses sanglots avec tant de violence que je craignais pour sa vie, et je fus obligé de le rappeler au tribunal pour le consoler.

•iV. L. E., vol. 1, p. 210.

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« Il reste encore cinq exilés, dont trois le sont à perpétuité ; ces derniers n'ont d'autres ressources pour vivre que de paître des chèvres ou de porter de l'eau. Ce sont cependant tous de nouveaux prosélytes qui, aussitôt après avoir embrassé la foi, subirent ces rudes épreuves. Aujourd'hui rien ne les arrête : une religion, dont ils ont éprouvé la douceur au milieu des supplices les plus rigoureux, et la constance dont Dieu a couronné leurs sacrifices, est, pour les païens, une preuve bien morale de la vérité qu'ils entendent annoncer. »

Outre les consolations que lui donna le courage de ces confesseurs de la foi, Moye eut celle, plus grande encore, de baptiser près de quatre-vingts adultes, dont plusieurs auparavant étaient ennemis déclarés de la religion.

« Une * femme entre autres qui, dans la première persécution, avait été la cause de la prise du missionnaire, frappée d'une maladie dangereuse, ouvrit enfin les yeux à la lumière et se convertit sincèrement à la foi. Elle reçut le baptême, et détesta son crime devant les chrétiens assemblés ; elle ne cessait de demander grâce, et se prosternait souvent aux pieds du prêtre demandant pardon. Son crime était grand sans doute, mais pour lors elle était païenne. La sincérité de son repentir, l'ardeur de sa foi, ne permirent pas qu'on exigeât de plus longues épreuves.

« Il y eut une jeune fille de treize ans qui, malgré les malédictions, les coups et les mauvais traitements qu'elle recevait de ses parents à cause de sa foi, se fit néanmoins chrétienne ; sa constance étonnait ses persécuteurs et les détermina à se faire aussi chrétiens.

« M. Moye acheva son ministère sans aucune contradiction de la part des païens. Le chef de l'endroit oii il était, et qui Ta vait conduit la première fois au prétoire, resta cette fois parfaitement tranquille. Un païen furieux fit beaucoup de menaces qui n'ont pas eu d'effet. Aussi M. Moye s'en retourna le cœur rempli de consolation. Mais sur la route, Dieu lui préparait encore une petite épreuve. Les soldats qui gardaient les frontières de la province le reconnurent, et arrêtèrent les chrétiens qui l'accompagnaient. Ils ouvrirent les bagages et ne tombèrent point sur la chapelle ni sur les livres. Ils demandèrent aux porteurs s'ils étaient chrétiens, et si M. Moye était leur maître ; ils répondirent affirmativement. Les soldats reprirent : « L'année dernière il a été persécuté pour cette cause, aujourd'hui le voilà qui revient ! » Les chrétiens répondirent : « Notre religion est pure, et elle sera prèchée jusqu'à la consommation du monde. » D'après cette réponse, les soldats voulurent exiger un écrit par le-

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