‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 20 sur 56 · SE · texte numérisé non relu

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' .V. L. E., vol. 1, p. 212.

KOUY.-TCHEOU

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L ANCIEN APOSTOLAT

quel les chrétiens attestassent qu'ils avaient conduit leur maître hors de la province ; ils ne voulurent pas le donner. On leur demanda de l'argent, ce dont ils n'étaient pas beaucoup chargés ; ils donnèrent la valeur de six ou sept sous, et on leur rendit la liberté. »

C'est là tout ce que nous savons sur le second voyage de Moye au Kouy-tcheou.

Le troisième eut lieu au mois de juillet 1776. Sa Relation, comme les précédentes, ne nous fait pas connaître le nom des stations qu'il visita^ mais nous savons par les lettres de Pottier qu^il retourna dans le nord-est et visita les chrétientés de Mao-tien, de Mao-leao et des environs.

(( Après une marche bien pénible, de deux jours et une nuit, raconte-t-il \ nous arrivâmes au chant du coq. J'étais obligé de temps en temps de me jeter par terre pour un peu respirer et reprendre haleine. Je fus là une huitaine de jours assez tranquille, ensuite on me vint inviter à aller dans une autre chrétienté à une demi-journée de là; nous arrivâmes à la nuit fermante.

« Cependant un apostat, comme poussé par le démon, vint me suivre et me regarder dans le visage, il me reconnut. Je ne sais si c'est lui qui m'a dénoncé aux infidèles ; quoi qu'il en soit, ils vinrent quatre ou cinq jours après un vendredi au soir en grande bande, comme des furieux, criant après moi : « Nous voulons le maître, nous voulons le maître. » Je m'attendais à chaque instant que les chrétiens pour se soustraire à leur fureur allaient me livrer à eux, ou qu'ils allaient enfoncer les portes et venir me saisir. Je me mis à genoux et fis mon sacrifice, me préparant à la mort. Ils demandaient aux enfants où j'étais ; ils regardaient, me cherchaient.

(( Cependant les chrétiens se sont comportés en braves et leur ont répondu : « Si le mandarin ordonne que nous et notre maître allions au tribunal, nous irons ; mais vous n'avez aucune autorité. »

« x\près leurs cris qui durèrent jusqu'à la nuit. Dieu voulut qu'ils se dispersassent, et les chrétiens vinrent me faire sortir. J'allai dans une autre maison et, la nuit fermée, nous partîmes; mais les païens m'attendaient partout, sur tous les chemins ; ainsi je tombai entre leurs mains. Ils me saisirent, mais la Providence, qui veille à tout, voulut qu'entre plusieurs païens qui m'attendaient, je tombasse entre les mains d'un parent de mon conducteur chrétien qui lui promit de l'argent, et Dieu changea son cœur. De persécuteur il devint notre conducteur. Cependant il voulait de l'argent et nous n'en avions

lA. M.-E., vol. 503, p. 59. Relation d'un voyage au Kouy-tcheou 28 août, 1776. M. de Saint-Martin a publié dans les Nouvelles Lettres Edifiantes, vol. 1, p. 237 certains détails que M. Moye a omis. Voir également A. M.-E., vol. 447, p. 330* M.Marchala reproduit ces détails dans la Vie de M, l'abbé Moye, pp. 288, 289.

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point; il voulait nos habits, je lui offris ma chemise, il n'en voulut point parce qu^elle était vieille ; il dépouilla mon compagnon.

« Nous arrivâmes au point du jour dans une autre chrétienté, je priai un chrétien de me conduire pour me cacher hors de la maison et je l'excitai à marcher ; le démon agit tellement sur son cœur qu'il ne le voulut point. Cependant ceux qui doivent me conduire vont par une autre route, se hâtant. La Providence permet qu'un chrétien les rencontre et leur dise d'attendre, que je ne suis pas encore passé; mais eux' pressés par la peur vont toujours en avant. Le chrétien vient du côté où j'étais; je conjurais mon méchant compagnon de marcher, il fallait le pousser pour faire un pas.'T)ieu soit béni, le chrétien arrive, quoiqu'il n'ait pas beaucoup d'intelligence, je me confie à lui et cours par les montagnes à la poursuite de mes conducteurs que je ne rencontre qu'après une demi journée de marche forcée.

« Le deuxième jour, j'étais si fatigué que je croyais ne pouvoir du tout marcher ; cependant Dieu me donna des forces. Je fis encore IS lieues dans les montagnes, et par les chaleurs de juillet je pensais aux peines de l'enfer, comme le mauvais riche dans les flammes n'avait pas une goutte d'eau pour se rafraîchir la langue, et que moi je rencontrais de temps en temps de la bonne eau fraîche, et encore quelquefois un air de fraîcheur pour respirer.

« En revenant je voulus passer sur la montagne où les chrétiens se rassemblent ; je passai au milieu des ennemis qui me cherchaient ; je ne sais s'ils m'ont reconnu, je n'ai pu y séjourner.

« L'état des chrétiens du Kouy-tcheou est, grâces à Dieu, assez bon. Les exilés ont encore passé devant le mandarin et ont confessé leur foi. Il leur a demandé s'ils changeraient, ils ont dit que non. lia fait venir l'officier rural entre les mains de qui il les a mis ; cet officier, qui est celui qui m'a pris, a dit au mandarin que les chrétiens valaient mieux que les païens. Le mandarin les a donc renvoyés, et même il a défendu aux satellites d'exiger d'eux de l'argent mal à propos. Les païens voyant que les chrétiens après leur exil sont encore plus fervents qu'auparavant sont étonnés; ils leur demandent : « Qu'espérez-vous donc ? » Ils répondent : « Nous espérons sauver notre âme et gagner le ciel. » Il y a des païens qui ont dit : « Sans doute que vous espérez quelque chose de mieux que vous ne dites pas. » Le mandarin et les satellites depuis ne leur ont fait aucune affaire et leur disent : « Nous savons que vous ne changez pas, » Mais leurs parents, leurs voisins les persécutent, les battent, et ils souffrent patiemment et prient pour leurs persécuteurs. Il y a un des exilés qui demeure seul au milieu des païens qui brisent sa maison, le battent; lui, répond : « Frappez, tuez, je serai toujours chrétien. »

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L ANCIEN APOSTOLAT

Le mandarin lui demanda s'il changerait, il répondit : « Je ne puis changer de bien en mal. » Au prétoire on demanda aux chrétiens qu'au moins ils n^exhortassent personne à se faire chrétien, ils répondirent : « Notre religion consiste à faire le bien ; si donc un païen vient et veut faire le bien, comment pourrons-nous l'en empêcher? »

« Entre les persécutés, il y a une jeune fille qui était venue recevoir les sacrements de confession et de communion; elle avait été baptisée précédemment. Ses parents l'ont cruellement battue, mais dans la ferveur qui l'animait elle dit qu'elle n'a pas senti les coups. »

Au nombre de ces exilés revenus dans leur patrie se trouvait J.- B. Tsiang, que Moye nomma catéchiste et qu'il prépara au sacerdoce ^

« Mais tout on lui faisant faire ses études, écrit Aloys Schotter, il se servait parfois de lui pour le ministère actif. Un jour le séminariste accompagnait deux pieuses femmes qui baptisaient les enfants moribonds. Ils furent arrêtés par une bande de 40 brigands ; au moment où ceux-ci se mettaient en devoir de les dépouiller et de leur enlever leur petite provision d'argent, Fun d'eux dit aux autres : « Laissons-les ! » et ils échappèrent sains et saufs des mains de ces hommes dont leur œuvre charitable avait tduché le cœur endurci.

« Notre Tsiang par ses vertus en imposait môme au démon.

« Avant qu'il fûl prêtre, M. Moye l'envoya un jour à Ho-pa où il délivra un jeune homme possédé du démon. A Tsao-men-tou, une maison était devenue inhabitable par suite d'obsessions diaboliques : le diable frappait les uns, flattait la vanité des autres, jetait de la boue à ceux qui essayaient d'entrer, et apportait dans la maison des objets qu'il avait pris ailleurs. Tout y paraissait en mouvement, et une femme âgée fut si rudement atteinte qu'elle pensa mourir du coup et fut malade durant plusieurs mois.

« Quand les enfants se mettaient en prière, le diable les frappait, leur parlait familièrement, et parfois leur apparaissait sous la forme d'une femme fardée et parée, portant un enfant sur le dos à la façon des nourrices chinoises. Sur l'ordre de M. Moye, le prêtre Tsiang y alla pour conjurer l'esprit malin. Quand il commença la sainte messe, le démon fit tomber à ses pieds Une masse de fer qu'il avait prise on

1 (f Je crois, dit M. Aloys Schotter, que c'est de lui que M. Moye écrit en 1780 : <c II y a parmi les sept élèves un homme qui avait été marié. Il fut violemment tenté de rentrer dans le monde, mais la grâce l'emporta et il resta fidèle à sa vocation. 11 est de bonnes mœurs et fait concevoir les plus belles espérances

« C'est là le point principal, ajoute-t-il, écrivant à la Sacrée Congrégation, il y a lieu de compter beaucoup plus sur ceux qui sont déjà âgés que sur ceux qui sont encore dans la première jeunesse. » Notes, etc; pp. i56, i57.

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DES ORTGTNES A 1847

ne sait où , et se moqua d'une personne qui se présenta pour communier.

« Cette maison ne retrouva la paix que lorsque ses habitants revinrent à la pratique régulière de leurs devoirs et se furent réconciliés avec Dieu par la réception des sacrements. »

Moye fit au Kouy-tcheou un quatrième voyage sur lequel nous avons peu de renseignements ; nous savons seulement qu'il ne visita pas Mao-tien, mais quelques autres stations et que sa santé, à ce moment assez ébranlée, lui rendit fatigante l'administration des chrétiens*.

La Propagande constatait ses efforts et les encourageait ; dans une lettre du 15 février 1781, elle lui disait : .

Continuez à suivre les élans de votre zèle, et quoique le succès n'ait pas encore couronné vos efforts dans la province du Kouy-tcheou, n'épargnez rien pour y introduire notre sainte religion.

Le missionnaire avait prévenu ces conseils en envoyant au Kouytcheou une chrétienne d'une famille célèbre dans l'Eglise du Sutchuen, Paule Lo Song-che. Veuve à 30 ans de Pierre Lo, frère d'un banquier de Tchong-kin qui donnait Fhospitalité aux prêtres européens et chinois, de passage dans cette ville, elle joignait aune piété peu commune un caractère fortement trempé.

Dans une Relation, Moye nous a raconté comment il se servit d'elle pour l'évangélisation de Kouy-yang, la capitale du Kouy-tcheou * :

« Paule partit avec Sin, une autre chrétienne de Tchong-kin.

« Volontiers elles essuyèrent les fatigues d'un long voyage. Dès leur arrivée elles prêchèrent d'abord aux femmes ; plusieurs se convertirent et priaient déjà, une autre famille se joignit aux néophytes. Il y en avait plus de trente, lorsque le démon excita la femme d'un marchand de soie, baptisé à Tchong-kin, à s'opposer de toutes ses forces aux progrès de l'Evangile; elle alla jusqu'à charger les femmes d'injures, maudire ses brus, les empêcher de prier, et crier dans les rues.

« Nos femmes chrétiennes furent obligées de louer une maison païenne ; un autre trouble étant survenu à cause d'une bande de voleurs qui couraient le pays, ce qui faisait surveiller de près les chrétiens, elles ne purent y rester davantage : la veuve Lo partit en pleurant ; elle ne pouvait se résoudre à lâcher prise. »

1 Vie de M. V abbé Moye, etc., p. 221.

2 Notes sur le Kouy-tcheou, par A. Schotter, p. 398.

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L ANCIEN APOSTOLAT

Hamel {Mil) Ordination de Benoît Sen, ses travaux. — J.-B. Tsianglui succède. — Paule Lo retourne à Kouy-yang. — Devaut (1784). — Ordination de Kan.

Après Pottier, Alary etMoye un quatrième missionnaire Thomas- Julien-Gharles Hamel' fut chargé du Kouy-tcheou mais il n'y fit que passer.

Ancien professeur au collège général, ne pouvant plus travailler dans cette maison presque entièrement ruinée par la persécution, Hamel vint au Su-tchuen en 1777 et fut donné pour aide à Moj'e qui l'envoya un peu plus tard dans la préfecture de Tsen-y. Nous ignorons ce qu'il y fit et s'il y put demeurer longtemps, car dès le 15 septembre 1777, Pottier écrivait : « M. Hamel ou un autre européen ne peut pas non plus entrer au Kouy-tcheou. » Puis il ajoutait- :

« Ce cher confrère, tout attristé d'être obligé d'abandonner et de laisser sans secours plusieurs centaines de chrétiens qui ne cèdent guère en ferveur et en courage aux chrétiens de l'Eglise primitive, m'a écrit plusieurs fois pour m'en témoigner son chagrin. »

Afin de remédier à cette attristante situation, Pottier résolut d'envoyer au Kouy-tcheou un prêtre chinois, qui pourrait plus aisément qu'un prêtre français échapper à la surveillance des mandarins et avoir entrée chez les païens.

a J'ai, écrit-il à Alary, jette mes vues sur Benoît Sun^ votre ancien écolier qui n'a pas non plus quitté M. Moye depuis l'arrivée de ce confrère, qui a beaucoup souffert et constamment avec lui lors de la prise de ce pieux missionnaire, et encore une autre fois de la part des idolâtres par lesquels il a été fort maltraité, connaissant d'ailleurs sa profonde piété, humilité, obéissance, etc.

<( Je rescrivis à M. Moye l'an passé qu^il examinât bien devant Dieu si on pourrait l'élever à la prêtrise et l'envoyer prendre soin de ces pauvres chrétiens abandonnés, parmi lesquels il a des parents, des amis, etc. ; où il peut aller pour cette raison sans contradiction.

<( M. Moye, en conséquence de ma lettre est monté cette année à la capitale avec Benoît, et en arrivant il m'a dit : « Je bénis Dieu de ce que votre manière de penser soit la même avec la mienne que je n'avais pas encore osé manifester. Je vois par là, dit-il, que hic di^ gitus Dei fis t. »

1 De Caen, parti en 1772, nom chinois Lieou.

2 A. M.-E., vol. 437, p. 768. Lettre de Mgr Pottier à M. Alary, 15 septembre

' Les missionnaires écrivent tantôt Sen, tantôt Sun.

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ff Pour lors, c'est-à-dire à l'arrive'e de M. Moye, nous étions plusieurs ensemble, M. Gleyo, M. de Saint-Martin, M. Devant, M. Dufresse et moi tous réunis dans la partie de la maison de la ville que nous nous sommes réservée. Nous tînmes tous chapitre pour cette grande affaire, et la décision unanime fut qu'il fallait procéder à l'ordination de ce jeune homme que Dieu paraissait appeler. Personne de nous n'y mit obstacle, il n'y eut que lui-même qui voulut s'y opposer, mais les représentations d'un chacun le firent enfin résoudre à accepter ce que son humilité lui faisait rejetter.

« Toute la difficulté ne roula que sur le défaut de la faculté de dispense du Saint-Siège d'ordonner un prêtre non latin. Cependant plusieurs et fortes raisons firent lever cette difficulté ; la principale fut la nécessité urgente de la chrétienté en question, d'avoir aussitôt quelqu'un qui les fortifiât contre les fortes attaques qu'ils ont tous les jours à soutenir de la part des gentils qui les molestent extraordinairement ; une espèce d'impossibilité qu'un Européen puisse pénétrer jusque-là sans un danger évident ; un retardement de trois ou quatre ans qu'il faudrait pour avoir une dispense de Rome. D'ailleurs Benoît peut lire et écrire le latin et en entendre quelque chose.

« Toutes ces choses donc arrêtées et résolues, le 22 juillet dernier (1777), je lui ai conféré la tonsure et les quatre moindres, le 23 le sousdiaconat, le 24 le diaconat, et le 26 la prêtrise. Son ordination a été plus solennelle que celle du sacre épiscopal à Si-gan oii il ne se trouva que trois prêtres. Quelques jours après, M. Moye avec le nouveau prêtre qu'il s'est chargé d'instruire suffisamment avant de l'envoyer au lieu de sa mission, est retourné à Tchong-kin. » Benoît Sen partit bientôt pour le Kouy-tcheou et y obtint quelques succès.

Dès Tannée suivante, 1778, Pottier écrivait à Alary' : « Votre disciple, nouveau prêtre, M. Benoît Sen fait très bien son devoir, dit M. Moye, il a ouvert une nouvelle chrétienté, à Su-yang bien*, dans

1 A. M.-E., vol. 437, p. 880. Lettre du 15 octobi^e 1778.

' D'après M. Jouishomme, ce ne serait pas à Su-yang même qu'auraient eu lieu les premières conversions, mais à Hoang-yu-kiang. « Le premier chrétien de ce pays fut un Ouang qui faisait le commerce de soie et de toile, il eut des rapports avec les chrétiens du Se-tchouan ; à Yun-tchoan, il goûta la doctrine, se fît chrétien ; revenu chez lui, il convertit ses parents et voilà l'origine de la statioo de Houang-yu-kiang. « (Journal de M. Jouishomme, A. M.-E., vol. 549, h p. 59). A la même époque on trouve également des familles Ouang se convertissant à Chouitse-ki, à Fong-ta-ya et à ïa-koan. A propos de cette dernière station, M. Jouishomme écrit : « Un vieux chrétien Ouang du Se-tchouan, vint chercher fortune dans le pays. Il avait un peu d'argent, il acheta ces terrains, épousa une veuve, mère de trois garçons, tous, ils apprirent la doctrine et la petite station de Takouan commença d'exister ; aujourd'hui elle a 12 chrétiens. « [Journal, id., p. 69.)

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la province du Kouy-tcheou. » En 1779, il s'occupa du groupe des stations dont Mao-tien et Mao-leao étaient les principales, et où résidaient un certain nombre de membres de sa famille. Il convertit plusieurs des siens, non sans souffrir d'assez pénibles contradictions. Un de ses oncles, maire de village, jugeant sans doute Benoît d'après les tendances ordinaires du caractère chinois, répandait des calomnies contre le jeune prêtre et tentait de détourner les païens d'écouter son enseignement. « Il vient ici, assurait-il, pour revendiquer les biens que son père a laissés. » Ces paroles, qui ne s'appuyaient sur aucun fait, semblaient en même temps menaçantes et plausibles à des gens attachés aux biens de la terre ; heureusement Benoît, dans plusieurs visites qu'il fit aux siens, sut se dégager des soupçons qui s'étaient élevés contre lui et convertit quelques païens.

Il ne paraît pas que cette station, dont nous ignorons le nom, ait duré longtemps. «Que devint-elle dans la suite? se demande A. Schotter\ On peut répondre : elle s'est déplacée. Ces Sen chrétiens auraient, avec les Ouang auxquels ils étaient alliés, émigré du côté de Hoangtsao-pa, pour fuir la persécution ; ils se fixèrent en face de Ta-chan, dans la province du Kouang-si. Il en reste encore des descendants ; particulièrement dans la paroisse du Lan-tang, à Kouy-yang fou : c'est l'octogénaire Ouang Kien-hong, dont le frère aîné naquit à Po-kang-tsin (Kouang-si), ce qui fait remonter l'émigration de ce Sen au commencement de ce siècle au moins. »

Appelé pendant quelque temps à Kien-kiang dans le Su-tchuen, Benoît Sen retourna bientôt au Kouy-tcheou, où il continua de trayailler avec persévérance et succès.

En 1782, il se rendit à Kouy-yang. L'absence de tout catéchiste, le départ de Paule Lo et la petite persécution précédente avaient jeté le trouble parmi les chrétiens de cette ville et en avaient dispersé quelques-uns. Benoît Sen parvint à les réunir de nouveau et à augmenter la station de plusieurs convertis. A cette occasion, Moye disait de lui : « C'est un saint dont Dieu bénit visiblement les travaux à cause de sa pureté d'intention et de sa grande humilité. »

« Arrivé vers la fin de 1782, il demeura quelques mois à Kouyyang et convertit une dizaine de personnes, entre autres une femme qui vendit ses bijoux pour restituer ses usures, et pourtant il n'a pas encore osé la baptiser. Il loue aussi la piété d'un certain néophyte qu'il a aussi converti cette fois-là. »

Ce séjour de quelques mois ne confina pas son activité aposto-

' Notes sur le Kouy-tcheou, etc., p. 425.

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lique entre les murs de la capitale : il convertit aussi une famille entière à six lieues de la ville ^.

« Et plus loin- il trouva un riche lettré de grande réputation qui avait lu nos livres. Celui-ci lui témoigna un grand désir de se convertir. Benoît lui fît une visite ; le lettré le reconduisit l'espace d'un quart de lieue et comme le prêtre lui faisait observer que telle n'était pas la coutume envers les visiteurs : « Eh quoi ! répondit-il, les prêtres européens font neuf fois dix mille lys pour venir en Chine nous convertir, et moi je ne vous reconduirais pas quatre ou cinq lys de chemin ! » C'était une réminiscence de nos livres. »

Lorsqu'après avoir réformé la petite chrétienté de Kouy-yang, Benoît Sen repartit pour le Su-tchuen\ il eut comme successeur au Kouy-tcheou le prêtre J.-B. Tsiang, originaire de cette province. Après son ordination, au mois de juin 1781, J.-B. Tsiang avait continué sous la direction de Hamel;, sa préparation à l'exercice du saint ministère; ensuite, au commencement de 1782, Moye lui confia le nouveau petit séminaire établi à Tao-pa. Cette maison ayant, peu de mois après, été envahie et pillée par les satellites, son supérieur, accompagné d'un élève malade nommé Tao, se réfugia dans une famille qui avait apostasie, du moins extérieurement, lors d'une des persécutions précédentes, et qui habitait sur une montagne voisine.

Pendant les perquisitions faites à Tao-pa, des questions furent posées sur les livres européens qu'on trouva,, un chrétien répondit qu^ils avaient été apportés par le Père spirituel J.-B. Tsiang. Cette parole compromettante décida le prêtre à fuir, d'abord à Tchang-cheou

' (c Je n'hésite pas, affirme M. A. Schotter, à nommer cet endroit Tchou-tcliangpou, car comme on peut le voir dans la notice de la veuve Lo, la compagne de cette dernière, Sin, alla dans cette station de vieux chrétiens, et y enseigna les femmes, entre autres la mère de ïseou San-mei, les Sin et les Ou. »

^ Et maintenant, dit toujours M. A. Schotter, quelle est cette station plus loin que Tchou-tchang-pou, et de quel lettré parle M. Moye « qui ne manifesta qu'un désir de se convertir aprèb avoir lu nos livres ? » Je crois pouvoir affirmer que cette station est Kouy-tin et qu'il s'agit d'un nommé Ouang Han-lin, dont la famille habitait Ma-gau-chaa. Mais sur quoi s'appuie cette affirmation ? Un chrétien nommé Pen ïsong-lin me dit un jour : « Mon grand-père s'est fait ch/.'étien à la suite de Ouang Han-lin, de Ma-gan-chan, dans un voyage à Pékin où tous deux adorèrent. » Un autre nommé Yang, de Touan-po-tchay qui habitait autrefois Kouytin me dit aussi avoir ouï parler du Ouang Han-lin qui aurait embrassé le christianisme. Ce Ouang ne paraît pas cependant avoir jamais été entièrement chrétien : c'est trop souvent l'ordinaire pour ces lettrés qui se convertissent par la lecture de nos livres, comme le prouve le fait de son neveu Xavier Ouang, converti à Pékin. » (Notes manuscrites, pp. 428, 429).

2 II mourut le 7 janvier 1786 dans les prisons de Ta-tsiou.

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L ANCIEN APOSTOLAT

bien, puis à Kin-gan, d'où, pour plus de sûreté, Moye le dirigea vers le Kouy-tcheou.

Afin de rendre son ministère plus fructueux, il lui donna comme aide Paule Lo, qu'il renvoya à Kouy-yang avec une autre chrétienne.

« Je lui ai trouvé une compagne, écrivait Moye ' à cette occasion, c'est une prosélyte de Fou-tcheou, qui a reçu deux fois des coups sur la tête pour motif de religion. Cette tante Lo fait cela par les vues les plus pures, car elle quitte une maison où elle avait tout, pour s'exposer aux incommodités des voyages, aux fatigues, aux persécutions. »

En 1783, la chrétienté éprouva une légère secousse. Les païens aflichèrent partout des calomnies contre les fidèles, prétendant qu'ils étaient venus du Su-tchuen sous prétexte de prêcher la religion du Maître du ciel, mais qu'en réalité ils s'efforçaient de recruter des adhérents à la secte des Pe-lien (nénuphar blanc). Les accusés se disculpèrent près des chefs de quartier en se déclarant ouvertement chrétiens, et affirmant qu'aucune relation n'existait entre eux et les adeptes de la Pe-lien-kiao. Convaincus de leur innocence, les chefs de quartier tournèrent leurs recherches vers les accusateurs, qui prirent peur, et l'orage, à peine formé, se dissipa entièrement. Il n'en restait plus aucune trace en 1784, lorsque s'y présenta Devant-, qui avait succédé à Moye, parti pour la France le 2 juillet 1783. Nous ignorons absolument les travaux qui marquèrent le séjour du nouveau missionnaire à Kouy-yang^ A en juger par le caractère plutôt timide de l'excellent prêtre et le silence gardé sur son voyage, aucun incident extraordinaire ne dut se produire. Il quitta le Kouy-tcheou vers la fin (le 1784, pour retourner au Su-tchuen, d'où la persécution devait l'envoyer mourir le 3 juillet 1785 dans les cachots de Pékin.

A Devaut succéda Gleyo qui fut rappelé du Yun-nan pour prendre soin du Su-tchuen oriental et du Kouy-tcheou *. Ce saint missionnaire mourut avant de quitter son poste, le 6 janvier 1786, à Longki.

Hamel fut alors chargé du district naguère assigné à Gleyo, mais

* Notes manuscrites, p. 400.

^ Nom chinois Ou.

^ Il n'est pas même bien certain qu'il alla jusqu'à Kouy-yang, et il se pourrait qu'il n'ait pas dépassé Tsen-y.

* Lorsque le P. da Rocha, religieux de la Compagnie de Jésus, eut par son influence réussi à faire délivrer de prison M. Gleyo, il avait conseillé de l'envoyer au Kouy-tcheou, mais Mg"" Potticr jugea plus utile de le diriger sur le Yun-nan. [A. M.-E., vol. 437, p. 769. Lettre de Mgr Pottier à M. Alary, Su-tchuen, 15 septembre 1777.

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le Kouy-tcheou continua d'être administré par le prêtre J.-B. Tsiang.

Les comptes-rendus de 1787-1788 ayant été perdus, et les autres documents étant muets sur l'évangélisation de la province qui nous occupe, nous ne pouvons raconter aucun fait sur cette période^ excepté l'ordination sacerdotale en 1788 de Mathieu Kan\ D'après A. Schotter, ce jeune prêtre était originaire du village de Kan-kiapin, où il était né en 1752. Avant son sacerdoce il avait été pendant un certain temps sous la direction de Moye qui ne lui donne pas un certificat bien brillant* : « Il est avec moi depuis trois mois, et voilà ce que j'ai remarqué en lui; il est caché^ hypocrite, s'il y a du monde, il priera le dernier ; s'il n'y a personne, il ne dira pas seulement les prières du matin : ad ociihun serinens ! Plein d'amour-propre, lit videatur ah hominibus^ il ne craint pas de fouler les autres pour prendre ses aises ; gourmand et friand. Avec cela il a quelques talents, parlant avec netteté et précision ; esprit facile, bonne mémoire. Le séminaire est pour corriger les défauts des jeunes élèves et les former à la piété : ce n'est que dans cette espérance que je vous l'envoie, mais s'il ne se corrige pas, qu'on se garde bien de le faire prêtre, il serait dangereux. J'ai eu cent fois la pensée de le renvoyer. Je le traite durement ; il faut mener les Chinois despotiquement et les tenir bien bas, bien souples, sans cela ils s'émanciperont. Je tâche d'humilier son orgueil, il porte mes épreuves, mais ne se corrige pas. »

Gomme on le voit, le portrait n'est pas flatteur ; peut-être n'auraiton pas complètement tort en pensant qu'il est poussé au noir, et que Moye, qui a un idéal très élevé du séminariste et du prêtre, marque trop vivement l'opposition des défauts du jeune homme avec les qualités qu'il lui désire. Quoi qu'il en soit, l'évêque ne se laissa pas arrêter par ces défauts, d'ailleurs assez communs chez les enfants chinois , il accepta et garda le jeune homme dans son séminaire ; il n'eut pas lieu de s'en repentir ; Mathieu Kan fut un bon prêtre qui

* Au sujet de la famille Kan, M. A. Schotter nous donne les renseignements suivants : « Les Kan sont du pays même, comme l'indique le nom propre du lieu : Kan-kia-pin signifie plaine de la famille Kan ; cette famille compte parmi les plu s anciennes familles chrétiennes du pays, et même elle embrassa la Foi avant les Len de Man-tse-gai, lieu peu distant de là ».

« Ces dernières années il se trouvait encore une fille Kan, dans la famille Yang, de Mao-tien. Le dernier descendant de ces Kan, chrétien aussi, se nommait Kaa Hin-ouang ; il mourut il y a 60 ans, et sa femme périt de misère et de faim.

« Les chrétiens de l'endroit se rappellent avoir entendu parler d'un Kan yé ; autrefois cette particule yé servait à nommer les prêtres, carie nom de prêtre les eût désignés aux persécuteurs ; cette particule signifie monsieur : M. Kan an lieu de prêtre Kan. » [Notes, p. 353.)

- Lettre à M, Mathon, supérieur du collège général à Pondichéry, 5 octobre 1775.

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L ANCIEN APOSTOLAT

rendit des services * à la mission du Su-tchuen. Il mourut au mois de juillet 1807 ^

Dufresse (1789). — Travaux de J.-B. Tsiang. — Mathias Lo au Kouy-tcheou. — Mort de Mgr Pottier. — Deux catéchistes à Kouy-yang et à Tsen-y (1795). — Révolte des Miao-tse. — Conversion à Long-pin, le néophyte Pierre Ou (1796).

En 1789, le Kouy-tcheou ainsi que la partie orientale du Su-tchuen furent confiés à Louis-Gabriel-Taurin Dufresse, né à Lezoux (Puy-de- Dôme) le 8 décembre 1750. Ce saint missionnaire, dont la carrière apostolique fut si féconde et la mort si glorieuse, avait quitté la France enl77S et était arrivé au Su-tchuen en 1777. Arrêté en 1785, il fut conduit à Pékin, avec de Saint-Martin^ le coadjuteur de Pottier, Devaut et Delpon*. Exilé de Chine, il se réfugia d'abord à Manille, puis à Macaoet, à lafinde 1788,ilrepartitpour le Su-tchuen. Pendant plusieurs années le soin des fidèles du Kouy-tcheou lui incomba ; mais durant cette période de son administration, comme précédemment, ce fut J.-B. Tsiang qui visita le Kouy-tcheou ^

Probablement il parcourut le groupe des stations situées dans la sous-préfecture de Ou-tchoan, son pays d'origine ; il ne parait pas être allé plus loin, car en 1790 une dizaine de païens s'étant convertis dans la capitale de la province, un chrétien baptisé autrefois par Benoît Sen adressa une lettre à ce dernier et à M. Devant dont il ignorait la mort, une autre à deux chrétiennes « lettre ® dans laquelle il conjure qu'on vienne le visiter, ainsi que les autres nouveaux chrétiens, et qu'on engage M. Benoît Sen à venir le confesser, ayant pendant tant d'années commis un grand nombre de péchés dont il demande la rémission avec beaucoup d'instance, ainsi qu'un vieillard, ancien catéchumène qu'il dit être toujours

• En l'an 1803, on trouve sa signature parmi celles des prêtres présents au Synode du Su-lchuen ; il s'y intitule « Matthseus Kan, e Kouy-tcheou occidentali d.

'Il eut une sœur dans la Congrégation des Vierges chrétiennes ; celle-ci faisait l'école à Koang-gan tcheou, quand la persécution éclata, elle se réfugia à ïchongkin après la dispersion de son école. (^Notes de A. Schotter, p. 557.)

2 De Paris, parti en 1772, coadjuteur en 1784, Vicaire apostolique du Su-tchuen en 1792, mort en 1801.

* Voir Mémorial de la Société des M.-E., pp. 31, 195, 348, 432.

^Nouvelles Lettres Edifiantes, vol. 2, p. 546. Relation en date du 29 septembre

6 A. M.-E., vol. 1250, p. 505. Nouvelles Lettres Edifiantes, vol. 2, p. 546. Lettre de M. Dufresse à sa mère, 28 septembre 1791.

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bien fervent, et qui demande le baptême. Cette ville, ajoute M. Dufresse, étant éloignée des autres chrétientés de la même province d'environ 15 journées d'une route toute montagneuse, et ne s'y trouvant encore qu'un si petit nombre de chrétiens, M. Tsiang (Jean-Baptiste), qui est chargé de l'administration des chrétientés de la dite province, et qui ne peut venir à bout dans une année de visiter entièrement toutes les autres dont il est chargé également, ne juge point encore "à propos de s^y rendre en personne : en conséquence on se contentera d'y envoyer un ou deux catéchistes pour arroser de la parole ces nouvelles plantes, et procurer s'il est possible de nouvelles conversions. » :

Après entente « nous convînmes, continue le missionnair«', d'y envoyer au moins un chrétien instruit^ et M. J.-B. Tsiang, administrant au commencement de cette année les autres chrétientés qui se trouvent aux confins de cette même province, donna commission au catéchiste du lieu, qui autrefois y avait déjà fait un voyage pour le môme sujet, de s'y transporter de nouveau après les fêtes de Pasques, les neiges, qui abondent dans ce pays-là, étant alors fondues et les grands froids passés. Cependant le chrétien qui, depuis près de deux ans, avait écrit la lettre et ne recevait aucune réponse, ne crut point devoir attendre davantage. Poussé du seul désir de se confesser, il partit accompagné de quatre autres néophytes de la même ville qui n'avaient pas un moindre désir de recevoir le baptême, et ignorant la commission du catéchiste, ils se rendirent à Tchong-kin-fou, pour les mêmes fêtes de Pasques, à dessein d'y recevoir les sacrements. M. Mathias Lo s'y trouvait alors, il baptisa les quatre néophytes et renvoya l'autre à M. Tsiang qui était dans une autre chrétienté à deux journées de là, pour lui rendre compte de l'état de la petite chrétienté naissante, et se confesser à lui. Suivant leur rapport, il se trouve dans la dite capitale vingt néophytes, et peu d'espérance d'y propager lafoy parce qu'il n'y a personne en état de prêcher ^ »

Ce fut la dernière fois que J.-B. Tsiang s occupa du Kouy-tcheou. L'année suivante, 1793, la cécité l'obligea de se retirer pendant le carême au petit séminaire du Su-tchuen, à Lo-jang-keou*. « A peine,

lA. M.-E.. vol. 439, p. 239, vol. 1250, p. 557, 572. Nouvelles Lettres Edifiantes, vol. 3, p. 111. Lettre à M. Chauraont, directeur au séminaire des Missions-Etrangères, 3 août 1792.

2 Ce fut le catéchiste Ignace Len Yao-kong, de la famille Len, qui habitait le ha meau de Man-tse-gai, peu éloigné de Mao-leao. Son père embrassa le christianisme ; il se livrait à l'élevage des vers à soie sur le chêne.

» Le même fait est raconté par Mgr de Saint-Martin N. L. E., vol. 3, p. 112.

* Quelques-uns écrivent Lo-iang-keou, d'autres Lo-lan-keou ; M. Gourdon, missionnaire au Su-tchuen oriental préfère Lo-jang-keou. [Beati martyres provincise Se-tchouan, Cha-pin-pa, 1901, p. 38.)

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l'ancien apostolat

disait M. Dufresse*, peut-il déchiffrer les gros caractères chinois, mais il ne peut nullement lire le latin, ni discerner clairement les objets, de manière qu'il est très à craindre qu'il ne perde entièrement la vue. »

Il mourut en 1811 à l'âge de 70 ans, après avoir été pendant toute sa vie digne de Téloge que Moye avait fait de lui en 1782 : « Il est bien édifiant et a le don de convertir les païens. »

La mort de Ms"" Pottier le 28 septembre 1792 et son remplacement par Ms"" de Saint-Martin ne modifièrent en rien la situation de la mission du Kouy-tcheou ; le nouveau prélat continua de confier cette province au missionnaire chargé de la partie orientale du Su-tchuen qui était alors Dufresse. Celui-ci donna pour successeur à J.-B. Tsiang Mathias Lo% ancien élève du séminaire général à Siam et à Pondichéry et ordonné prêtre en 1785.

C'est vers lui qu^en 1794, vinrent deux chrétiens de Kouy-yang, « par^ une très longue route à la ville de Tchong-kin pour se confesser. Ils arrivèrent au mois d^aoust etn'y séjournèrent que quelques jours, pendant lesquels ils satisfirent au vœu de leur conscience ; après quoi ils retournèrent dans leur patrie. Les années précédentes les néophytes de cette capitale avaient insisté plusieurs fois à demander qu'on allât les visiter, sans pouvoir Tobtenir, le nombre des prêtres étant à peine suffisant pour les chrétientés moins éloignées : ils étaient pour lors 20 ou 30. Or ces néophytes, au rapport des deux chrétiens, s'étant dispersés çà et là pour leur commerce, ceux-ci prévoyant sans doute qu'à plus forte raison, on ne leur enverrait encore personne, ne parlèrent point cette fois-cy de les aller visiter. Nonobstant cela, j'ai de nouveau insisté moy-meme auprès de M. Mathias, qui administre les autres chrétientés de cette province, à l'efTet qu'il y envoie quelque chrétien instruit et zélé qui puisse confirmer ce qu'il y reste de néophytes, et en augmenter le nombre s'il est possible. »

Mathias Lo se rendit aux instances de Dufresse et après être allé lui-même au Kouy-tcheou en 1795, il envoya à Kouy-yang deux catéchistes Len et Hou, « mais* leur voyage eut peu de succès, écrit Dufresse. Arrivés en cette ville, ils n'y trouvèrent plus que quelques chrétiens qui y ont un domicile fixe, tous les autres étant alors dispersés ailleurs pour leur commerce. Ils y séjournèrent unmois et y prêchèrent la religion aux gentils, mais aucun ne l'embrassa.

1 A. M.-E.,vol. 1250, p. 613. Lettre à M. Chaumont, 4 octobre 1793. ^ Né à Koan hien (Su-tchuen).

3 A. M.-E., vol. 1250, p. 699, 717. Lettre de M. Dufresse à M. Chaumont, 10 octobre 1794.

*A. M.-E., vol. 1250, p. 731. Lettre à M. Ghaumont, 8 octobre 1795.

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« Ils passèrent à leur retour par le district d'une autre ville de premier ordre, nommée Tseng-ny-fou^ où se trouvent une ou deux anciennes familles chrétiennes également abandonnées depuis beaucoup d'années ^ et les visitèrent aussi. Ils continuaient à professer extérieurement le christianisme^ et en conservaient la tablette dans leur maison, mais du reste tombés dans la tiédeur, n'en faisant presque plus aucun exercice, ils ne priaient plus, au moins en commun. Ils étaient néanmoins disposés à recevoir le prêtre, s'il venait les visiter. M. Mathias se propose, lorsqu'il retournera cette année dans la province, d'entreprendre le voyage, mais, vu la faiblesse de son tempérament, je doute fort s'il le pourra, car toute la route est remplie de montagnes escarpées, et le pays très froid même au printemps où commence la fonte des neiges, et M. Mathias ne sera à portée de faire ce voyage qu'au mois de janvier ou février. »

En 1796 Dufresse, qui continue de donner des nouvelles du Kouytcheou, écrit ^ :

« Dans le district de Tseng-ny-fou, ville du 1'"' ordre de cette même province, où se trouve une ou deux familles chrétiennes qui depuis de longues années n'ont plus été visitées parle missionnaire qu'elles ne peuvent recevoir, et qui sont éloignées des autres chrétientés de la province de 7 ou 8 journées, dans ce district, dis-je, et à la distance de plusieurs lieues des dites familles , un chrétien venu d'ailleurs , ouvrit Tannée dernière une nouvelle chrétienté qui paraît promettre quelque succès. Voici ce que m'en rapporte M. Mathias Lo en une lettre écrite de Tchong-kin le 26 juillet :

« Hier est arrivé de Fou-tcheou le catéchiste Len que j'avais au commencement de l'année envoyé à Tseng-nyMl m'araconté que les néophytes, petits et grands, sont au nombre de 80. Tous sont pauvres et personne ne peut recevoir le missionnaire. Le catéchiste leur a conseillé de se cotiser pour construire un petit oratoire ».

Le chrétien qui ouvrit à l'Evangile cette nouvelle station se nommait

1« Ces familles, d'après le souvenir de plusieurs anciens chrétiens de Long-pin et de Kao-chan que j'ai interrogés jadis, habitaient à Leang-chouy-tsin, à une demilieue (5 ly) de la ville, sur la route de Mey-tau hien. Ces familles, ou plutôt cette famille (car cette petite station ne s'est jamais développée) s'est éteinte ou a émigré ailleurs, chassée par la persécution, m'ont dit les anciens, chrétiens. — Les païens de l'endroit, que j'ai eu l'occasion défaire interroger en 1880, se souviennent très bien de l'existence parmi eux de cette ou ces familles chrétiennes. [N'oies de M. Bodinier.)

'A. M.-E., vol. 1250, p. 759. Lettre à M. Chaumont 26 septembre 1796.

3 II ne s'agit pas seulement de la ville de Tsen-y,mais de la préfecture de ce nom. M. Dufresse répète les mêmes nouvelles dans une lettre du 26 septembre 1798 à M. Chaumont. [n. L. E., vol. 3, p. 340.)

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l'ancien apostolat

Yao Ta-tchoan ; il était fabricant d'anneaux de crins et, sur l'ordre de Mathias Lo, tout en faisant son commerce, il prêchait. A Long-pin 011 il parlait en plein marché, il rencontre, en 1795, un païen Ou Koue-chen, avec lequel il lie conversation :

« Vous êtes intelligent, lui dit-il \ comment n'avez vous pas trouvé la voie droite, la voie de la vérité? Ou réplique : — Espèce de petit marchand qui te crois plus habile que tous les lettrés du pays, et penses cormaître mieux que nous la voie droite ! quelle est-elle donc? et comment la trouver? » Le chrétien expose la doctrine catholique. Ou l'interrompt: « — Onn^estpasàTaise ici pour eau ser, venez chez moi. » Le chrétien y va, répond aux questions de son interlocuteur et lui offre quelques livres de religion'-. Ou les parcourt rapidement et dit à Yao : « — Tout cela paraît bon. Mais quel est ce prêtre qui tient la place de Dieu? Puis-je le voir?^) Le chrétien promet de le lui amener quand ilaurafmi ses affaires. « — Non, c'est trop longtemps, voici de l'argent, va le chercher. » Et il lui donne deux ligatures (environ dix francs). Le chrétien avertit le prêtre qui envoie d'abord le catéchiste Len Yao-kong.Ou se met en colère : « — Je t'ai donné de l'argent pourvoir le prêtre, et il ne vient pas ». Le catéchiste veut parler. (( — Assez pour aujourd'hui, réplique l'hôtelier, nous verrons demain. » Le lendemain, il ne voulut pas l'entendre davantage. Le troisième jour, sa colère s'étant un peu calmée, il invita tous les lettrés chez lui, et les pria de poser des objections au catéchiste; celui-ci répondit admirablement et réduisit ses adversaires au silence. Ou était dans l'allégresse. A la fin, il s'avance au milieu de la salle et demande à chaque auditeur : « — Crois-tu à la vérité de cette religion ? »

Les uns disent non. Ou les met à la porte, et passe à d'autres, « — Et vous ? — Nous croyons, mais nous ne comprenons pas tout. — Voilà qui est bien répondu ; on ne peut pas tout comprendre en un seul jour ». Après cette réunion, Ou déclara hautement qu'il embrassait le catholicisme, et dès lors il se mit à le propager. 11 avait une manière toute particulière de convertir ses amis. Il les abordait en plein marché, sur la route, partout oii il les trouvait. « — Connais-tu

* Les 52 Vénérables Serviteurs de Dieu, vol. 2, p, 265. 2 vol. in-8 par Adrien Launay, Téqui, rue du Cherche-Midi, Paris, 1893.

2 II y a une autre version que voici :

(( La nuit suivante, intrigué de voir tant de science chez un simple marchand, Ou 'se dit que sans doute il avait avec lui des livres. Tandis que Yao dormait, il ouvre donc sans bruit sa hotte et y trouve un livre de religion. De suite il le prend, le lit attentivement et le remet à sa place.

<c Le matin, Yao est tout étonné de s'entendre interroger de la sorte par l'aubergiste : « Dis-moi, qu'est-ce que c'est donc que ce se-to (prêtre), cet homme qui-tient la place de Dieu, et pourrais-je le voir ? » [Notes, Al, Schotter, p. 509.)

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Ou? leur disait-il. — Oui, je te connais. — Eh bien, conduis-moi chez toi ». En entrant : « Je suis chrétien, disait-il, et je veux que tu sois chrétien aussi, chasse les idoles, laisse les superstitions, et écris des tablettes en l'honneur du vrai Dieu. »

Le païen s'étonnait, faisait quelque résistance, mais souvent se rendait.

Cet Ou Koue-chen, appelé aussi Ou Ta-kong et Ou Ma-tse, qui nous frappe par son originalité et son ardeur, était né à Long-pin de parents pauvres et païens. Il travailla activement et put avec ses épargnes monter une hôtellerie assez importante et qui prospéra rapidement*.

Le catéchiste Len resta environ trois mois chez Ou Koue-chen. A la fin du mois de juillet 1796, il retourna à Tchong-kin, où il exposa avec des détails plus circonstanciés qu'il n'avait fait par lettres les nombreuses conversions. Quelques jours avant son arrivée, Mathias Lo, désireux de conserver les bonnes dispositions de Ou, et aussi, a-t-on dit, de modérer son ardeur dont la vivacité aurait pu avoir des inconvénients, avait envoyé près de lui, le 19 juillet, un autre catéchiste, Laurent Hou Ghe-lou. Lui-même se rendit à Longpin après Noël 1796 ^

Il y trouva des néophytes fervents et capables de subir avec honneur les examens du catéchuménat. Mais entre tous. Ou Koue-chen lui parut si édifiant et si zélé qu'il le nomma catéchiste, quoiqu^encore catéchumène, tout en lui recommandant un peu plus de modération, conseil dont le néophyte profita.

D'après quelques-uns, Mathias Lo^ aurait emmené ou envoyé Ou au Su-tchuen, afin qu^il pût, parmi les fidèles de cette province, se former mieux et plus vite à la vie chrétienne ^

1 La maison de Pierre Ou était située à 1 extrémité du marché de Long-pin à droite, en allant de Tsen-y à Toau-ki-clioui. Elle fut vendue par Ou Kin-siang au chef du marché, Ouang San-kong, qui la répara et l'agrandit ; elle fut, avec le marché tout entier, brûlée par les rebelles. L'emplacement appartenait il y a quelques années, et peut-être appartient encore au petit-fils de Ouang San-kong. [A. M.-E. vol. 549 p. 708)

2 C'est à la fin de 1796 et non en 1795, comme nous l'avons écrit par erreur (Les 52 VV. Serviteurs de Dieu, vol. 2, p. 265) que le P. Mathias Lo partit pour Longpin-tchang.

' M. Aloys Schotter donne sur ce voyage de Ou à Tchong-kin l'explication suivante : « Ou Koue-chen demandait avec instances le baptême. M. Mathias eût désiré plus de science dans un sujet de cette valeur et si propre à propager la religion ; craignant d'autre part de l'offenser, il usa d'un subterfuge, disant avoir laissé à Tchong. kin les objets nécessaires pour cette cérémonie, mais que Ou pouvait s'y rendre et y serait baptisé. Ou le prit au mot et peu après se rendit à ïchong-kin avec un autre catéchumène, Tan Ta-kong. (Notes Al. Schotter, p. 511).

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L ANCIEN APOSTOLAT

Baptisé en 1797, Ou reçut le nom de Pierre et continua plus encore que par le passé de travailler à la diffusion du catholicisme. En 1798, le total des néophytes instruits par lui s'éleva à 120 et en 1799 à 140.

Parmi les païens convertis par Ou, on cite Tan, qui fut exilé avec son frère Tan Eul-kong, à Tchen-yuon fou, et plus tard hors des limites de l'empire ; tous les deux auraient été massacrés par des pirates pendant qu'ils étaient en prières ; les familles Yang-, Tchong, Pi, Lieou, Tchen, Pan, Hou ; quelques familles à Hentse-tchang, entr'autres les Tchao * ; et vers 1799, les Ouang à Mo-pou-kan ; un Pi qui plus tard apostasiera, un des Tchou, Grégoire Tchou Yaokong, qui, converti à Long-pin oii il était de passage, retourna chez lui à Kan-keou.

Dans le même voyage (1796-1797) Mathias Lo visita la récente station de Hoang-yu-kiang*, celles de Mao-tien et des environs où il lui arriva une petite aventure dont Dufresse fait le récit suivant^ :

L'année dernière (1797) à la première lune, M. Mathias Lo se trouvant en une chrétienté où les payens des environs savent qu'un maître de religion vient chaque année visiter les chrétiens, 30 païens mauvais sujets qui apprirent que M. Matthias y était venu, conspirèrent ensemble de le saisir, se proposant moins de le produire au prétoire, que de se faire donner une somme d'argent pour le rédimer, et s'emparer de ses effets. — Après avoir pris le repas qu'ils nommeni Ki hietsieou, vin du sang de poule, Tpârce. que le vin qu'ils boivent alors en commun yestmêlé de sang de poule, selon l'usage superstitieux et fréquent en certains accords ou réunions, en signe à ce qu'il paraît d'une réunion plus intime, ou même de serment, ils se rendirent armés un soir à la nuit aux environs de la maison indiquée, et quelquesuns d'eux y entrèrent pour s'assurer si de fait le Maître de la religion s'y trouvait encore. Mais il avait déjà pris la fuite, car un officier rural ami des chrétiens leur avait donné avis de la conspiration. Ces brigands, frustrés de leurs espérances, s'emparèrent de son mulet et d'un autre cheval d'un chrétien. Mais aussitôt les chrétiens ayant convoqué au son de la cymbale tous les habitants des environs contre les dits ravisseurs, ceux-cy ayant lieu de craindre qu'on ne les liât, selon l'usage, et conduisît au prétoire comme voleurs, ramenèrent aussitôt les deux animaux, firent satisfaction, et l'affaire n'eut pas d'autre suite.

1 Ces Tchao, chrétiens peu fervents, servirent pourtant à ouvrir à la foi une partie de la préfecture de Tsen-y, le Ta-ki-li, après la publication des traités franco-chinois. {Journal de M. Lions, p. 197).

- Au nord du Kouy-tcheou.

3 A. M.-E., vol. 1250, p. 779. Lettre à M. Chaumont, 26 septembre 1798.

« Ce fait s'est passé, dit Bodinier, dans une des stations du district de Ou-tchoan, à Mao-tien ou dans le voisinage. »

Dufresse avait un moment craint que la révolte* des Miao-tse qui agitait alors une partie du Kouy-tcheou ne nuisît aux travaux de MathiasLo ou des catéchistes envoyés à Kouy-yang, il n^en fut rien. Le centre de la révolte étant principalement dans la partie méridionale de la région, elle ne se fit pas sentir ailleurs. Le prêtre compta 200 confessions dans le groupe de Ou-tchoan, et sur ses conseils ou

' Nous allons reproduire ici quelques renseignements donnés par Dufresse sur cette révolte, renseignements qui sont peut-être plus curieux qu'exacts : « Dans la province du Kouy-tcheou, il éclata à la première lune de cette année une révolte très considérable dont j'ignore la véritable cause, étant différemment rapportée par les bruits populaires. Les rebelles sont un peuple, différent des chinois de mœurs et de langage, répandu en très grand nombre dans cette province, auquel il paraît que le pays appartint anciennement, et que les Chinois nomment Miaô-ts et regardent comme barbare. On fit, dès l'origine, monter le nombre de ces révoltés jusqu'à 60.000, Leur chef-lieu se trouve situé sur les frontières des trois provinces Kouy-tcheou, Hou-kouang et Su-tchoan et si bien fortifié par la nature qu'on le fait passer pour être inaccessible aux troupes Chinoises, Ce qu'il y a de vrai, c'est que jusqu'à présent (8'= lune) on n'a pu encore venir à bout de les réduire, d'autant moins quils sont renforcés, dit-on, par un grand nombre de chinois qu'ils, ont amenés avec eux dans les prises qu'ils ont faites dans l'origine, (car avant l'arrivée des troupes chinoises, ils s'emparèrent de plusieurs villes, même de premier ordre, surtout dans la province du Hou-kouang) ou qui d'eux-mêmes ont passé à leur parti. Les soldats, non-seulement des trois dites provinces, mais encore de quelques autres, ont été envoyés contre eux. Ils ont été, à ce qu'il paraît, obligés d'abandonner les villes dont ils s'étaient emparés, mais les Chinois n'ont pu encore s'emparer du lieu qu'ils occupent. On leur a livré j)lusieurs assauts où ceux-ci ont eu le désavantage, un assez grand nombre ont péri sous leur résistance ou parleurs stratagèmes, tel qu'est celui d'un riz empoisonné, cuit pendant la nuit dans un défilé et à une lueur qui pût être aperçue des Chinois, Ceux-ci s'avancent jusqu'au lieu où ils ont aperçu les feux et où ils croient être l'ennemi, mais ils n'y trouvent autre chose que du riz et choses comestibles tout cuits qu'ils s'empressent de manger pour reprendre des forces. Ils font aussi, ajoute-t-on, un grand usage des flèches empoisonnées dont une blessure même très légère suffit pour ôter la vie. Un plus grand nombre encore des troupes chinoises sont mortes de l'intempérie du pays dont le terrain est très malsain et souvent mortel pour ceux qui n'en sont point originaires ou qui ne s'y sont point accoutumés ; enfin, cette défaillance des soldats chinois est parvenue à un tel point que, pour les remplacer, on fit au mois de juillet et d'août, dans cette province du Su-tchoan, des levées de nouvelles troupes tirées des campagnes et ne devant servir que pendant l'expédition actuelle^ On détermina aux mandarins de chaque ville le nombre d'hommes qu'ils devaient fournir. Pour engager à s'enrôler, on signifia dans les édits publics la quantité d'argent qu'on leur donnerait à leur départ ou à leurs familles, la quantité de riz que celles-ci percevraient chaque.fuois, en leur absence, et la solde qu'ils percevraient eux-mêmes, chaque jour, pendant l'expédition, outre les récompenses qu'ils pourraient mériter par leurs services signalés ; et, de peur de les intimider, on ajouta que leur destination ne serait point d'aller aux combats, mais seulement de

l'ancien APOSTOLAT

avec son assentiment, les chrétiens de Mao-tien achetèrent, pour la somme de 60 taëls, des champs dont le revenu fut destiné à l'entretien d^une école.

Revenu au Su-tchuen, le prêtre envoya dans cette station au mois de mai 1798 « une vierge âgée d'environ 35 ans, qui enseignait depuis de longues années avec zèle et édification dans plusieurs écoles de cette partie orientale du Se-tchoan, et l'école fut ainsi érigée* ». Telle fut l'origine de la première école de filles ; faute de maître, l'école de garçons ne put être ouverte.

garder des avenues. (Si le gouvernement chinois, par cette seule addition en imposait au peuple, au moins ne forçait-il personne, sous peine de mort, ni même autre peine quelconque de s'enrôler). Il paraît que ces soldats de nouvelle recrue, arrivés sur les lieux, où ils se virent obligés de combattre comme les autres, ont déserté en grand nombre ; car ici à Yun-tchoan, d'où on envoya 200 hommes, le mandarin est sommé de rechercher, faire arrêter et renvoyer aux camps pour y être jugés 60 hommes de son district qui en ont déserté. On en a déjà, dit-on, arrêté 3, mais il paraît que tout le reste s'est éloigné. Si l'on en croit au récit de ces déserteurs, les lieux qu'occupent les révoltés sont très escarpés et presque inaccessibles aux Chinois.

(( Le mandarin qui gouverne le district où ils se trouvent et qui sut ci-devant se concilier leur attachement, est député de temps à autre pour composer avec eux et les engager à la paix et à se soumettre, mais jusqu'ici il n'a pu y réussir. Ils le reçoivent avec démonstration de joie et avec honneur, mais ils répondent constamment qu'ils ne consentiront à la paix et à la soumission qu'au prix de la tête du mandarin Fou que j'ai dit plus haut être le gouverneur de cette province, contre lequel ils conservent la plus vive indignation et la haine la plus mortelle, parce qu'il avait fait mourir plusieurs de leur race, d'où je conjecture que ce furent peutêtre ces exécutions qui excitèrent la révolte. Quoi qu'il en soit, ce même mandarin paraît encore être à la tête de l'expédition contre eux ou en règle tous les mouvements. On annonce pour la 12*^ lune l'arrivée d'un parent, cousin de 1 empereur, dont le titre i'ang je ou régulas est supérieur à celui du Fou précédent, lequel, dit-on, doit être envoyé de Pékin en cette province du Su-tchoan et de là au lieu de la révolte pour y mettre fin. On a déjà commencé sur la route où il doit passer, et en particulier ici à Yun-tchoan, i> faire les préparatifs pour sa réception quj doivent surpasser ceux qu'on lit l'année dernière, au passage du grand mandarin Fou, entre autres l'hôtel où il doit loger doit être plus élevé de 3 pieds. Du reste outre un très grand nombre de mandarins subalternes non-seulement militaires mais encore civils, la plupart des supérieurs de cette province, même les premiers, se sont rendus en cette contrée de la révolte où chacun trouve sa destination et son emploi propre et ont passé par cette partie orientale : où, soit pour les dits passages ou préparatifs aux réceptions extraordinaires, soit pour la levée des nouveaux soldats, soit pour contributions aux frais de la guerre et autres dépenses qui y sont relatives, les impositions sur les peuples ont été jusqu'à présent fréquentes et fortes Elles se nomment kltin siiï ou nécessités de l'Empereur et se comptent par ordre de première, seconde, etc. »

1 A. M.-E., vol. 1250, p. 801. Lettre de M. Dufresse à M. Chaumont, 26 septembre 1798. N. L. E., vol. 3, p. 339.

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Lettrés de Kouy-yang baptisés à Pékin (1796), leur histoire. — Principaux convertis de Kouy-yang. — Joseph Tchang Ta-pong. — Persécutions à Kouy-yang (1797). — Emprisonnement de Laurent Hou, sa libération, — Pénitence de quelques apostats. — Statistique. — Nouvelles stations. — Travaux de Mathias Lo.

Les conversions faites par Pierre Ou n'étaient pas les seules dont eut alors à se réjouir l'Eglise naissante du Kouy-tcheou. A Kouyyang, OTJ Moye avait essayé de former un groupe de chrétiens par ses catéchistes et de faire instruire les femmes par Paule Lo, un petit mouvement vers le catholicisme se dessinait. Les origines de ce mouvement ne manquent pas d'intérêt.

Une famille païenne de Kouy-yang, nommée Ouang*, riche, ambitieuse, décida d'envoyer à Pékin Taîné de ses fils, concourir pour la licence et y obtenir un poste mandarinal. Avec le jeune homme partit un autre lettré, Yuen de Tou-yun, ainsi que Lo qui était à la suite d'un mandarin et Fong. Comment entrèrent-ils en relations avec les catholiques ? A la suite de quelles circonstances se convertirent-ils ? Nous ne le savons ; mais trois d'entr'eux embrassèrent la religion chrétienne et furent baptisés : Ouang sous le nom de François-Xavier, Yuen sous celui de Barthélémy ; Lo reçut le nom de Thomas ; Fong demeura catéchumène. Ouang passa d'heureux examens et obtint le grade de licencié (ku-jen). Puis les néophytes, avant de repartir, demandèrent à l'évêque de Pékin % Ms"" de Gouvéa, pour un des missionnaires du Su-tchuen^ une lettre de recommandation qui fût en môme temps une attestation de leur baptême. Voici la traduction de cette lettre ^ :

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