BAPTISÉS
CHIIETIENS
Kouey-yang-fou . .
Ou-tchoan-hien .
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Siu-yang-hien ^ .
Tsen-y-fou. . .
Tsin-tchen-hien ,
Kouey-tin-hien*.
Kien-sy-tcheou .
Tou-yun-fou .
C'est la pairie de l'autre licencié Barthélémy Yaen.
Sing-tchen.
Bourg ou marché considérable.
Total ,
Après ce tableau le futur martyr écrit ces pieuses réflexions' : « Vous voyez par ce calcul que le nombre des nouveaux égale au moins celui des anciens ; cette petite somme comparée aux millions d'habitants païens dont cette province est peuplée, est pour ainsi dire un zéro, mais considérée aux yeux de la foy, elle n'est point méprisable ni à négliger ; c'est un petit arbrisseau d'autant plus précieux qu'il germe dans une foi'èt toute hérissée de ronces et d'épines ; c'est un grain de semence dans le terrain le plus stérile qui commence à y fructifier, et peut par conséquent se multiplier au centuple ; ou enfin c'est un petit levain qui peut fermenter une grosse masse. Au moins si la religion n'y fait pas de plus grands progrès, ce petit nombre de chrétiens qui s'y trouvent répandus sera-t-il plus que suffisant pour la faire connaître aux païens et leur procurer les moyens de l'embrasser, ou les rendre inexcusables, et par conséquent pour justifier la miséricorde ou la justice de Dieu à leur égard, M. Matthias qui prend cette mission très à cœur et lui donne tous ses soins conçoit de bonnes espérances pour la suite. »
• Anciens chrétiens.
2 On cite, coinme dépendant de Sui-yang, plus communément Su-yang, les trois frères Che établis à 30 11 de Hia-tan.
3 Dont 8 faits catéchumènes à la capitale.
* Il se trouve dans celte ville une lamllK; Ouang de la parenté du licencié Ouang et convertie par lui avant la persécution,
° Dont 3 faits catéchumènes à la capitale.
^ Dont 2 faits catéchumènes à la capitale.
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PBS ORIGINES A 1847
Persécution à Tsin-tchen. — A Kouy-yang. — Emprisonueraent de chrétiens, — Supplices des prisonniers, particulièrement de Laurent Hou, — Rapport du "gouverneur du Kouy-tcheou à l'empereur, — Condamnation des chrétiens. — Défense d'embrasser le catholicisme, — Départ du gouverneur. — Nouvelle sentence contre L, Hou. — Ignace Lou à Pékin. — Départ des exilés, — Leur passage à Pékin, — Mort et retour de plusieurs d'entre eux. — Valeur des chrétiens.
La persécution entrava la réalisation de ces espérances. Dès 1799, elle se fit sentir à Tsin-tchen. La première et principale victime fut Grégoire Tchou Yao-kong, de Kan-keou, converti à Long-pin par Pierre Ou. Il avait, paraît-il, instruit des vérités de la foi une vingtaine de familles païennes. Une jeune fille, sa parente, étant morte, il fit réciter près du corps les prières chrétiennes ; cet acte excita la colère d'une des tantes de la défunte, qui dénonça Grégoire et déchaîna contre lui la colère des païens. Voici comment Dufresse raconte cette persécution ^ :
« Un chrétien catéchumène établi avec toute sa famille, aussi chrétienne, en un marché considérable de ce district, y souffrait depuis longtemps et fréquemment' des vexations de la part des païens qui ne pouvaient souffrir parmi eux la religion chrétienne, et le chrétien n'y opposait que la patience. Enfin ils en vinrent jusqu'à entrer dans sa maison, en arrachèrent la tablette de religion, y substituèrent des idoles au son des instruments et brûlèrent des encens, pillèrent des effets et maltraitèrent de coups le chrétien pour le forcer à apostasicr. Gclui-cy, pour se soustraire à leur fureur, prit la fuite et se réfugia à la capitale au milieu des chrétiens de cette ville, pensant y être à l'abri de tout danger ; mais pendant son séjour il arriva que la persécution s'y alluma aussi; et il y fut enveloppé.
« Cependant, après l'attentat commis dans sa maison, son père et sa mère, des vieillards, allèrent le dénoncer au prétoire de la ville; mais le mandarin, que les païens adversaires avaient déjà gagné par présents, n'eut aucun égard à leur accusation ; au contraire il fit arrêter l'accusateur et mettre en prison où il le laissa plusieurs mois sans rien juger, jusqu'à ce que^ la persécution de la capitale ayant éclaté, il reçût une lettre du premier mandarin persécuteur et son supérieur, où il était sommé de répondre si dans son district il y avait des chré-
' A. M.-E., vol, 1250, p. 815, Lettre à M. Chaumont, 7 et 11 octobre 1799.
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tiens ou non ; ce à quoi il répondit qu^'il ne s'en trouyait point, par la crainte sans doute qu'il avait que cette religion ne le compromît en quelque affaire peu avantageuse pour lui. Aussitôt il donna ordre à ses prétoriens de renvoyer le vieillard chrétien prisonnier sans exiger de lui aucun écrit d'amendement ou d'apostasie. Mais le chrétien refusa de sortir, répondant au mandarin qui le fit comparaître qu'il aimait mieux mourir à la ville que dans sa propre maison oii ses concitoyens ne manqueraient pas à son retour de le molester et maltraiter de nouveau, et oii il ne pouvait supporter leur cruauté, faisant entendre par là au mandarin qu'il répondit à sa première accusation et lui rendît justice, faute de quoy il ne pourrait être tranquille dans sa propre maison. Le mandarin lui répondit d'avoir confiance et de ne rien craindre, que, si dans la suite quelqu'un le molestait, il serait puni comme il le mériterait; mais le vieillard ne croyait pas à ses promesses ; à la fin le mandarin ordonna de lui ôter de force sa chaîne et de le faire sortir. »
Après le district de Tsin-tchen, celui de Kouy-yang subit, en 1800, une épreuve plus dure.
Mathias Lo qui se disposait à aller y reprendre ses travaux de Fannée précédente jugea plus prudent de s'en abstenir ; il envoya un chrétien, Ignace Lou porter aux néopliytes malheureux des secours pécuniaires et des consolations spirituelles. Ce chrétien, revenu au Sutchuen recueillit 20taëls que lui remirent les fidèles pour leurs frères, et repartit à l'Assomption, puis il revint de nouveau. C'est de lui que Dufresse apprit les détails de la persécution, qu'il consigna dans une lettre du 26 octobre 1800' :
« L'origine de cette persécution ne fut aucune accusation juridique contre la religion chrétienne, mais quelques discours tenus inter pociila et scyphos. Un païen riche et qui possède une certaine dignité qu'il acheta autrefois, indigné contre les chrétiens de ce que son frère aîné avait embrassé depuis plusieurs années leur religion cherchait à leur nuire. Un jour qu'il était à boire à la même table avec un grand mandarin - de la province avec lequel il est fort lié, et qui tient la seconde place après , le gouverneur dont le siège est à
1 A. M.-E., vol. 1250, p. 835. Lettre à M. Chaumoat, 26 octobre 1800. Voir également A. M.-E*, vol. 439, p. 857 et p. 814, une lettre de M. Trenchant, datée de Long-men-tan du 16 septembre 1800 et vol. 448, p. 1363, une lettre de Mgr de Saint-Martin, du 9 octobre 1800.
2 D'après une autre lettre de 1810, ce grand mandarin qui avait le grade de Foulai aurait été Chang-ming qui devint vice-roi du Su-tchuen et condamna à mort Mgr Dufresse ; nous ne savons jusqu'à quel point cette affirmation est exacte, puisque, d'après Mgr Dufresse, ce mandarin Chang aurait été appelé à Pékin et condamné
la province du Yun-nan (car celui-ci gouverne en môme temps les deux provinces), la conversation tomba sur le bruit qui courait alors que plus de SO des rebelles Pe-lien-kiao s'étaient introduits en un marché éloigné de la ville de 60 stades ou 6 lieues, et que même quelques-uns d'entre eux étaient entrés dans la ville ; et ils concertaient ensemble sur les moyens de les faire arrêter.
« Alors l'ennemi des chrétiens, profitant de cette circonstance pour lui suggérer, sans nommer la religion chrétienne, qu'il connaissait dans la ville plusieurs personnes qu'il sçavait être d'une mauvaise secte qui paraissaient pouvoir bien être du nombre des dits rebelles, ou du moins favoriser leur révolte, lui déclara les noms, les maisons d'assemblées, etc.
« Le mandarin ému par cette délation, et pensant acquérir un grand mérite auprès de l'Empereur si par son activité il empêchait l'éclat de la révolte dans sa province, prit dès lors la résolution de faiïe un acte de vigueur contre les dénoncés. Comme en l'absence du premier gouverneur il tient le premier rang en cette ville parmi les autres grands mandarins, il ne lui fut pas difficile de faire entrer ceux-cy dans son projet ; tous tant civils que militaires, chacun selon sa charge, furent donc mis en activité.
« La nuit du 12 au 13 de la i'' lune (du 5 au 6 mai), un boii nombre de mandarins tant civils que militaires, acct)mpagnés d'une troupe considérable de soldats, se rendent d'abord à la maison que les chrétiens achetèrent l'année dernière en commun sous le nom du catéchiste Laurent Hou pour y recevoir le missionnaire, laquelle est une maison très ordinaire. Après l'avoir environnée de toutes parts pour ne laisser échapper personne, on fait dans l'intérieur les plus sévères perquisitions, mais on n'y trouve ny armes ny rien qui donne le moindre soupçon de révolte ; tout ce qu'on y rencontre ne sont que des effets de la religion chrétienne, et trois hommes seulement, sçavoir le catéchiste Laurent et deux autres chrétiens, dont l'un nommé Fong avait embrassé la religion à Pékin, et l'autre à la suite d'un des mandarins de la ville en avait été exclu depuis peu parce qu'il s'était fait chrétien. On arrête et enchaîne les hommes, et on emporte tout ce qu'on peut trouver d'effets de religion, savoir 99 livres de prières, catéchismes et autres, une aube pour la messe et une pierre d'autel^ un crucifix d'ivoire apporté il y a quelques années de Pékin par le licencié Ouang, et la tablette de religion qu'on détache
à mort. Serait-ce le même qui peu d'années après serait devenu vice-roi du Butchuen ?
Le préfet de Kouy-yang se nommait Tchen-you et le sous-préfet Tsoui-pen (A. M.-E., vol. 549 p., p. 383.)
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de la muraille où elle était affichée, ainsi que tous les autres écrits ou sentences de religion qui ornaient la salle.
<( Après cette première expédition, l'armée se rend aussitôt chez deux autres familles où les chrétiens avaient coutume de s'assembler aux fêtes^et dimanches pour réciter les prières, et y agit de la même manière que dans la première maison. Les chrétiens qui y furent arrêtés et enchaînés sont au nombre de 7, dont l'un est Tancien catéchiste de Ou-tchoan\ et un autre est Thomas Lo qui avait été baptisé à Pékin-.
« Tous ces chrétiens conduits au prétoire y subirent un interrogatoire en présence de tous les grands mandarins, ainsi que la veuve Lo, venue du Su-tchoan% qui n'y fut cité que le lendemain ; ils furent reconnus tous non pour des rebelles, mais pour de vrais chrétiens. Ainsi toute la cause se réduisit à les traiter comme chrétiens, d'une' religion prohibée. On aurait bien désiré ne s'être point engagé dans leur affaire qui n'est propre qu'à leur attirer des déboires et peines inutiles, et peut-être des réprimandes de la part du premier gouverneur bien loin d'aggrandir leurs mérites ; mais après un éclat aussi public, on ne voulait point qu'il fût dit qu'ils eussent sévi contre des innocents ; ils furent donc tous mis en prison, à l'exception de la vieille veuve qu'on plaça dans une maison sous la garde d'une femme païenne. Cinq d'entre eux furent mis dans la grande prison qui est celle des criminels, et les cinq autres dans la petite qui est celle des voleurs et autres coupables de crimes qui ne sont point jugés dignes de mort ni d'exil.
(( Pendant leurs interrogatoires on leur proposa d'apostasier et de
* Ignace Lou,
^ Plus le chrétien de Tsin-tchen, Grégoire Tchou Yao-kong dont nous avons déjà parlé, qui avait abandonné cette dernière ville après avoir subi la persécution. Il fut exilé à Se-tcheou fou, y convertit, dit-on plusieurs païens et revenu en 1803, il s'installa à Kouy-yang.
Dans une autre lettre, Dufresse donne des détails plus amples et un peu différents :
« 1° Pour arrêter les dits chrétiens, objets de la persécution, tous les mandarins de la ville, tant civils que militaires, au nombre de 48, accompagnés de plus de 3.000 soldats, y coururent. Ce tumulte dans la ville, au milieu de la nuit, excita partout où il fut entendu les plus vives alarmes, dans la pensée que les habitants conçurent aussitôt que la rébellion des Pe-lien-kiao y venait enfin d'éclater.
a 2° Le nombre des chrétiens qui furent arrêtés dans les trois maisons susdites, sans y comprendre la veuve Paule Lo, fut 11. M. Mathias, dans sa dernière lettre reçue depuis, dit qu'un douzième, originaire de la province du Kiang-sy, fut aussi dans la suite arrêté et partage encore aujourd'hui le sort des 11 autres. »
^ Mgr Dufresse écrit tantôt Su-tchoan, tantôt Sse-tchoan et Se-tchoan, Les N.L.E, ont changé l'orthographe qu'il emploie et imprimé Su-tchuen.
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fouler aux pieds le crucifix, et qu'à cette condition ils seraient renvoyés, mais aucun n'y voulut jamais consentir. On en vint aux supplices de la houppade, des soufflets, et autres plus cruels, qu'on exerça sur tous, mais plus cruellement et plus longtemps sur le catéchiste Laurent, qu'on regardait comme un prédicateur et un chef de la religion, mais tous les souffrirent avec constance et avec joie. On ne dit point que la veuve chrétienne ait été mise à la question. ,
« Tous ces chrétiens sont encore aujourd'huy en prison et y vivent contents. On n'empêche point les chrétiens du dehors de venir les visiter et assister. »
L^existence des captifs n'était, en effet, pas trop dure, et surtout elle offrait un spectacle très édifiant : ils priaient à haute voix, s'entretenaient des vérités du catholicisme et les enseignaient à leurs codétenus.
Laurent Hou convertit un de ces derniers qu'il baptisa lui-même en 1800, puis trois autres' que Mathias Lo baptisa en 1801 solemni iHtif, selon son expression. Il est vrai que, comme le remarque Dufresse-, « le solemni ritu fut qu'il prit une étole sous son habit de dessus, récita les prières et fit les autres cérémonies du rituel, le tout sans être aperçu des autres prisonniers, que le néophyte en qualité d^ancien ou de doyen de la prison, avait fait sortir sans peine dans la cour. »
Cependant, le gouverneur voulut avoir des renseignements plus précis et plus détaillés sur Pau le Lo et sur LaurenL Hou qui n'appartenaient pas à sa province et paraissaient être les chefs des chrétiens, il délégua un mandarin à Tchong-kin^ pour faire des recherches sur eux et sur leurs familles ^ Les autorités de la ville les y aidèrent, elles firent appeler à leur prétoire les parents des deux catéchistes qui donnèrent toutes les explications désirables. « Les mandarins convinrent, conclut Dufresse, que l'affaire du Kouy-tcheou n^était pas d'une grande conséquence et ne devait pas être portée si loin. »
Quelle qu'ait été la nature de cette réponse, le gouverneur du Kouy-tcheou garda ses premiers sentiments d'hostilité contre les détenus et quoique Taffaire n'eût pas été régulièrement instruite, puisque les réponses des accusés n'avaient été ni enregistrées ni signées, (( il se détermina % nonobstant l'avis des autres mandarins, à les traiter comme des criminels et les perdre. En conséquence, il por-
* Tous les trois étaient, paraît-il, coupables d'homicide.
2 A. M.-E., vol. 1250, p. 8'i8. Lettre à M. Chaumont, 26 octobre 1800.
3 Entre autres le dernier des frères de la riche famille Liqui était constitué en dignité et un des neveux de la veuve Lo.
* A. M.-E., vol. 1250, p. 849. Lettre de M. Dufresse à M. Chaumont, 26 octobre 1800.
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ta leur affaire à TEmpereur, auquel il la présenta sous un jour oii, quoique chrétiens, Laurent Hou devait, à son jugement qu'il expose dans le cours de son libelle, être étranglé, six autres des principaux (du nombre desquels sont les susdits Fong et Lo, chrétiens faits à Pékin) exilés à perpétuité hors des limites de l'empire et y être esclaves, les 4 autres exilés dans leurs provinces pour 3 ans, et la veuve Paule Lo, à raison de son grand âge qu'il dit être de 70 ans, renvoyée à Tchong-kin sa patrie. »
Ce libelle, presque tout entier contre Laurent Hou, était fort long. « Ce n'est, écrit Dufresse, qu'un grand verbiage rempli d'assertions sans preuves et de fausses imputations ou calomnies par lesquelles le gouverneur prend à tâche de persuader à la cour de Pékin que les sujets doivent être traités comme il les a jugés, et que c'est là le traitement qu'exigent les lois qu'il cite.
« Les principales accusations sont que Laurent Hou prêche au peuple la religion chrétienne d'Europe, en faisant sous ce prétexte des levées d'argent et tenant des assemblées ; tous les chrétiens arrêtés ont été trompés par lui-même et la vieille veuve Lo, à laquelle il persuada de se transporter avec lui au Kouy-tcheou avec 8 taëls qui lui restaient, selon lui, pour sustenter ses vieux jours, lui promettant de la faire participante de la bonne fortune qu'il pourrait acquérir dans cette province. Selon le même libelle, le dit Hou s^est déclaré être grand-maître de la religion, et les autres chrétiens, même la veuve, ont reconnu être ses disciples. Six d'entre eux (ceux qui doivent être exilés à perpétuité) se disent avoir le titre de grands disciples, et les autres de petits disciples ; l'un des grands disciples nommé Fong ayant promis la partie du derrière de sa maison pour tenir les assemblées et y prêcher, l'ouverture s'en fit, telle lune et tel jour qu'il cite élu pour cet effet ; ces assemblées se tiennent pendant la nuit et on se disperse au point du jour ; le même Hou y préside et y prêche la doctrine. Il suppose les avoir tous arrêtés dans cette maison d'assemblées, et avoue n'y avoir trouvé autre chose de suspect ou dangereux sinon une statue d'or (il veut dire le crucifix d'ivoire qui fut pris) et deux livres de prières. Or, présentant tout cela sous l'apparence très odieuse dans le pays de doctrine sinistre et corrompue et rigoureusement défendue par les lois, il conclut que, selon ces mêmes lois, le chef doit être étranglé, ses principaux adhérents exilés à perpétuité hors les limites de l'empire, et les autres pour trois ans dans leur province.
« Cette funeste sentence fut confirmée par l'Empereur par ces mots d'usage : « Qu'on respecte ceci, qu'on le respecte en l'observant — Kin tse kin tsen », Le rescrit fut expédié par le tribunal au parlement des causes criminelles, après sa délibération oii il ne fut point
d'un sentiment contraire, excepté qu'il prescrit que Hou Che-lou (c'est le nom civil de Laurent) soit étranglé après l'automne lorsque la prison sera vide de criminels ; c'est-à-dire, selon l'explication que môme les gens du prétoire donnent aux paroles dont il se sert, que si après l'automne il reste encore quelque cri-minel en prison, son exécution ne pourra avoir lieu qu^après Fautomne de l'année prochaine, si toutefois il ne se trouve encore personne en prison, sinon elle sera différée d'année en année jusqu'à ce que la prison se trouve vide. Or, comme ces prisons ne sont presque jamais vides, on conclut que Laurent ne sera point mis à mort, mais en sera quitte pour la prison perpétuelle, à moins qu'il ne survienne, comme il n'est pas si rare, quelque grâce de TEmpereur qui lui rende la liberté. »
A la condamnation de Laurent et de ses compagnons, les autorités de Kouy-yang ajoutèrent d'autres mesures pour empocher la diffusion du christianisme : « Aux quatre portes de la ville furent affichés plusieurs édits qui le défendaient sévèrement ; ceux des Empereurs précédents et leurs exhortations au peuple, parmi lesquelles se trouve celle de ne point embrasser la religion chrétienne, comme étant aussi une mauvaise religion, furent aussi publiés partout avec de fréquentes expositions ou explications ; enfin il fut ordonné à tous les habitants de se réunir de 10 en 10 familles limitrophes, (ce qui a lieu principalement dans les cas de révolte, ou lorsqu'on veut découvrir quelque secte ou personne dangereuse prohibée ou condamnée) chaque famille devait avoir le dénombrement de tous ses membres grands et petits écrit, et à chaque réunion unetablettte où est prohibée et proscrite la religion chrétienne qu'elle devait se transmettre alternativement chaque jour d'une famille à l'autre, et si dans cette réunion il se trouvait ^quelqu'un capable d'être chrétien que les autres n'eussent point dénoncé, ils devaient tous être punis. »
Le départ du gouverneur fit bientôt abandonner l'exécution de ces ordres. L'empereur, en effet, ayant reproché son peu de succès au général qui commandait les troupes envoyées contre les rebelles^ celui-ci répondit que la faute en était au gouverneur du Kouy-tcheou, qui ne lui fournissait que des soldats inexpérimentés et sans valeur. Cette réponse amena le rappel du gouverneur à Pékin \ Ce mécontentement du souverain contre le gouverneur eut une conséquence directe sur le sort de Laurent.
^ Voici ce que M. Dufresse raconte du sort de ce grand mandarin et d'un de ses collègues : «Deux grands mandarins, en effet, étaient pour lors en prison, chargés de chaînes pour cause de mauvaise conduite dans leur administration : on faisait leur procès et on disait que l'un d'eux probablement dans peu serait mis à mort. Or ce grand mandarin n'était autre que Chang fou-yuen, celui-là même qui étant
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La première sentence fut révisée et une seconde fut portée dans les termes suivants :
Quant à Hou Ghe-lou, condamné à être étranglé pour avoir prêché la profession de la religion chrétienne, les livres dont il s'est servi lui ont été originairement laissés par ses parents défunts ; son intention était seulement d'extorquer de l'argent; il n'y a point d'autre circonstance contre les lois ; sa cause enfin peut-être remise en son premier point ; en conséquence je ne le raye point.
« Aucun criminel, quoique déjà condamné, ne peut, dit-on, être exécuté que lorsque l'Empereur a rayé son nom. Ainsi, répondant qu'il ne raye point Hou-che-lou, cela signifie qu'il ne doit point être exécuté. » Il en fut ainsi, et L. Hou resta en prison indéfiniment.
La disgrâce du gouverneur du Kouy-tcheou avait-elle éveillé dans l'esprit du catéchiste Ignace Lou l'idée de se rendre dans la capitale de l'empire ot d'y plaider la Ctâise des fidèles injustement condamnés? Peut-être. Toujours est-il qu'il partit pour cette ville sans prévenir ni prêtres chinois ni missionnaires français. Arrivé à Pékin peu de temps avant la fête de Noël, il se mit en rapport avec les chrétiens qui le conduisirent chez l'évêque. Celui-ci s'opposa aux démarches qu'Ignace préméditait, et qui loin de servir aux persécutés auraient pu leur nuire et en même temps exciter contre d'autres Missions des inimitiés encore plus ou moins latentes. Le catéchiste accepta ces motifs d'autant plus aisément sans doute, que par luimême il ne pouvait rien, et qu'il avait besoin, pour agir, du concours des missionnaires et des chrétiens pékinois. 11 retourna à Kouy-yang « oii ayant rapporté toutes les raisons qu'on lui avait données pour le dissuader, tout ce que l'évêque et les autres missionnaires lui avaient dit d'ailleurs pour la consolation des persécutés, et tous les bons traitements qu'il en avait reçus, ils en furent tous très satisfaits et consolés. »
pour lors chargé en second du gouvernement de la province, excita il y a peu d'années contre Laurent Hou et autres chrétiens la funeste persécution dont j'ai déjà parlé et obtint leur condamnation de la cour de Pékin; peu de temps après luimême avait été eulièrement dégradé pour autre cause qui concernait le civil et con duit à Pékin comme criminel pour y être jugé ; mais s'y étant purgé, à ce qu il paraît, de ce dont ou l'accusait, il était revenu en la même province avec le titre d'intendant des finances. — L'autre était un Scng tao-tai, intendant, non moins ennemi des chrétiens et surtout de Laurent Hou que l'autre. — On faisait leur procès et on disait du premier que probablement dans peu il serait mis à mort. {A.M.-E., vol. 1250, p. 905. Lettre à M. Chaumont, 15 oct. 1802.)
* A. M.-E., vol. 1250, Lettre à M. Dufresse, citée par ce dernier, 15 octobre 1802.
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Pendant le voyage d'Ignace, Paule Lo avait été emmenée à Tchong-kin où « ayant* été livrée au prétoire du tiien auquel elle était adressée, elle fut aussitôt sans autre forme et sans même avoir comparu devant le mandarin, remise en liberté et renvoyée chez elle. »
Les fidèles condamnés à l'exil dans une des provinces de l'empire : Ou-lin, Han Tchao-koui, Nie Ghen-tchao et Tsen-fou étaient partis, ainsi que les six autres relégués en Tartarie. Lors du départ de ces derniers, le 25 mai 1801, « leurs femmes et les chrétiens de Kouy-yang, écrit Mathias Lo, les ont accompagnés jusqu'à une distance de dix lis. Les confesseurs, pleins de courage, après avoir dit adieu aux leurs, s'éloignèrent joyeux et le long de la route ils prêchaient la vérité de notre foi ».
Ces six exilés étaient : Pierre Lieou Ouen-yuen , Ignace Len Takong, originaire de Man-tse-gai, Tcheou Eul-kong, Lo Yao-kong, Ki Yao-kong et Fong Ouan-tsui -.
En se rendant en Tartarie, ils passèrent par Pékin. Au milieu de la ville ils entrèrent dans une auberge, et, avant de se mettre à table, ils récitèrent à haute voix les prières qui précèdent le repas. A ce moment passaient dans la rue, devant la porte ouverte de Fauberge, quelques chrétiens qui revenaient de l'observatoire. Entendant réciter des prières, ils entrent dans Tauberge et demandent aux condamnés qui ils sont et oii ils vont. « Nous sommes du Kouy-tcheou et exilés parce que nous voulons suivre la religion du Seigneur du ciel, répondirent les captifs ». Emus de leur courage et de leur misère, les fidèles pékinois obtinrent des soldats, à prix d'argent, la permission de conduire leurs coreligionnaires jusqu'à l'église, car la persécution ne sévissait pas à cette époque dans la capitale ; ils les présentèrent à l'éveque qui les retint pendant trois jours, baptisa plusieurs d'entre eux, ce qui prouve que le nom de chrétiens donné par Dufresse aux confesseurs de la foi ne doit pas être pris dans le sens strict, mais qu'il s'applique soit à des catéchumènes soit à des baptisés. On sut plus tard de leurs nouvelles :
La première nuit après son départ de Pékin, Len Ta-kong vit en songe ses cinq compagnons passer un pont ; comme il s'apprêtait à les suivre, le pont s'écroula : « Ceci pourrait bien signifier, dit-il à
• Len Ta Kong ou Len Che-tsio, Tcheou Eul-kong ou Tcheou Hong-koui, Lo Yao-kong ou Lo Tchang, Ki Yao-kong ou Ki Ouen-yeou. Quelques documents parlent de sept condamnés ajoutant Han Se-ye aux six que nous nommons. [A. M.- £., vol. 549% pp. 272, 289.)
'^A. M.-E., vol. 1250, p. 285. M. Dufresse 28 octobre 1803.
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ses compagnons, que je mourrai en route. »Le fait arriva quelques jours plus tard. Len mourut saintement résigné, près de la grande muraille, sur un chariot, assisté par un de ses compagnons^. Lo Yaokong atteignit la Tartarie où la misère et la maladie l'arrachèrent bientôt à la terre ; Ki Yao-kong fut livré en esclavage à un maître cruel qui le traita assez mal, son office était de nettoyer la maison ; un jour son maître voulut le forcer d'épousseter l'autel domestique qui orne toute demeure païenne ; Ki refusa et patiemment supporta les injures et les coups que son refus lui attira, et dont, paraît-il, i} mourut. Lieou et Tcheou Eul-kong, grâce à un nommé Tsen, exilé comme eux et précepteur chez le maréchal Tartare, purent acheter la permission de faire un petit commerce à Ou-lou-mong-tsi. En 1821 lors de l'élévation au trône de Tao-kouang% ils furent graciés et revinrent au Kouy-tcheou.
Cette persécution eut une influence fâcheuse sur les travaux de Mathias Lo, car, dans son catalogue de 1800, nous lisons ces chiffres, inférieurs à ceux des années précédentes : adultes baptisés 12, catéchumènes 53, enfants de fidèles baptisés 77, enfants d^infidèles baptisés en danger de mort 45.
La statistique de 1801 est plus élevée : elle porte 83 catéchumènes dont 23 à la capitale, 46 baptêmes d'adultes dont 21 à la capitale ^
Quant à la valeur de ces chrétiens, elle se ressentait naturellement de leur isolement au milieu des populations païennes. Dufresse, dont l'imagination n'est certainement pas la note dominante, disait d'eux* : « Les anciens chrétiens habitant le seul district de la ville de Ou-tchoanhien paraissent toujours plus timides et moins fervents qu'au Sutchoan ; un petit nombre de nouveaux qui embrassèrent la religion dans le cours des années précédentes, à remonter jusqu'à 15 ou 20 ans, soit à la capitale, soit en quelques autres lieux isolés, et qui ne purent être visités par le missionnaire étant en trop petit nombre et considérablement éloignés des autres chétientés, et sans maisons propres à le recevoir sans danger, ces nouveaux chrétiens, dis-je, parurent toujours peu fermes dans leur foy ; à peine y en eût-il quelques-uns qui reçurent le baptême au Su-tchoan, oi^i ils s'étaient rendus pour cet effet, presque tout le reste ne persévéra point. Du reste les habitants gentils, vivant pour la plupart au milieu des montagnes dont le pays est rempli, et d'une éducation moins cultivée ou plus grossière,
•A. M.-E., vol. 1250, p. 855. A Kouy-yang furent baptisés la femme deJ. Tchang Ta-pong, Tchea-che, et son fils Antoine Tchang Te-ouang.
2 A. M.-E., vol. 1250, p. 805. Lettre à M. Chaumont, 26 septembre 1798.
' D'autres documents disent que la délivrance du P. Lieou eut lieu plus tard^ vers 1828, à l'occasion d'une révolte que le chrétien combattit avec ses compagnons.
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parurent toujours, naturellement parlant, moins propres à percevoir la vérité de la religion, et moins portés à l'embrasser que les habitants du Su-tchoan. »
L'année suivante, il donne une note un peu plus favorable * : (( Les chrétiens, quoique pauvres pour la plupart et obligés de travailler à la journée pour se nourrir avec leurs familles, sont sincèrement attachés à la religion et en pratiquent fidèlement les exercices. Cette année où la disette et la cherté des vivres furent très grandes, on vit en ce district plus de mille personnes du sexe, femmes et filles de tout âge, vendues par leur mari et leur père pour être conduites dans la province du Hou-kouang, sans doute pour y être revendues selon l'usage de ces sortes de commerçants ; la vente s^en faisait d'abord secrètement, comme il est assez ordinaire, mais ensuite elle devint publique ; la tentation était grande pour les chrétiens pauvres, mais aucun n'y succomba ; ils paraissaient au contraire disposés à mourir de faim, plutôt que de sacrifier ainsi leur concience et religion, en môme temps que les âmes de leurs femmes ou filles, chrétiennes comme eux. »
lA. M.-E., vol. 1250, p. 815, 11 octobre 1799.
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