‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 24 sur 56 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

LWNCIEN APOSTOLAT

Mgr Dufresse, Vicaire apostolique du Su-tchuen. — Division du Kouy-tcheou. — Travaux de Mathias Lo et de Jean Tang. — Ignace Lou. — Conversions à Ta-patien et à Ma-gan-chan. — Nouveaux progrès de 1805 à 1810. — Jean Tang.

En l'année 1801, le 15 novembre^ mourut de Saint-Martin, le Vicaire apostolique du Su-tchuen, successeur de Pottier ; et ce fut à son coadjuteur*, Dufresse, qu'incomba le soin de cette province, ainsi que du Kouy-tcheou et du Yun-nan. Chargé depuis plus de 10 ans déjà de la partie orientale du Su-tchuen et du Kouy-tcheou, il avait chaque année, nous l'avons vu, envoyé dans cette dernière région des prêtres indigènes, J.-B. Tang d'abord, Mathias Lo ensuite, qui l'avaient tenu au courant de l'état des chrétientés naissantes.

Simple missionnaire, ou coadjuteur avec caractère épiscopal, Dufresse avait régulièrement écrit au Séminaire des Missions-Etrangères le résumé des comptes-rendus qui lui étaient faits. Devenu Vicaire apostolique, il continuera, et jusqu'en 1815 ses lettres nous fourniront les renseignements les plus importants sur la marche du catholicisme au Kouy-tcheou.

Tout d'abord, il ht un changement, qui est, pourrait-on dire, le premier embryon administratif de la Mission. Lorsqu'en 1 802, il quitta Tchong-kin et la partie orientale du Su tchuen pour aller habiter Tchen-tou et la partie occidentale de la province, il divisa la mission

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l'ancien apostolat des origines a 1847

du Kouy-tcheou en deux sections. La première comprit les stations du nord-est : Ou-tchoan, Mao-tien, Mao-leao, etc., et fut confiée avec une partie du Su-tchuen à un prêtre ordonné au mois de juin 1802, Jean Tang, âgé de 26 ans ; la seconde qui s'étendit de Tsen-y à Hiny fou, fut laissée à Mathias Lo, on prit dès lors l'habitude de la désigner sous le nom de Kouy-tcheou occidental et la première s'appela le Kouy-tcheou oriental. Toutes les deux réunies renfermaient à cette époque environ 600 chrétiens '.

Cette marche, d'ailleurs, ne fat pas immédiatement suivie ; car cette même année, Mathias Lo ne visita « avec la permission qui lui en fut accordée » que les stations du nord et du nord-est. Kouyyang et les chrétiens plus ou moins disséminés au sud de cette ville ne le virent pas.

« Pour suppléer en quelque sorte à la visite des nouveaux chrétiens qui se trouvaient à la capitale et autres districts très éloignés, écrit Dufresse *, ce missionnaire y envoya au mois de février dernier un catéchiste, Ignace Lou ', tant pour les consoler et affermir dans la foy et leur porter les calendriers, que pour visiter Laurent Hou qui est encore en prison, sans que la sentence qui le condamna, il y a quelques années, à être étranglé, ait été exécutée, et lui porter quelques aumônes. « Or, voici ce que le dit catéchiste, à son retour au mois de mai, rapporta à M. Matthias :

« Pendant son séjour à la capitale, étant allé visiter le prisonnier ou confesseur Laurent, il ne put s'entretenir avec lui qu'un instant, car des satellites le prièrent incontinent de se retirer, en disant que le grand homme nommé Pe, intendant des finances et député de la Cour, était pour le présent trop sévère ; qu'il y avait des espions déguisés répandus partout, et qu'en conséquence, ils craignaient d'être surpris et punis s'ils permettaient aux étrangers de visiter les prisonniers*. »

Outre la capitale, Ignace Lou visita les stations de la préfecture de Tsen-y, entr'autres celle de To-kun-gai, dont le fondateur se nommait Lieou Chao-tchouen.

* Voici la statistique donnée par Mgr Dufresse le 28 octobre 1804, elle ne doit pas s'éloigner beaucoup de celle de 1802 : « adultes baptisés 497, enfants de chrétiens baptisés 162, ce qui porte à 659 le nombre des catholiques dans la province. De plus on y comptait 150 catéchumènes pratiquants, 15 non pratiquants et 27 apostats, h [A. M.-E., vol. 1250, p. 1054. Lettre à la Propagande).

2 A. M.-E., vol. 1250, p. 905. Lettre à M. Chaumont, 15 octobre 1802. ^ Celui qui était allé à Pékin.

* Mg"" Dufresse pense que cette sévérité provenait du procès alors intenté à deux grands mandarins, dont l'un était Chang et dont nous avons parlé précédemment.

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L ANCIEN APOSTOLAT

Cet homme, originaire de Pei-cha-keou, étant allé faire le commerce au Yun-nan, se fixa pendant quelque temps à Ko-koui. Un jour, entrant dans la maison du chrétien Tchen, il aperçut ce dernier cacher précipitamment un livre. Intrigué, Lieou questionna Tchen qui ne fit pas trop de difficultés de lui répondre que c'était un livre de doctrine chrétienne. Le païen, dont la curiosité était excitée, demanda à lire cet ouvrage, l'emporta chez lui, et après l'avoir étudié^ déclara qu'il croyait à la vérité du catholicisme \

De retour au Kouy-tcheou il exhorta ses parents et ses amis à embrasser la religion du Seigneur du ciel, mais personne, paraîtil, ne voulut l'écouter. Alors il pria le fameux catéchiste Ou Kouechen, de Long-pin, de l'aider. Ce dernier y consentit ; il vint accompagné de Tan Ta-kong, apportant une houteille d'eau bénite. Quand ses auditeurs fatigués dormaient pendant les instructions qu'il continuait bien avant dans la nuit, Ou les aspergeait d'eau bénite. Au bout de quelque temps de conversations, d'exhortations, d'instructions, Lieou invita ses amis à un repas ; naturellement les convives parlèrent du christianisme, et un certain nombre d'entre eux se rendirent à la vérité. C'est de cette époque que date la conversion des Fong de Kao-pin, des Ouang de He-tao-ouO;, des Tien de Yangfou-ya et des Tien de Ta-to-.

A la fin de 1802, Mathias Lo visita la station naissante de To-kungai, il baptisa Lieou Chao-tchouen, plusieurs femmes mariées et entr'autres Lo Lieou-che.

Deux autres stations furent fondées à cette époque : Ta-pa-tien, où Fon compta 150 néophytes particulièrement les familles Liou et Ouang-mou ; Ma-gan-chan qui enregistra 40 néophytes. Voici comment le catéchiste Tchou, originaire du pays, rapporte la fondation de cette dernière station^ : rc Sous l'empereur Kia-kin, Jo- Tchang, qui devait mourir martyr, vint prêcher en ces pays la foi seph catholique, il convertit du monde, entr'autres Tchou Lieoulong^, et Lo Yao-kong. Ce dernier convertit un médecin nommé Ten ^ qui devint catéchiste et prêcha à Kan-ticn. »

Ainsi s'accroissait peu à peu, bien lentement, hélas ! la mission du Kouy-tcheou.

* Notes sur le Kouy-tcheou, A. Scholtei- p. 5G3. - Notes sur le Kouy-tcheou, p. 563.

•'' Notes sur le Kouy-tcheou, p. 563. On dit que ce ne fut pas seulement J. Tcliang mais aussi des catéchistes venus du Su-tehuen qui contribuèrent à la fondation de ces stations.

* Le grand-père du catéchiste Tchou qui raconte le fait.

* Le fils de Ten épousa la fille de Lo Yao-kong.

DES OBIGINES A 1847

Les années suivantes, n'apportèrent aucun changement dans sa situation générale ; nous n'avons à enregistrer que les menus faits et les chiffres suivants :

A Kouy-yang, un mendiant aveugle venu en 1803 de Lou-tcheou dans le Su-tchuen méridional, ayant prêché la religion à l'hôpital public des pauvres, et quelques-uns de ces derniers ayant écouté ses prédications et accepté la doctrine catholique, les chefs de rétablissement dénoncèrent le mendiant au mandarin qui le fit arrêter et reconduire à Lou-tcheou.

L'administration de Kouy-yang,enl804,donne:41 catéchumènes et 7 adultes baptisés; celle du Kouy-tcheou tout entier : 92 catéchumènes et 27 baptêmes d'adultes.

Cette même année, la chrétienté de Long-pin et son catéchiste Pierre Ou attirent l'attention de Dufresse qui en fait longuement l'éloge ' :

« Les chrétientés de la même province ne présentent rien de bien remarquable, sinon celle du district de Tsen-y-fou, ville distante de la capitale de 23 lieues ; elle est plus nombreuse et plus fervente ; la foy continue à y faire aussi quelques progrès sensibles, il y eut en la dernière visite qui en fut faite 38 catéchumènes et 1 1 adultes baptisés. Les chrétiens y jouissent de la réputation d'êtro jitstes, surtout à un certain marché (Long-pin-tchang), cii ils font plus de sensation et sont en beaucoup plus grand nombre que ceux de la campagne, et oij. ont poussé tous les nouveaux germes susdits. Bien des païens, tant du marché que de la campagne, dans leurs différends veulent employer quelqu'un d'entre eux pour les composer, disant qu^à l'exception des chrétiens tous les autres sont injustes. Le catéchiste du lieu, Pierre Ou, est très diligent dans son devoir et à défendre les causes des chrétiens contre les vexations des païens ; il est miséricordieux envers les pauvres, et s'il voit quelqu'un d'entre eux qui est pieux il en prend beaucoup de soin. 11 donne l'hospitalité à la veuve chrétienne que M. Mathias y a envoyé du Su-tchoan pour apprendre la doctrine chrétienne et les prières aux personnes de son sexe, nouvelles prosélytes et autres peu instruites, et les former aux exercices et à la piété chrétienne, ce qu'elle fait de maison en maison, partout oii elle est invitée, sans tenir aucune école proprement dite. C'est chez le dit catéchiste quelle habite lorsqu'elle se trouve libre de l'enseignement, elle est âgée de o5 à 60 ans, et fut employée depuis longtemps dans la partie orientale du Su-tchoan et exercée en cette pieuse occupation. »

1 A. M.-E, 1250, p. 1225, Lettre aux directeurs du Séraiuaire, 11 octobre 1804, Id. vol. 546, p. 5.

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L ANCIEN APOSTOLAT

C'était également chez Pierre Ou que le prêtre chinois, de passage à Long-pin recevait l'hospitalité ; il célébrait la messe dans la maison ; Pierre Ou consentait à y laisser assister des païens, mais seulement en dehors de la salle ; lui-môme se tenait à la porte, la lance à la main, prêt à empêcher les indiscrets d^avancer^

Le groupe de Tsen-y fut un peu troublé en 1805. « A Yun-hintchang^, où ilse trouve une petite chrétienté^ assez récente, et qui au mois de janvier prit quelques accroissements par les prédications d'un catéchiste que le missionnaire y envoya ; les mauvais païens du lieu ne pouvant souffrir ces progrès, attaquèrent à force ouverte les néophytes, firent main basse sur eux et en blessèrent plusieurs assez grièvement; après quoi, pour prévenir les chrétiens dont ils avaient tout lieu de craindre d'être accusés, ils les accusèrent eux-mêmes les premiers au tribunal d'un mandarin subalterne^ qui faisait alors les fonctions de second gouverneur (bien) de la ville, l'autre étant absent, les traduisant sous le nom d'une secte perverse. Celui-ci, trop crédule, accompagné de satellites et de soldats, alla se saisir des chrétiens, auxqîiels il fit souffrir différentes vexations pour les contraindre à apostasier. Ne le pouvant obtenir, il eut la témérité de dénoncer et imposer aux tribunaux supérieurs de la capitale que les chrétiens de Tseng-ny-fou étaient rassemblés en armes au nombre de 200, et se disposaient à dévaster le, marché de Yun-hin-tchang (le susdit), et faire révolte. Le premier gouverneur (fou) de la dite ville se trouvait alors à la capitale lorsque cette nouvelle y parvint, ce qui lui attira des réprimandes non flatteuses de la part du gouverneur de la province, qui le renvoya aussitôt à son poste pour y remettre le bon ordre, le cœur rempli de crainte et de tristesse. Des son arrivée, il donna des ordres à l'effet de prendre tous les chrétiens, racontant à son prétoire ce qu'il avait eu à souffrir à la capitale à leur occasion, et s'informant en même temps de la vérité des faits. Les prétoriens, qui sont amis du catéchiste, répondirent que la dénonciation faite contre eux portait à faux, qu'ils étaient gens paisibles et obéissants à la loi, qu'au reste il n'était point nécessaire de les prendre ni enchaîner, que si le mandarin voulait les faire comparaître à son tribunal

' A. M.-E., vol. 549. 549 p., p. 834.

2 A. M-E.,vol. 1250, p. 1132. Mgr Dufresse aux directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères, 20 octobre 1805. Id. vol. 546, p. 12.

* Cette chrétienté de Yun-hin-tchang se composait de la famille Lieou, venue du Kiang-si, des familles Hoang et Ouang. Cette dernière émigra plus tard à Su yang. Ou signale encore YangTsi-ye qui demeurait à l'est du marché, il fut converti par le catéchiste Sin, dit « l'humble ». Ce Yang se mit au service delà mission de Tsen-y, puis partit pour aller on ne sait trop où. {Notes par M. Aloys Schotter, p. 549.)

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il suffirait de leur en faire donner nouvelle, et qu'aussitôt ils s'y rendraient, ce qu^ils firent en effet. En conséquence, le gouverneur (fou) convaincu de leur innocence, les renvoya sans leur faire aucun mal. Etant ensuite retourné à la capitale, et y ayant mis au jour devant ses supérieurs l'imprudence et l'imposture de la dénonciation du petit mandarin, celui-ci fut aussitôt déposé de sa dignité. »

L'administration des sacrements, en 1805, se fit régulièrement, elle offre la statistique suivante : 119 nouveaux catéchumènes, 59 baptêmes d'adultes, 104 baptêmes d'enfants d^infidèles qui tous moururent. Sur ce nombre, la ville de Kouy-yang seule était réprésentée par 84 catéchumènes, 39 baptêmes d'adultes et 55 d'enfants d'infidèles*.

Ce fut en cette même année que Mathias Lo, déjà âgé et fatigué par ses longues et continuelles courses apostoliques, cessa d'administrer le Kouy-tcheou occidental, et fut chargé du district de Tchongkin laissé vacant par la mort de Ms"^ Trenchant-, arrivée le 10 avril

A partir de cette époque, toute la province du Kouy-tcheou fut confiée à Jean Tang ^ Le jeune prêtre se montra aussi zélé que son prédécesseur. En 1806, il baptisa 86 adultes, 200 enfants d'infidèles et admit 46 païens au catéchuménat ; en 1807, il compta 96 baptêmes d'alduites 102 d'enfants d'infidèles et inscrivit 91 catéchumènes*.

Cette même année, la station de Kouy-yang eut à souffrir; un mandarin subalterne, Kin Li-tin, s'appuyant sur d'anciens édits et sans doute aussi sur ceux qui avaient été récemment publiés à Pékin, à l'occasion des poursuites contre le P. Adéodat^ arrêta 6 chrétiens et 4

lA. M.-E., vol. 1250, p. 1130. Mgr Dufresse aux directeurs du Sém. 20 oct. 1805. Id., vol. 546, p. 12.

2 Du diocèse de Bayeux, parti le 13 février 1791, évêque de Caradre et coadjuteur de Mgr Dufresse en 1802.

5 Une vieille chrétienne de To-kun-gai raconta à M. Al. Schotter le détail suivant : « Tandis que le prêtre Mathias Lo, cassé par les ans, nous visitait en chaise, le prêtre Jean Tang, jeune encore, montait un beau cheval blanc.» [Notes p. 581.)

* En 1807, le Kouy-tcheou comptait 12 chrétientés et dans son administration le P. Tang enregistra 800 confessions, ce qui prouve qu'un certain nombre de chrétiens se confessèrent plusieurs fois.

•Nous réservons le récit de l'origine de cette persécution pour V Histoire de la Mission du Su-tchuen, nous contentant de le résumer ici :

Les Lazaristes de Macao ayant envoyé un chrétien porter des lettres à Pékin, celui-ci à son retour se chargea de la correspondance des missionnaires. Arrivé dans le Kiang-si, où on recherchait dos volours, et où il était inconnu, il fut arrêté, ses lettres furent saisies et l'on trouva dans ses papiers une carte en caractères chinois de la province du Chan-tong tt une lettre du P. Paul Ko missionnaire chinois de Propagande qui renfermait les comptes de son district. Ces deux pièces excitèrent

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L ANCIEN APOSTOLAT

catéchumènes et leur fit subir un emprisonnement de 170 jours dans une pagode. Enfin, après les avoir condamnés à une rude bastonnade, il les remit en liberté.

Malgré les troubles que la conduite du mandarin causa parmi les chrétiens, on signale toujours des conversions :

Ce sont, en 1807, celles de Kang Ou-kong et de sa femme Hiongche. Tous les deux habitaient Kouy-yang, faisaient le commerce des '( cent articles », appartenaient à la secte des Jeûneurs et observaient la continence. Déjà ils s'étaient rasés la tête et se disposaient à entrer dans une bonzerie, lorsque des chrétiens, avertis de leur dessein, les en détournèrent et leur enseignèrent la voie du salut. Nous les retrouverons en 1814 confessant généreusement la foi'.

Sur le chiffre de 144 catéchumènes et de 99 adultes baptisés inscrist en 1808, Kouy-yang compte 104 catéchumènes, 48 adultes baptisés, 182 confessions. Aussi Tang écrit-il ' : « Cette année-ci, et le nom de Dieu commence à être glorifié dans cette ville; les chrétiens y sont nombreux et fervents. Les païens eux-mêmes accourent à l'envi écouter la doctrine et s'excitent à venir à la maison de Dieu, comme ils disent, pour y entendre la parole de Dieu et embrasser le christianisme. 11 y a ici grand espoir de conversions. J'ai déjà établi une école sous la direction de Tchang Ta-pong^, et ai de

des soupçons. Les Lazaristes de Pékiu furent interrogés, mais on les mit bientôt hors de causé ; un religieux Augustin, italien, le P. Adéodat, fut aussi arrêté et avoua être l'auteur de la carte, qu'il envoyait à la Propagande, en lapriant de décider la question des limites de juridiction entre les prêtres italiens et les prêtres portugais. (Voir Les Trente-cinq Vén. Seri'. de Dieu : La Législation persécutrice et la situation du catholicisme en Chine de 1800 à 1852, p. 245 à p. 304).

• A cette occasion Kang Ou-kong fera la déposition suivante :

« Moi, Kang Lao-ou, Agé de 66 ans, habitant Kouy-tchou hien, père et mère morts, sans frères, marié à Hiong-che, sans enfants ; ordinairement faisant le commerce des cent articles ; cette année, le sixième mois, moi étant malade dans ma maison, je trouvai un livre imprimé laissé par mes ancêtres, je priai un mois et fus guéri. Alors j'exhortai ma femme à prier avec moi, de plus je convertis deux neveux et un autre nommé Loui Koue-tsai. Aujourd'hui étant pris, je déclare n'avoir converti que 4 hommes. Moi, j'appris la religion de moi-même et ce n'est pas Tchang Ta-pong qui m'enseigna. Je ne ramassai pas d'argent, ni ne fis autre chose contraire aux lois. Le livre de prières m'a été laissé par mes ancêtres. Quant à moi, connaissant la religion, je ne désire pas changer. » D'après M. Aloys Schotter cette déposition serait inexacte, si Kang parle d'un livre laissé par ses ancêtres, c'est dans la crainte d'exposer à des ennuis et peut-être même à l'arrestation le donateur ou le prêteur de ce livre, dont on lui aurait demandé le nom.

2 A. M.-E., vol. 1250, p, 1265. Mgr Dufresse aux dir. du Sém., 8 septembre 1808.

^ Joseph s'installa dans l'oratoire, « plein de joie, dit Mgr Faurie, d'habiter une maison où le Saint-Sacrifice avait été célébré », Pendant trois ans, il s'acquitta consciencieusement de ses fonctions, particulièrement de la prédication des païens et de l'instruction des chrétiens. {Les Trente-cinq Vén. Servit, de Dieu, p. 309.)

plus nommé deux catéchistes choisis par les chrétiens entre les plus fervents ».

Le premier de ces catéchistes se nommait Augustin Leao. Il avait été converti par Joseph Tchang Ta-pong un peu par hasard. Tchang, qui connaissait beaucoup le frère de Leao, allait le voir assez souvent et l'engageait à embrasser le catholicisme. Un jour, Leao qui était dans une chambre voisine écouta l'entretien à travers la cloison; frappé de la nouveauté de cette doctrinej il voulut se mêler à la conversation, entra dans la salle oii Ton causait, ht quelques objections que Tchang résolut, et il embrassa la religion chrétienne. Il fut baptisé par Mathias Lo, se montra pieux et très généreux envers les pauvres ; nous verrons bientôt son courage dans les prisons de Kouyyang.

Le second catéchiste se nommait Kou".

En dehors de Kouy-yang, nous connaissons la conversion d'un certain Li, qui fut le fondateur de la station de Sou-yang-tchang, dans la sous-préfecture de Long-tsuen ; celle de la famille Yen, de Ta-kao-chan, d'autres dans la préfecture de Hin-y, à Mou-tcha, où auraient habité deux médecins chrétiens venus du Su-tchuen : Lou et Yeou ; à Ma-pien-tien, à Long-koan et à Tchen-ten, oii vivaient les familles Ouang et Hou.

En 1809 Tang ne s'étant pas rendu dans la préfecture de Hin-y, cinq * de ces catéchumènes vinrent à Kouy-yang, recevoir le baptême.

La ferveur des débuts continua, et en 1810 les néophytes Construisirent un oratoire à Ta-pa-tien ; le prêtre chinois qui craignait un peu d'aller chez eux à cause de la longueur de la route et du climat que l'on disait malsain, consulta Ms'" Dufresse qui l'encouragea ; il était sur le point de partir lorsque les nouvelles de la la persécution l'arrêtèrent.

1 Peut-être Kou Tchan-gao.

2 Voici comment Mg^ Dufresse parle de ces conversions' : « Le premier endroit ouvert à la religion depuis environ huit ans comprend aujourd'hui 120 ou 130 néophytes ; l'année dernière, il en vint cinq à la capitale, au temps où le prêtre faisait l'administration, pour y recevoir le catéchuménat ou le baptême. Cette année, au même temps, il en est venu 8 pour se faire conférer la même grâce. Ils ont bâti une maison propre à recevoir eux-mêmes le prêtre à la prochaine visite, lorsqu'il viendra à la capitale, qui est éloignée de ce dernier en droit de 62 de nos lieues ou 620 stades chinoises. Celui-ci (le missionnaire M. Jean Tang) vu cette longueur et et les dangers d'une route qu'il n'a jamais faite, et le climat où il règne, dit-on, comme au Yun-nan, des exhalaisons pestilentielles, doutait s'il était obligé d'y aller en personne et s'il était prudent de s'y engager ; je l'ai rassuré en répondant affirmativement à sa question, de manière qu'il est décide à y aller.

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L ANCIEN APOSTOLAT

Persécution à Hin-y fou en 1810. — Massacre du néophyte Lin. — Condamnation de plusieurs chrétiens à l'exil. — Persécution à Kouy-yang en 1811. — Arrestations, emprisonnements, apostasies. — Les confesseurs de la foi Augustin Leao et Kou Tchan-gao. — Texte du jugement. — Condamnation. — Destruction de l'oratoire de Kouy-yang.

Cette persécution eut lieu en 1810 et dans les circonstances suivantes ^ :

« Les chrétiens de Hin-y-fou seréunirent en grand nombre pour célébrer la fête de Noël, dans un vallon solitaire appelé Kin-kia-tchong, en face des remparts de la ville, oii se trouve aujourd'hui Notre- Dame des Indigènes. Les voisins^ surpris d'un tel concours, crièrent à la révolte et allèrent faire leur déclaration au prétoire, oii elle causa une telle alarme que le premier gouverneur (fou) vint luimême, avec une troupe considérable de soldats et de satellites et autres gens, pour saisir les accusés et étouffer la prétendue rébellion. Arrivé sur les lieux, il reconnut, par les interrogatoires et les perquisitions qu'il fit, qu'il s'agissait de simples chrétiens rassemblés uniquement pour réciter des prières, sans offrir le moindre indice d'une révolte. Néanmoins, pour ne point paraître autoriser ces sortes d'assemblées, il en fit enchaîner quelques-uns et en mit cinq à la cangue qu'ils portèrent durant 42 jours. »

G^est pendant cette persécution et les troubles qui en furent la suite, que le chrétien Lin, habitant de Ma-pien-tien, fut assommé par le maire du village*.

Ces cinq confesseurs de la foi, dont deux étaient catéchumènes et les trois autres baptisés, furent ensuite condamnés à un exil de 3 ans : deux dans une partie du Kouy-tcheou éloignée de leur pays natal, deux autres au Su-tchuen, et le cinquième nommé Tang, à Ghang-

« Le second, ouvert depuis environ deux ans, comprend plus de 50 personnes, et est éloigné du premier de trois jours de chemin.

« Le troisième, à trois lieues de celui-ci, contient environ le même nombre de néophytes.

« Le quatrième, à 7 lieues de là, en renferme plus de 40. Quelques détails se trouvent également dans une lettre du 15 octobre 1810. (A. M.-E., vol, 1250 p. 1427.)

•A. M.-E. vol. 1250, p. 1427. Lettre de Mgr Dufresse. '

'Nous croyons qu'il s'agit de lui dans ce passage d'une lettre de Mgr Dufresse : « L'un d'entre eux avait été laissé pour mort sur la place par la troupe de païens qui le conduisaient à la ville avec cinq autres qu'ils avaient garrottés. Sur le point d'expirer, il demanda le baptême qui lui fut conféré par un de ses compagnons qui avait déjà reçu lui-même ce sacrement un en autre lieu où il était allé trouver le prêtre. (A. M.-E., vol. 546, p. 36. Lettre aux direct, du Sém., 23 sept. 1812),

te fou, dans le Hou-kouang. « Celui-ci, raconte Dufresse', est le seul auquel on n'a pu transmettre la portion des aumônes recueillies au Se-tchoan qui lui était destinée (cette portion pour chacun des exilés pour 3 ans fut de 16 taëls, et pour les deux autres de la capitale condamnés à l'exil ou la prison perpétuelle fut de 75 taëls.

« Des deux exilés au Sse-tchoan, il s'en trouve un à la capitale de cette province, où il fut transféré d'une autre ville de la contrée méridionale, oii il avait été rélégué en premier lieu-. A son arrivée, le mandarin, auquel il fut adressé, lui proposa de renoncer à la religion; le chrétien répondit que s'il avait voulu y renoncer, il ne serait point venu en exil ; le mandarin n'insista point et le laissa en liberté dans la ville, selon l'usage, mais dont il ne peut point sortir sans s'exposer à être remis en prison. Il porta pendant quelque temps à un pied ce qu'ils appellent la « Batte de bois » qui est une machine en forme de chaussure qui gêne beaucoup pour la marche ; mais elle lui fut ensuite ôtée. Il fait là le commerce ; en outre on lui a donné un emploi dans la prison, qui est d'y observer alternativement avec d'autres les veilles de la nuit, qui sont ici de 2 heures, moyennant un salaire de 400 deniers par mois ; cette garde se fait, en frappant de moment en moment un battant, que l'on tient d'une main, sur un instrument de cuivre, en forme de casserolle, qui se tient suspendu de l'autre main, et dont le son est fort bruyant. A la première veille chaque fois qu'on frappe ce n'est qu'un coup ; à la deuxième il y en a deux, etc. jusqu'à la cinquième qui se termine au point du jour, où chaque fois retentit de cinq coups l'un sur l'autre. »

En dSll, la chrétienté de Long-tsuen, composée de 40 ou 30 néophytes, fut éprouvée : deux fidèles furent arrêtés et frappés de 40 coups de bâton, ils demeurèrent fermes dans la foi '.

Mais c'est Kouy-yang qui eut le plus à souffrir, par suite des soupçons qu'avaient conçus le préfet Lou Si-tche et le sous-préfet Tchenhi, en entendant parler des chrétiens et de l'oratoire qui leur servait de lieu de réunion dans la demeure de Tcheou Tchen-gao '.

» A. M.-E.,vol. 546 p. 32. Mgr Dufresse aux direct, du Sém., 20 oct. 1811.

^ Au sujet des peines portées contre les chrétiens, les lettres de Mg"" Dufresse ne nous ont pas paru très claires, et nous n'avons pu démêler s il y a eu d'autres chrétiens condamnés, ou si les premières nouvelles qu'il donne sont inexactes quand il parle de 5 chrétiens de Hin-y fou exilés : deux à Tchong-kin où ils arrivèrent le 11 mars 1811, et où ils furent relâchés grâce aux chrétiens de la ville qui répondirent pour eux, deux autres conduits à Su-yang et le cinquième à Kouy-yang. Il ajoute encore que le prêtre Jean Tang baptisa les deux catéchumènes renvoyés du Su-tchuen, les confirma et leur donna un viatique pour s'en retourner à Hin-y fou.

3 A. M.-E., vol. 5^9', p. 384.

L AiNCIEN APOSTOLAT

Un jour du mois d'octobre' ou de novembre, les fidèles y étaient réunis au nombre de quatorze ; les satellites, prévenus par des espions, entourèrent la maison de prières et (arrêtèrent douze des assistants dont voici les noms :

Leao Tin-ki, Lieou Kai-tai, Li Tin-fa, Tchang Te-ouang *, Li Lao-san, Ouang Yao-tin,

Tai Yu-chan, Tchen-pin, Ouang Tchong-yu.

Tcheou Tchen-gao, Tchou Pi-yong, Kou Tchan-gao.

Joseph Tchang Ta-pong et Tsen Lao-ta réussirent à s'enfuir.

Deux autres chrétiens furent arrêtés en ville et enfermés dans la « petite prison^ qui est celle des bandits et voleurs, et beaucoup plus étroite, incommode, infecte que celle des criminels.

« Tous ces chrétiens, surtout les 12 premiers, ont eu beaucoup à souffrir ; quelques-uns de ceux-ci ont été mis à la question la plus cruelle. »

Ils furent jugés dans les appartements du milieu (ta-tang) destinés aux causes importantes et où les sentences sont lues publiquement*." Au milieu du tribunal, par terre, on plaça une croix que l'on pressa les prisonniers de fouler aux pieds. Sur les douze arrêtés dans l'oratoire, dix hélas ! commirent cette faute.

Tcheou Tchen-gao, âgé de 51 ans, converti en 1801 par Kou Tchangao apostasia dans les termes suivants' :

Moi petit, avec Tchou Pi-yong, comme je suis vraiment simple et ignorant et ne sachant rien, j'ai désiré avidement de rechercher le bonheur, ignorant que la religion da Seigneur du Ciel est défendue par le Souverain. Maintenant je me repens de la chose, je préfère sortir de cette religion et ne plus jamais la pratiquer ; je demande grâce.

Tchou Pi-yong, âgé de 30 ans, fit la môme déclaraton. Lieou

^ D'aucuns donnent la date du 11 octobre.

' Fils de Joseph Tchang Ta-pong.

3 A. M,-E., voL 546, p. 36. Mgr Dnfresse aux direct. 23 sept. 1812. « Un autre chrétien qui avait été enfermé ci-devant dans la petite prison, yétant tombé dangereusement malade, en obtint ?a sortie sous caution ; m;iis, de retour chez lui, il mourut quelque temps après. »

* A. M.-E., vol. 549'-, p. 491.

5 A. M.-E., vol. 549% p. 494.

DES onîGlNES A d847

Kai-tai, 30 ans, Li Tin-fa^ 66 ans, Tchang Te-ouang, 18 a^ns*, Li Lao-san^^ 4S ans, apostasièrent également. Voici leurs paroles^ :

Sous l'empereur Kia-kin, seizième année, sixième lune, nous petits, Lieou Kai-tai et Li Tin-fa, répondant aux exhortations de Leao Tin-ki, nous petits, Tctiang Te-ouang et Li Lao-san, obéissants à la voix de Tchang Ta-pong et de Tsen Lao-la, entraînés par eux, nous sommes entrés dans la religion du Seigneur du Ciel. A partir du milieu de la sixième lune, nous avons commencé, au septième jour de chaque semaine, à réciter des prières chez la famille Tcheou Tchen-gao et à étudier les livres de doctrine ; Kou Tchan-gao et les autres prêchaient à la foule et expliquaient ; nous, nous étions regardés comme devant chercher à comprendre ; c'est pourquoi maintenant, nous tous petits, nous voulons faire pénitence et librement nous nous éloignons de la religion.

Il en fut de même de Ouang Yao-tin, 40 ans, de Tai Yu-chan, 38 ans, de Tchen-pin^ 35 ans, de Ouang Tchong-yu* 38 ans, qui signèrent une semblable formule d'apostasie.

Du groupe, il ne restait plus qu'Augustin Leao Tin-ki^ et Kou Tchan-gao. Le premier avoua hautement sa foi, son amitié avec Kou Tchan-gao, Tchan Ta-pong et Tsen Lao-ta, ses visites fréquentes à l'oratoire installé dans la maison de Tcheou Tchen-gao, les enseignements qu'il avait donnés aux chrétiens moins instruits, les conversions de Lieou Kai-tai et de Li Tin-fa et il termina par ces paroles '^:

« Nous ne pensions pas que nous serions recherchés et arrêtés par vous et par le préfet de Kouy-yang. Après avoir appris que Ton faisait des recherches je m'enfuis. Mais maintenant que je suis pris, j'avoue que j'ai cédé aux exhortations de Kou Tchan-gao ; j'ai seulement amené deux hommes, Lieou Kai-tai et Li Tin-fa, afin qu'ils embrassent la religion ; je ne me suis donné à moi et je n'ai imposé aux autres aucun titre, je n'ai prononcé aucune parole superstitieuse ou invocation malfaisante pour les tromper ; je n'ai jamais arraché

* Tchang Te-ouang, le fUs de J. Tchang Ta-pong fut plus brave en l'honneur de son père qu'en l'honneur de sa foi. Le juge voulait qu'il dénonçât la retraite de son père, le jeune homme refusa énergiquement et fît cette belle réponse : a Si mon père a péché contre les lois, je souffrirai volontiers pour lui ; les peines dont vous vouliez frapper mon père, âppliquez-les moi. » [A. M.-E., vol. 546, p. 806. Notice sur J. Tchang Ta-pong, par Mgf Faurie),

' Du Hou-lan.

3 A. M.-E., vol. 549% p. 435.

4 A. M.-E., vol. 549'-, p. 436.

s Augustin Leao, bourrelier, marié à Anastasie Leao. Ses deux fils Joseph et Jean exercèrent les fonctions de catéchiste ; lors de sa condamnation, il était âgé de 45 ans.

6 A. M.-E., vol. 549% p. 385.

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L ANCIEN APOSTOLAT

les yeux des moribonds ; je n'ai jamais reçu aucun argent de ceux qui ont embrassé la religion. Maintenant, puisque je suis chrétien, je n'apostasicrai pas, vous pouvez me punir. C'est ainsi. »

Kou Tchan-gao fit preuve d'une égaie constance. Il était né à Kouy-yang en 1774; selon les uns il était négociant, selon d'autres, il tenait une auberge et demeurait près de la porte du nord. En 1801, Lo-tchong \ un ami du catéchiste Laurent Hou Ghe-lou, lui prêta des livres de religion, dont la lecture porta la conviction dans son esprit. Devenu chrétien il se lia avec Joseph Tchang ïa-pong et Tsen Lao-ta ; il chercha à répandre le catholicisme parmi les païens, car, dira-il plus tard, devant le magistrat de Kouy-yang- : « Me souvenant des paroles contenues dans les livres de prières qui s'expriment ainsi: « Si par nos exhortations une seule personne est convertie, on est estimé avoir du mérite, mais si on en convertit cent, après la mort on obtient le paradis. » C'était un homme de haute taille, de tempérament vigoureux et dont le large visage, orné d'une assez forte barbe, avait une expression d'énergie par commune ^ Il fit la déclaration suivante :

(( J'ai prié, il est vrai, devant les tablettes du Maître du Ciel, et si c'est un crime, je me reconnais coupable. Le septième jour je me suis rendu à la réunion des chrétiens, je l'avoue. Mais jamais je n'ai usé de mon titre de chrétien, soit pour extorquer de l'argent, soit pour arracher les yeux des malades. Je n'ai point exigé de serments injustes, ni n'ai répandu de fausses doctrines. Enfin, je n'ai point agi contre les lois. Jamais je ne renoncerai à cette religion que j'ai embrassée de pleia gré, et si^ à vos yeux, c'est un crime, me voilà prêt à en subir les conséquences. «

Se basant sur les décrets impériaux, rendus en 181 1\ le tribunal porta en 1812 la sentence suivante^:

Kou Tchan-gao doit être puni d'après la règle qui s'exprime ainsi : « Si en prêchant ils ne trompent pas beaucoup d'hommes et ne prennent pas un titre quelconque, ils seront étranglés, par suite d'une sentence qui devra être portée et dont ils attendront l'exécution dans la prison. » C'est pourquoi Kou Tchan-gao doit être étranglé, mais il attendra en prison, afin d'être livré au dernier supplice après l'automne.

Leao Tin-ki, obéissant aux paroles des autres, embrassa la religion et persuada seulement Lieou Kai-tai et Li Tin-fa de pratiquer la religion et de réciter les prières, mais après avoir été conduit au tribunal, malgré plu-

* Selon d'autres ce fut Lou San-kong, exilé du Kiang-si pour cause de religion et qui exerçait à Kouy-yang le commerce de changeur.

2 A. M.-E., vol. 549'', p. 4'iO.

3 A. M-E., vol. 549>', p. 448.

* Les 35 Vén. Serv. de Dieu p. 297, 482-487. •A. M.-E., vol. 549'-, p. 462.

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DES ORIGINES a' 1847

sieurs avertissements, il ne voulut pas faire pénitence, il est donc très détestable. Aussi d'après la règle qui s'exprime ainsi : « Si les trompés embrassent la religion et ne veulent point faire pénitence, ils doivent être envoyés dans le He-long-kiang et livrés comme esclaves ; » Leao Tin-ki doit être envoyé dans le He-long-kiang et livré comme esclave à So Len-tafou-eul, et d'après la loi on doit imprimer sur son visage des caractères.

Tcheou Tchen-gaô, Tchou Pi-yong, Lieou Kai-tai, Li Tin-fa, Tchang Te-ouang, Li Lao-san, Ouang Yao-tin, Tai Yu-chan, Tchen-pin et Ouang Tchong-yu ont été trompés, ils ont seulement pratiqué la religion et n'ont fait aucun disciple ; quand ils furent amenés au tribunal, ils se repentirent et librement abandonnèrent aussitôt la religion, ils doivent donc, d'après la règle qui s'exprime ainsi : « Si les trompés, après avoir été amenés au préfet se sont repentis, ils seront exempts de la peine de l'exil perpétuel, mais ils seront frappés de cent coups et relégués dans la province durant trois ans; » ils doivent, dis-je, être frappés de cent coups et relégués pendant trois ans, dans les lieux fixés, et s'appliquer aux travaux qui leur seront indiqués.

Quant au chef du lieu, appelé Ma Li-len, parce qu'il a été paresseux et négligent dans l'examen des dits coupables, d'après la loi mitigée il devra être frappé de huit coups de bâton et être privé de sa charge et de sa dignité.

Les livres de prières et la tablette du Seigneur du Ciel seront brûlés après l'exécution de la sentence.

Quand Tchang Ta-pong et Tsen-Lao-ta seront pris, un nouveau jugement sera porté.

Ces jugements, rendus par le sous-préfet et par le préfet, furent remis au grand juge, nommé Ong, qui les accepta sans aucune modification. Les secrétaires en recopièrent la teneur à laquelle le grand juge fit ajouter ces lignes :

Si tous nous nous sommes trompés en faisant ce jugement ou non, examinez.Donc, nous remettons les dits coupables avec nos écrits à vous, Gouverneur de toute la province, afin que vous même, après avoir pris connaissance de la vérité des faits, vous avertissiez l'Empereur.

En outre, d'après les lois établies pour un jugement de cette espèce, il a été accordé quatre mois pour porter cette sentence ; ce temps doit être compté à partir du vingt-troisième jour delà dixième lune et de la seizième année de l'Empereur Kia-kin, dans laquelle Kou Tchan-gao fut pris et conduit au tribunal, jusqu'au troisième jour de la troisième lune de l'année suivante, excepté les jours où les tribunaux sont vacants à l'occasion de l'année nouvelle. Le temps définitif n'est pas encore accompli et cependant le sous-préfet, le préfet (qui tous deux sont dans la même ville) et moi (juge suprême), déjà nous avons achevé le jugement sans transgresser le temps fixé. Aucun des coupables n'est affaibli. Tout est clairement transcrit.

Ainsi, d'après ce jugement et pour le résumer, Kou Tchan-gao' fut condamné à mort, mais sa sentence n'ayant jamais été ratifiée il

' La femme de Kou Tchan-gao fut plus tard condamnée à l'exil dans une ville du Kouy-tcheou.

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L ANCIEN APOSTOLAT

resta en prison pendant plus de trente ans, et nous aurons Toccasion de reparler de lui.

Augustin Leao, condamné à l'exil en Tartarie, partit dans le cours de Tannée 1812\ Avant de quitter Kouy-yang, il exhorta les chrétiens à rester fermes dans leur croyance. Ses fils, en particulier, obéirent : à ses conseils Tun d'eux confessa la foi en 1834 et l'autre en 1848.

Les autres, tous apostats au moins de bouche, furent envoyés dans différentes villes de Kouy-tcheou éloignées de leur pays d'origine M'el fut le sort des chrétiens arrêtés dans l'oratoire de Kouy-yang; quant à l'oratoire lui-mcme, « il fut^ entièrement démoli par ordre du mandarin; mais les matériaux ou bois ont été laissés à la vieille femme qui en était gardienne et qui s'en était déclarée au prétoire propriétaire, afin qu'elle les vendît ; comme elle revendiquait encore le sol, le mandarin répondit que, si elle consentait à donner un libelle d'apostasie, il lui serait aussitôt adjugéj'qu'autrement il serait confisqué, ce qui fut exécuté... »

Arrestation de Pierre Ou, son

Persécutions en 1812 à Pin-yue et à Long-pin.

courage. — Autres confesseurs de la foi. — Persécutions en 1813

D'autres persécutions eurent lieu les années suivantes.

En 1812, au mois de mai, le préfet de Pin-yue, Yang Tchang-choui fît arrêter Siao Han-fa, un converti récent, des environs de Koui-tin, et les deux frères Lo, Lo Se-kiu et Lo Se-yao, et Tchou Tai-ho de Kankeou.

Long-pin et les stations voisines eurent également leurs confesseurs de la foi.

Grâce aux actes du martyre de Pierre Ou, nous connaissons avec

quelques détails leur arrestation et leurs interrogatoires. Le

premier saisi fut Pierre Ou, le célèbre catéchiste de cette région.

N'osant pas aller le prendre chez lui, les mandarins de Tsen-y usèrent

1 II fut rejoint par des chrétiens du Kouy-tcheou, condamnés à la même peine en 1814, entr'autres par Jérôme Ho Kai-tche, avec lequel il s'associa pour faire le commerce. Les affaires matérielles ne l'empêchèrent pas de regarder plus haut et plus loin, il écrivit de nombreuses lettres à sa famille pour l'encourager et l'assurer de sa propre persévérance ; il mourut en 1824,

' Antoine Tchang ïe-ouang, le fils de J. Tchang ïa-pong fut exilé à Long-tsuen, sous préfecture du Kouy-tcheou ; il y mourut l'année suivante.

î A. M.-E., vol. 546, p. 39. Mgr Dufresse aux direct, du Sém. 28 stpt. 1813.

de ruse: Une famille chrétienne de Tsen-y, se fiant trop à la tranquillité extérieure que le prétoire laissait aux chrétiens, donna une grande fête, le 3 août 1812 \ et invita Pierre Ou qui s'y rendit sans défiance. Mais, à la fin du repas, une bande de satellites^> entrant tout à coup, s'empara de sa personne. Le catéchiste aurait pu résister et peut-être échapper, il ne le voulut pas. Sans même paraître surpris, sans proférer un seul mot de colère, il se laissa enchaîner. Des satellites furent ensuite envoyés à Long-pin et dans les petites paroisses des environs ; d'autres chrétiens furent arrêtés, parmi eux on cite : un vieillard de 78 ans, nommé Hoang, Martin Tang, Paulin Lieou qui se présenta lui-même pour soutenir le courage de son fils André Lieou, Tchen Se-kong, qui habitait àLao-yngai, à S li de Long-pin près de l'entrée des gorges de Ta-pin^ Sa famille, chrétienne depuis plusieurs générations^, et originaire du Su-tchuen, était aubergiste. Dans son enfance, il avait étudié le latin, mais sa mère, qui n'était que néophyte, s'opposa à sa vocation sacerdotale, ce dont elle fut, raconte-t-on, punie par un mutisme qui dura trois ans. Quand les satellites vinrent pour arrêter Jean Tchen, frère de Tchen Se-kong, ils demandèrent où était le Kiao-teou, (maître de Religion). Un enfant leur répondit : « Il n'y a point d'échalottes ici. » Car le mot kiao-teou a le double sens : maître de religion et échalottes. Les satellites délièrent les gerbes de blé et trouvèrent un livre de prières. Alors ils enchaînèrent Jean Tchen et le suspendirent à un jujubier, plus humains les voisins le détachèrent *. Le chrétien fut arrêté une seconde fois, mais comme il était pauvre et qu'un de ses amis se fit son répondant, il fut relâché. Les satellites chargés de ces arrestations s'attaquèrent même à quelques

* Non le 3 avril comme on l'a écrit par erreur.

- Notes, p. 521. Il y avait près de la maison de Tchen une grotte tapissée de stalactites et traversée par un petit ruisseau coulant entre des balsamines sauvages. Elle servit quelquefois de refuge aux prêtres.

^M. Aloys Schotter dit depuis neuf. (iVo/es sur le Kouy-tcheou,'ç. 521). C'est ce Jean Tchen qui aurait achevé la conversion des Jen, déjà exhortés par Pierre Ou. Il avait 4 filles demeurées vierges ou devenues veuves qui toutes enseignèrent la doctrine.

* Au sujet de la persécution de Long-pin, Mgr Dufresse écrit : « Une lettre postérieure de M, Joseph Lieou, missionnaire de Tchong-kin, où vint dernièrement le trouver un chrétien du susdit lieu, persécuté, rapporte que depuis le 3 août, où 3 catéchistes furent pris et sur le refus qu'ils firent de renoncer à la religion, furent frappés chacun de 40 coups de bambou fortement appliqués, et mis en prison jusqu'au 23 du même mois, où le dit chrétien quitta l'endroit pour se réfugier au Sut-chuen, il rapporte, dis-je, que les chrétiens se trouvaient dans la même prison, au nombre de 25, et qu'on faisait encore partout les pims vives recherches pour prendre les autres, le mandarin payant même un salaire à certaines autres gens pour aider les satellites à découvrir leur retraite et proposant une récompense

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l'ancien apostolat

femmes : à Long-pin, la chrétienne Tan La-lai fut suspendue à un prunier devant sa maison et rouée de coups ; à Lao-yn-gai la sœur de Jean Tchen, Rosa, fut rudement frappée et conduite au prétoire de Tsen-y.

A Hien-chan-hong fut aussi arrêté Ignace KeouSien-ko, âgé de 33 ans, que Kou Tchan-gao avait converti, et qui lui-même avait amené à la foi plusieurs de ses amis, parmi lesquels Yun Te-fou^ ; son frère Keou Yao-ye fut également emprisonné.

A Siao-kao-cKan, on arrêta le fondateur de la station : Vite Yang San-kong ou Ken-tse. Etant âgé de 2o ans et au service d'un chef de satellites, il était venu un jour provoquer par ses moqueries le catéchiste Pierre Ou. Ce dernier ne se contenta pas de répliquer par des paroles, il lui administra une solide correction. Peu après, accusé de concussions par des malheureux qui le comparaient à un tigre, Yang fut emprisonné : « Ne craignez pas^ disait le mandarin aux accusateurs, je vais dévorer ce tigre-là. » Se souvenant sans doute de son procédé un peu vif, Pierre Ou l'aida à sortir de prison en se portant caution pour lui. Exhorté et instruit par son bienfaiteur et par une vieille chrétienne, Paula Jen, Yang embrassa le catholicisme, mais il resta cependant au prétoire et devint le chef des satellites. Il ne voulut pas exécuter l'ordre d'arrêter Pierre Ou, et resta enfermé chez lui jusqu'après l'emprisonnement du catéchiste, puis craignant pour luimême, il alla se cacher à Pin-kia-fen où il fut pris.

Presque tous furent transférés à Kouy-yang; mais les magistrats, après s'être assurés qu'ils étaient chrétiens et leur avoir inutilement commandé d'apostasier, les renvoyèrent à Tsen-y.

Pierre Ou fît de son cachot "" un oratoire où il ne cessa de prier à haute voix, et de chanter les louanges dé Dieu avec les autres néophytes. Le mandarin lui ayant fait ordonner de cesser : « Dites au grand homme, répondit le vénérable confesseur, que nous sommes pleins de respect pour l'autorité, mais que nous servons le souverain Maître du Ciel : notre loi nous oblige de l'adorer partout et chaque jour ; nous ne pouvons donc nous soumettre aux défenses du grand homme. »

Et les pieux exercices continuèrent avec la plus édifiante régularité. A la vue de cette ferveur, le magistrat, chargé du procès, ne put se défendre d'une secrète admiration pour le chrétien. D'ailleurs, chacun

déterminée pour quiconque en prendrait et l'amènerait à son tribunal. Ce qui fait que cette chrétienté est dissipée et dispersée çà et là. [A. M.-E., vol. 546, p. 36. Lettre aux direct. duSém., 23 sept, 1812.)

^ Dont la famille habite encore près du champ des exécutions à Kouy-yang (Voir p. 116).

- Les 52 Serv. de Dieu, 2« vol. p. 267.

des fréquents interrogatoires, qu'on faisait subir à Pierre, révélait en lui une vive piété, et ses réponses étaient empreintes de tant de respect et de politesse que ses juges lui témoignèrent une réelle sympathie. Ils allèrent jusqu'à lui faire de séduisantes promesses et à lui offrir des honneurs s'il voulait renoncer à sa foi. Mais aux dignités achetées par l'apostasie, le prisonnier préférait sa cangue et ses chaînes ; en retour, Notre-Seigneur lui inspirait les plus douces pensées, ainsi que l'atteste une lettre écrite à sa femme et dont voici quelques extraits :

A notre épouse et sœur très prudente, paix et joie parfaites.

Bien des sentiment divers pressent mon ctrur à ce moment ; la joie, la tristesse, Tespérance, le respect, Taffection... La persécution a sm'gi, elle sévit comme un tigre furieux. Ma captivité paraît devoir être longue ; ne dois-je pas m'en réjouir, puisqu'elle me fournira le moyen de satisfaire à la justice de Dieu pour mes péchés ? Ne prête point Toreille aux dires de tout le monde ; ces bruits ne peuvent que contrister et troubler la paix de ton àme. Si nous avons le bonheur de faire des progrès dans les vertus d'humilité, de patience, de mortification, ce n'est pas en vain que nous avons été unis ici-bas. Si la volonté du Seigneur est que je demeure de longues années dans les fers, je regarde cela comme une vraie faveur. Les mérites du Sauveur pourront seuls abréger ce temps. Que notre alïection soit de plus en plus pure. Autrement, nous ne pourrions traverser le jugement de Dieu, et là finirait notre union*.

Les actes de Pierre Ou étaient en rapport avec ces pieuses paroles: x\ux ennuis des obsessions dont on le fatiguait avec persistance

' Les lettres de Pierre Ou furent en 18i9 remises à M. Perny par Lucie Ou petite-fille du martyr, mariée à François Jen Kin-tchouen, de Ta-kao-chan.

Voici la traduction d'une autre de ses lettres, elle'est adressée à son beau-frère :

u Je vous salue par cette lettre ! Voici pourquoi je vous écris. Moi, votre frère insensé, je suis retenu en prison. Mon aflairc n'est pas finie, j'ignore quand elle le sera. C'est pourquoi je vous écris pour vous prier de prendre soin de ma famille, de mon mobilier, d'exhorter mes deux enfants à la résignation, d'aider leur mère afin que toute ma famille soit en paix. Si des créanciers réclament des dettes, vous les ferez payer par mes enlants ; vous vendrez le porc qui est dans mou étable ainsi que le riz. Vous apprendrez par la voix publique la fin de mon procès. Si quelqu'un vous menace, répondez-lui : (c Ma famille n est pas toute entière en prison. » Maintenant je suis à la fin; ne vous en attristez point, des jours meilleurs viendront. Je vous adresse cette lettre qui n'épuise pas les sentiments de mon àme. Je vous écris en caractère grossiers et rapides. Remettez l'at gent provenaut de la vente du porc et du riz à la mère de mes fils, et qu'elle le conserve avec soin. O mon frère, j'attends votre visite; j'ai besoin de vous parler, j'ai des confidences à vous faire. Je vous supplie instamment de venir.

« J'écris cette lettre, moi votre frère insensé, Ou Koue-chen. Ces lettres seront remises a mon frère lui-même, Tsao, qu'il paielc porteur. Caclietées le 18*^ jour de ce mois.(^. x¥.-E . ,vol. 3i9P,j}. l'2U'2.) Voir à V Appendice V des renseignement sur une lettre de Pierre Ou, déposée à la Salle des Martyrs.

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L ANCIEN APOSTOLAT

pour le faire apostasier, à la misère d'un long séjour dans les cachots, à la rigueur des bastonnades fréquentes qu'il subissait, ce généreux athlète de Jésus-Christ avait voulu joindre des privations corporelles.

Au début, les néophytes lui envoyaient quelques aumônes, fruit de collectes faites entre eux; mais, la persécution ne'se ralentissant point, les secours n'avaient pu lui être continué ; aussi eut-il parfois à supporter la faim et la soif ; il ne se plaignait pas et recherchait dans la prière la consolation et le soutien de ses misères.

Son grand délassement était de prêcher les vérités catholiques aux autres prisonniers, que sa vie édifiante et son courage avaient subjugués ; plus d'une fois, son zèle fut couronné de succès et l'on cite parmi ceux qu'il convertit : Tchao, originaire de Toan-kichoui, qui avait tué Hoang Pa-kong, voleur d'un porc appartenant à sa sœur.

Résolu de le faire apostasier, le préfet de Tsen-y ', l'exhorta par les motifs humains les plus pressants. Voyant ses paroles impuissantes, il fit étaler sous les yeux du confesseur les instruments de supplice, espérant le forcer par la crainte à abandonner sa foi. L'enceinte du prétoire était remplie de curieux, la plupart païens, amis de Pierre Ou. Ils le supplièrent de sauver sa vie, et les satellites qui Faimaient, se voyant sur le point d'être les exécuteurs d'ordres cruels, lui firent des instances plus vives encore que les spectateurs.

« Tu vois, lui dit le juge, combien ta conduite paraît insensée à tous. Je t'otfre la liberté, et tu la refuses ! Que t'importe de fouler la croix ?Au sortir d'ici, ne seras-tu pas de nouveau, si tu veux, chrétien comme auparavant ?

— Grand mandarin, reprit le confesseur, vous avez dit vrai sans le savoir, le caractère de chrétien est immortel. Que le fidèle viole sa loi, qu'il méconnaisse son Dieu, son caractère de chrétien demeure à jamais. Mais, sachez que l'àme du chrétien peut être comparée à une toile neuve et blanche couime la neige. Prenez cette toile, et jetez-la dans un vase plein de teinture, pourrez-vous jamais, vous, grand mandarin, lui rendre sa première blancheur? Si j'étais assez malheureux pour obéir à vos ordres impies, ainsi en serait-il de mon âme, je ne laverais jamais la souillure dont elle serait entachée aux yeux du Dieu parfait que j'adore. Je vous l'ai dit bien des fois, le doute ne vous est plus permis. Ma vie est entre vos mains, disposezen à votre gré; mais, à tout jamais, sachez qu'il est inutile de ten-

' Celui que le peuple appelait ironiquement Fou Mi-taug, bouillon de riz {A. M.-E., vol. 549 p., p. 818).

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ter plus longtemps ma foi et superflu de vouloir me faire renoncer à un culte auquel je tiens du fond de mes entrailles. »

L'énergie de ce langage fit comprendre au magistrat l'inutiRté de soumettre le confesseur à la torture. En paraissaut déplorer ce qu'il appelait l'entêtement superstitieux du captif, il ordonna de le reconduire en prison.

Rentré dans son cachot, Pierre s'agenouilla et rendit grâces à Dieu de l'avoir soutenu dans ce combat.

Enfin, le mandarin le fit comparaître une fois encore pour lui lire la sentence de mort prononcée contre lui ; puis, voulant savoir si cette condamnation avait porté la crainte en son cœur, il lui dit :

« Allons, tu as encore quelque temps à vivre, veux-tu abandonner cette mauvaise religion? — Jamais. — Tu resteras toiijours chrétien ? — Toujours. — Pourquoi es-tu attaché avec un si grand entêtement à cette religion ?

Au lieu de répondre directement à cette question, Pierre fit une longue dissertation fort claire sur les principaux dogmes du christianisme ; le juge l'interrompit:

(( Tu délires, lui dit-il, ignores-tu que j'ai le pouvoir de te couper la tête? — Je le sais, et je m'en réjouis, car en répandant mon sang, je monterai au ciel. — Eh bien ! ton sang ne coulera pas, je te ferai étrangler. — Peu m'importe, car par la décapitation ou par la strangulation, je gagnerai le ciel. »

Dans un autre interrogatoire, le magislrat l'engageant à l'apostasie, lui dit : « Si tu veux renoncera cette religion, je tenommerai premier chef à Long-pin-tchang. — Je ne veux pas — Je te nommerai chef d'un des quatre districts du département. — Je ne veux pas. — Je te nommerai chef de tous les soldats des quatre districts du département de Tsen-y. — Je ne veux pas ; quand une toile blanche a été teinte elle ne peut redevenir blanche. » Ce qui signifiait que le caractère de chrétien est indélébile \

Le vieillard Hoang ne montra pas moins d'énergie. Par égard pour son âge, le mandarin lui ofl'rit la liberté ; le chrétien refusa cette grâce, voulant partager le sort de celui qui l'avait amené à la foi ; mais les privations d'une dure captivité remportèrent, il mourut en prison, entre les bras de Pierre Ou, et fut enterré à quelques li du marché de Long-pin.

Paulin Lieou fut condamné à mort, disent les uns, à une détention plus ou moins longue, assurent les autres ; un de ses amis, nommé Li, obtint à prix d'argent sa libération-.

1 A. M.-E., vol. 549 p., p. 713.

•i A. M.-E., vol. 549p., p. 641. Le prix fut de 144^ fr. vol. 549p., p. 768.

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L ANCIEN APOSTOLAT

Quant à Vite Yang San-kong il osa dire au mandarin, en invoquant le code : « Etre chrétien n'est pas contraire aux lois, mais ce Test bien que de piller les gens comme vous faites. » 11 fut exilé pour 3 ans à Lang-tai tin ou à Choui-tchen^

Tang Sien-sen, Tan Ta-kong et Tan San-kong subirent la même peine àTchen-yuen fou-.

Tchao, converti dans sa prison par Pierre Ou, fut exilé au Kiaiigsi. Il sera gracié à Tavènement de Tao-kouang en 1821 et reviendra au Kouy-tclieou rapportant 800 taëls gagnés dans le commerce.

Tchen Se-kong fut renvoyé chez lui parce qu'il était très pauvre et que le mandarin ne voulut pas le nourrir'.

En septembre 1813, Dufresse, donnant des nouvelles des coiV fesseurs de la foi écrit : * » 11 en reste encore aujourd'hui neuf dans la grande prison dont 3 catéchistes et un autre âgé de 78 ans, revêtus de l'habit rouge ordinaire ; il en reste 11 autres dans la petite prison qui est celle des voleurs, bandits et autres, dont les causes ne sont ni d'exil ni de mort. Tous les autres, dès le mois de décembre de l'année dernière (1812), avaient été remis en liberté et renvoyés purement et simplement sans exiger d'eux aucun écrit d'amendement. »

Quelques mois plus tard, le prélat ajoutait qu'à peu près tous les chrétiens, exilés pour 3 ans, avaient été renvoyés chez eux au bout de sept mois, par suite d'une amnistie accodée à l'occasion de réjouissances à la cour de Pékin ^

(c Ignace Keou Sien-ko était toujours en prison à Kouy-yang. C'est un « de'' ceux qui furent tourmentés le plus cruellement; il a tenu ferme contre tous les supplices qu'on lui a fait endurer pour lui faire donner un libelle d'apostasie : il fut rudement frappé de 40 soufflets, appliqué pendant 3 jours de suite à la machine appelée pong-tse, qui met le patient dans une gène et une extension de tous les membres, la plus violente qu'on puisse imaginer, et on lui fit avaler plusieurs fois des excréments humains et de l'urine ; mais il aima toujours mieux mourir que de renoncer à la foi. On le laisse aujourd'hui dans la prison où il est depuis plus d'un an, et qui est la petite, parce que

* Après son retour, il fui nommé catéchiste à la place de Pierre Ou et sur la demande que les chrétiens firent au P. Licou, il tint une école. Il mourut en 1854.

2 A. M.-E., vol. 549 p., p. 388, p. 851.

3 A. M.-E., vol. 549P, p. 388

*A. M.-E., vol. 546, p. 39. 28 sept. 1813.

5 A. M.-E., vol. 546, p. 48. Id.

6 A. M.-E., vol. 546, p. 39. Id.

originairement il n'a point été destiné à être exilé n'étant qu'un chrétien du commune »

Siao et les deux frères Lo-, à Pin-yue « après avoir été revêtus de l'habit rouge des criminels et entermés dans la cage de bois, furent transportés à la capitale, où ils parvinrent le 20 de la septième lune (26 août) et où ils comparurent devant le lieutenantcriminel, et enfin devant le gouverneur pour y reconnaître et ratilier selon l'usage leurs dépositions, en attendant qu'ils soient condamnés à l'exil perpétuel ou de 3 ans, ce qu'on ignore encore aujourd'hui, car les lettres postérieures disent qu'ils sont encore en prison avec leurs habits rouges, et que leur sort ne sera décidé que dans l'automne présent. » Siao refusa d'apostasier et fut condamné à mort, mais ne fut pas exécuté et mourut dans les prisons de Pin-yue. Les deux frères Lo apostasièrent, furent exilés pour 3 ans et revinrent au bout de sept mois. Tcheou Tai-ho, pris à Koui-tin, fut condamné à l'exil perpétuel en Tartarie.

La persécution continua pendant les derniers mois de 1813. Parmi les chrétiens arrêtés à Mao-leao et dans les environs, nous connaissons Loui Tsao-tao qui fut exilé à Tou-yun où il mourut; Ho Mintcheou exilé à Tien-tchou ; Len Ko-hiao, neveu du catéchiste Len Yao-kong, exilé à Ma-ho^; Ouen Pen-li et son frère Ouen Tchongche exilés à Tin-fan^ Tous furent graciés avant la fin de leur peine et retournèrent chez eux, excepté les deux derniers, qui avant l'amnistie, s'étaient échappés du lieu de leur exil. Un chef des satellites, ayant connu leur retraite, vint pour les arrêter, mais l'un des Ouen lui dit : « Si tu me laisses en paix, je t'avance de l'argent pour faire le commerce et je te donne une de mes filles en mariage. » Le chef consentit à la proposition et môme embrassa le catholicisme.

Un autre habitant de Mao-leao, Vincent Ouen Tong-chan appelé aussi Ouen Se-houa, déjà pris en 1772 et exilé au Kiang-si, fut

* Mg"" Dufrosse se trompe, croyons-nous. Ignace était catéchiste, et les mandarins le condamnèrent sévèrement comme nous lo dirons.

^ Voici la traduction du rapport que le mandarin Yang Tchang fît à ses supérieurs : (( L'an 17 de Kia-kin, (1813), le vingtième jour de la sixième lune, a été pris un homme de la dépendance de Pin-yue, nommé Siao Han-(a. qui la même année, le 24 delà 3'' lune, avait érigé dans sa maison une tablette du Maître du Ciel, devant laquelle il priait matin et soir avec ses voisins, les deux frères Lo Se-kiu et Lo Se-yao, pervertis par lui. C'est pour, avoir perverti un petit nombre d'hommes sans renom que Siao a été condamné à mort en attendant l'automne : pour les frères Lo attendu qu'ils n'ont pas subi les tromperies de Siao, et que du reste ils ont prononcé des paroles de repentir, ils ont été condamnés à l'exil, »

3 A. M.-E., vol. 549P, p. 826.

* Selon d'autres à Ma-ho-tcheou.

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L ANCIEN APOSTOLAT

aussi arrêté. En prison \ il convertit quatre de ses compagnons, et l'on entendait les satellites se dire : « Il nous faut prendre un parti, sans quoi cet homme convertira tout le monde. » Il fut condamné à être exilé à Long-li, mais il tomba gravement malade avant de quitter la prison. Sur le point d'expirer, il dit à son fils: (( Je mourrai, lorsque le bon Dieu m'ouvrira la porte du ciel. » Il s'éteignit paisiblement dans la prison de Kouy-yang et fut enterré dans le cimetière dos chrétiens.

Un seul de ceux qui avaient été arrêtés, Barthélémy Loui Jouennien échappa à toute condamnation. Le juge lui ayant posé la question ordinaire : « Vous repentez-vous ? » Le chrétien répondit : « Si le grand homme le permet, je retournerai à la maison pour chercher la contrition. » Le chrétien sous-entendait, paraît-il, de mes péchés. Les soldats qui lui connaissaient quelque fortune et espéraient une récompense s'ils le sauvaient, n'attendirent pas que le juge continuât l'interrogatoire, ils emmenèrent Barthélémy hors du tribunal et le renvoyèrent chez lui, afin, déclarèrent-ils, qu'il recueillît de l'argent pour le rachat des autres captifs ; le chrétien partit et ne revint pas.

Persécutions en 1814, — Arrestation de J. Tchang Ta-pong et de plusieurs chrétiens.— Martyre de Pierre Ou.

L'année 1814 fut encore plus dure que les précédentes pour les malheureux chrétiens du Kouy-tcheou. C'est d'abord, au mois de janvier, à Pin-yue, l'arrestation de Fong Tien-fa- et de ses fils, l'aîné

* Il fut, selon les uns, envoyé dans les prisons de Kouy-yang et y mourut, selon d'autres ce fut à Ou-tchoan.

- Au sujet du pays des Fong, Aloys Schotter a écrit cette note : « Quel est le lieu où habitaient les Fong et Siao Han-fa qui les convertit ainsi que les frères Lo ? Probablement Hoang-se-gao, non loin de Koui-tin. D'après des notes de Mff"" Faurie, les Fong et Siao seraient originaires du pays de Koui-tin. Du reste, la famille Fong a de nombreux représentants à Koui-tin, et le temple de leur ancêtre est à Kouali-po. Les frères Lo étant à l'époque de la persécution voisins des Siao, je crois pouvoir affirmer que ces trois familles ne furent autres que les chrétiens de la vieille station de Hoang-se-gao, dont les membres venaient recevoir les sacrements à Koui-tin, à l'arrivée du prêtre. Pendant l'administration du prêtre Mathieu Lieou, des chrétiens Lo, de cet endroit, vinrent aussi recevoir les sacrements à l\ta-gan-chan. J'ai entendu les chrétiens dire que lors de l'invasion des retelles vers 1850, l'un d'eux, de Touan-po-tchai, nommé Lo, et originaire de Hoang-se-gao, les édifia beaucoup en priant avec eux. Le reste de cette station, c'est-à-dire les familles Lo et Yang émigrèrent après la rébellion à la capitale près de Tse-ki-pa. {Notes p. 637).

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Fong Kiao-cheou et le plus jeune âgé de 10 ans^ de sa bru et plus tard de la mère de celle-ci, emprisonnée un jour qu'elle faisait visite à sa fille dans son cachot ; tous furent conduits à Kouy-yang.

Le catéchiste, Joseph Tchang Ta-pong fut aussi arrêté. Au commencement de la persécution, se sachant signalé aux satellites, il s'était enfui dans le nord de la province, d'où il avait passé au Sutchuen. Les chrétiens se réjouirent de donner l'hospitalité à cet homme humble et charitable ; mais l'évoque, Dufresse, jugea que de telles vertus, pour grandes qu'elles fussent, ne répondaient pas aux besoins de la situation, et que, dans l'état de trouble de la mission du Kouy-tcheou, le devoir de Joseph Tchang Ta-pong eût été de rester au milieu des fidèles et de les encourager par ses paroles et par ses exemples : « Mon fils, lui dit-il, pourquoi fuyez-vous quand vos frères sont en péril ? Vous avez une excellente occasion de servir Dieu. N'avez-vous pas, en vous éloignant, abandonné les devoirs de votre charge, et ne vous êtes vous pas nui à vous-même ? RetoufneZj je vous prie, retournez immédiatement au Kouy-tcheou, vers les fidèles sur lesquels votre fonction de catéchiste vous oblige à veiller. )>

Joseph s'inclina devant l'ordre du pasteur et, après avoir feçu les sacrements de Pénitence et d'Eucharistie, repartit pour son pays.

Grand fut l'étonnement des chrétiens de Kouy-yang, lorsqu'ils le virent de retour; ils le supplièrent de prendre de minutieuses précautions pour éviter d'être arrêté. Il fit ce qu'on lui demandait, se cachant chez des amis et cliangeant souvent d'asile* Ces craintes, ces fuites répétées ne diminuaient pas son zèle, et à Gan-lan il convertit neuf païens.

Cependant, son retour ayant été connu des mandarins, sa tête fut mise à prix, et l'on promit 30 taëls à qui le livrerait. C'est, en Chitie comme ailleurs^ uti moyen presque toujours efficace.

Au mois de mai de l'antiée 1814, son beau-frère Tchen Lao^a dénonça son asile. Joseph était alors caché dans le petit village de Yang-ma-miao, à 8 li de la capitale. Sur Tordre du préfet et du souëpréfet de Kouy-yang, le traître guida les satellites, qui arrivèrent à l'improviste et entrèrent brusquement dans la nlaisoh du Chrétien» Voyant tout espoir de fuir perdu : « Que la volonté de Dieu soit faite ! » s'écria le futur martyr, et il s'abandonna, aux maiiis de ses ennemis.

Sa haute taille, sa barbe et ses cheveux blancs, son regard doux, son visage paisible, tout cet ensemble d'un vieillard vénérable en imposèrent à ses gardes, qui le traitèrent sans brutalité et le conduisirent à Kouv-yanii,.

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L ANCIEN APOSTOLAT

A Long-pin, los deux frères Tsao turent arrêtés, ils apostasiorent.

Un néophyte, Tang, tailleur d'habits, converti par Yang Ken-tse, ne tut pas d'une prise très facile. Six satellites vinrent pour l'arrêter dans sa maison, mais prévenu de leur arrivée la femme de Tang et ses filles avaient fait une bouillie de ri/ gluant, et dès que les satellites essayèrent d'entrer elles leur jetèrent au visage le liquide brûlant. Les satellites tirent le siège de la maison^ pensant que les munitions finiraient par manquer à leurs adversaires. Ils s'assirent autour, à quelque distance, et tout en fumant leur pipe, empêchèrent de sortir de la maison ou d"y entrer. Voyant cependant que les assiégés tenaient bon, ils eurent recours à la force. Tang, conduit au mandarin, accusa les satellites d'avoir violé son domicile, il ne fut pas écouté. Tombé malade dans la prison, il fut renvoyé chez lui où il mourut bientôt'.

A Ta-pien, Jean Tchen Lou-ye - fut arrêté, mais ses amis le délivrèrent des mains des satellites. On nomme encore un mendiant Tao Ghe-y originaire de Che-tsien ; les satellites, pris dans les environs, lui ayant demandé les noms des chrétiens, il se moqua d^eux en leur dictant une longue liste de païens, et fut incarcéré ; de môme Hou Te-hicn et Se-kong parent de Pierre Ou ; deux époux Tchao et deux frères Jen, de Tsen-y ou des environs, deux frères Ouang de Mapou-kan.

Les époux Tchao furent condamnés à l'exil en Tartarie, et partirent accompagnés de leurs deux tils. Les deux frères Ouang furent exilés dans une ville du Kouy-tcheou.

Quelques-uns, comme Tchcou Ouen-koui, de Ma-pou-kan, se libérèrent grâce à une forte somme d'argent.

Mais le fait le plus important de l'année 1814, fut l'exécution du catéchiste Pierre Ou, enfermé depuis deux ans dans la prison de Tsen-y, et qui avait été condamné à la peine capitale, comme nous l'avons dit. Après sa sentence, et en attendant qu'elle fut ratitiée à Pékin le confesseur de la foi n'avait plus songé qu'à se préparer à la mort ; il pria ses amis de chercher un prêtre et de le lui amener. Mais, le prêtre Tang, lé seul qui à cette époque évangélisait la province du Kouy-tcheou, ne put pas môme être prévenu du désir du prisonnier, que sans doute, d'ailleurs, il aurait été dans l'impossibilité d'exaucer. Pierre dut se résigner à ce sacrifice. Il le fit

' Sa femme ne persévéra pas et ses filles furent mariées à des païens. - Nous ne savons s'il s'agit ici de ce Tchen, fabricant de peignes, qui, les jours de jeûne, ne mangeait pas avant le coucher du soleil.

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avec la générosité qui caractérisait tons ses actes. Il en fut récompensé par des grâces de choix toujours plus abondantes, il eut même à diverses reprises, dit-on, la révélation que son arrêt de mort recevrait la ratification de Tempereur.

Il mit donc peu à peu ordre aux affaires de sa maison. Enfin, ayant connu par une nouvelle grâce que l'heure de son trépas était proche, il l'annonça clairement à ses amis. Il voulut leur donner en signe de réjouissance un petit repas d'adieu, pendant lequel les convives ne parlèrent que du martyre et du bonheur du ciel.

Gomme le confesseur l'avait prédit, la sentence arriva le lendemain. Elle disait en substance qu'outre son attachement à une religion prohibée. Ou avait aussi, par des chants et des superstitions de sa secte, porté le trouble dans la prison, et qu'il était condamné à la strangulation.

Le mandarin le fit immédiatement comparaître, lui donna lecture de l'arrêt, et lui signifia que l'exécution aurait lieu le jour suivant.

Le prisonnier reçut cette nouvelle avec de si grandes démonstrations de joie, que les païens en étaient stupéfaits ; voyant leur étonnement et celui du juge, il prit la parole : « Voilà deux ans et demi, dit-il, que je suis dans les fers, séparé de ceux qui me sont chers, soumis à bien des privations^ pour n'avoir commis d'autre crime que celui de ne point renoncer au Dieu véritable que j'ai eu le bonheur de connaître. La sentence qui vient de m^être lue a été souvent l'objet de mes vœux ; la joie qu'elle me cause en ce moment ne doit donc pas vous surprendre. Oui, demain, je monterai au séjour de l'éternelle félicité. Pour vous, grand homme, qui avez entendu de ma bouche les vérités de la religion que je professe, sans vouloir y acquiescer, un triste sort vous est réservé, à vous et à votre prédécesseur, qui avez persécuté ma religion. Vous me suivrez bientôt tous les deux dans l'autre vie ; les supplices de l'enfer seront votre partage. La justice du Dieu vivant que je sers, vous atteindra même dès cette vie. »

Puis se prosternant la face contre terre aux pieds de son juge:

« A demain, ajouta-t-il, à demain, le bonheur du ciel. »

La nouvelle de la condamnation de Pierre Ou se répandit dans la ville, et bientôt il ne fut question que de la scène qui venait d'émouvoir le tribunal.

Les nombreux amis du confesseur manifestaient hautement leur estime pour son caractère et ses vertus. Quant à lui, de retour dans sa prisoQ, il acheva de régler ses affaires et passa la nuit entière en prières, répandant son âme en actions de grâces, à la pensée de la palme du martyre qu'il allait cueillir.

Le lendemain matin, 7 novembre 1814, lorsque le peloton d'exé-

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cution vint le prendre, il renouvela à tons ceux qui Fenvironnaient l'expression de ses sentiments de bonheur et se mit en marche.

Le cortège devait traverser la plus grande partie de la ville. La foule était immense sur tout le parcours, et l'on n'avançait qu'avec peine. Les amis de Pierre Ou avaient, selon la coutume chinoise, dressé de petites tables couvertes de mets. Chacun d'eux désirait une fois encore parler au condamné, recevoir de lui une parole d'amitié et lui faire accepter quelques rafraîchissements.

A la vue de cette aftluence inacoutumée, de ces démonstrations affectueuses, le mandarin, qui présidait à l'exécution, témoigna sa surprise et voulut connaître le motif de tant d'empressement. On lui répondit que Pierre Ou était universellement aimé, qu'il avait rendu des services à la plupart de ses compatriotes, et que chacun d^eux cherchait à lui prouver une dernière fois sa reconnaissance.

Enfin on arriva au lieu du supplice, et pendant qu'on achevait les préparatifs, le captif se mit à genoux et renouvela publiquement Fexpression de ses sentiments de foi chrétienne ; puis les yeux remplis de larmes, il s'écria :

« Voilà le ciel ! voilà ma patrie ! je vois sa gloire ! Oui, je vous vois véritablement, ô mon Sauveur ! Ne lapercevez-vous pas le Dieu que je sers ? Quoi? vous ne le voyez pas ? Encore une minute, et je contemplerai toute la splendeur du ciel ! »

Et sadressant aux bourreaux :

« Hâtez-vous, leur dit-il, hâtez-vous de me procurer ce bonheur ! Serrez fortement les nœuds de la corde j pour que j'expire à l'instant mèmCi II ne me reste que deux taëls, acceptez-les en reconnaissance du bonheur dont vous allez hâter la jouissance pour moi. »

Les bourreaux obéirent^ ils l'attachèrent à la croix préparée d'avance et serrèrent si fortement la corde que la mort fut immédiate. A ce moment même, un grand bruit^ semblable à celui d'une formidable décharge^ retentit, provoquant l'étonnement des assistants.

Depuis lors, Dieu a illustré la mémoire de son serviteur par des faits qu'il importe de ne pas omettre.

Le jour môme de la mort^ la veuve du martyr se rendit à Tsen-y pour se faire remettre le corps et le transporter chez elle ; il était tard, et elle avait, dans le trouble de sa douleur, oublié de prendre des cierges. On lui donna un peu d'huile dans une de ces tasses dont on se sert pour boire le vin, elle y mit une mèche qu'elle alluma. Ceux qui portaient le cadavre craignaient qu\me si petite quantité d'huile ne fût insuffisante pour la durée de la route qui était longue.

Cependant les heures s'écoulaient et la veilleuse brûlait toujours ; on s'étonnait et on admirait ; l'étonnement et Tadmiration furent

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bien plus grands encore, lorsqu'on arrivant à ia demeure de Pierre Ou, on constata dans la petite tasse la môme quantité d'huile qu'au départ.

Les chrétiens vénérèrent la mémoire du martyr, l'invoquèrent dans leurs maladies, et souvent recueillirent, pour en faire des remèdes^ les herbes qui croissaient sur sa tombe située à un demi-kilomètre du marché de Long-pin ; leur confiance fut plus d'une fois exaucée. Voici les principaux faits de ce genre ^ :

Une chrétienne^ Agnès len, maîtresse d'école, âgée de 35 ans, a raconté sa guérison qu'elle affirmait avoir obtenue par l'intercession de Pierre Ou :

« J'avais dix-huit ans, lorsque je tombai gravement malade d'une pleurésie. Les médecins déclaraient ma guérison impossible, si je ne parvenais à avoir une abondante transpiration, mais, hélas ! aucun remède n'obtenait ce résultat ; je ne pouvais prendre aucune nourriture.

(( Deux médecins, morts aujourd'hui, jugèrent mon état désespéré. Alors un missionnaire et mon père J.-B. len allèrent prier au tombeau du Vénérable Pierre Ou-.

« De ma chambre, je m'unissais d'intention à leurs prières, je disais : « Vénérable Pierre, daignez intercéder pour moi près de Dieu. »

« On fit une neuvaine à l'issue de laquelle le missionnaire célébra le saint-sacrifice à mon intention. Aussitôt après la messe, je pris facilement un remède, j'éprouvais la transpiration désirée par les médecins^ et quelques jours plus tard j'étais guérie de ma pleurésie. Mais un de mes bras restait paralysé ; il était froid et insensible, à ce point que l'on pouvait y enfoncer des aiguilles sans me causer aucune douleur.

('( Pleine de confiance dans le Vénérable, je ne voulus faire aucun remède ni externe ni interne, le missionnaire me remit une lettre autographe de Pierre Ou écrite dans sa prison, je la lus d'abord dévotement, puis je l'appliquai sur mon bras pendant trois jours. A ia fin du troisième jour, mon bras était libre, et depuis dix-sept ans il est resté sain et n'a jamais éprouvé aucun retour de cette maladie. »

Une autre chrétienne, Marie Lieou Miao-kou, a également raconté sa guérison en ces termes :

« J'avais une dysenterie qu'aucun remède ne guérissait. Mes parents consultèrent successivement plusieurs médecins qui ne me

* Les 52 Seiv. de Dieu, vol. 2, p. 275. \

- Voir à Y Appendice Y des renseignements qui nous paraissent se rapporter à ce fait, ou du moins à un fait analogue. On donne ici à Pierre Ou le titre de Vénérable, auquel il avait droit depuis le décret du 9 juillet 1843.

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l'ancien apostolat

procurèrent aucun soulagement. Alors Marie Tchong Ta-kiang me vint voir et me raconta qu'une femme païenne, nommée Hou, avait été guérie d'une paralysie, après avoir mangé des herbes cueillies sur le tombeau du confesseur. J'avoue que, malgré ma dévotion envers le Vénérable, je n'osais espérer la sauté. Je cédai cependant à ses instances ; aussitôt, elle alla prier sur la tombe du martyr, et elle revint, me rapportant quelques herbes. Elle en fit une infusion dont je bus trois tasses dans la même journée, et je fus complètement guérie. Une certaine faiblesse existait encore cependant, mais dès le lendemain elle avait disparu, et je pouvais, comme à l'ordinaire, vaquer à mes travaux.

« Depuis cette époque, je n'ai jamais été atteinte de cette maladie qui, d'ailleurs, n'a laissé en moi aucune trace. »

La guérison de la femme Hou dont il est parlé dans le récit précédent, est ainsi racontée par le même témoin :

« Hou était paralysée et ne pouvait marcher.

« Marie Tchong cueillit quelques herbes sur le tombeau de Pierre Ou, elle les fit tremper dans l'eau, et, prenant cette eau, elle en lava les membres paralysés, en exhortant l'infirme à croire au Dieu des chrétiens. Quelques jours après, celle-ci put marcher, et peu à peu elle fut entièrement guérie. »

Enfin, ajoutons que les deux juges qui avaient condamné Pierre Ou terminèrent misérablement leur vie. I/un, nommé Kan, originaire du Su-tchuen, rongé par un ulcère au cou, mourut dans d'atroces douleurs; l'autre, Ho, du Kouy-tcheou, après avoir été élevé à un grade supérieur, fut accusé de différents crimes et condamné à la peine capitale. Sa famille toute entière fut enveloppée dans sa disgrâce, l'empereur la déclara incapable, jusqu'à la dixième génération, d'occuper aucune charge publique".

« Voici la contre-partie : Déclaré Vénérable par le Pape Grégoire XVI le 9 juillet 1843, Pierre Ou reçut de Léon XIII les honneurs de la Béatincalion le 27 mai 1900. Dans la repi'oduclion du décret de 18'i3 [Les Cinquaatti-deiix Serviteurs de Dieu, 2'- vol. p. 335) il y a une faute d'impression: il faut lire julio et non jiinio. La traduction qui se trouve en note, à la même page, est exacte, puisqu'elle porte 9'= jour de juillet.

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Arrestation de chrétiens. — Apostasie de plusieurs. — Jugement. — Condamnation. — Départ des exilés.

Pendant cette môme année 1814, avant et après l'exécution de Pierre Ou, d'autres chrétiens furent arrêtés soit à Kouy-yang, soit dans d'autres stations moins importantes.

Dans les pièces de leurs procès traduites en latin par les missionnaires du Kouy-tcheou, nous trouvons des renseignements sur leurs interrogatoires et sur leurs jugements.

Nous allons d'abord dire ce qui se passa à Kouy-yang.

Nous avons vu en 1812 à Hien-clian-hong l'arrestation de Ignace Keou Sien-ko *, son emprisonnement et ses souffrances à Kouy-yang ; il eut pour compagnons de captivité deux époux, excellents chrétiens : Kang Ou-kong" et sa femme Kang Ou-lai (Hiong-che).

Voici le texte de la condamnation des deux chrétiens ^ :

Ces individus, de leur propre mouvement, exhortèrent leurs concitoyens à embrasser la religion du Seigneur du ciel, ils doivent être frappés d'une peine proportionnée à leur faute ; cependant les deux coupables

* Voici quelques détails sur ce chrétien : Il avait été converti par Kou ïchangao. Travaillant chez ce dernier et l'entendant réciter des prières, il lui demanda ce qu'elles signifiaient et à quoi elles servaient. « Par elles, lui répondit le chrétien, on éloigne les maux de la terre et on obtient le bonheur du ciel. « Sienko voulut en savoir davantage et Kou Tchan-gao lui prêta un livre de doctrine. Cette volonté de s'instruire ne fut que passagère, et bientôt Keou Sien-ko laissa son livre de côté. Il n'y pensait même plus, lorsqu'étant tombé malade, il se ressouvint alors de la parole de Kou Tchan-gao, que les prières chrétiennes pouvaient éloigner le mal. Il prit une croix et une image qu'on lui avait données autrefois, les posa respectueusement sur un des meubles de sa maison et se prosterna devant elles en priant. Sa prière fut exaucée, il recouvra la santé. Dès lors il se mit de nouveau à étudier les vérités chrétiennes et à réciter régulièrement ses prières. Ses voisins l'entendirent : Ouang Tchang, Yun Te-fou, Han Tchao-koui, Lieou Kao-oui, Yu Ouen-kio, et la femme Ouang Hoang-che vinrent successivement l'interroger. « Qu'elles prières récites-tu ? )> Il leur raconta son histoire et les exhorta à embrasser la religion ; tous consentirent. Ses juges lui firent subir un interrogatoire sur les causes de sa conversion, le nom et le nombre de ceux qu'il avait engagés à embrasser le catholicisme. Il raconta sa guerison, ses exhortations à ses voisins. « Je prêtai, dit-il, mon livre de prières à Ouang Tchang et à Yun Te-fou, en4eur disant de le transcrire ; à Han Tchao-koui, et aux autres qui étaient illettrés, je me contentais de traduire de vive voix les prières^ »

- Né à Kouy-yang en 1748.

3 A. M.-E., vol. 5491- p. 390.

L ANCIEN APOSTOLAT

n'ayant aucun titre, aucune dignité, n'ont trompé et perverti que peu d'hommes. C'est pourquoi, d'après la loi qui s'exprime ainsi: a Celui qui propage la secte, n'a pas induit beaucoup d'hommes en erreur, et n'a ni titre ni dignité, doit être étranglé, mais auparavant il sera enfermé en prison et attendra la sentence ; » Kang Lao-ouet Keou Sien-ko doivent être étranglés, mais ils seront retenus en prison jusqu'au retour de leur sentence. Après 1 automne, ils seront exécutés.

Leur sentence n'ayant pas été ratifiée, ils restèrent en prisoi; ; Kang y mourut après 4 ou 5 ans, Ivieou après 7 ou 8, La Ghrétienîie Kang Ou-lai fut condamnée à l'exil en Tartarie ; elle consola ceux qui pleuraient sur son sort : « Pourquoi vous lamenter^ disait-elle, je vais à une grande gloire. » Elle mourut en prison, avant son départ pour Texil.

Les autres catholiques arrêtés furent :

Quatre frères du nom de Lo \ Tchang Eul-kong, Sen Tchang-tchouen, Tchen Tsan, Ouang Sm-kong, Ouang San-lai^

Ces fidèles fureut exilés à Y-li.

Deux autres :

Leao Lai, Ouang La-tchou, Hou Lai, Ho Eul-kong, Tin Kouan-pao, Kou Ouang-che.

Lieou Che-pang,

Yu Yao-kong.

furent exilés au He-long-kiang.

\ Voici une nouvelle liste de 17 chrétiens prisonniers :

Ho Kai-tche, Tchen Tsai, Lo Tchong, Lieou Tchao-koui, Lo Yeou, Ouang Yn-fou,

32 ans -i, 52 ans,

46 ans, 63 ans, 40 ans,

47 ans*.

Ouang Tchang, Sen Se-hai, Yun Te-fou, Kang Hiong-che, Ouang Lai-che, Sen Hong-che,

30 ans, 4o ans, 47 ans, 51 ans^

40 ans S

41 ans \

' Lo Lao-ta, Lo Lao-eul, Lo Lao-se, Lo Lao-ou. Ils étaient cinq, mais l'un d'eux, le troisième, Lo Lao-sau était mort. On les appelait ordinairement Lo Tie-tsiang, parce qu'ils travaillaient le fer [A. M.-E., vol. 549'", p. 294.)

2 Femme de Ouang San-kong.

5 Joachim, qui sera martyr en 1839. Né, selon les uns, en 1774, mais, selon d'autres, et plus probablement, le 3 août 1782.

*• Père de Laurent Ouang.

5 Femme de Kang Lao-ou.

^ Femme de Ouang Yn-fou.

' Femme de Sen Se-liai.

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Lieou Sie-che, Kou Ouang-che, Leao Ouang-che,

56 ans ', 26 ans-^, 68 ans^

Ouang Hoang-che, Tchang Tchen-che.

63 ans

Parmi ces prisonniers nous ne possédons de renseignements que sur Joachim Ho Kai-tche. Il était né à Tcha-tso, en 1782, d'une famille païenne ; ses parents étaient commerçants et jouissaient de quelque aisance, mais, après la mort du père, la misère s'abbattit sur la maison, et la mère vint demeurer à Kouy-yang avec ses deux fils déjà assez grands; dans cette ville, ils trouvèrent plus facilement qu'à Tcha-tso le moyen de gagner leur vie. Kai-tche se fit cardeur de coton et sut par son honnêteté et son activité mériter l'estime de ses clients. Il avait environ 20 ans lorsqu'il rencontra J. Tchang Ta-pong, qui lui parla de la religion du Seigneur du Gielil'àme, naturellement droite du jeune homme, goûta la vérité qu'on lui enseignait, il fut baptisé par le prêtre Jean Tang.

Pendant son emprisonnement il eut à subir plusieurs supplices cruels. Un jour entr'autres, il resta plus de quatorze heures à genoux sur une chaîne de fer.

Ses compagnons ne paraissent pas avoir eu à endurer de pareilles souffrances ; tous demeurèrent fermes dans la foi et firent la déclaration suivantes :

Nous tous petits, croyant aux paroles des autres, nous pratiquons la religion, cependant nous ne l'avons jamais prèchée, mais nous ne voulons pas la quitter, nous aimons mieux être condamaés.

Le Tribunal rappela les récents décrets portés contre les missionnaires, les chrétiens, la religion catholique elle-même ; puis il condamna les confesseurs de la foi :

Ils tombent sous le coup de la loi qui dit : « Ceux qui en consentant aux exhortations adhèrent à la secte et ne veulent pas se corriger doivent être envoyés en exil. » Par conséquent il convient qu'ils soient envoyés en Tartarie et livrés aux Ge-lou-te comme esclaves. Quant à la femme Tchang Tchen-che et à d'autres, bien qu'elles appartiennent au sexe faible, parce qu'elles ne veulent pas faire pénitence et qu'on peut difficilement espérer qu'elles ne propageront pas la secte, elles doivent être exilées en Tartarie, et pour elles on ne peut admettre aucun rachat.

1 Femme de Lieou Tciiao-koui.

' Femme de Kou Tchan-gao.

>* Femme de Leao Chen, mort depuis longtemps. * Femme de Ouang Koui, mort depuis longtemps. 'A. M.-E., vol. 549% p, 394.

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L ANCIEN APOSTOLAT

Tous les chrétiens ou cate'chumènes dont nous venons de donner les noms furent persévérants dans leur foi ; aussi les voyons-nous condamnés soit à la prison, soit à l'exil.

Nous trouvons^ toujours dans les prisons de Kouy-yang :

Jean Hiong Koui-ta\ Lin Ta-kong.

Tchou Sieou-long, Lo Yao-kong.

Ils paraissent avoir apostasie.

Le premier, Hiong, fut exilé à Su yang ; les autres à Long-li. D'autres ne furent pas plus courageux ; 18 avaient été arrêtés, 15 hommes et 3 femmes, tous apostasièrent^

Hommes

Lieou Kai kio, 30 ans,

Ouan Chuen, 27 ans,

Han Tchao-tiang, 61 ans,

Tchao-tsiang, 42 ans,

Han Tchao-koui, 49 ans,

Oiiang Tcliang-ouen, 68 ans,

Tang Yao-tsou, 40 ans,

Tchang Te mien, 43 ans.

Tchen-Y'u, Yu Huen-mo, Loui Koue-tsai, Tchen Koui, Tsien Houai, Hou-Koui, Sie Lao-eul,

58 ans, 20 ans, 55 ans, 54 ans, 53 ans, 32 ans, 65 ans.

Femmes :

Ten Tchong-che, 62 ans,

Cécile OuangTtîheou-che, 48 ans.

Keou Li-che,

43 ans.

Sur ces 18, 13 déclarèrent qu'ils avaient été convertis par Joseph Tchang Ta-pong ; trois, Lieou Kai-kio, Han Tchao-koui et Y^u Ouenmo par Keou Sien-ko et deux autres, Tchen-yu et Loui Koue-tsai par Kang Lao-ou.

Volontiers, ajoutèrent-ils, nous reconnaissons notre erreur, nous foulons aux pieds la croix, nous nous repentons ; nous délaissons la religion et nous demandons pardon.

Ils furent condamnés à être exilés dans quelques villes du Kouy-

1 Neveu de Kang Ou-lai, il était Agé de 26 ans. Revenu à Kouy-yang, il y exerça le métier de jardinier, près du Kiao-tchang-pa, place des exécutions. 11 mourut en 1838. Il eut plusieurs enfants, parmi lesquels Paul Iliong, Joueu-tchang, Fa-ko. Sa i'emme, Benita Tchen-che, mourut dans la maison construite par la mission pour les écoles de jeunes filles, près de l'oratoire dédié à saint Jossph, sur le lieu même où s'élève aujourd'hui la cathédrale de Kouy-yang; elle y avait été apportée très malade pour recevoir l'Extrême-Onction des mains de M. Thomas Lieou. [A . M.-E . , vol. 547, p. 472.)

» A. M.-E., vol. 549r, p. 380.

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tcheou plus ou moins éloignées de leur pays d origine. Le texte du jugement fut libellé ainsi :

Ces coupables, qui tous devant le préfet se corrigèrent, seront soumis à celte loi : « Celui qui, ayant été séduit s'est repenti devant le tribunal est frappé de la peine d'exil mais à un degré de moins, il recevra cent coups de bâton et sera exilé pendant trois ans. )^ Les susdits coupables, quand ils seront parvenus dans Je lieu de leur exil, pourront exercer leur métier.

Des cbrétiens de Kouy-yang se présentèrent d'eux-mêmes au tribunal pour renoncer à leur foi\

Ils étaient au nombre de 15, 6 hommes et 9 femmes. Voici leurs noms :

Hoimnes.

Lieou Kai-oui, Tchen Lao-ta, Lieou Kai-tcliouen, Tcheou Ki, Ye Chen-meou, Yang Li-lin.

Femmes.

Tchen Yao-mei, Tchang Yang-che, Ouang llan-che, Ou an g Mei-che, Yu Kang che, Ten San-mei, Li Yang-che.

Tchao Tchang-che, Tcheou Ouang-che.

Tous firent cette attristante déclaration':

Nous sommes des petits enfanls de la sous-préfecture de Kouy-tchou ; comme nous sommes grossiers m ignorants, méditant autrement qu'il ne faut sur le bonheur, nous fûmes trompés par Tchang Ta-pong (jui nous enseigna des prières ; seul, moi, Lieou Kai-oui, j'ai été induit en erreur par Keou Sien-ko qui m'apprit aussi les prières. Chacun de nous récita ces prières dans sa maison, mais il ne ht jamais aucun disciple. Maintenant, en voyant les perquisitions et les punitions, nous comprenons que la religion européenne du Seigneur du Ciel est défendue par la loi, et c'est pourquoi, nous tous petits, craignant d'être interrogés sur ce péché, nous sommes venus nous présenter au tribunal, prêts à fouler aux pieds la croix, et en donnant la preuve du renoncement, nous demandons pardon.

Ces pauvres gens, qui apostasièrent sans doute d^ bouche plus que de cœur, furent renvoyés cliez eux.

Les Fong, arrêtés à Pin-yue, furent braves. Le père, Fong Tien-fa, raconta qu'il avait trouvé un livre de doctrine chez le chrétien Siao Han-fa :

lA. M.-E.,voL 549'-,

2 A. M.-E., vol. 549'-, p. 379.

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L ANCIEN APOSTOLAT

Je l'ouvris par curiosité, et je vis qu'en s'en servant on pouvait demander le bonheur et éloigner le naalheur, je l'apportai secrètement dans ma maison ; mais occupé de mon commerce, je ne pris pas soin de réciter ces prières jusqu'à la quatrième lune de cette année. A ce moment, je tombai malade par suite d'un refroidissement, aussitôt je pris ce livre pour réciter les prières et, par l'effet de cette récitation, j'obtins ma guérison. Moi, petit homme, j'érigeai alors une tablette du Maître du Ciel et enseignai à mon fils Kiao-cheou à prier. Mais le mandarin a fait enlever le livre et la tablette.

Moi, petit homme, je n'ai prié qu'avec mon fils. Je n'ai ni extorqué de l'argent ni fait de disciples, ni trompé la multitude; je ne me suis point arrogé de titres. Le livre de prières a été pris par moi sans avoir averti Siao Han-fa. Etant entré dans la religion, je ne veux pas y renoncer. C'est la vérité.

Kiao-choou dit ù son tour : « quàgé de 20 ans, il a prié avec son pore, mais n'a enseigné aucun autre homme, et ne se repent pas d'avoir embrassé la religion. »

La persévérance dont ils firent preuve leur valut d'être cruellement torturés. Deux fois Tien-fa et trois fois Kiao-cheou subirent le pong-tse'qui leur disloqua les membres, puis ils furent jetés dans la petite prison, celle des voleurs. Le second fils, la bru et sa mère furent mis à genoux sur des chaînes pendant une journée entière, frappés de 40 soufilets et placés dans une maison sous la garde d'un commissaire de quartier.

Voici le jugement rendu contre le père et le hls :

Considérant que Fong Tien-fa et son fils Fong Kiao-cheou s'appliquaient à prier dans leur maison sans faire de disciples; qu'ils ont été pris etjugés et s'obstinent aveuglément à ne pas se corriger; ils seront traités comme Ho Kai-lche, Tchen Tsai etc. Ils seront envoyés au He-long-kiang et livrés comme esclaves aux Gue-lou-te.

Enfin, il y eut encore quelques chrétiens dans d'autres prisons-; nous connaissons le nom de o d'entre eux, mais nous n'avons aucun ' renseignement sur leur arrestation et leur condamnation, (^e sont :

Lin Yuen-tchen,

Tien Tin-yu,

Ou Tchong-houe,

Yang Tchen-kouij Tchang Tchang-men.

Les chrétiens exiles en Tartarie partirent en 1815; pratiquant la

* Macliinc où les membres du patient sont étendus avec une violence et dans une gène qui causent les plus grandes douleurs [A. M.-E., vol. 546, p. 48. Mgr Dufresse aux direct, du Séni., 2 oct. 1814).

' Nous n'avons pas pu savoir si c'est à Koui-tin ou à Gan-lan, quoique les deux

villes soient éloignées l'une de l'autre.

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charité évan^élique envers leurs frères souffrants, les- fidèles du Sutchuen, malgré la persécution qui sévissait alors contre eux, avaient fait une collecte pour subvenir aux besoins les plus pressants des confesseurs de la foi, et chacun de ces derniers reçut deuxtaëls au moment de son départ.

Condamnation et exécution de Joseph ïchang Ta-pong.

Outre les sentences dont nous avons parlé, une autre plus grave fut prononcée ; elle porta la condamnation à mort de Joseph Tchang Ta-pong, qui fut étranglé le 12 mars 1815.

Pour raconter ce fait nous avons les actes officiels de l'emprisonnement et des interrogatoires du martyr, qu^un missionnaire du Kouy-tcheou, Perny, réussit à se procurer en 18o0\

Ces actes se composent : de la déclaration du grand trésorier faisant aussi fonction de grand juge, constatant que l'arrestation de Tchang Ta-pong et de plusieurs autres chrétiens a eu lieu par ordre de Lou Si-tche, préfet de Kouy-yang, et de Hou Te-yn, sous-préfet de la même ville, agissant au nom du gouverneur de la province ; de la déposition de J. Tchang Ta-pong, qui donna un résumé de sa vie, de sa conversion au catholicisme, de ses prédications avec le nom d'un certain nombre de païens instruits par lui, de ses diverses fuites et de son séjour à Yang-ma-miao ; des décrets impériaux portés en 1811 ordonnant de saisir les missionnaires et les chrétiens ; de la teneur du jugement rendu contre lui et contre les chrétiens qui demeurèrent fidèles à leur foi ; de l'ordre de libération des apostats ; enfin du texte de la condamnation à mort du confesseur de la foi. La pièce est très longue, et si diffuse qu'il est impossible de la citer.

Le prisonnier comparut successivement devant quatre tribunaux; ceux du sous-préfet, du préfet, dii juge des causes criminelles et du gouverneur-.

On lui demanda quelle avait été son existence avant et après sa conversion : il le dit simplement et brièvement, résumant ce que nous avons racontée

* La traduction en latin de ces actes se trouve A. M.-E., vol. 5i9'' p. 367. Ce que nous racontons ici de J. Tchang Ta-pong est extrait de notre ouvrage: Les Trentecinq Vénérables serviteurs de Dieu pp. 305-316.

^ A. M.-E., vol. 549*-, p. 139.

' Le catéchiste Laurent Hou comparut pour expliquer la provenance du livre de prières qu'il avait donné à Joseph Tchang Ta-pong. D'après les pièces officielles, il fit cette déposition : « Quant au livre de Tchang, moi Hou Che4ou, petit homme,

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L ANCIEN Al'OSTOLAT

On lui donna l'ordre d'abandonner la religion du Seigneur du Ciel, il refusa énergiquement. Ses frères et ses neveux vinrent le voir, et les larmes aux yeux, l'exhortèrent à avoir pitié de sa famille : « Comment, lui disaient-ils, vous n'auriez qu'un mot à dire pour sauver votre vie, pour nous préserver du déshonneur et vous ne voulez pas ? — Je ne puis, re'pondait-il simplement, je ne puis. )^

Ses neveux insistèrent fortement : «Mon oncle, mon oncle, répétaient-ils, dites que vous vous rcpenlcz, nous vous offrons mille taëls \ afin que vous puissiez convenablement passer les dernières années de votre vie. — Pourquoi accepterais-je cette somme? A quoi me servirait-elle? Si vous voulez me prouver votre aiîection, préparez plutôt des bougies. Bientôt je m'en irai par la porte Lou-kouan. »

Ces paroles signifiaient: Je passerai la porte Lou-kouan pour aller au lieu de mon supplice.

Désespérant de vaincre sa résistance, ses parents résolurent de le sauver malgré lui ; ils recueillirent parmi eux et parmi leurs amis une somme considérable afin de racheter sa liberté ; le prisonnier les remercia de ce témoignage d'alTeclion et le refusa: « Vous ne pouvez racheter mon àme, leur dit-il, et il m'est impossible de consentir au rachat de mon corps. »

Désireux d'être agréable à la famille du prisonnier, le gouverneur, Soun, essaya d'arranger l'alfaire à l'amiable ; il appela le vieillard, lui fit servir des mets de sa table et l'engagea à renoncer de bouche .à sa foi, qu'il conserverait en l'intime de son cœur.

Généreusement le chrétien ne consentit pas à employer ce subterfuge, qu'une bienveillance païenne pouvait seule conseiller, et il prit occasion des paroles du gouverneur pour exposer la notion du vrai Dieu qui sait tout, voit tout, et juge non seulement nos actes, mais nos intentions les plus secrètes ; il s'étendit également sur les attributs divins, enfin il parla avec tant de force, que le gouverneur avoua à ses intimes qu'il ne lui ferait plus semblable proposition.

Cette persévérance décida du sort de Joseph Tchang Ta-pong, et sa condamnation à mort fut résolue. Après avoir rappelé les décrets impériaux de 1811, "1812^ 1813 contre le catholicisme, ses ministres et ses adeptes, le préfet porta la sentence capitale, dans des termes dont voici la traduction :

Tchang Ta pong est depuis plusieurs années attaché à la secte perverse ; il a fait plus de quarante disciples, par exemple Ho Kai-tche et d 'autres ; i

je l'ai apporté du Su-lchucn, et l'ai répandu comme je l'ai indiqué autrefois. Il est \mpossible que tous ces livres soient perdus. »

1 Mille taëls à cette époque valaient environ 8000 francs.^. M.-E., vol. 549'', pp. 304, 305.

agissait réellement comme s'il n'y avait aucune loi et que la province du Kouy-tcheou fût une région de barbares ; c'est cependant un pays de grande importance ; il semble donc qu'un tel malfaiteur doit être pris et puni plus sévèrement pour avoir détourné les autres de leur devoir. D'après la loi : ce Les chefs de secte qui ont un titre, une dignité et ont induit la foule en erreur, doivent être étranglés immédiatement ; » il convient que Tchang Ta-pong soit étranglé de suite.

Cette condamnation fut sanctionnée le 22 novembre 1814 par le gouverneur et par le vice-roi dans les termes suivants :

Le vice-roi et le gouverneur, après avoir examiné cette cause, l'exposent à l'empereur par leurs lettres. C'estpourquoi, nous vous présentons toutes ces causes inscrites dans un registre spécial et nous vous supplions d'agir en conséquence du code.

Donné le onzième jour de la dixième lune de la dix-neuvième année de l'empereur Kia-kin.

Le fidèle chrétien ne s'étonna pas ; depuis son arrestation, il ne s'était fait aucune illusion sur son sort, il s'était prépapé à la mort ou à l'exil perpétuel, il priait avec ferveur afin d'être une victime plus agréable à Dieu, il se réjouissait à la pensée de souffrir pour le souverain Maître qu'il adorait. « Jusqu'à ce jour, disait-il, je n'ai rien fait pour Dieu ; je vais enfin commencer à expier mes fautes et à satisfaire à la justice divine. » Son seul regret était de ne pouvoir fortifier son âme par la réception des sacrements de Pénitence et d'Eucharistie ; cette grâce devait lui être refusée, puisqu'aucun prêtre n'habitait la province du Kouy-tcheou.

Depuis son arrestation^ Tchang Ta-pong avait été enfermé dans la prison des accusés, celle qu'on apelle pan-fang ; à partir de ce moment il fut transféré dans celle des condamnés à mort.

Sa sentence portée à Pékin par un de ces courriers rapides qui ne mettent que quarante jours pour parcourir la longue distance qui sépare Kouy-yang de la capitale de l'empire, fut confirmée par Kiakin le 22 janvier 1815.

Voici la traduction de cette pièce :

Confirmation par l'Empereur de la sentence : Tchang Ta-pong fut amené au tribunal, le quatrième jour de la huitième lune de la dix-neuvième année de Kia-kin (77 septembre 1814). D'après la loi, il do^t être étranglé, ^e treizième jour de la douzième lune de cette même année [22 janvier /5/5), la sentence a été reçue et confirmée par le tribunal suprême, Tchang Ta-pong doit être étranglé.

Cette condamnation parvint à Kouy-yang- dans les premiers jours du mois de mars.

Le préfet fit comparaître le prisonnier et lui lut la teneur de l'ordre

LANCTKN APOSTOLAT

impérial ; Tchang Ta-pong l'écoiita silencieusement, puis il salua le mandarin, le remercia et se retira pour se préparer à la. mort.

Avertis de son sort, ses parents et ses nombreux amis vinrent le voir et lui exprimer leurs regrets ; au lieu de s'appesantir sur les choses de la terre, le confesseur de la foi tourna l'entretien vers le bonheur du Ciel, qu'il se réjouissait de goûter.

On voulut, selon la coutume païenne, lui offrir un repas d^adieu, il refusa aimablement, demandant qu'on le laissât seul, dans le recueillement des dernières prières.

Il fut conduit, le 12 mars 1813, au lieu du supplice, désigné sous le nom de Kiao-tchang-pa, par un peloton de soldats ; il marchait au milieu d'eux, dominant de la tête leurs rangs en désordre. Une foule considérable l'accompagnait, regardant ce bon vieillard qui s'en allait à la mort le visage baigné de larmes. Ne comprenant pas la cause de ces pleurs, un chrétien, Thomas Lieao, se glissa à travers la foule pressée des spectateurs, et s'approcha du condamné en lui jetant quelques mots d'encouragement : « Oh ! fit celui-ci doucement, je pleure, mais ce sont des larmes de joie ; cependant priez pour moi. »

Ses frères et un de ses neveux, revêtus des insignes de leur dignité, l'entouraient, le suppliant, le conjurant d'avoir pitié de lui et d'eux, et de prononcer la parole qui l'arracherait au supplice.

Le condamné, les yeux tantôt élevés vers le ciel, tantôt baissés vers la terre, semblait ne pas les entendre.

Au champ d'exécution, ses parents redoublèrent leurs gémissements et leurs supplications : « 0 frère ! ô oncle ! ayez pitié de nous pendant qu'il en est temps encore, dites une seule parole, conservezrvous à notre affection. »

Le veillard leur fit la réponse des martyrs et des confesseurs : « Je ne puis. »

Les soldats étendirent le condamné sur une croix de la forme d'un T majuscule, et le bourreau lui passa une corde au cou. Dans un suprême effort, ses parents se jetèrent à ses pieds : « Frère, oncle, s'écrièrent-ils tout en larmes, nous pouvons encore vous sauver, dites un mot, un seul mot, nous vous en conjurons. — Ne pleurez pas, répondit le martyr, je suis sur la route du Ciel. » Ce furent ses dernières paroles : le bourreau étreignitle nœud fatal, et l'âme du vieux catéchiste de Kouy-yang alla recevoir la récompense éternelle.

Entourés par la foule silencieuse et immobile, les parents et les amis éclatèrent en sanglots, et, au lieu de poser le pied sur le ventre de la victime, selon la coutume chinoise, pour s'assurer de la réalité de la mort, le bourreau s'enfuit comme s'il était conscient d'un crime.

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DES OHIGINES A 1847

Tchang Ta-liio, un des frères, et le neveu du martyr détachèrent le corps de la croix'. Le neveu avait apporté des papiers superstitieux, tels que les païens en brûlent aux funérailles. Tchang Ta-hio le dissuada de s'en servir. « Mon fils, lui dit-il, ne fais pas brûler ces papiers, l'oncle ne croyait pas à de telles absurdités ; il ne faut pas lui faire cette injure. »

Le confesseur de la foi fut enterré par ses parents en un lieu appelé Si-kio-tang, situé à peu de distance de Kouy-yang.

Les chrétiens du Kouy-tcheou ont gardé le souvenir des vertus de Joseph Tchang Ta-pong-, souvent ils visitent avec dévotion son tombeau, cueillant les. herbes qui le recouvrent, afin de composer des remèdes « qui parfois, dit Faurie, opèrent des guérisons inespérées ». Le martyr Joseph Tchang Ta-pong a été déclaré Vénérable par le Souverain Pontife Léon XÏII le 13 mai 1878.

Résumant en des chiffres ce que nous venons de dire sur ces six années de persécution, nous voyons : plus de 160 chrétiens prisonniers, les uns pendant quelques mois, les autres pendant de longues années ; parmi eux plus de 100 confesseurs de la foi, une quarantaine d^apostats, et deux martyrs. Pour une Eglise qui compte à peine 1000 fidèles % presque tous nouveaux chrétiens dispersés au milieu des païens dans 12 centres principaux, c'est une rude épreuve.

^ Une autre version qui paraît moins probable dit que le corps resta attaché jusqu'au lendemain.

' Pour se rendre à son tombeau, on sort par la porte Lou-kouan et l'on prend la grande route qui conduit à Tsen-y. Arrivé à lextréraité du faubourg, on traverse sur un pont un petit ruisseau^ on continue, en montant, de suivre la route de Tscn Y. A cent pas au-delà du pont, à gauche, s'étendent des jardins potagers, on y pénètre, et à cinquante pas environ de l'entrée s'élève le tombeau.

C'est un monument de forme ronde, construit en grosses pierres bien taillées, superposéees sur quatre rangs ; il a près de 8 mètres de circonférence, 1 mètre 10 de hauteur à la partie antérieure et 0 m. 80 à la partie postérieure ; sur le devant tourné vers Kouy-yang et touchant presque au tombeau, une large pierre, haute de 1 m. 55, porte une inscription dont voici la traduction : a Appuyé sur la montagne septentrionale, il regarde la plage méridionale. Tombeau de notre frère aîné Tchang, un lettré, surnommé Tchen-ouan, érigé en l'année 20"^ do Kia-kin, l'heureux jour de la seconde lune. Ses deux frères plus jeunes, Tchen-yuen et Tcho-tchay * lui ont érigé en commun ce souvenir. »

Ensuite se lisent deux petites lignes dont voici la traduction :

« Nous avons acheté de la famille llo le carré qui renferme ce tombeau. Ses limites sont clairement marquées par des pierres aux quatre angles : longueur 40 pieds, largeur 27 pieds. Nous l'avons gravé sur cette pierre pour on conserver le souvenir ». {A.M.-E., vol. 549'-,p. 2212).

Voir à V Appendice VI l'inscription en chinois gravée sur le tombeau de J. Tchang Ta-pong et X la situation du tombeau.

^ La statistique de 1809 porte 989 chrétiens.

* Appelés aussi Ta-koui et Ta-kio.

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L ANCIEN APOSTOLAT

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Influence des persécutions. — - Rareté des renseignements. — Prêtres qui évangélisèrent le Kouy-tcheou. — Persécutions locales. — Fondation de Fa-tche-o. — Mort en prison du catéchiste L. IIou. — Retour de Joacliim Ho et de Pierre Licou, leurs vertus. — Mattliieu 1^1 ou. — Ses travaux. — Cosine Li.

Les persécutions qui de 1810 à 1815 troublèrent les chrétientés du Kouy-tcheou, celle qui à la môme époque ravagea la mission du Sutchuen, et fit, le 14 septembre 1815, tomber la tète de son premier pasteur, Dufresse, portèrent un coup sensible à révangélisation. La parole de la sainte Ecriture se réalisa : Persecutiam pastore^ et dupergentur oves. Ces stations, peu nombreuses, dissiminées depuis Hin-y fou jusqu'à Mao-tien, rarement visitées par le prêtre, perdues au milieu des païens, auraient eu besoin de tranquillité et de soins attentifs et persévérants. La situation troublée du Su-tchuen, le petit nombre des missionnaires et des prêtres indigènes, les périls qui les menaçaient ne permirent ni à Escodéca \ supérieur intérimaire, ni à l'évoque Fontana", ni à Pérocheau 'son coadjuteur et son successeur, ni à leurs collaborateurs de s'occuper activement des catholiques de cette province.

Dès le 20 septembre 1815, Escodéca écrit : « Quoique fermes dans la foi, les prêtres chinois sont si épouvantés que je n'ai de nouvelles que de 4 ou 5 ; ils sont presque tous malades d'ennui ou de fatigue. »

Et ailleurs... « Ils sont si intimidés et si bien cachés que je ne sais que très peu de chose de la plupart d'entre eux et de leurs chrétiens. » L'année suivante, octobre 181G, il écrit au sujet du Kouytcheou* : (( J'ai enfin reçu, après les fêtes de Pâques, des lettres des prêtres qui administrent la partie orientale de la mission, et dont plusieurs n'avaient jusque-là osé se manifester. Ils m'ont député l'un d'entr'eux pour me donner des nouvelles de leurs chrétientés et obtenir la rénovation de leurs pouvoirs et la solution de certains cas, particulièrement sur la conduite à tenir à l'égard des apostats. «

* Jean-A.ntoine Escodéca delà Boissonnade, du diocèse d'Agen, missionnaire au Su-tchuen de 1800 à 1836.

2 Louis Fontana, du diocèse d'Ivrée, missionnaire au Su-tchuen en 1807, évêque de Sinite et Vicaire apostolique en 1818, mort le 11 juillet 1838.

^ Jacques-Léonard Pérocheau, des Sables d'Olonne, évèque de Maxula, coadjuteur, puis Vicaire apostolique du Su-tchuen, 1818-1861.

* A. M.-E., vol. 440, p. 942. Lettre, aux direct, du Sém.

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