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Si à cette époque même le supérieur de la mission se plaint de savoir peu de choses sur les prêtres et leurs stations, faut-il s'étonner qu'après un siècle, il nous soit difficile de recueillir des renseignements précis ?
A. partir de 1815, jusqu'à Farrivée d'Etienne Albrand au Kouytcheou en 1847, la continuation de l'histoire des chrétientés fondées à la fin du XVIII'^ siècle et au commencement du XIX'', va donc nous demeurer à peu près inconnue.
Donnons d'abord la liste des prêtres chinois et français qui durant cette période évangélisèrent le Kouy-tcheou :
Thaddée Lieoii', Benoit Yang, Matthieu Lieou, Simon Tchen,
Cosme Li, 1827-1831
Thomas Lieou, 1830- ?
Bertrand, 1846.
Le premier de ces prêtres, Thaddée Lieou, un futur martyr*, baptisa a Kouy-yang une chrétienne nommée Tchou ; on conserva son souvenir à Mao-tien et à Che-tsien ^ Alla-t-il jusqu'à Hin-y, et dans les stations qui bordent les frontières du Kouang-si ? Nous ne saurions le dire.
* Etranglé le 30 novembre 1823 à Ku-hien, dans le Su-tchuen.
Peut-être vint-il d'autres prêtres visiter les stations du Kouy-tcheou, au moins un. Voici les lignes d'AIoys Schotter au sujet d'un prêtre Tchang. « Une chrétienne, Ouen, née en 1819, aflirmeavoir été baptisée par lui à Mao-leao. C'est la seule trace que j'ai trouvée de ce prêtre dans les souvenirs des chrétiens du Kouy-tcheou : cela prouverait que, s'il y est venu, il n'y est venu qu'une fois et n'a visité que la partie de Ou-tchouan. » [Notes p. 655).
2 Le voyage de Thaddée Lieou au Kouy-tcheou paraît certain ; il ne faudrait donc pas trop prendre à la lettre ces lignes écrites le 2l^ptembre 1821, par Mg'" Fontana : « Les stations du Yun-nan et du Kouy-tcheou n'ont pas vu de prêtre depuis 8 à 10 ans à cause des dangers extraordinaires qu'on courrait dans la visite... Toutes ces chrétientés ont été visitées enfin en 1821, à part quelques-unes dans le Yun-nan. »
^ Les deux premières familles chrétiennes de Che-tsien furent les Lu et les Chen, originaires du Kiang-si. Les Lu étaient catholiques avant leur arrivée dans ce pays, qui date delà persécution de Kia-kin, vers 1812 ou 1814.11s cachèrent probablement leur religion, car les tombeaux de quelques membres de leur famille portent des inscriptions païennes. Les Chen embrassèrent le christianisme à la suite d'une alliance avec les Lu.
Les missionnnaires apprirent la présence des Lu à Che-tsien, par un chrétien nommé Ou qui entra dans leur pharmacie et devinant, nous ne savons à quels indices, qu il avait affaire à des chrétiens, prononça les noms de Jésus, Marie, Joseph. L'homme à qui il parlait lui répondit : « Je comprends ce que tu dis, car notre famille suit la religion du Seigneur du Ciel. » Ces familles habitaient le faubourg de Che-tsien où aujourd'hui encore sont groupés les fidèles de cette station.
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L ANCIEN APOSTOLAT
Pendant celte période, semblables à ces rafales de tempête qui ne souftlent plus qu'à intervalles éloignés avant de cesser cntièrement, quelques actes isolés de persécution, viennent encore secouer la petite et faible Eglise du Kouy-tcheou. En 1817 ou 1818, André Lieou, le fils de Paulin Lieou, dont il a été question en 1812, fut saisi une seconde fois avec le chrétien Tan, mais pendant qu'on les conduisait à Tsen-y, ils précipitèrent les satellites dans une large crevasse de rochers, puis réciproquement ils brisèrent leurs chaînes à coups de pierres et prirent la fuite. Revenus de leur étonnement et sans doute de leurs craintes, les satellites remontèrent sur la route et s'élancèrent du côté oii ils croyaient retrouver les fugitifs. Peine perdue, les deux prisonniers étaient déjà loin. Plus préoccupés de profiter de cet échec que de le réparer, les satellites se présentèrent chez le père d^\ndré Lieou, qui possédait une certaine fortune, et l'obligèrent de leur verser de l'argent. Ayant réussi une première fois, ils recommencèrent et obtinrent le même résultat. A la longue, cependant, le vieillard finit par se fatiguer de ce chantage, et il donna aux siens l'ordre de s'éloigner : (( Partez tous, leur dit-il, et cachez-vous, moi qui ai déjà été jugé et condamné, je resterai à la maison. » On lui obéit, et quand les soldats revinrent, réclamant la somme qu'ils croyaient facilement obtenir, Paulin Lieou refusa énergiquement : « Prenez-moi, déclara-t-il, emmenez-moi au mandarin, faites ce que vous voudrez, mais vous n'aurez plus rien de moi. « Cette fois les satellites se gardèrent bien d'insister ; comprenant que, si le mandarin connaissait leur conduite, ils seraient dans un mauvais cas, ils partirent et ne revinrent plus.
Dans une lettre en date du 29 septembre 1819, Fontana parle * de « quatre chrétiens conduits cette année en exil au-delà des limites de l'empire ».
En 1820 une chrétienne fut aussi exilée-.
En 1821, eut lieu la fondation de la petite station de Fa-tche-o, dans la partie occidentale du Kouy-tcheou, près de la frontière du Yunnan.
« C'est, écrit Chauveau % un nommé Ou, qui la première année de Tao-kouang vint se fixer dans ces montagnes. Cet homme laborieux, réglé dans sa conduite et bon chrétien, a été béni de Dieu. Il est, tout à la fois, cultivateur, marchand de chevaux, de moutons,
< A. M.-E., vol. 449, p. 714.
- La grand'môre du futur catéchiste Tliomas Licao, A. M.-E., vol. 549'*, p. 923.
3 Lettre à Mgr' Desflèches, 2 sept. 1847.
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etc. D'autres familles sont venues se fixer au môme lieu, parce que tout y est au plus bas prix possible. »
Les autres nouvelles du Kouy-tcheou en 1821 se résument en ces lignes de Fontana * : « Cette année on n'a visité que huit chrétientés, celles qui sont situées non loin des frontières du Su-tchuen. Il a été impossible d'aller voir les autres, à cause des difficultés et des périls qu'offrent les routes ; aussi ne compte-t-on que iii confessions au lieu d'environ 800 que l'on avait ordinairement. »
L'évéque est encore plus bref en 1822 - : « Les chrétiens du Kouytcheou ont été cette année visités par un prêtre indigène ; je n'ai pas entendu dire qu'aucune persécution se soit élevée contre eux. »
Le compte-rendu de 1823 a une note de tristesse^ : « Les chrétiens du Kouy-tcheou diminuent, ceux qui restent sont très pauvres, obligés de travailler toute la journée pour subvenir à leurs besoins ; ils sont fort dispersés et il est difficile de leur porter les secours spirituels. Chaque année, cependant, deux prêtres vont les visiter et nous avons espoir qu'ils conserveront la foi. »
De l'année 1824, nous ne connaissons que le baptême à Hin-y fou de Sen Fa-ko, par Matthieu Lieou.
Un Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, Lions, place vers cette époque la fondation de la station de Ta-chan au sud-ouest de la province. « Le premier chrétien, dit-il*, fut le grand-père d'un de nos prêtres indigènes, le P. Ouang junior. Ce vieux Ouang, de Hoangyu-kiang, n'était pas très en règle avec l'Eglise ; il loua la montagne à des chrétiens et le poste se forma. Pan-kiang date à peu près du même temps ; le catéchiste Fou Eul-ye habitait là, c'était son terrain ; c'est pourquoi étant mort après avoir épousé quatre femmes et sans laisser d'enfants, il laissa à l'Eglise son bien, qui ne valait pas cher. Pe-ma-tong doit probablement remonter au même temps. »
L'année 1826 est marquée par la mort du catéchiste, confesseur de la foi, Laurent Hou, emprisonné dépuis 1799. Pendant cette longue détention, il avait édifié tout le monde, chrétiens et païens, par sa persévérance et par sa conduite exemplaire. A ceux qui allaient lui rendre visite et s'affligeaient de ses misères prolongées, il disait : « Ne pleurez pas, car c'est la meilleure et la plus belle des choses de souffrir pour la foi. » 11 n'aurait eu qu'une parole à prononcer : Hoiiy, je me repens ; mais cette parole équivalait à une
1 A. M.-E., vol. 449, p. 818. Lettre aux direct, du Sém. sept. 1821. 2A. M.-E., vol. 441, p. 163. Ms^' Fontana aux direct,, 14 sept. 1822. 3 A. M.-E., vol. 449, p. 879. Mgr Fontana aux direct, du Sém., sept 1823. * Journal de Mgr Lions, p. 365.
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L ANCIEN APOSTOLAT
apostasie, il ne le voulut jamais. Sauf le manque de liberté, sa vie ne fut d'ailleurs pas très dure ; car elle demeura toujours telle que Dufresse l'avait décrite en 1810' : « Il n'a à souffrir d'autre peine que de ne pouvoir sortir dans la ville, ni retourner dans sa patrie. Les riches chrétiens de Tchong-king-fou lui envoyèrent l'année dernière des habits. Etant le plus ancien des prisonniers, il en est constitué le chef avec une certaine autorité sur eux, et en cette qualité il a double ration tant en riz qu'en deniers, et d'autres privilèges qui lui rendent ce séjour moins dur. Il est aimé et respecté non seulement des geôliers et satellites, mais môme du mandarin préfet de la prison. Quoique confondu avec les plus grands scélérats, il se conserve sans tache. »
A ces éloges ajoutons le zèle que Laurent montra pour éclairer des lumières de la vraie foi ses compagnons de captivité; on dit qu'il en convertit trente, ce qui faisait appeler par le prêtre Tang la prison de Kouy-yang une station chrétienne in vinculh. A chacune de leurs visites dans la capitale du Kouy-tcheou, les prêtres chinois allaient le voir, ils le confessaient, mais ne pouvaient lui porter la sainte communion, ce qui causait de vifs regrets au captif.
Laurent IIou mourut le 2 octobre 1826. 11 fut enterré aux frais d'un de ses compagnons de chaînes, Kou Tchan-gao, sur la montagne Tong-chan, au lieu appelé Ya-keou, à environ un kilomètre de Kouy-yang ^
Son tombeau est un tumulus semi-sphérique, en terre. Sur la partie antérieure est fixée une pierre portant une inscription dont voici la traduction'' :
Que la liimièrp élernelle 7 Uùne pour lui.
Tombeau Du très respectable vieillard
Laurent Hou
érigé en l'année e*"*^ de Tao-kouang, 9'"« lune, 3">«jour,
« A. M.-E., vol. 446, p. 28.
2 A. M.-E., vol. 549'', p. 273. Pour s'y rendre on sort parla porte Lao-tong (la vieille porte orientale). On va tout droit par la route pavée de Tong-chan (montagne orientale) jusqu'au haut de la gorge. On a à droite trois sommets de montagnes, dont le premier, Tong-chan, est couronné d'une pagode ; le tombeau est à droite de la route qui va à Kouy-yang, en face de la troisième montagne, à peu près.
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par son pieux fils Paul,
et son neveu Pierre
qui lui rendent ce commun
hommage '.
Les chrétiens reg'ardent comme un saint le prisonnier de Jésus- Christ, et dans leurs maladies plusieurs vont cueillir des herbes sur sa tombe comme sur celles des martyrs, pour en faire dos remèdes.
Les fidèles du Kouy-tcheou n'eurent pas pour s'édifier que les vertus de L. Hou, celles de deux anciens confesseurs delà foi, Pierre Lieou Ouen-yen et Joachim Ho Kai-tche leur furent aussi un réconfortant spectacle.
Le premier, né dans un des faubourgs de Kouy-yang en 1761, converti par Xavier Ouang, exilé en 1800, avait beaucoup souffert".
Domestique ou esclave d'un maître qui Lavait chargé des travaux les plus durs et les plus rebutants, qui, pour satisfaire ses caprices de cruauté. Lavait souvent frappé, parfois suspendu par les mains ou par les pieds, Pierre Lieou était tombé gravement malade. Alors, son maître Lavait chassé afin, disait-il, de ne pas nourrir une bouche inutile.
Le malheureux avait fini par trouver ailleurs un asile, et par recouvrer assez de forces pour prêcher le catholicisme et convertir quelques païens.
Revenu à Kouy-yang à une date que nous n'avons pu déterminer, il se montra envers les chrétiens d'une si admirable charité, qu'on le surnomma : « Aimant le prochain comme soi-même » ; en même temps, il se conduisait avec une rare prudence, évitant tout ce qui pouvait attirer l'attention des mandarins ou froisser les païens.
Les vertus qui brillaient le plus en lui étaient l'humilité, la simplicité, la fidélité à tous ses devoirs envers Dieu, particulièrement la ferveur dans la prière et la charité envers les pauvres, auxquels il ne manquait pas de faire l'aumône : aussi était-il aimé et vénéré des infidèles et des chrétiens.
Joachim Ho semble avoir été moins malheureux pendant son exil. En relations avec son compatriote A. Leao, qu'il retrouva là-bas, et avec un prêtre du Su-tchuen, Tchang, exilé comme lui, il fortifia sa foi par la réception des sacrements, il excita par ses vertus l'admiration des chrétiens et de's païens.
* Voir à l'Appendice VII l'inscriplion en chinois gravée sur la tombe de B. L. Hou.
' Dans Les 52 Serv. de Dieu, 2''- vol. p. 253, nous avons dit que Pierre Lieou, dénoncé en 1814, avait été exilé à cette époque. Ainsi raffirmaient plusieurs notices biographiques. Possédant maintenant les documents originaux, nous avons pu voit
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L ANCIEN APOSTOLAT
Une révolte de mahométans ayant éclatée en 1826 ou 1827, et les troupes chinoises ayant été vaincues, le chrétien avec un grand nombre de ses compagnons demanda des armes pour marcher contre les rebelles, prouvant ainsi que la foi catholique n'avait en rien diminué son patriotisme et sa fidélité à l'empereur. Il combattit avec courage, et mérita par sa conduite la remise de sa peine et la permission de retourner dans sa famille. De plus il reçut en récompense une somme de 10 taëls. Un prêtre du Su-tchuen, Benoît Yang, ajouta quelque cho^e à cette somme, en recommandant au chrétien d'en faire bon usage ; on dit même qu'il lui conseilla d'acheter à Kouy-yang une maison qui servirait d'église.
Que Benoît Yang ait ou non donné cet avis, ce fut l'emploi que Joachim Ho fit de l'argent qu'il possédait. Il acheta à Kouy-yang, en un lieu appelé Mao-ma-hang', une maison qui devint Toratoire ordinaire des chrétiens 2. Ho y recevait les fidèles, particulièrement les dimanches et les jours de fêtes, il présidait aux prières ; et quand il se rencontrait parmi les assistants de nouveaux adorateurs du vrai Dieu, il se faisait avec joie leur maître, s'attachant de préférence, on le remiirqua plusieurs fois, à ceux qui conservaient plus précieusement la vertu de pureté. En 1836, il alla évangéliser pendant quelque temps les néophytes de Ta-pa-tien. Là^ comme à Kouy-yang, sa charité, sa ferveur, son amour de la prière excitèrent l'admiration des fidèles, qui parfois se permettaient de lui dire : « En vérité, tu es un saint vivante »
Avec le souvenir de ces confesseurs de la foi, on a gardé celui de la vierge Agnès Yueu. Elle avait enseigné d'abord à Long-pin, et dans quelques stations de la préfecture de Tsen-y. Sur Uordre du prêtre Matthieu Lieou, elle se rendit à la capitale oii elle enseigna aux jeunes filles la doctrine chrétienne et les prières. Elle demeurait ordinairement dans les familles Li Yao-ye et Leao.
C'est elle qui racontait avoir entendu dire qu'à Long-pin, un enfant de deux ans, fils d'André Lieou, avait, avant de mourir, exhorté ses parents à revenir aux pratiques chrétiennes : « Le ciel est trop beau, leur aurait-il dit, l'enfer est terrible, et je souffre beaucoup en voyant que vous n'êtes pas dans le chemin du ciel. »
« Mes parents, ajoutera plus tard la sœur de cet enfant, qui
que cétait une erreur. Pierre Lieou Ouen-yen fut condamné à l'exil en 1800 et quitta Kouy-yang ce 1801.
' Ho demeura d'abord pendant un mois près de la porte Oui-si dans le quartier delà pagode appelée Ho-chen-miao.
- Cet oratoire était situé à peu près à l'endroit où se trouve aujourd'hui dans l'église Saint- Joseph la porte latérale du côté des hommes.
^ /,es Cinquante-deux Sers>. de Dieu, vol. 2, p. 281.
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DES URlGLNES A 1847
raconte le même fait', furent très omus par cet avertissement ; personne ne douta que ces paroles n'eussent été placées par Dieu même dans la bouche d'un si petit enfant. Aussitôt mon père recommença à prier, comme il l'avait fait autrefois, et ma mère, qui était encore païenne, se fit baptiser par le prêtre Lieou. A partir de ce moment, mes. parents furent bons chrétiens jusqu'à leur mort. »
Nous citons le fait sans en garantir l'authenticité ; c'est avec le môme sentiment que nous relevons celui-ci :
Une vieille chrétienne, Marie Yen Man-lai étant morte en 1830 à Tin-fan, de solennelles funérailles lui furent faites par les chrétiens qui la vénéraient. Peu après, des incidents étranges se produisirent plusieurs fois, la maison de la défunte parut en feu, des globes lumineux montaient de sa tombe vers le ciel, ce qui fit donner à la montagne voisine le nom de Chen-sien-tai (monticule des saints immortels) ; enfin, par suite de ces faits, le respect pour sa mémoire fut tel, qu'en 1838, on lui éleva un tombeau '^.
Le prêtre qui visitait alors la ville de Kouy-yang et la partie méridionale du Kouy-tcheou était Matthieu Lieou ; de haute taille, de traits assez fortement accentués, il voyageait ordinairement à cheval. Après avoir achevé l'administration d'une dizaine de sous-préfectures qui formaient son district dans le Su-tchuen oriental, il partait au mois d'octobre pour le Kouy-tcheou ; il y entrait par l'est, passait à Pi-tsie bien et à Ta-tin fou, visitait Kouy-yang, allait au sud jusqu'à Hin-y fou, se rendait dans les petites stations anciennes ou nouvelles des environs^, même à Po-jo dans la circonscription de Pou-gan, sur les bords abrupts du fleuve, au milieu d'un désert entouré de montagnes escarpées. 11 procédait ainsi : deux jours à l'avance il faisait annoncer son arrivée par un lidèle discret; il entrait à la maison pendant la nuit et ne remplissait les fonctions de son ministère que les portes bien fermées ; il célébrait la messe avant le jour et repartait pendant la nuit*. Il revenait à Kouy-yang pour les fêtes du premier de l'an chinois, puis il repartait pour le Sutchuen par Tcha-tso et Tscn-y, sans s'occuper du groupe de Outchoan, confié à un autre prêtre chinois.
1 A. M.-E., vol. 549'-, p. 641.
2 Notes sur le Kouy-tcheou, p. 699.
3 Jusqu'à Hoang-tsao-pa dont les premiers chrétiens furent deux frères Yu de Koui-tin. A cette époque les chrétiens de Tsieou-pe-tchen, près de Hoang-lan, allaient avec un certain nombre d'autres à Pan-kiang, pour y recevoir les sacrements. Une fille de ce pays fut mariée à Yen, de Tien-sen-kiao, autre station inscrite sur le cahier du prêtre Matthieu Lieou eu 1830. Ces Yen étaient des émigrés de Su-yang. [Notes sur le Kouy-tcheou, p. 683).
* A. M.-E., vol. 549r, p 717.
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L AMCIEX APOSTOLAT
On dit que son caractère ne ressemblait pas précisément à celui de saint François de Sales. Aloys Schotter' qui le marque de cette note en donne pour preuve ce jugement : « J'ai connu un chrétien nommé Ouang, qui avait été employé à porter les bagages des deux Pères Matthieu et Thomas Lieou; il me dit : « J'ai accompagné les prêtres Lieou, Thomas était doux » ; ce qui veut dire, selon la tournure d'esprit chinois, Matthieu ne Tétait pas. »
Ce défaut, si vraiment il l'avait, ne l'empêchait pas d'être un bon missionnaire et de' travailler activement au maintien de la foi parmi ses chrétiens, et au relèvement de ceux qui avaient faibli pendant les persécutions précédentes. 11 aurait voulu faire plus encore pour le Kouy-tcheoil, et en 1832, il demanda à l'évêque Pérocheau la permission de rester toute l'année dans cette province, ahn qu'après avoir administré les fidèles, il se consacrât aux païens. « 11 serait môme à souhaiter, ajoutait Voisin', qui rapporte ces détails, qu'un missionnaire européen pût se rendre au Kouy-tcheou. Mais ils sont trop peu nombreux au Su-tchuen, qui à lui seul offre un champ assez vaste à leur zèle. >^
Matthieu Lieou était aidé à Hin-yfou^par le catéchiste Yang Koutong, qui fonda plusieurs stations entre autres celle de Pou-kong oii habitaient les familles Han et Hou.
Ce catéchiste, qui était très dévoué, recevait le prêtre chez lui et fournissait à ses besoins durant tout son séjour. 11 se montra aussi fort zélé pour les conversions ; on raconte même qu'ayant épousé, sans dispense, une veuve païenne, mère de quatre enfants, il répliqua au prêtre qui lui reprochait cette faute : « Comment, le Père spirituel n'est pas content, mais ce jour-là j'ai converti cinq personnes, ma femme et ses quatre enfants ^ » La réponse n"a pas été attribuée qu'à lui seul. Parmi les autres païens qu'il convertit sans avoir de reproches à encourir, on cite Tchang San-kong qui faisait alors le métier de diseur de bonne aventure. Dès que le sorcier eut embrassé la foi, il brûla tous les livres qui servaient à ses
' Notes sur le Kouy-tcheou p. G65.
2 Lettre à l'évêque d'Annecy. M. Voisin, du diocèse d'Annecy, direct, au Sém. des M.-E. en 1823, mis. au Su-tchuen 182'i-1834, direct, au Sém. des M -E. 1834-
^ Ce fut Matthieu Lieou qui acheta à Hin-y fou une petite propriété composée d'une maison, d'une cour et d'un jardin, que lui vendit une famille Tchang, pour la somme de 150 taëls. Le contrat fut fait (nous ne savons en quelle année) au nom d'un chrétien Lin, qui avait sa demeure près de cette maison. [Notes sur Iliny fou, par Aubry, vol. 549, p. 727.)
* Marié plusieurs fois, il mourut sans descendants, tué par les indigènes qui incendièrent le grenier où il était retiré avec sa famille, sur les bords du fleuve.
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sortilèges et à ses mensonges. Désireux de faire partager à sa lamille sa nouvelle croyance et rencontrant chez elle une assez forl» opposition, il menaça de la quitter si elle ne lui obéissait pas. I
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crainte, par affection et sans doute aussi par conviction, la familKfinit par se rendre. Tchan San-kong conserva jusqu'à la fin sa première ferveur. « Il était, disent ceux qui le connurent', brave homm<\ habile à prêcher et se confessait souvent pendant la visite du prrtro. » Il mourut assisté par Agathe Lin, la future martyre.
Parmi les autres convertis que Matthieu Lieou baptisa dans les environs de Hin-y fou, vers 1833, on nomme un jeune homme duiir vingtaine d'années. François Ouang Yao-kong, médecin plus un moins diseur de bonne aventure et qui plus tard devint catéchiste Il était né à Lan-tchoan, province du Su-tchuen, de parents païens, et avait été adopté par une famille Tseou, du Hou-kouang, convertit' à Long-pin par Pierre Ou. Avec sa nouvelle famille il parcourut, en mendiant et en prédisant un avenir qu'il ignorait, le Yun-nan, une partie du Tonkin, le Kouang-si, et enfin à l'âge de 20 ans, il était venu à Ma-géin-chan, demander au prêtre Matthieu Lieou de lui administrer le baptême'-.
Pendant que ce dernier travaillait dans le centre et dans le sudouest le prêtre Cosme Li s'occupait du groupe de Ou-tchoan. Un jour, sur la route de Mao-tien à Mao-leao il fut arrêté. « Nous récitions la prière quand nous apprîmes cette nouvelle, raconte nn chrétien de Mao- tien. Aussitôt une vingtaine de jeunes gens armés de bâtons partent. Nous délivrons le prêtre et le ramenons triomphalement à Mao-tien. » Le même chrétien poursuit : « L'année suivante il fut de nouveau arrêté ; nous voilà partis plus de 10 pour le délivrer^ mais les païens l'avaient si bien caché que nous ne pûmes le voir. Aussi nous les avons accusés au mandarin de Ou-tchoan, et le P. Cosme Li fut délivré, on lui rendit sa mule et les malfaiteuis furent condamnés à 40 ligatures de dommages-intérêts. »
' Xotes sur le Kouy-tctieou, p. GT'J.
2 A. M.-L:., vol. 549'-, p. IM'i.
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i ANCIEN APOStOLAf
Persécution à Kouy-yang eu 1834, - Courage de Pierre Lieou, — Condamnation de chrétiens à l'exil. — Martvre de Pierre Lieou.
Tel était l'état dus stations du Kouy-tclieou, lorsque la persécution se'vit à la capitale de la province et dans quelques chrétientés du nord en 1834. Un incident qui aurait pu être sans grande portée semble en avoir été la cause ou plus exactement l'occasion.
Un catholique, nommé Hou^ mourut à l'hospice des pauvres à Kouy-yang. Les fidèles de cette ville, parmi lesquels les deux fils de Pierre Lieou, et peut-être Pierre Lieou lui-même, l'ancien condamné de 1800, allèrent réciter les prières des morts.
Pendant ce temps, le mandarin préposé à l'hospice vint avec des satellites pour honorer le défunt, selon les rites païens. Les chrétiens Tavertirent que Hou, appartenant à la religion ' catholique, devait être enterré avec les cérémonies de son culte. Cette observation l'irrita : « Vous autres chrétiens, s'ccria-t-il, prétendez-vous donc être les maîtres ? »
Quelques jours plus tard, le grand juge, (ian*, récemment arrivé à Kouy-yang, demanda à ce mandarin des détails sur l'hospice quïl dirigeait. « Tout va bien, lui répondit-il, il n'y a que les chrétiens qui excitent les troubles. » "^
Le 11 et le 12 mars 183i,Gan fit arrêter parle sous-préfet Tchang-ynune trentaine de chrétiens.
Parmi eux on cite Tang, un boucher, qui fut saisi, avec sa femme et son fils. On les enferma d'abord dans le temple Ou-hien, à l'intérieur du prétoire de la sous-préfecture. En y entrant, la femme Tang l)risa avec le long tuyau de sa pipe la lampe qui brûlait devant les idoles. Furieux, le sous-préfet la fit conduire chez une koua-mei^ ; elle n'y resta que quelques jours et fut ramenée à la prison.
Il y avait également les deux fils de Pierre Lieou et ses bellesfilles. Le vieillard lui-même fut menacé de la prison, mais respectant son grand âge on le laissa libre.
' A. M.-E., vol. 441, p. 461. Mgr Fontana aux direct, du Sém. des M.-E., 15 sept. 1834. On l'appelle aussi Tcheou.
* Tchang-yn mourut misérablement. Le gouverneur l'avait envoyé avec des soldats pour réduire des rebelles du côté de Koui-tin ; au lieu de verser la solde à ses soldats, il se l'attribua. A son retour le gouverneur lui demanda de rendre des comptes. Se voyant perdu, Tchang-yn se donna la mort en avalant des feuilles d'or.
'Entremetteuse. {Les 35 Vén. serv. de Dieu, p. 431.)
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1)ËS ORIGINES A 1847
Le saint homme s'inquiéta de ce qu'allaient devenir les siens ; seraient-ils assez vaillants pour supporter les tortures sans faiblir, ne dénonceraient-ils personne ? Il connaissait, pour les avoir éprouvées, les souffrances qu^enduraient les confesseurs de la foi ; plein d'énergie encore malgré ses soixante-quatorze ans, il prit une résolution héroïque :
« Je suis presque octogénaire, dit-il à sa femme, les mandarins s'emparent de nos fils et nous laissent. Je crains que nos enfants ne faiblissent ; je vais les exhorter à rester fidèles à Dieu. Les mandarins m'arrêteront peut-être. Tant mieux : je pourrai alors exhorter les captifs plus facilement et plus fréquemment. »
Redoutant plus l'apostasie de ses enfants que l'emprisonnement de son mari, l'épouse approuva cette courageuse pensée. Pierre Lieou se recommanda à Dieu, et se rendit au prétoire ; ayant été une première fois repoussé par les satellites, il usa d'un stratagème : il prit une hotte de légumes, se mêla à d'autres marchands, entra sans difhculté et alla droit à la prison. Cette fois, les satellites l'arrêtèrent et le conduisirent au sous-préfet.
Pour forcer le mandarin à le mettre au nombre des confesseurs, le vieillard fit les mêmes arguments qu'employèrent en semblables circonstances plusieurs martyrs des premiers siècles : « Si professer la religion chrétienne est un crime, disait-il, je suis coupable comme mes fils, je dois être puni comme eux ; car c^est moi qui les ai faits chrétiens, c'est moi qui les ai instruits dans notre sainte doctrine. Je suis donc le premier coupable ; frappez sur moi les premiers coups de la punition. Si je suis innocent, alors mes enfants et leurs femmes le sont aussi, et vous devez leur rendre la liberté. »
Le juge irrité l'apostropha : « Tu as déjà été exilé pour avoir désobéi à Ledit de l'empereur interdisant la religion chrétienne. L'empereur t'a rappelé, et tu oses suivre encore cette religion perverse ? » Pu is il le fit frapper de dix soufflets avec la semelle de cuir et ordonna de le reconduire en prison. Lieou s'inclina : « Merci pour un si grand bienfait », dit-il.
D'autres chrétiens, enchaînés comme lui, rendaient aussi grâces au juge. Les païens, dans l'admiration, s'écriaient : « Qui a jamais vu des captifs se réjouir et se glorifier de leurs chaînes ! »
A plusieurs reprises, le sous-préfet le fit comparaître à son tribunal et voulut le forcer à donner quelques signes d'apostasie, ne fût-ce qu^en prononçant le mot Houy, je me repens. Pierre Lieou refusa constamment.
Tchang-yn fit graver sur son visage huit caractères signiliant : En flattant il trompe le>i jeunes gens ; pac une doctrine fasxine la multitude.
nie perverse i
L ANCIEN APOSTOLAT
Excepté quatre ', qui proiiuncèreut la rormiile d'apostasie etfurent renvoyés chez eux^ tous les captifs suivirent son exemple '.
Par un sentiment d'humanité dont il faut savoir gré au mandarin, la helle-lille de Pierre Lieou, qui avait plusieurs enfants très jeunes, fut renvoyée chez elle pour prendre soin deux et de sa belle-mère alors fort âgée.
On transféra ensuite Pierre Lieou dans la grande prison. Traduit devant les tribunaux supérieurs du préfet, du grand juge et du gouverneur, il aurait pu sauver sa vie par une seule parole, il ne le voulut pas.
Dans son cachot avec ses compagnons, au nombre de 25 à 30, il récitait les prières à haute voix, solennellement, comme dans une ('glise. Tous disaient gaiement : <( Nous avons liberté complète pour nos prières, nous ne risquons plus d'être emprisonnés. »
Le mandarin leur ayant défendu de prier, ils ne crurent pas devoir obéir; on les sépara, ils prièrent quand môme à haute voix.
Le jugement; dont nous ne connaissons que les conclusions, les condamna tous à l'exil, excepté Pierre Lieou.
Voici les noms que nous avons pu recueillir^ :
Tehang Eal-kong, Lieou Eul-che *.
Ouang Cheou, Tehang Tsong-ti, Ou Lao-lou, Ouang Kong, Tang Hia-tse, Tchao Eul-kong^ Li Lao-san, Lieûu Lao-yao,
Ouang Kan-sen ^ Tcheou Pe-ti\ Tang Kong, Gni Che-pao, Tang Lao-san.
Yang Lao-san, Hou Man-ye * Tang-lai et son fils, Tcheou Eul-kong, Kou Miao-tse,
' l'ai'iui lesquels on cite uue sœur de Laurent Ouang, avec son lils âgé de onze ans,
* D'aucuns cependant afUrment qu'on les traîna de force sur la croix. A. M.-E., vol. 549P, p. 532.
^ A. M.-E., vol. SiG--, p. 299 et 2430.
•^ Second fils de Pierre Lieou, il mourut près de Che-pin hien.
'" Revint de l'exil vers 1852, ayant été gracié pour avoir combattu le rebelle mahométan Tehang Ke-eul.
^ Revint de l'exil, gracié pour avoir combattu le rebelle mahométan Tehang Keeul. Il mourut à Kouy-yang après avoir, reçu les derniers sacrements des mains de Mgr Albrand. Il se nommait Charles, il était né à Long-pin, il était fils du chrétien Oueng Mang-kong qui avait été exilé à Tchen-gan, où il mourut ainsi que sa femme.
' Revint de l'exil avec Ouang Kan-sen,
'^ Mort en route.
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s^'^'irr-- ^^F^mj^s^rnsm^/^ms-x^^e»^-
Yao San-koui *, Paul Kou Ta-yeS TchangTchong-ti, Tchou Jen-koui^
Lieou Ta-mang, Pierre Lieou.
belle-fille de
Tous furent exilés au Lan-Iou. Un autre, Tchao Eul-kong, fut exilé à Y-li.
N'entendant pas son nom parmi ceux des condamnés, Pierre Lieou se demanda s'il allait demeurer en prison ou subir quelqu^autre peine, et faisant allusion à son premier exil, il dit au mandarin : « Je sais le chemin, je pourrais les conduire. » Jouant sur les mots, le juge répondit : « Tu iras par la voie Lan-lou », ce qui signifie par la voie du supplice ou par la route du midi.
Le vieillard ne se trompa pas sur le sens de cette parole. Il comprit qu'il allait être condamné, et en effet, on porta contre lui une sentence de mort, en la motivant sur ce qu'il était coupable de récidive, puisqu'il avait déjà subi une première condamnation.
Les exilés partirent bientôt pour le lieu de leur relégation, les femmes de Hou Man-ye, Tchang Tchong-ti, Tang Lao-san obtinrent de suivre leur mari*. Au moment de leur départ, marqués au visage des caractères qui révélaient leur crime de chrétiens, revêtus de la camisole rouge, déjà en ordre de marche, et n'attendant plus pour s'éloigner qu'un dernier commandement, les exilés virent arriver Pierre Lieou. Le mandarin venait de le faire appeler; il l'engagea fortement à abandonner sa foi ; au lieu de répondre, le vieillard se tourna vers les captifs et les exhorta à supporter courageusement leur peine pour l'amour de Dieu^
La parole du vaillant chrétien avait d'autant plus de poids que son second fils et la femme de celui-ci se trouvaient parmi les condamnés ; l'aîné, alors malade, était resté en prison, oii il devait mourir peu de temps après le martyre de son père ^
Voyant ses efforts inutiles, le mandarindonna à la colonne des exilés l'ordre de partir et aux satellites celui de reconduire Pierre Lieou en prison. Le vieillard y devait rester plusieurs mois encore, chargé de
* Mourut noyé dans le fleuve peu après son départ.
* Fils de Kou San-kong.
^ Fils de Grégoire Tchou Yao-kong, confesseur de la foi ; on avait trouvé chez lui une lettre où il était parlé d'un « lin-mou », père spirituel, ce qui avait beaucoup intrigué le mandarin. Tchou s'en tira en disant que c'était son ange gardien.
* A. M.-E., voL 549-- p. 1073.
* Il y a deux versions à ce sujet ; la première telle que nous la donnons ; la seconde qui fait partir les exilés après la mort de Pierre Lieou.
•A. M.-E., vol. 449, p. 1297, Mgr Pérocheau aux direct, du Sém. des M.-E., 22 sept. 1834.
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L ANCIEN APOSTOLAT
fers, mais toujours calme, heureux malgré ses souffrances, s'efforçant de consoler ses compagnons par le récit de la passion du Sauveur.
Un jour, Kou Tchan-gao, le vieux prisonnier, vit aux pieds de Lieou comme une voile blanche, et s'étant baissé pour la ramasser, il ne la trouva plus ; interprétant cette sorte de vision, il dit à son compagnon : « C'est un signe que ton jour est venu ! tiens-toi prêt et courage ; espère en Dieu, et qu'aucun signe de tristesse n'assombrisse ton front. »
Le lendemain, la sentence définitive arriva de Pékin ; l'empereur avait ratifié le jugement des magistrats de Kouy-yang, et Pierre Lieou était condamné à la strangulation. Kou Tchan-gao voulut lui offrir un beau cercueil, Pierre le remercia, lui disant ^ : « Je veux seulement le cercueil des coupables, celui que le prétoire fournit, ce sera plus noble pour moi et plus glorieux devant Dieu. »
Le 17 mai 1834 fut le jour du triomphe définitif de Pierre Lieou. Le captif fut conduit au champ ordinaire d'exécution, Kiao-tchang-pa. Il suivit le conseil que Kou Tchan-gao lui avait donné et montra, en allant à la mort, un visage joyeux.
Trois mandarins, le préfet, le sous-préfet et l'assesseur du préfet présidèrent à son exécution.
Arrivé au lieu de supplice, le martyr se tourna vers les bourreaux. « Attendez, s'il vous plaît, quelques instants, leur dit-il, et laissezmoi prier. »
» Il fit le signe de la croix, recommanda son âme à Dieu, et ajouta avec le plus grand calme : « J'ai fini ma prière, étendez la main, et faites promptement ce qu^'on vous a dit de faire. »
Les bourreaux lui mirent un bâillon -, serrèrent la corde, et au pre ■ mier effort, le martyr entra en possession de la couronne céleste, récompense de son courage.
(c Au même moment, raconte un des témoins juridiques, un globe de feu fit le tour du lieu du supplice, s'arrêta un instant sur la tête du martyr et remonta droit au ciel. Les bourreaux poussèrent des cris d'admiration, et les assistants racontèrent ce prodige. Je ne l'ai pas vu, car j'étais trop indigne, à cause de mes péchés, de jouir d'un tel spectacle ; mais durant toute la journée, on en a beaucoup parlé dans la ville. Seulement pendant que les autres apercevaient le globe de feu, je vis près du martyr un jeune homme vêtu de blanc, il mouilla
* A. M.-E., vol. 549pp. 533.
^ Ce petit bâillon est conservé à la Salle des Martyrs du Séminaire Missions- Etrangères : voir à l'Appendice IX la description de cet objet, l'inscription gravée en chinois sur le tombeau du B. Pierre Lieou, et X la place de son tombeau.
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la manche de son vêtement ^vec de la salive, enleva le sang qui coulait sur la poitrine de Pierre Lieou, et je l'entendis qui disait : « Vénérable veillard, tu aimes la pureté, laisse-moi essuyer ta poitrine. »
« Les habits de ce jeune homme ressemblaient aux vêtements d'été des personnes riches. Je crus d'abord que c'était un chrétien d'une autre province. Mais les manches de son habit étaient plus larges quo des manches ordinaires. Tous les assistants ont vu ce jeune homme, mais ni eux, ni moi, n'ayant jamais su qui il était, nous avons cru ■que c'était un an^e envoyé par Dieu *. »
Le corps du supplicié, exposé pendant un jour et demi, fut trouvé après ce laps de temps aussi flexible que pendant la vie.
Le mandarin lui-môme, témoin du prodige, ne pouvait revenir de son étonnement et répétait : « 11 est bien vrai, cet homme est comme s'il n'était pas mort ; oui, en vérité, c'est en cet homme une chose très admirable. »
Quant au bourreau, il allait jusqu'à dire : « Vraiment, cette religion chrétienne est une bonne religion. »
Après la mort du confesseur de la foi, les fidèles prirent l'habitude de le désigner sous le nom de saint Pierre Lieou.
Souvent ils visitent sa tombe, ils cueillent les herbes qui croissent à l'entour et les emploient comme remèdes. D'autres s'adressent plus directement à lui :
« Dans deux maladies, raconte un témoin juridique, j'ai invoqué le serviteur de Dieu, et deux fois j'ai été guéri. J'ignore si d'autres chrétiens malades Vont imploré, personne ne m'avait conseillé de m'adresser à lui ; je l'ai fait de ma propre inspiration ; j'ai été exaucé ; à la vérité, mes maladies n\'taient pas graves, mais sans le secours de Dieu obtenu par l'intercession de Pierre Lieou, je n'aurais pas été subitement guéri. »
Sa femme se montrait inconsolable. Quelqu'un eut la pensée de lui apporter le morceau de bois que Pon avait attaché comme une sorte de frein dans la bouche de son mari ; ce souvenir fut pour la malheureuse une consolation.
En 1867, le 12 février, l'évêque Fauriefitla visite c^anonique du tombeau de Pierre Lieou. 11 était accompagné d'un missionnaire,
1 On trouve des détails sur le martyre du B, Pierre Lieou dans A. M.-E., vol. 441, p. 441, M. Ponsot à M. Legrégeois, 10 septembre 1834; vol. 441, p. 466, M. Verrolles aux directeurs du Séminaire des M.-E., Ho-tcheou, 17 septembre 1834; vol. 441, p. 475, le P. Lieou à Mgr Pérocheau, Il août 1834 ; vol 441, p. 477 ; Mgr Pérocheau aux direct, du Sém. des M.-E., 21 septembre 1834; vol. 441, p. 513. Mgr Fontana aux direct, du Sera., des M.-E.. Ifi septembre 1835.
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LANCIKX APtl<TOLAT
Guichard, de Thomas Liao Eul-kong et de cinq autres catéchistes et de quelques chrétiens. Le tombeau se trouve au nord de Kouy-yang ; pour s'y rendre on sort par la porte Lou-kouan, on prend la route de Tsen-y ; au delà des faubourgs on passe un petit pont, et à cent mètres au delà on entre à gauche dans un jardin; on longe le tombeau de Joseph Tchang Ta-pong, et à une centaine de mètres dans le jardin même que cultivait Pierre Lieou, s'élève le modeste monument K 11 a la forme, très usitée en Chine, d'un tertre de gazon semi-sphérique ; sur le devant s'élève une pierre haute de trois coudées, large d'une coudée trois pouces, dont la façade est tournée du coté de Kouy-yang, elle porte cette inscription gravée :
Que la lymière éternelle f luise pour lui.
Tombeau de notre respeclable défunt Pierre LiEdi , [ié en l'année Ken-chen -, le 13® jour de la 12" lune ; tué en l'année Kia-ou ^ le 9" jour de la 4'- lune ; érigé par ses pieux fils, Kai-tai et Kai-lchouen, et ses petils-fils Ki-kin et Ki-gai.
Le martyr, déclaré Vénérable par Grégoire XVI, le 9 juillet 1843, a été béatifié par Léon XIII le 27 mai 1900.
Aux confesseurs de la foi de Kouy-yang, il faudrait joindre ceux de Tsen-y qui furent condamnés à l'exil. Malheureusement nous ignorons les actes de leur procès, nous n'avons pu relever que le nom de Tclien Eul-ye exilé àTong-jen,
Les chrétiens du Kouy-tcheou et en particulier ceux de Kouy-yang ne semblent pas avoir été trop efirayés par ces condamnations, comme le prouve cette lettre de Fontana^ :
« Les enfants et les femmes qui n'ont pu obtenir de partager l'exil de leurs pères et de leurs époux, de retour dans leur pays, n'ont pas craifirt de réciter leurs prières à haute voix, môme dans la ville ca- |)ilale de la province^ et ils persévèrent ainsi dans leurs pieux exercices sans être molestés par les satellites, non plus que par les
' Dans un «ndroit appelé Si-kio-lang.
■^ C'esl-à-dire la 2oe année de l'Empeiour Kieu-long(l G janvier 1761).
* C'est-à-dire la 14* année de l'Empereur Tao-kouang (17 tuai 1834;.
* Cette iuscription fut placée par Mathieu Lieou, qui à la fin, selon la coutume, ajouta les noms des fils et des pelits--iils du dcluut.
Voir à V Appendice VHI, le texte chinois. '
' A. P. F. vol. 9, p. 449. Lettre de Mgr Fontana aux direct, du Sém., 16 sept, ls:}5. A, M.-!!,, vol, 5'i9, p. 662,
autres païens ; aussi ont-ils pu recevoir cette année la visite et les consolations d'un prêtre. Tous les ans quelques infidèles se convertissent et reçoivent le saint baptême ; mais ce n est qu'avec les plus grandes difficulte's qu'on a pu visiter les chrétiens qui se trouvent à l'extrémité de la province, parce que le pays est infesté par des bandes de voleurs. Un de nos prêtres ayant eu le malheur de tomber entre les mains de ces brigands, ils l'ont accablé de coups et ne Tout relâché, avec ses compagnons de voyage, qu'après leur avoir enlevé tout leur argent. »
On raconte que, pendant cette persécution, une dizaine de chrétiens de Kouy-yang, ayant à leur tête Thomas Liao, allèrent célébrer la fête de l'Ascension dans une grotte de la montagne Lo, à 2 li de la ville *. Ils chantèrent leurs prières en toute liberté, sûrs de ne pas être entendus par les païens et heureux de prouver à Dieu leurs sentiments de foi et de piété.
Mathieu Licou cesse de visiter le Kouy-tcheou. — Persécution de 1839. — Ar reslalion et interrogatoire de Joachim Ho Kai-tche. — Son martyre. — Sesreliques. — Kou Tchan-gao condamné à l'exil. — Sa mort. — Bertrand au Kouy-tchoou. — Les Jouan.
Matthieu Lieou cessa de visiter le Kouy-tcheou en 1837 ou 1838-; il eut, croyons-nous, sans cependant l'affirmer, pour successeur Thomas Lieou, qui depuis 1830 visitait les stations du nord-est do la province, et ne nous a laissé aucun renseignement sur ses travaux.
Le Kouy-tcheou fut troublé par la persécution en 1839. A ce moment il y avait dans un certain nombre de provinces de Chine une recrudescence d'hostilité contre le christianisme. Un petit incident, comme il en arrive journellement dans la vie chinoise, déchaîna la tempête sur la mission.
Les chrétiens de Kouy-yang élevèrent un mur pour séparer leur oratoire du jardin d'un païen nommé Lieou, et en travaillant ils abat-
' Voici une note d'Aloys Schotter au sujet de cette grotte qu'il visita en 1890 : « C'est la Yang-pi-long ouOuang Yang-pi-tong (en souvenir d'un Ouang qui l'aurait habité). Elle est placée dans la montagne Lo, du côté du Tchao-pi-chan. En sortant du Sin-tong-men, on rencontre à mi-hauteur deux petites cavernes pas profondes ; la troisième un peu plus loin, à 5 ou 6 mètres, c'est prob;i!)!<rnent <'ellc-là. >< , /. M.-E., vol. 549', p. 1295.
' jl (Revint prooi]renr cje la mission à Tchong-kiu.
l'ancien apostolat
tirent un arbre planté dans sa propriété. Le tout était facilement réparable ; mais Lieou ne voulut accepter ni explications, ni dommages-intérêts ; il se mit à injurier les chrétiens, les maltraita, puis à la tète de plusieurs de ses parents et de ses amis, il envahit Toratoire, le pilla, enlevant ornements, croix, images, chandeliers, et alla porter plainte au sous-préfet contre les chrétiens.
Le mandarin devina tout de suite que cette affaire pouvait devenir grave, et, animé de sentiments bienveillants, il refusa de recevoir l'accusation. D'autre part, les néophytes, qui craignaient d'offrir prétexte à un procès de religion, en traduisant devant les tribunaux ceux qui les avaient insultés et frappés, essayèrent d'entrer en composition.
L'entente parut s'établir : les païens firent des excuses et rendirent ce qu'ils avaient pris ; il ne restait plus qu^un crucifix qu'ils voulaient garder. Une des vierges de la chrétienté, ayant insisté inutilement pour qu'on le lui remît, l'envoya réclamer par quelques vieilles femmes. Celles-ci, n'obtenant rien, injurièrent Lieou. La chose n'aurait sans doute amené aucune conséquence bien fâcheuse, si, dans la maison du païen, il n'y avait eu un mort^ que Lieou accusa les femmes d'avoir maudit. Maudire un mort est, en Chine, un crime très grave ; il fut dénoncé au sous-préfet qui fit arrêter Joachim Ho Kai-tche, Cécile Ouang Tchou-tche et plusieurs autres chrétiens, parmi lesquels il y avait des parents des confesseurs de la foi de 1834.
Les accusés racontèrent les faits tels qu'ils s'étaient passés, et le magistrat, loin de les blâmer, adressa des reproches au païen.
Mais quelques barres d^argent, données à propos par ce dernier, changèrent les dispositions du juge, qui interrogea Joachim Ho sur sa religion : « Tu dois savoir, lui dit-il, que je ne veux pas m'occuper davantage de ton affaire avec Lieou, je te demande seulement d'abjurer. »
Le serviteur de Dieu refusa.
Le mandarin lui ordonna de lui livrer celui qu'il appelait le chef des chrétiens, le prêtre Lieou, dont il avait appris le récent passage à Kouy-yang.
« Où voulez-vous que je le trouve ? » répliqua l'accusé.
Le juge revint aux questions religieuses : « Te repens-tu d'être chrétien ? demanda-til, voyons, dis que tu te repens. — Non », répondit Joachim Ho.
L'interrogatoire dura quelque temps, puis le mandarin, se voyant impuissant, fit jeter le chrétien en prison. Le confesseur de Jésus- Christ essaya d'être le soutien do ses frères. Hélas ! il n'y réussit que fort médiocrement, sur une trentaine de chrétiens ou de chré-
»«.'^«J««^l!P#tyW||p|PPP|||PPp519!«y4^^
tiennes emprisonnés, nous en connaissons 26 qui apostasièrent Voici leurs noms ' :
Pen Lao-ta, Pen Ouang-che, Tcheou Eul-li, Tcheou San-li, Tcheou Chao-che, Tchou Fei-chè, Tchou Siu-che, Ouang Hoang-che, Li Leou-che, Ouang Hi-che, Yun Tchang-che, Kou Ouang-che, Kou U-hoa, Li Ouang-che,
58 ans.
ts
Leao Hia-che, Leao Lao-ta, Tcheou Houi-hong, Lieou Lao-gan, Ouang Tchang-sen, Leao Cheou-tchang, Ouang Lieou-che, Tcheou Ouang-che, Ni Yun-che, Lieou Su-che, , Ouang Lo-che, Leao Siu-che,
Nous ne savons d'ailleurs aucun détail sur les menaces ou les souffrances qui les firent reculer.
Quatre prisonniers subirent courageusement le supplice des soufflets : Ho Kai-tche, Tchang Yao-ti, et deux femmes : la vierge Marthe Ouang et Ouang Ghouang-mei.
Ho Kai-tche en reçut quarante ; ses dents brisées et son visage en sang témoignèrent assez de la douleur qu^il dut endurer. Après celto torture, il fut transféré dans la grande prison^ et ne fut plus appelé devant le sous-préfet. Son internement dans ce cachot suffit à avertir Joachim Ho que la peine de mort était décrétée contre lui ; s'il en éprouva quelque émotion, ce fut une émotion joyeuse ^
Il eut cependant à comparaître successivement devant les trois magistrats supérieurs : le préfet, le grand juge criminel et le gouverneur. Tous l'interrogèrent sur sa foi, l'engagèrent à l'apostasie et lui firent cette question : « Te repens-tu? »
A tous, le prisonnier fit la même réponse : « Je ne me repens pas. » « S'il eût dit : Je me repens, fait observer un des témoins juridiques, il eût certainement été relâché. » Pendant ce temps, sa sentence de mort portée à Pékin par un courrier extraordinaire revenait à Kouy-yang, elle fut exécutée immédiatement.
1 A. M.-E., vol. SiG--, p. 2433.
2 Quelques jours avant sa mort Joachim donna ses lunettes à Paulin Lieou, de Long-pin : « Sous peu, lui dit-il, je mourrai et n'en aurai plus besoin. » Paulin conserva précieusement ce souvenir qu'il considérait comme une relique, il ne s'en servait que pour lire les livres de prières et de doctrine.
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L ANCIEN APOSTOLAT
Ho marcha au supplice le l^"" juillet 1839 \ conduit par trois mandarins : le préfet, le sous-préfet et un chef militaire.
Ses mains étaient liées derrière le dos, sa bouche bâillonnée par un gros et court bâton ; à ses épaules était suspendue une planchette portant ces mots : « Ho Kai-tche, de la religion perverse du Christ, condamné à être étranglé » ; ses traits et son regard brillants exprimaient son bonheur de donner sa vie pour Dieu.
Il sortit de la ville par la porte Lou-koan pour gagner le lieu d'exécution Kiao-tchang-pa. Des parents et des amis lui offrirent un peu de vin, il refusa d'un mouvement de tête. Entre la ville et le lieu du supplice, la route gravit une petite colline ; à micôte les condamnés s'arrêtent ordinairement pour se reposer de la fatigue de leur marche, ou pour prendre le temps de dominer l'émotion qui les saisit à l'approche de la mort. Le confesseur ne s'arrêta point, et des fidèles, montés sur les remparts de Kouy-yang, le virent -au contraire hâter ses pas.
Arrivé au Kiao-tchang-pa, il salua les bourreaux : « Faites vite votre œuvre », leur dit-il.
Et il s'étendit sur la croix ^ oii les soldats l'attachèrent après l'avoir dépouillé de sa robe; il fut rapidement étranglé.
Au moment précis du supplice, plusieurs assistants virent un globe de feu descendre sur le martyr ; les chrétiens, parmi lesquels Li San-hai et Tcheou Yao-niang, interprétèrent immédiatement ce prodige en sa faveur :
« C'est la couronne de gloire que la Sainte Vierge lui apporte », dirent-ils.
Les païens s'étonnèrent aussi, murmurant entre eux :
« Que pensez-vous de cet homme pour qui de tels prodiges arrivent ? »
L'étonnement fut encore plus grand, quand, plusieurs heures après sa mort, on constata, en le descendant de la croix, la souplesse du cadavre.
Pen Lao-ta, Catherine Li San-lai, la mère de Jean Kou, Marie Tchang se rendirent au lieu de Fexécution et demandèrent la permission d'ensevelir le corps du supplicié. Le petit mandarin auquel ils s'adressèrent répondit : « L'ordre de l'empereur a été obéi, la loi ne revendique aucun droit sur le défunt, emportez-le et disposez-en à votre gré. » Les chrétiens, Kou Tchan-gao en tête, se cotisèrent pour acheter un cercueil, donnèrent des vêtements en échange des habits du martyre qu'ils se partagèrent comme des re-
^ Selon d'autres le 9 juillet, mais cette dernière date paraît erronée. 2 Sorte de croix de Saint André.
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liques, ils lavèrent le corps, rasèrent la lète el le visage, récilèrent une partie de l'office des défunts et allèrent enterrer les précieux restes en un lieu appelé Ouang-tchen-po, à gauche de la route qui conduit à Tsen-y, à environ 2 li de Kouy-yang, au delà et à 50 pas des tombeaux de Joseph Tchang Ta-pong et de Pierre Lieou. Un an plus tard, un des neveux du martyr lui éleva un tombeau, c'est une petite construction de forme ronde, en pierres, haute de 1"'60 environ ; l'inscription est tournée vers Kouy-yang, en voici la traduction* :
Que la lumière éternelle -^^ luise pour lui.
Tombeau du très respectable Joachim Ho kai tche, martyrisé sous la dynastie Tsin.
iNé la 'i~^ année de l'empereur Kien-long 6^ lune, W' jour. Mort sous Tao-kouang, 19'' année, 5" lune, 21" jour.
Son pieux neveu, Ho Hin-min, lui a élevé ce tombeau.
Cette mort, si manifestement soufferte pour la foi de Jésus-Christ, rehaussa encore l'estime et l'admiration que l'on concevait de Joachim ; beaucoup de fidèles allèrent prier à son tombeau ; plusieurs malades cueillirent des herbes qui entouraient sa tombe, en firent des remèdes, et furent guéris.
Pierre Sie Eul-ye, pharmacien, âgé de 42 ans, a raconté ce fait qui lui était personnel :
« J"ai une dévotion particulière à Joachim Ho, car, par son intercession, j'ai obtenu des grâces spéciales. Je fus attaqué de la maladie appelée ho-tchen, que les Européens nomment miserere., je souflFrai beaucoup ; le catéchiste Li Yao-ye alla deux fois au tombeau du martyr ; il cueillit des herbes avec lesquelles il fit une infusion qurje bus. Aussitôt une transpiration abondante se déclara, et je fus guéri. J'ai toujours cru et je crois encore que je dois ma guérison à l'intercession du Vénérable \ Le médecin Philippe Lieou San-pe déclare que ma guérison est miraculeuse. »
Marie Lieou a fait en ces termes le récit de la guérison d'une de ses sœurs :
« Ma sœur Agathe était malade de la peste (han-ki) depuis sept ou huit jours, elle ne se levait pas et avait inutilement consulté plusieurs médecins. Après l'avoir administrée, l'évèque Albrand lui conseilla de demander sa guérison à Joachim Ho, et de prendre
1 Journal de la mission du Kouy-tcheou, 24 février 1867, A. M -E., vol. 549p, p. 582.
Autour de ces tombeaux il y a aujourd'hui des tombes nombreuses d'adultes el d'enfants, parce que les chrétiens aiment à être enterrés près des martyrs,
" Voir à Y Appendice IX l'inscription en chinois gravée sur le tombeau de Ho.
3 A cette époque.!. Ho, déclaré Bienheureuxle 27 mai 1900, n'avait que le titre de Vénérable.
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l'ancien AI'OSI'OLAT
une infusion d'herbes arrachées sur son tombeau, lui promettant de célébrer la messe à son intention. Ma sœur obéit ; deux ou trois jours après, elle était radicalement guérie. Plus tard, le mari de ma sœur, Pierre Sie Eul-ye, tomba gravement malade; j'ai oublié la nature de sa maladie^ mais je sais qu^un catéchiste envoya chercher des herbes sur le tombeau du confesseur^ en fit boire une infusion à mon beau-frère, qui recouvra rapidement la santé et ne fut jamais atteint de cette même maladie. »
Un certain Tou^ en 18i8, à l'époque d'une nouvelle persécution au Kouy-tcheou, venant du Su-tchuen, s'arrêta pour prier au tombeau de Joachim Ho. Là il vit apparaître un homme vêtu d'habits rouges, qui lui dit : « Ne vous préoccupez pas des troubles actuels, je vous invite à venir avec moi. — Qui ètcs-vous ? lui demanda Tou. — Je suis Ho Kai-tche et je veux que vous veniez avec moi. » Tou ne comprit pas et repartit.
Quelques heures après, à peine arrivé à Kouy-yang, il mourut.
La confiance dans la sainteté du martyr ne se rencontra pas uniquement chez ses compatriotes, et plus tard on vit le premier Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, Albrand, aller se prosterner sur son tombeau.
Enl8o2, le 6 septembre, il fit exhumer ses restes dont il envoya la plus grande partie au Séminaire des Missions-Etrangères.
Aux ossements, Albrand joignit quelques-uns des habits qu'avait portés J. Ho, ainsi que des lambeaux de vêtements trouvés dans son cerceuili ; il conserva pour lui trois ossements, V humérus^ le radius et le cubitus du bras droit et les déposa dans sa chambre où ils restèrent jusqu'en 1869. A cette époque, pour obéir aux prescriptions canoniques, Faurie les fit placer dans un tombeau et jugea bon de les mettre dans celui d'Albrand'.
Le chrétien Tchang Yao-ti et les chrétiennes Marthe Ouang et Ouang Chouang-mei, qui seuls persévérèrent dans la profession de leur foi, mais qui n'étaient pas récidifs, furent condamnés à l'exil pertuel en Tartarie.
Le 21 octobre 1839, on les vit traverser Tchen-tou, la capitale de
1 (f Nous joignons au précieux corps : 1° un vieux feutre, 2" une paire de culottes, 3° une vieille ceinture, tous objets à l'usage du Vénérable avant sa mort ; 4° quelques lambeaux de vêtements avec lesquels il avait été enseveli et que nous avons trouvés dans son tombeau. Ces quatre objets forment un quatrième paquet enveloppé et scellé comme les précédents, c'est-à-dire comme les trois autres qvii contiennent les ossements. » (Salle des Martyrs, vol. 3, p. 32.)
- Voir a \ Appendice IX les pièces concernant ces reliques, leur description et leur translation, et X la place du tombeau.
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la province du Su-Uhuen. « Un prêtre indigène, écrit Pérocheau ', entendit. leur confession daas une auberge, il aurait même pu leur porter la sainte communion s'il avait été averti un peu plus tôt. En donnant quelqu'argent aux soldats, leurs amis et leurs parents ont pu aller les voir et parler avec eux. »
Ceux qui moins courageux que les confesseurs avaient prononcé certaines paroles d'apostasie simulée, et ceux que l'on avait portée de force sur la croix', regagnèrent leur demeure, mais le dimanche suivant, ils se rendirent à l'assemblée des chrétiens et demandèrent publiquement pardon de leur faiblesse ^
Dans les cachots de Kouy-yang, il ne restait plus qu'un prisonnier chrétien, mais il y était depuis 29 ans, puisque sa détention datait de 1811 : c'était Kou Tchan-gao. Il avait vu passer tous les confesseurs de la foi, tous l«s apostats, les exilés, les martyrs, il avait été le compagnon de chaînes de Joseph Tchang Ta-pong, de Pierre Lieou, de Joachim Ho, et il restait toujours captif. Deux fois on le conduisit au lieu du supplice, mais c'était pour l'effrayer et lui arracher une parole d'apostasie qu'il refusa de prononcer.
Un jour, un magistrat le lit venir chez lui et l'exhorta fortement à renoncer au christianisme : « Voulez-vous enfin, lui dit-il, abandonner cette religion, je vous aimerai ; cessez d'être chrétien et aussitôt je vous renverrai libre, — Jamais, jamais, répondit le courageux confesseur de la foi, dix mille fois jamais "*. »
[.e prisonnier recevait chaque jour un demi-litre de riz décortiqué '■'. 11 porta pendant longtemps des chaînes assez lourdes. Sa politesse, sa prudence et ses autres qualités finirent par lui acquérir l'estime de ses gardiens, et il obtint certaines prérogatives, comme celle de cuire le riz des prisonniers, il avait même une chambrette pour y prier. Il usa toujours de cette faveur pour le bien de ses compagnons de captivité.
On raconte que dans sa prison il écrivit un distique dont le sens était : « Je vous engage à ne pas venir ici. Vous dites : je veux venir pourvoir un ciel serein. » Ces dernières paroles étaient une ironie à l'adresse d'un des magistrats de Kouy-yang, qui détestait les
* Parmi ces derniers on cite un aveugle Thomas Liao Hia-tse (A. M.-E., vol. 549P, p. 493, il était le neveu de Marthe Ouang condamnée à l'exil. [A. M.~E., vol. 549P, p. 923), La mère de Thomas apostasia. A. M,-E,, vol. 549P, p. 923.
3 A. M,-E., vol. 549P, p. 490.
*A. M.-E., vol. 549p, p. 490.
* D'après des renseignements donnes par un chrétien, il recevait un demi cheii : le che/i est la dixième partie du teoii, qui est la dixième partie du tan. Or à Kouyyang le tan équivaut environ a 100 litres.
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l ANCIEN Al'USTULAt
clirctiens et dont le visage dès qu'il les aperceviWt, était bouleverse par la colère'.
En 1841 ou 1842, sa condamnation à la prison perpétuelle fut changée en la peine de l'exil dans la ville de Yao-pin, province du Kouang-tong. En apprenant cette nouvelle il s'écria- : « Maintenant je commence à être soldat de Jésus-Christ. » 11 avait alors près de 70 ans.
On dit '. qu'au jour de son départ, arrivé au milieu de la ville de Kouy-yang, entouré de chrétiens et de païens, il s'écria : « Je rends grâces à Dieu, je rends grâces à Dieu. Enfermé dans une prison depuis plus de trente ans, je n'ai pu apercevoir le ciel, aujourd'hui je le vois, je le vois, il m'est déjà presque donné de contempler le Seigneur du Ciel ; je rends grâces à Dieu de mon exil, je pars pour le Kouang-tong, mon Dieu, merci. »
Il sortit de Kouy-yang par la porte Ta-la ; à ce moment, les vingt chrétiens qui l'avaient accompagné se prosternèrent solennellement devant lui, et en pleurant lui tirent leurs adieux. Il leur répondit ces pieuses paroles : « Soyez fervents, servez Dieu comme il faut ; travaillez au salut de votre âme. »
En route il fut dépouillé par les voleurs et arriva à Yao-pin absolument sans ressources. II réussit à emprunter un peu d'argent, se mit aussitôt à vendre des remèdes, et sut s'attirer l'estime des satellites qui le laissaient facilement sortir de la ville. Deux fois il put aller dans une station chrétienne éloignée de neuf lieues, à l'époque où un prêtre la visitait, afin d'y recevoir les sacrements. A plusieurs reprises le mandarin l'engagea à Tapostasie* : « Si j'avais voulu renier mon Dieu, lui répondit le confesseur de la foi, je ne serais pas ici. » Loin d'abandonner la religion chrétienne, il aimait à en parler souvent, et il pressait ses amis de l'embrasser.
Un jour, en 1844, un de ces derniers allant le voir le trouva mort sur son lit. II obtint du mandarin la permission de le faire enterrer et il lui éleva un tombeau marqué d'une simple pierre. C'est lui qui affirma plus tard, que deux jours après le trépas, le corps de Kou Tchan-gao était encore aussi souple que durant lavie\
Durant cette période, les prêtres chinois qui parcourent le Koiiytcheou sont à peu près muets sur leurs travaux.
Des chrétientés du groupe de Ou-tchoan. nous ne connaissons que
'A. M. -t., vol. o4i)P, p. illf^i KK. M.-E., vol. 549P, p. 923.
'A. M:-E., vol. 54':p, p. 4 48.
^ Notes sur le Kouy-lchoou, j). 615'.
^ Noies sur le Kouy-tcluMMi, p. Gl.').
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de rares détails, par exemple le baptême d'un Sie à Mao-tien; ce néophyte était originaire de Lan-tchouang, qu'il quitta en 1834; il exerça le métier de teinturier à Mao-men^, avant de se fixer à Mao-tien et de s'allier aux chrétiens ; les débuts de la station de Tchen-gantcheou, fondée par une famille Fan exilée en 1814. Cette famille, alliée aux Ouang, fabriquait des vases en cuir durci, ce qui lui fit donner le nom de Fan Pi-piao ; cette station dura jusqu'en 1860. A cette époque les Fan émigrèrent à Tchong-kin. Plus tard, Jouishomme y convertira quelques païens et y construira un oratoire.
En 1846 nous trouvons une visite faite au Kouy-tcheou par un missionnaire du Su-tchuen, Bertrand \
Dans la région sauvage, située entre le nord du Kouy-tcheou et le Su-tchuen, à Po-to-ho, sous-préfecture de Tong-tse, il y avait une famille assez récemment convertie, les Jouan. Ces Jouan n'avaient pas toujours joui d'une bonne réputation ; on disait même que plusieurs d'entre eux avaient fait le métier plus lucratif qu'honorable de brigand. Un Jouan avait été emprisonné à Ki-kiang bien. Là il s'était rencontré avec un confesseur de la foi, Tcheou Houi-tchang% du Su-tchuen, qui lui avait enseigné le catholicisme. A sa sortie de prison, ce Jouan convertit sa famille d'abord, puis les Yang-kia et les Tsin-kia de Ouang-pang-tsen. Quand les chefs de ces familles crurent savoir assez bien la doctrine chrétienne et les prières, ils -partirent pour le Su-tchuen, afin de chercher un prêtre qui vint les baptiser ; mais leur réputation était telle que personne no voulut les suivre. A la fin, Bertrand s'offrit à tenter cette visite qu'on croyait dangereuse. Il trouva des néophytes très bien disposés et promettant de ne plus jamais faire tort à leur prochain, il en baptisa quelques-uns. Voulant joindre Taide matérielle aux secours spirituels, il donna au chef de la famille Jouan, alors pauvre, un globule d'argent, en lui disant : « Si tu me le restitues, je l'emploierai en aumônes, sinon, donne-le toi-même aux pauvres. » Ces dix taëls, employés à ouvrir une mine de charbon, furent la source de la fortune des Jouan, qui, s'ils ne sont pas encore des chrétiens parfaits, demeurent très dévoués aux missionnaires. « Chez eux, écrivait naguère Ronat , leur curé, on se sent chez soi. » « Cependant , ajoute Lions, quoique les Jouan se soient corrigés de leurs injustices, leur réputation persiste et on les craint encore dans le pays, de là leur sobriquet de Joan Eul-fai-tze , qui
* Pierre-Julien Bertrand, du diocèse du Puy, missionnaire au Su-tchuen en 1833 mort le 12 juillet 1865.
* Qui fut enfermé dans une cage pendant un mois.
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L ANCIEN APOSTOLAT
m'a protégé à plus de deux journées de là, dans ces pays. Je n'avais qii'à dire qile j'allais ou que je venais de chez Joan Eul-fai-tze, de suite on me rendait des honneurs, et pas de danger de pillage. »
Après Bertrand, l'évoque Desllèches' fit une excursion au Kouytcheou, mais elle Fut rapide et sans impi^rtance. Lui-même la caractérise ainsi '- :
« Mon expédition chez les Miao-tse dn Kouy-tcheou n'a amené auciin bon résultat. Je viens d'envoyer deux médecins ambulants baptiser les enfants moribonds non loin de là ; ils explorent le pays. » C'est ici que nous terminons l'histoire de l'ancien apostolat au Kouy-tcheou, telle que nous avons pu en reconstituer une partie.
Appréciation générale. — L adoration.
Il nous reste à donner la note générale qui, croyons-nous, son dégage.
Lorsque l'on examine le catholicisme dans cette province durant le XVIII'' siècle et la première partie du XIX"", on ne verrait qu'un spectacle plutôt attristant, s'il n'était relevé par d'admirables héroismes.
De pauvres familles chrétiennes prient tantôt avec ferveur, tantôt avec négligence, quelquefois pas du tout ; elles ont entre elles des relations plus sympathiques qu'avec les païens ; elles obéissent à peu près à un chrétien moins pauvre; ou plus influent ; elles reçoivent plus ou, moins régulièrement, une fois par an. la visite dw prêtre, écoutent avec respect les enseignements généraux oU particuliers qu'il leur donne, sauf à en tenir compte médiocrement ; ciles se confessent, réparent les scandales quelles ont causés pendant la persécution, soit par leur apostasie, soit par l'enlèvement des lablettes chrétiennes et l'apposition des tablettes païennes ; elles acceptent des pénitences publiques, reçoivent la communion, font bénir leur mariage, baptiser et conhrmer leurs enfants, car à cette époque et encore longtemps après, les missionnaires administraient ces deux sacrements immédiatement l'un après l'autre.
' Eugène-Jean-Claude Desflèches, du diocèse de Grenoble, missionnaire au Sutchuen en 1838, coadjuteur de Mgr Pérocheau en 18'i6, Vicaire apostolique du Sutchuen Oriental en 1856, démissionnaire et archevêque de Claudianopolis en 1883, mort le 7 novembre i 887 .
2A. M.-E., vol. 450, p. 1359. Mgr Desflèches à M. Libois, Tchong-kin, 21 septembre 1847.
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De temps en temps, par l'effet d'une foi plus robuste, d'un zèle plus actif, de circonstances spéciales, elles réussissent à éclairer quelques infidèles sur la vérité du catholicisme, elles les décident à l'embrasser ; alors elles les présentent au catéchiste ou au prêtre qui les admet à l'adoration. •
Cette cérémonie de l'adoration se pratique au Kouy-tcheou comme au Su-tchuen, puisque les missionnaires et les prêtres chinois qui y viennent ont la formation et les habitudes de ce dernier Vicariat apostolique. Comme les termes d'adoration et d'adorateurs apparaîtront très souvent sous notre plume au cours de celte Hutoire, nous allons les expliquer. L'adoration est faite par tout païen adulte que le missionnaire accepte au nombre de ses ouailles et qu'il juge sérieusement disposé à embrasser le catholicisme ; les adorateurs sont les païens qui ont fait cette cérémonie.
Voici en quoi consiste l'adoration : quand un païen a entendu l'explication de la religion, et qu'il déclare croire en Dieu et vouloir être chrétien, on lui enseigne le signe de la croix. Dès qu'il sait le faire tout seul, on le conduit à l'oratoire ou devant l'autel de la famille catholique, on allume deux cierges sur l'autel ; le païen s'agenouille, ayant entre les mains une feuille imprimée qui contient tout ce qu'il doit réciter, l'n ancien chrétien est à genoux, à côté de lui, pour le diriger. On commence '
Au nom du Père, et du Fils et du Sahil-Esprit. Ainsi soit-il.
Puis on fait cinq prostrations, récitant à chaque prostration les formules suivantes :
1'" p rosi rai ion. « Je crois en Dieu et j'abjure toutes mes erreurs passées. »
'i'^ prostration. « J'espère que Dieu, dans son infinie bonté, me pardonnera tous mes péchés. »
3'^ prostration. « J'aime et j'adore le Dieu très haut et très bon par-dessus toutes choses. »
/*" prostration, u Je déteste de tout mon cœur les péchés de ma vie passée et je fais le ferme propos de ne jamais plus y retomber. »
5'' prostration. « Je prie la très sainte Vierge Marie, ma Mère, de m'obtenir de Dieu, par sa puissante intercession, la grâce de la persévérance. »
Ensuite on récite : Je crois en Dieu Notre Père Je vous
salue Marie les 10 Commandements de Dieu; à la suite desquels on ajoute cette formule :
« Les dix commandements de Dieu que je viens de réciter se résument en deux : aimer Dieu par dessus toutes choses et le prochain comme soi-même.
« Ces dix commandements ont été dictés par Dieu, afin que toutes
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L AxNCIEN APOSTOLAT
les nations les observent. Ceux qui les observeront, Dieu les récompensera dans le ciel d'une gloire éternelle. Ceux qui les enfreindront. Dieu les punira en enfer de supplices éternels. »
On termine par ces cinq actions de grâces :
1"« Je vous remercie, mon Dieu, de m'avoir créé, nourri et conservé. »
2" « Je vous remercie, mon Dieu^ de la bonté que vous avez eu de me racheter par votre précieux sang. »
> « Je vous remercii^, m.on Dieu, de ce que vous voulez bien me pardonner mes péchés. »
4" (( Je vous remercie, mon Dieu, de m'avoir conduit à votre sainte religion, qui est la vraie route du Ciel. »
V)" « Je vous remercie, mon Dieu, de tous les bienfaits dont vous m'avez comblé depuis ma naissance jusqu'à ce jour. »
Au nom. du Pèrp, et du Fils et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il.
Après cette cérémonie, le nouvel adorateur salue et remercie les chrétiens, qui ont daigné l'introduire dans leur sainte société. Les chrétiens rendent le salut, en le félicitant de son bonheur et en l'encourageant à persévérer.
Dès ce moment, les adorateurs se considèrent comme chrétiens, assistent à la messe, et observent les lois de l'Eglise. Les prières ci-dessus de l'adoration leur servent de prières du matin et du soir, jusqu'à ce qu'ils sachent les formules ordinaires.
Les adorateurs demeuraient dans cet état plusieurs mois ou plusieurs années, selon le désir réel qu'ils montraient pour recevoir le catéchuménat ou le baptême, selon les facilités qu'on avait ou non de les instruire.
Lorsque les missionnaires se croyaient surs de leur bonne volonté et de la sincérité de leur conversion, ils les admettaient au catéchuménat. Pour cette admission, par un abus qu'ils croyaient légitime, ils faisaient sur eux les exorcismes et les cérémonies prescrites parle Rituel pour le baptême des adultes jusqu'à VEphpheta inclusivement. Après une nouvelle période de probation, ils administraient le baptême, dont les cérémonies commen(:aient au passage du Rituel oh elles avaient tini, cest-à-dire à la question posée par le prêtre : Quis vocaris ?
Excepté le cas de mort, les prêtres seuls baptisaient les catéchumènes.
Dans les centres principaux, comme à Kouy-yang, les chrétiens installaient une maison qui servait d'église, lors de la visite du prêtre, et en son absence, de lieu de réunion pour la récitation des prières les Dimanches et les jours de fête ; bien entendu les hommes seuls assistaient à ces assemblées ; les femmes nV venaient pas. Quand
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DES OpiGINES A 1847
l'oratoire n'existait pas, ce qui était le cas ordinaire, le prêtre habitait et faisait l'administration des sacrements chez les chrétiens ; il arrivait la nuit sous l'habit et les dehors d'un marchand, restait caché pendant tout son séjour, qui durait plus ou moins longtemps, selon l'importance des stations, mais jamais plus de quinze jours ; il célébrait la sainte messe durant la nuit, recommandant aux fidèles de réciter leurs prières à voix basse dans la crainte d'être entendus par les païens.
Il repartait également pendant la nuit, tantôt seul, tantôt accompagné d'un domestique ou d'un chrétien, qui le conduisait à une autre station.
En dehors de ces actes de vie catholique et de leur éloignement <des superstitions, les catholiques étaient occupés aux travaux quotidiens nécessaires à leur existence, ils demeuraient perdus dans la grande masse des païens qui les entouraient, ils étaient vraiment le pusilliis grex àe l'Evangile; par une miséricorde dont souvent on chercherait en vain les raisons apparentes. Dieu les avait choisis entre des millions et des millions de créatures pour les marquer d'un signe de prédilection et de prédestination, pour être, dans une vaste province, les seuls capables d'adorer en esprit et en vérité. Mystérieux appel auxquels ils ne songaient peut-être pas beaucoup, et qui confond notre esprit par son étrangeté, oii Thumilité touche à la grandeur et le mépris à la glorihcation.
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ERECTION DU KOUY-TGÏIEOU EN VlGARÏx\T APOSTOLIQUE
Mission de Lagrené. — Rapports He Lagrcné avec les procureurs français à Macao, en particulier avec Libois. — Conclusion du traité du 24 octobre 1844. — Articles intéressant les Missions. — Mémorial de Ki-ing et approbation impériale, — Difficultés, — Opinion de Libois. — Ëdit de tolérance du 20 février 184G. — Appréciation et conseils de Libois.
La situation du catholicisme au Kouy-tcheou était donc plus que modeste, lorsque survinrent de graves éve'nements qui modifièrent les relations de la Chine avec les puissances occidentales, et partant commencèrent à changer la situation des Missions etdes missionnaires.
Ce fut d'abord la guerre de l'Angleterre contre la Chine, connue sous le nom de guerre de l'opium, puis le traité, qui en résulta, signé à Nankin, le 29 août 1842 ; les pourparlers entre notre consul de Ratti-xMenton et Ki-ing aux mois d'août et de septembre 1843, pourparlers qui aboutirent à la cession faite à la France par le gouvernement chinois de tous les avantages concédés à l'Angleterre ; le traité de Whang-kia signé par la Chine et les Etats-Unis le 3 juillet 1844, et enfin la mission de Lagrené 'qui conclut le traité de Whampoa du 24 octobre 1844 *.
* Théodose-Marie-Melchior-Joseph de Lagrené, né en Picardie le 14 mars 1800, secrétaire d'ambassade en Russie, ministre plénipotentiaire en (irèce, chargé de mission en Chine, pair de France en juillet 1840, député en 1848, enfermé à Yincennes,lors du coup d'Etat du 2 décembre 1851, et rentré ensuite dans la vie privée. — Sur la mission de Lagrené voir : le Correspondant du 18 février et du 25 mars 1846 ; la Redite des Deux-Mondes, du l*"" Juin 1862, article du comte Bernard d'Harcourt ; Correspondance diplomatique chinoise relative aux négociations du traité de Whampou par Callery ; Une ambassade française en Chine, Journal de voyage, par Th. de Perrière LeVayer, in-8, Amyot, 1854. Paris.
*Le 13« jour de la 9" lune de la 24^ année de Tao-kouang. [Histoire des Bel. de