‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 26 sur 56 · ERECTION DU KOUY-TCHEOU EN VICARIAT APOSTOLIQUE · texte numérisé non relu

ERECTION DU KOUY-TCHEOU EN VICARIAT APOSTOLIQUE

Excepté en ce qui concerne les missions et les missionnaires, nous n'entrerons pas dans le récit de ces faits qui appartiennent à l'histoire profane de l'Empire du Milieu ; mais nous ne pouvons passer sous silence les prodromes de la situation officielle actuelle du catholicisme en Chine. De Lagrené arriva à Macao le IS août 1844 ; il y fut salué par le procureur général des Missions-Etrangères, Libois, et par les procureurs des Lazaristes, Guillet et Faivre, Libois était à Macao depuis 1838, d'abord pendant trois ans sous la direction de Legrégeois, et à partir de 18il chef de la procure. Prêtre pieux, de tenue réservée, dont la prudence, poussée parfois jusqu'au manque d'initiative, se couvrait des raisons les meilleures pour qui aime les traditions et la sécurité du présent, il fut toujours fort goûté des diplomates et des amiraux français que leur carrière amena en Extrême-Orient. Dès le début il plut à de Lagrené qui aima à causer avec lui, sans cependant en faire son confident. « Notre ministre, écrit le procureur le 26 août I84i- ', m'a demandé un de nos confrères pour l)réparer ses demoiselles à leur première communion et m'a prié de vouloir bien lui servir de chapelain les jours do dimanche et de fête; il désirerait beaucoup que je pusse lui dire la messe chez lui; mais je ne sais si Monseigneur de Matta me Faccordera. Il m'a demandé s'il pourrait venir dans notre chapelle, mais j'ai dû lui dire que lès personnes seules de la maison satisfont au précepte en entendant la messe dans cette chapelle. Je vais voir comment je pourrai m'girranger. Vous alh;/ peut-être dire que me voilà dans les bonnes gnjces des grands. Je vous avoue cependant que je n'ai fait de moimême à M. de Lagrenée que deux visites ; l'une, le jour de son arrivée avec tous les procureurs, pour le saluer, et l'autre pour lui présent(}r nos trois confrères de VArchimède. Les autres fois je n'y suis allé que sur sa demande. Nous avons eu ensemble plusieurs entretiens. » Ces entretiens roulèrent particulièrement sur la situation religieuse de la Chine. A sou arrivée à Macao, notre plénipotentiaire avait trouvé un mémoire du Vicaire apostolique du Chan-tong administrateur de Nankin, L. de Bési*, qui le pressait de demander le libre exercice de la religion chrétienne en Chine ; il lui répondit en diplomate^ :

MONSEIGNEIR,

C'est avec un vif sentiment de satisfaction qu'à mon arrivée en Chine, cette région pour nous si lointaine et si étrangère, si impénétrable pour tous, je

la Chine avec les puissances occidentales, 3 vol. 1901, par H. Cordier, vol. 1*'", p. 17. 'A. M.-E., vol. 304, p. 1025. Lettre aux directeurs du Séminaire des M.-E. - De Vérone, franciscain de la stricte Observance, fut missionnaire du Hou-kouanp^. ' A. M.-E., vol. 308, p. 1177. Macao, 28 août 1844.

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ERECTION DU KOUY-TCHEOU

me trouve salué, du sein même de l'Empire, en langage français si pur et si noble, par la voix d'un évêque catholique, au nom d'une population chrétienne dont les sympathies sont acquises à la France.

Je suis heureux, comme homme, de cette diffusion du catholicisme ; je suis fier, comme Français, de ces sentiments sympathiques qui unissent les catholiques des points les plus éloignés du monde, au Gouvernement de mon pays.

Vous ne vous êtes point trompé. Monseigneur, ni vous, ni vos ouailles lorsque vous avez associé dans vos âmes chrétiennes le nom du Roi Louis XIV à celui de notre Roi actuel. Le Roi des Français est toujours le Roi très chrétien, il n'a jamais négligé aucune occasion d'en donner des preuves, et dernièrement encore, lorsque ses vaisseaux ont amené ici son ambassade, ils ont également porté, d'après ses ordres et aux frais de l'Ftat, un certain nombre de missionn;iires.

De mon côté, Monseigneur, je me permets de compter sur vos lumières et sur votre obligeance, dans le cas oîi, pendant mon séjour ici, je pourrais avoir besoin de quelques renseignements ou de quelques bons offices. Je sais tout le prix des connaissances locales quune longue tradition et un travail de tous les jours ont réunies entre les mains des représentants du catholicisme en Chine, et j'ai toute confiance dans les sentiments qui ont constamment dirigé les pieux propagateurs de la vérité et de la civilisation sur ce sol illustré par leurs courageux efforts.

Agréez, Monseigneur, les assurances de ma respectueuse considération.

T. i>E Lagrené

Les procureurs Lazaristes jugèrent bon de soutenir la requête de Bési ; ils demandèrent à ce sujet Tavis de Libois. Tout d'abord, comme on avait pensé que de Lagrené irait à Pékin, il avait paru fort grave de le prier de parler de la question religieuse à l'Empereur lui-même ; lorsqu'on apprit que le commissaire impérial chinois, Ki-ing, viendrait à Macao, « nous avons cru, dit Libois, qu'un refus de la part d'un mandarin n'aurait pas les conséquences que pourrait avoir un refus fait par l'empereur. Nous avons donc jugé pouvoir prudemment appuyer auprès de M. de Lagrenée la demande de M^'' de Bési. » Mais entre le prudent procureur des Missions-Etrangères et les procureurs plus agissants des Lazaristes il y eut une différence de vues sur la marche à suivre. « MM. les Lazaristes, raconte Libois', voulaient qu'on présentât à M. le Ministre une supplique signée par les procureurs ; moi j'étais d'avis qu'on se contentât de lui en parler de vive voix, sauf à lui donner des notes, s^il en demandait. Nous aurions d'abord pu voir dans la conférence le mode de rédaction qui aurait été le plus propre pour obtenir ce que nous désirons. Mais M. Faivre a persisté dans son opinion et a rédigé la supplique, il me la montra plusieurs fois, me

1 A. M.-E., vol. 304, p. 1033. Lettre aux direct, du Sém. de« M.-E., Macao, 21 sept. 1844.

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priant de corriger ou crajout(^r, selon que je jugerais convenable ; je lui dis ce que j'en pensais, mais en lui faisant remarquer que j^aurais une extrême re'pugnance à signer une pareille pièce, vu que je ne connaissais l'avis ni de mes supérieurs ni de nos Vicaires Apostotiques, et que dailleurs, cette pièce me paraissait susceptible d'être prise pour une pièce officielle, et que je croyais devoir être très réservé à signer de pareilles pièces, principalement sur des matières aussi graves. Je croyais après cela que M. Faivre, comme Visiteur, se contenterait de présenter cette lettre en son nom, mais pas du tout ; le jour où on devait la présenter, M. Guillet passa par chez nous, me prést^nta la pièce signée par lui et par M. Faivre et me pria de la signer moi-même. Je me trouvai alors très embarrassé,je vis bien que refuser, c'était s'exposer à une bouderie, je consultai mes confrères et il fut arrêté que je signerais, mais qu'ensuite je ferais connaître à l'Ambassadeur la valeur de ma signature et les motifs qui me lavaient fait donner. On crut ce second parti sujet à moins d'inconvénients, d'autant plus qu'ayant déjà eu plusieurs conférences particulières sur ce sujet avec M. de Lagrenée, il savait parfaitement quelle était ma manière de voir. Nous albimes ensuite présenter cette pièce. M. de Lagrenée la lut et nous dit franchement qu'il trouvait notre démarche légère et peu logique, et qu'il ne nous croyait pas suftisamment autorisés pour la faire. Le pauvre M. Guillet, à qui je venais de r(^péter quelques instants auparavant que je ne donnais ma signature qu'avec une extrême répugnance, ne savait que dire. M. de Lagrenée nous demanda si c'était une pièce officielle, je pris aussitôt la parole et lui dis que nous n'avions nullement l'intention de lui présenter une pièce officielle, mais seulement de lui exposer nos désirs, laissant à sa prudence de faire ce qu'il jugerait convenable selon les circonstances. « Alors, répondit-il, c'est donc entre vous et moi, ce sont de simples renseignements. — Mais oui, luidis-je. » M. Guillet s'empressa de confirmer ce que je disais et fut fort aise de trouver ce moyen de se tirer de Fembarras où il se trouvait. '< Alors c'est autre chose, dit M. de Lagrenée ; eh, bien nous en conférerons ensemble. » Comme en ma qualité de chapelain de l'Ambassade, j'ai occasion de voir souvent M. le ministre, il ne manqua pas de me reparler de cette pièce ; je lui en parlai dans le même sens que la première fois, j'excusai ces MM. de Saint-Lazare qu'il savait bien être les auteurs de la lettre, mais je crus aussi devoir lui dire que je n'avais signé que comme particulier et par pure complaisance. (( Je m'en suis bien douté », me répondit-il. M. Faivre était allé à Canton et n'était pas présent à la présentation de la supplique. Quand, à son retour, il alla visiter M. de Lagrenée il en fut reçu assez froidement, et M. le ministre lui dit qu'il aurait beaucoup

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ERECTION DU KOUY-TCHEOU

mieux fait de lui parler de tout cela amicalement que de faire une pareille lettre etc. etc. Malgré cela M. Faivre s'est efforcé de me prouver que nous avions bien fait, et il est allé jusqu'à me proposer de faire une seconde lettre. Je me suis efforcé de lui prouver qu'elle serait beaucoup plus nuisible qu'utile, et comme je ne pouvais le persuader, je lui ai déclaré clair et net que je ne pouvais y prendre aucune part ; s'il la présente, je sais qu'elle sera fort mal reçue. »

Pendant ces quelques pourparlers entre notre plénipotentiaire et les pi'ocureurs des Missions, le traite (jui s'élaborait avait été conclu. 11 est connu sous le nom de traité de Whampoa et porte la date du 2t octobre 1844.

Dans son ensemble, ce n'était qu'une convention commerciale^ s'inspirant du traité anglais, reproduisant pn^squ'en entier le traité américain. Cependant, l'article XXll avait.au point de vue catholique, une importance particulière, il éLait conçu en ces termes :

Tout Français qui, conformément aux stipulal.ions tU' l'article II, arrivera dans l'un des cinq ports, pourra, ([uelle que soit la durée de son séjour, y louer des maisons et des magasins pour y déposer d;js marcliandises, ou bien affermer des teri-ains et y bâtir lui-même des maisons et des magasins. Les Français pourront, de la même manière, établir des églises, des liôpilaux, des liospices, des écoles et des cimetières. Dans ce but, l'autorité locale, après s'être concertée avec le consul, désignera les quartiers les plus convenables pour la l'ésitlence des l^rançais (;t les endroits dans lesquels pourront avoir lieu les constructions précitées. Le prix des loyers et des l'ermages sera librement débattu entre les parties intéressées, et régit' autant que faire se pourra, conformément à la moyenne des prix locaux. Les autorités chinoises empêcheront leurs nationaux de surfaire ou d'exig(^r des prix exorbitants, et le consul, de son côté, veillera à ce que les Français n'usent pas de violence ou de contrainte pour forcer le consentement des propriétaires. 11 est bien entendu, d'ailleurs, f[ue le nombre des maisouset Félendue des terrains à afïécteraux Français dans les cinq ports ne seront point limités, et qii ils seront déterminés d'après les besoins et les convenances des ayants-droit. Si des Chinois violaient ou détruisaient des églises ou des cimetières français, les coupables seraient punis suivant toute la rigueur des lois du pays.

Larlicle suivant, leXXIlI, était le seul qui fui particulier au traité français et le différenciât de la convention ami'ricaine. îl se compose do deux parties : La première défend aux P'rançais habitant les cinq ports ouverts « de franchir certaines' limites qui seront lixés d un commun accord entre le consul et l'autorité locale ».

La seconde devait avoir une action sur la condition des missionnaii'es dispersés à travers la (liiine :

Si, contrairement aux présentes dispositions, des Français, quels qu'ils soient s'aventuraient en dehors des limites ou pénétraient au loin dans Fin-

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EN VICARIAT APOSTOLIQUE

térieur, iispourrontêtre arrêtés par Tau torité chinoise laquelle, dans ce cas, sera tenue de les faire conduire au Consulat français du port le plus voisin ; mais il est formellement interdit à tout individu quelconque de frapper, de blesser ou de maltraiter en aucune manière les Français ainsi arrêtés, de peur de troubler la bonne harmonie qui doit régner entre les deux empires *.

Le traité avait sous le rapport religieux obtenu deux concessions appréciables : la liberté dans les cinq ports ouverts- et une protection relative pour les Français, cest-à-dire en réalité pour les missionnaires, dans l'intérieur de la Chine ; ceux que l'on arrêterait ne seraient plus passibles de la prison et de la nicjrt, comme l'avait décrété Kia-kin en 1811, ils seraient simplement ramenés dans Tun des ports ouverts et remis à leur consul. Que l'on trouve cette clause incomplètement libérale, c"est incontestable, mais aussi sûrement elle est une amélioration sur le passé. A ceux qui jugèrent cette amélioration insuflisante, I.ibois répondit ' :

Nous n'avons pas cru nous-mêmc que Ton tlut demander pour les missionnaires catholiques la liberté et la circulation dans toute la Chine: 1° parce que nous savions que c'était le moyen'de ne rien obtenii- ; 2° parce qu'on ne pouvait l'obtenir sans que cette iibertéo fut aussi accordée aux ministres protestants et même h tous les Européens, il serait trop long de vous dire le pourquoi ; or ceci aurail eu de très gi-aves inconvénients si on l'eût obtenue, car on ne croit pas la chose possible pour le moment.

Le marquis de Ferrièro Le Vayer, premiiM' secrétaire, quitta Macao le G novembre I8ii-, emportant en France, le texte du traité aliii de le soumettre à la ratification du gouvernement de Louis-Philippe. Quand il repartit de Paris, U avait [)our de Lagrené, « 1 's instructions nccessaii'es pour faire succéder à la négociation d : traité de commerce celle de la révocation (b'S édits qui proscrivaient le christianisme. »

Cette phrase permet de croire ([ue, dans ses rapports à son gouvernement, notre plénipotentiaire avait soulevé cette question et qu'on lui donnait des ordres dans le sens indiqué par lui.

D'ailleurs de Lagrené avait fait plus ([ue d'écrire des rapports et

1 Cet article n'était pas sans analogie avec cette prescription d'un édit de Kia-kin au moins quant aux motg : (f S'il y a encore des Européens dans le lerritoire soumis à leur juridiction (des mandarins) ou si, par la suit», il yen avait qui osassent s'y introduire en cachette ; qu'ils (les gouverneurs) ordonnent aux mandarins locaux de se saisir de leurs personnes... et qu'ils fassent reconduire les Européens à Canton, pour de là les renvoyer chez eux. » Mais on sent l'iiostilité dans ce texte, tandis que la bienveillance est beaucoup plus proche dans l'article XXIII.

- Canton, Amoï, Fou-tcheou, Ning-po, Shang-haï.

5 A. M.-E., vol. 325, p. 109. Lettre à M'^" DesHèches. Macao, 4 septembre 1845.

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de demander des ordres, il avait entamé des négociations avec le commissaire impérial.

Un mois s'était à peine écoulé depuis le départ du marquis de Ferrière que la question était partiellement résolue. Ki-ing avait accédé aux désirs du ministre français, et adressé à son gouvernement un mémorial, qui reçut le 28 décembre 1844, ^approbation impériale. Voici la traduction de cette double pièce :

Ki-ing, grand commissaire impérial et vice-roi des deux provinces du Kouang-tong et du Kouangsi, présente respectueusement ce mémoire.

Après un examen approfondi, j'ai reconnu que la religion du Seigneur du Ciel est celle que vénèrent et professent toutes les nations de l'Occident. Son but principal est d'exhorter au bien et de réprimer le mal. Anciennement, elle a pénétré sous la dynastie des Ming dans le royaume du Milieu et à cette époque elle n'a pas été prohibée. Dans la suite, comme il se trouva souvent parmi les Chinois, qui suivaient cette religion, des hommes qui en abusèrent pour faire le mal, les magistrats cherchèrent et punirent les coupables. Leurs jugements sont consignés dans les actes judiciaires.

Sous le règne de Kia-kin,.on commença à établir un article du code pénal pour punir ces crimes. Au fond, c'était pour empêcher les Chinois chrétiens de faire le mal, mais nullement pour prohiber la religion que vénèrent et professent les nations étrangères de l'Occident.

Aujourd'hui, comme l'ambassadeur fr^ançais,de Lagrené, demande qu'on exempte de châtiments les chrétiens chinois qui pratiquent le bien, cela me paraît juste et convenable.

J'ose, en conséquence, supplier Votre Majesté de daigner à l'avenir exempter de tous châtiments les Chinois comme les étrangers qui professent la religion chrétienne et qui, en même temps, ne se rendent coupables d'aucun désordre ni délit.

Quant aux Français et aux autres étrangers qui professent la religion chrétienne, on leur a permis seulement d'élever des églises et des chapelles dans le territoire des cinq ports ouverts au commerce; ils ne pourront prendre la liberté d'entrer dans l'intérieur de l'empire pour prêcher la religion. Si quelqu'un, au mépris de cette défense, dépasse les limites fixées et fait des excursions téméraires, les autorités locales, aussitôt après l'avoir saisi, le livreront au consul de sa nation, alin qu'il puisse le contenir dans le devoir et le punir. On ne devra pas le châtier précipitamment ou le mettre à mort.

I^ar là Votre Majesté montrera sa bienveillance et son afTection pour les hommes vertueux ; l'ivraie ne sera point confondue avec le bon grain, et vos sentiments et la justice des lois éclateront au grand jour.

Suppliant Votre Majesté d'exempter de tout châtiment les chrétiens qui tiennent une conduite honnête et vertueuse, j'ose lui présenter humblement cette requête, afin que sa bonté auguste daigne approuver ma demande et en ordonner l'exécution. Requête respectueuse.

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