‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 27 sur 56 · APPROBATION DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

APPROBATION DE L'EMPEREUR

Le XIX" jour de la XP lune de la XXIV" année de Tao-kouang, j'ai reçu ces mots écrits en vermillon : « J'acquiesce à la requête. Respectez ceci. »

On pourrait sans doute épiloguer sur certains mots ou sur quelques tournures de phrases employés dans cette requête et soutenir que les mandarins hostiles trouveraient facilement dans cette pièce des termes pour conserver et faire sentir leur antipathie ' ; il apparaissait cependant à tous que les prohibitions portées autrefois contre le christianisme étaient réellement atteintes ; ce n'était pas, sans doute, la destruction claire et nette des lois persécutrices, c'était leur affaiblissement. '

Dans cette concession Libois voyait une facilité pour l'action des missionnaires, sous réserve cependant d'une extrême prudence- :

Vous serez plus libres parce que vos chrétiens n'étant plus soumis aux perquisitions des satellites, vous serez moins exposés à être surpris, puis les mandarins n'auront pas grand intérêt à vous prendre, cependant croyez-moi, soyez prudents, surtout pendant les premières années. M. de Lagrenée a vu avec beaucoup de plaisir que vous avez parfaitement compris le vrai sens de la concession de l'empereur et que vous avez attendu prudemment qu'elle fût publiée.

La prudence dont Libois faisait honneur à son correspondant n'avait pas été imitée par tous, et le procureur ajoutait :

Dans plusieurs Missions, on a de suite ouvert les églises et prêché publiquement, on a même chanté les offices avec la plus grande solennité ; mais bientôt les mandarins ont fermé les églises, arrêté les chrétiens sous prétexte que l'empereur n'avait eu d'autre intention que de déclarer exempts de toute culpabilité ceux de ses sujets qui pratiqueraient la religion chrétienne, et cela chez eux, dans l'intérieur de leur maison, mais qu'il n'avait nullement permis d'avoir des églises, ni de se rassembler pour prier.

La conclusion de cet état des esprits fut que les mandarins écrivirent à Ki-ing et les missionnaires à leur procureur.

De Lagrené, absent de Macao, apprit ces faits à son retour.

' Par exemple on spécifiait que les Français c'est-à-dire les missionnaires seraient livrés à leur consul « afin qu'il puisse les punir. » C'était là une simple satisfaction de mots, car il était bien certain que les consuls ne puniraient pas les missionnaires. En retour de cette clause platonique, le rédacteur ajoutait cet ordre foi't important : « On ne devra pas les châtier précipitamment ou les mettre à mort ; » ce qui exemptait d'une certaine manière les missionnaires de la juridiction chinoise.

-A. M.-E., vol. 325, p. 109. Lettre à Mgi Desflèches. xMacao, 't septembre 1845.

îmMfm

■ipiil^qWPIWliillipu^y^i^^

ÉRECTION nu KOUV-TCHEOU

Et toujours plein de zèle pour perfectionner son œuvre, écrit Libois *, il a pris connaissance officiellement de la première concession de l'empereur qui était arrivée après son départ de Macao, il a demandé des éclaircissements, puis de nouvelles concessions; a})rès bien des discussions, il en a obtenu. Les voici en substance : 1*^ Un prendra les mesures de prudence nécessaires pour que les vrais chrétiens ne soient pas confondus avec les méchants et avec d'autres sectes ; '■2" L'édit de l'empereur, qui nedevait d'abord être notifié qu'aux premiers mandarins, sera envoyé à tous les mandarins civils et militaires depuis les plus grands jusqu'aux plus petits, afin qu'aucun ne puisse protester de son ignorance pour vexer les chrétiens ; 3" Les clirétiens pourront ériger des lieux pour adorer leur Dieu (il a été impossible d'obtenir que l'on mit Tien-tchou-tang, -parce que les mandarins ne veulent absolument pas que l'on fasse des temples à l'européenne, comme ceux de Macao et de Pékin; mais qu'importe la forme pour vous, pourvu que vous ayez la chose), ils pourront s'y réunir pour vénérer la croix, les images, lire leurs livres, prêcher leur religion, mais ils éviteront de venir en foule de districts éloignés pour former des assemblées tumultueuses et troubler le bon ordre. Ki-ing a promis, de plus, à M. de Lagrenée de faire en sorte que les chrétiens exilés soient compris dans la première amnistie qui aura lieu ; mais il n'a pas voulu reconnaître qu'ils ont été condamnés pour le seul motif de religion, il est conséquent, le brave liomme. Voilà ce que je me rappelle de mémoire. M. de Lagrenée m'a lu ses dépêches à cet égard, mais je ne les ai pas sous les yeux.

Libois appréciait grandement ces concessions « quoi(}u"elles laissent encore, disait-il, quelque chose à désirer. » Tout le monde n'avait pas la même modération ; on comprend bien que les malades souhaitent leur guérison complète et immédiate, mais généralement ce n'est pas dans les choses possibles ; le temps est un facteur indispensable de tous les progrès, heureux devons-nous èti'e ([uand il les amène. Le procureur connaissait ces impatients, il savait que l'expression de leurs o[)inions traversait parfois les mers, et c'est dans le liut ])lus ou moins avomî de les combattre qu'il écrivait au Séminaire des Missions-Etrangères ■ :

' A. M.-E., vol. ',',2'.'), p. 112. Lettre à .Mgr DesflèclK's, .Macao, t septembre 1854.

- A. M.-E., vol. oOi, p. 1173. .Alaeao, 27 décembre 1845. Au sujet des réclamations qui se firent jour contre le traité et les premières concessions obtenues par Ki-iui4-, voici ce que nous lisons dans une lettre de Libois, en date du 27 décembre 1845: « Il y a quelques jours M. de Lagreuée était tenté de tout abandonner il vint nie trouver et après s'être plaint amèi-ement de la conduite de M. Guillet du peu de reconnaissance et des exigences ({u'ou lui témoignait, il conclut en disant que si ce qu'il avait fait était inutile et même nuisible, comme ([U(dques-uns le disaient, il valait mieux laisser les^ choses allei'- comni,' ci-devant et qu'il parlerait à son gouvernement dans ce sens. Je nai pas besnin. Messieurs, de vous dire ce que je lui ai répondu, j'ai réussi à relever son courage (>t à le décider à continuer son œuvre. »

Page 1