‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 28 sur 56 · ps'?^^r'' g-?:'^y^Vfrf · texte numérisé non relu

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EN VICARIAT APOSTOLIQUE

Au lieu de se plaindre, de blâmer, d'exiger presque avec empire, ne devait-on pas témoigner de la reconnaissance pour ce qui était déjà fait, tout en indiquant avec modération ce qui restait encore à l'aire, cl prier de vouloir bien achever une si belle œuvre. D'ailleurs, pouvait-on espérer que dans un empire si vaste, où les meilleures lois sont habituellement violées à regard de tout le monde, où .il y a tant de préventions contre la religion chrétienne, on jouirait de suite d'une tranquillité parfaite ? ne devait-on pas même redouter une réaction beaucoup plus grande? caries quelques vexations qui ont eu lieu ont été. comme le dit M-'' Péroclieau, peu considérables, de peude durée et tout à fait locales ; les grands mandarins ont même souvent donné raison aux chrétiens qui, à peu près partout, ont été renvoyés chez eux. Puis il faut avouer qu'il y a eu des imprudences de faites. D'ailleurs, espère-t-on que le diable restera tranquilh^ en présence d'un tel événement et qu'il n'aura pas ses suppôts en Chine comme partout ailleurs.

Durant ses ])ourparlers divers, eut lieu à Bocca-Tii;ris, le 26 août 184o, l'échanii:e des ratilications du traité entre noire minisire et le commissaire impérial.

Après un voyage dans le nord de la (^Ihine où il fut triomphalement reçu par les chrétiens chinois, de Lagrené quitta définitivemerit Macao, le il janvier 1846 \

Gomme si le gouvernement impérial n'avait attendu que son départ, afin de ne pas paraître subir la pression ou môme simplement acquiescer aux demandes du ministre français pendant qu'il était présent, il publia, en faveur du (catholicisme, le 20 février suivant, l'édit connu sous le nom d'édit de tolérance. En voici la traduction :-

Déjà, auparavant, Ki et d'autres m'avaient adressé des lettres dans lesquelles ils attestaient la bonne conduite des chrétiens, me priaient de lever les peines portées contre eux et disaient qu'il ne fallait pas les rechercher, ni les empêcher de bâtir des églises, de s'y réunir pour les cérémonies du culte, d'exposer des croix et des images, de réciter des prières, d'expliquer la doctrine chrétienne : leurs demandes ont été pleinement accordées. La religion chrétienne ayant pour but d'exciter les hommes à la vertu est fort diherente des sectes perverses; d^'jâ j'ai supprimé les enquêtes et les interdictions auxquelles elle était soumise.

Ce qu'on demande cette fois doit aussi être entièrement accordé. Au sujet des établissements religieux qui ont été fondés autrefois sous Kang hi dans les diverses provinces, excepté ceux qui ont été changés en pagodes ou en habitations particulières et dont il ne doit pas être question, j'accorde que tous les bâtiments qu"il consLera avoir appartenu à ces établis-

' De Lagrené conserva des relations avec Libois auquel il écrivit de lenips eu temps. Celte correspondance, qui ne manque pas d'iutérèl, pourrait trouver sa place dans l'histoire des procures de la Société des Missions-Etraugéres.

- Couvreur, Choix de documents, cité par le P. Gaillard, Nankin^ port ouvert, Variétés sinologiqnes^ n° 18.

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ERECTION DU KOUY-TCllEUU

senieiits soient rendus aux chrétiens de la localité oii ils se trouvent*. Quand dans chaque province les autorités locales auront reçu cet édit, si quelque officier se permet de rechercher et d'arrêter des hommes qui sont vraiment chrétiens et n'ont fait aucun mal, il devra être mis en jugement en vertu du présent décret.

Le commissaire impérial avait une fois de plus donné raison à la confiance de Libois qui écrivait de lui, en le défendant contre des insinuations malveillantes : « Ki-ing y va de bonne foi, nous en avons des preuves irréfragables ». Ledit de tolérance en était une nouvelle preuve.

Ces concessions de la Chine furent les dernières obtenues directement ou indirectement par de Lagrené ; elles élaient plus importantes et plus clairement exprimées que les précédentes, elles étaient accordées non seulement comme celles de 18 £4, par l'approbation d'une requête, mais par décret spécial de l'empereur; sans doute, et Libois le faisait remarquer avec justesse - :

Ces concessions ne sont point robjet d'an traité, mais elles sont censé , accordées librement par le souverain de l'Empire du milieu à l'illustre empereur des Français, comme marque d'estime pour la religion qu'il professe avec sa grande nation, et afin que les deux Empires admettant les mêmes principes, l'amitié qui les unit soit plus durable et moins exposée à être troublée ; tout cela est censé se faire librement, sans aucune contrainte, et cette affaire a été traitée en dehors des affaires officielles ; seulement si on n'était pas fidèle aux promesses, on ne manquerait pas de dire que l'amitié du roi de France -pourra se refroidir et que dans le besoin on pourrait s en ressentir.

Décidé à voir que tout s'était passé pour le mieux, sinon d'une manière absolue, du moins relativement, le procureur des Missions- Etrangères ajoutait :

Cette affaire a été traitée d'une manière admirable. M. de Lagrenée a tellement manœuvré que c'est Ki-ing lui-même qui lui a ofïert la liberté

' A propos de cette restitution des églises^ Jjibois écrivait : « On est mécontent que les églises, déjà converties en pagodes ou devenues propriétés particulières, ne soient pas rendues ; pour nous, nous sommes loin d'en juger ainsi; si l'on eut jugé que ces églises fussent rendues aux chrétiens, que d'ennemis n'aurait-on pas fait de suite à notre sainte religion ? qui sait s'ils n'auraient pas fait révoquer l'édit ? ce que nous voulons, ce sont des principes, des droits, or cet article ne confirme-t-il pas le principe que les chrétiens peuvent avoir des églises des écoles, etc. ? pour nous, nous croyons voir dans toute cette affaire, d'une manière bien claire, le doigt de Dieu, et nous espérons qu'il achèvera son œuvre de miséricorde sur ces contrées. CependaiU nous sommes loin d'assurer que nos Missions n'auront plus rien à soullrir ; le diable travaillera de son côté )>. (A. M.-E., vol. 304, p. 1337. Lettre aux directeurs du Sém. des M.-E., Macao, 20 avril 1846.)

■ A. M.-E., vol. 325, p. lli. Lettre à MgJ Desflèches. Macao, 4 septembre 1846.

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EN VICARIAT APOSÎOLIQUE

de religion *. Vous sentez que l'orgueil chinois n'est pas si blessé ; en un mot, je ne vois dans la manière dont tout cela s'est passé rien que d'honorable pour la religion et rien qui puisse la rendre odieuse au gouvernement chinois ; tandis que si on eût exigé cette liberté sous l'impression de la crainte, qu'on en eût fait l'article d'un traité, dont l'infraction devait amener des coups de canon, a^ous sentez quel odieux retombait sur notre sainte religion. Ki-ing, de son côté, a accordé tout ce qui lui était possible d'accorder, il a contre lui une forte opposition dans le parti conservateur des vieilles coutumes S'il accordait trop, il était exposé à succomber au parti contraire, à perdre la tète, et les nouvelles concessions devaient expirer avec lui ; la France n'aurait pas fait la guerre pour cela, je vous parle de source certaine. Elle use de son influence, très volontiers, pour le bien de la religion, mais elle ne fera point la guerre pour cela ; elle ne le juge pas convenable. Si donc on n'a pas obtenu davantage, ce n'est pas manque de bonne volonté des deux côtés, c'est que l'on ne pouvait faire mieux pour le moment, vous pouvez le croire, je vous parle en connaissance de cause.

Il terminait en revenant sur les conseils de prudence qu'il avait déjà donnés, et les précisait :

M. de Lagrenée vous exhorte à une grande prudence, et les chrétiens à user modestement de leur triomphe, à ne pas faire trop d'éclat, à ne point menacer les mandarins du nom Français, à témoigner beaucoup de reconnaissance pour la bonté de l'empereur, à ne parler dansjeurs réclamations que d'après les concessions qu'il a bien voulu leur accorder dans sa bonté paternelle, surtout jusqu'à ce que les esprits soient accoutumés à ce nouvel état de choses, et tout cela, afin de ne pas irriter une puissante opposition qui pourrait bien, si elle était trop excitée, faire enfin explosion, renvoyer le parti opposé et occasionner une terrible réaction. Ce que Ki-ihg paraît redouter, c'est que l'on fasse des églises qui aient trop d'apparence et qui excitent trop l'attention, que les chrétiens s'assemblent en des lieux trop visibles et en trop grand nombre, et fassent ainsi trop de sensation ; il craint que la réunion des hommes et des femmes soulève les esprits contre les chrétiens. En un mot, il voudrait que tout se passât surtout d'abord avec le moins d'éclat possible.

L'avenir devait donner raison à Ki-ing et à Libois, et les missionnaires, qui gardèrent eux-mêmes et firent observer à leurs chrétiens les règles de la prudence, s'en trouvèrent toujours bien.

Si maintenant, indépendamment des idées du procureur des Mis-

* Dans la même lettre M. Libois parlait de l'action que M. Callery, l'interprète de notre plénipotentiaire, avait eue en cette affaire : « Il a montré un zèle et une adresse au-dessus de tout éloge et le succès lui en est dû en grande partie. M. de Lagrenée et le gouvernement Français en sont enchantés sous ce rapport et, pour récompense on lui donne 30.000 francs avec ordre secret de veiller à l'exécution des concessions faites à la religion et d'avoir avec les mandarins, au nom du gou^ vernement, toutes les relations nécessaires pour cela, mais toujours secrètement et non d'une manière oQicielle. Qui aurait dit que Dieu dût se servir d'un tel instrument pour opérer une si grande chose ? »

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ERECTION DU KOUY-TCHEOU

sions-Etrangères, nous examinons la situation des catholiques chinois seuls, d'abord après le traité Lagrené, nous voyons qu'elle n'a nullement changé , puisque , excepté en deux points, spécifiés par les articles XXII et XXIII et qui ne concernent que très indirectement les fidèles, ce traité est purement commercial ; mais, après la requête de Ki-ing etl'édit de tolérance, cette situation sest améliorée. A la vérité, légalement et strictement, ces deux !)ièces ne constituent pas un engagement pris par Tao-kouang envers la Franco, mais il en est un envers les chrétiens chinois; on peut prévoir qu'il ne sera pas tenu, il est cependant difficile de le regarder comme dénué de signification et d'importance. Assurément, pour être tout à fait pris au sérieux, cet acte de solennelle bienveillance de l'empereur envers une partie de ses sujets aurait eu besoin d'être suivi de sanction, par exemple, de la suppression dans le code chinois des édits persécuteurs, d'une publication générale et officielle ; mais enfin tel qu'il est, il offre un progrès sur le passé, et ceux qui savaient comment se font les évolutions, le regardaient comme le premier signe dune orientation nouvelle*.

Premières négociations pour l'érection du Kouy-tcheou en Vicariat apostolique. — Désirs des missionnaires et instruction de Rome. — Constitution du Kouytcheou en Vicariat apostolique et nomination de UesQèches. — Intervention de Luquet. — Enquête près du Séminaire des Missions-Etrangères. — Desflèches reste au Su-tchuen. — Pouvoirs donnés à Pérochcau de choisir un Vicaire apostolique et de le consacrer évèque de Sura.

Cet événement, important pour l'état général du christianisme en Chine, coïncida avec la séparation ecclésiastique du Su-tchuen et du Kouy-tcheou et l'érection de cette dernière province en Vicariat apostolique.

La première ouverture, que nous rencontrons à ce sujet, se trouve dans une lettre de Desflèches à Libois, en date du 16 avril 1845' :

Tout le monde ici désire qu'au plus tôt on érige le Kouy-tcheou en Vicariat apostolique, veuillez en écrire à nos Messieurs de Paris, les circonstances ne peuvent être plus favorables. MM. Delamarre, Papin, Favand

* L'Ano-leterre s'occupa également de la situation du protestantisme en Chine et Èi-ing promit aux protestants le môme traitement qu'aux catholiques. Voir à l'Appendice XI la traduction en anglais de la correspondance de Ki— ing. « M. de Lagrenée, disait M. Libois, voit avec plaisir les Anglais s'occuper de l'affaire de la religion, c'est une grande raison de plus pour MM. les Chinois d'être plus tolérants, et le résultat sera tout pour nous puisque MM. les protestants n'ont per- •onne dans l'intérieur, w

» A. M.-E.^vol. 450, p. 973. Me' Desflèches à M. Libois. Tchong-kin, 16 avFm845.

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sont très capables de pouvoir bien mener une barque. Je me proposais, en attendant, d'y envoyer un confrère comme provicaire avec un prêtre chinois, mais nous sommes trop éloignés ; ce qu'on peut faire de mieux pour le bien de cette mission un peu délaissée, c'est de lui donner un Vicaire apostolique, donnez un coup de main à cette bonne œuvre.

Ponsot, le Vicaire apostoli(j,ue de Yun-nan^ avait exprimé le môme désir dans une lettre à Libois i :

Le vœu presque unanime serait que le Kouy-tcheou ait son Vicaire apostolique.

Le 19 janvier 1846, Pérocheau* priait les directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères de demander à Rome que la province du Kouy-tcheou fut érigée en Vicariat apostolique.

Les désirs des missionnaires étaient en parfaite harmonie avec ceux de Rome. En effet, on lit dans l'Instruction de la Propagande, datée du 23 novembre 1845, les lignes, suivantes^ :

Que tous et chacun des chef des Missions, à quelque titre qu'ils les administrent, travaillent à l'extension et à l'affermissement de la religion avec tant d'ardeur, que partout où des évêques manquent encore, on puisse en préposer au plus tôt ; de plus, dans les pays dont la vaste étendue le demande ou le permet, il faut augmenter le nombre des évêques en divisant le territoire, afin que les Eglises puissent enfin être constituées selon la forme parfaite du régime hiérarchique.

Cette Instruction aviva encore les vœux de Pérocheau et leur lit prendre une allure pratique :

Je vous prie, disait-il* aux directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères, de demander à Rome l'autorisation d'élire vous-mêmes et de faire sacrer à Paris le Vicaire apostolique du Kouy-tcheou. Je désire que ma prière vous ait plu et que Rome ait tout accordé. Si avant l'arrivée de ma prière Rome avait déjà érigé le Kouy-tcheou en Vicariat et m'avait chargé d'élire et de sacrer le Vicaire apostolique, je regarderais cette autorisation comme non-avenue, je n'en ferais aucun usage pour de fortes raisons. Dans ce cas, je vous prie de vous faire autoriser vous-mêmes pour l'élection et le sacre du Vicaire apostolique.

Les dernières prévisions de Pérocheau étaient justes. Avant que sa lettre ne parvînt en France, le Kouy-tcheou avait été séparé du Su-tchuen et érigé par Rome en Vicariat apostolique.

1 A. M.-E., vol. 304, p, 1278. M. Libois aux directeurs du Sém. des M.-E., Macao, 27 décembre 1845.

2 A. M.-E., vol. 450, p, 1115, vol. 527, p. 217. Mgr Pérocheau aux. direct, du Sém. des M.-E. Su-tchuen, 8 sept. 1847, citant sa lettre du 19 janvier précédent.

» Collectanea M.-E, 2»» éd., p. 132, n° 284, A. M.-E,, vol. 549*, p. 37.

*-A. M.-E., vol. 450, p. 1115, vol. 527, p. 217.. Lettre du 8 septembre 1846

ERECTION DU KOUY-TCHEOU

Le 8 mars 1846, le Pape Grégoire XVI avait signé les pouvoirs du futur Vicaire apostolique du Kouy-tcheou\

Le 27 mars suivant il avait signé trois brefs : le premier constituait le Kouy-tcheou en Vicariat apostolique'; le second nommait Vicaire apostolique de la nouvelle mission Joseph Desflèchesévêque de Sinite et coadjuteur de Pérocheau, Vicaire apostolique du Su-tchuen^ ; le troisième accordait à Pérocheau la faculté de se choisir un coadjuteur et de le sacrer sous le titre d'évêque de Sura*.

Voici la traduction du bref qui érigeait le Kouy-tcheou en Vicariat, apostolique^ :

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