CHAPITRE V
CONSÉCRATION ÉPISCOPALE D'ALBRAND.
SES PREMIERS ACTES 1849-1851
Nécessité d'un Vicaire apostolique. — Sentiments d'Albrand sur l'épiscopat. Ses hésitations. — Son consentement. — Sa consécration.
La persécution était finie, il ne restait plus que les réparations à obtenir. Avant que ce succès vivement souhaité par le missionnaire et par ses chrétiens se réalisât, un événement eut lieu, que nous devons raconter.
Appuyé sur les raisons qu'il avait fait valoir, après avoir connu sa nomination de Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, et que Pérocheau d'abord et Rome ensuite avaient acceptées, Desflèches était resté à Tchong-kin, ce qui avait, en la retardant, rendu la solution désirée plus nécessaire.
Le Séminaire des Missions-Etrangères y avait songé, et en février 1848 il écrivit à Desflèches' :
Nous espérons que la mission du Kouy-tcheou, dont vous vous occupez si activement, avec l'agrément de M*"" de Maxula, vous devra son organisation, que bientôt elle sera pourvue d'un Vicaire apostolique et aura son centre d'action indépendant du Su-tchuen.
De son côté, le coadjuteur du Su-tchuen cherchait quel missionnaire pourrait remplir le poste qu'on lui avait assigné. Il ne tarda pas à juger Albrand digne d'être le chef de la mission du Kouytcheou. Dès le 17 mars 1848, il disait' :
1 A. M.-E., vol. 64, p. 146. Les direc. du Sém. des M.-E., à Mgr Desflèches, Paris, 15 février 1848.
*A.M.-E.,vol.450,p. 1413. Mgr Desflèches àM^Libois, Tchong-kin, 17 mars 1848.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
M. Albrand, si je ne me trompe, sera le Vicaire apostolique du Kouytcheou où il fait beaucoup de bien. C'est un confrère qui a du tact, une piété vraie et solide, beaucoup de zèle et d'activité.
Et pour qu'il y eût quelques ombres au tableau et que sa prophétie n'eût pas un caractère trop absolu, il ajoutait:
Je demanderais seulement qu'il eût plus d'expérience en Chine, mais c'est là un défaut qu'il a déjà un peu corrigé et qu'il corrigera tous les jours.
Cette manière de voir n'était pas ignorée d'Albrand qui en prévoyait et en redoutait les conséquences, mais dont le désir du bien redoublait le courage :
Nos supérieurs du Su-tchuen s'occupent à nommer où à faire nommer un Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, écrivait-il àLibois', et des rumeurs me disent qu'ils m'ont en vue ; vous savez combien cette charge me répugne, car je vous ai tout dit et à cœur ouvert. Cependant, plutôt que de laisser cette mission sans Vicaire apostolique, peut-être que j'accepterai, je leur ai fait entendre le contraire et plaise au Seigneur qu'ils me laissent tranquillement finir ma misérable vie. Vous craignez que je perde courage, pas du tout, et je vois trop de bien à faire pour avoir une semblable tentation .
Après un voyage au Su-tchuen, en 1848, Albrand écrivit dans le môme sens ^ :
Si la proposition m'avait été faite alors, je ne sais quel parti j'aurais pris, peut-être celui de déserter au lieu d'accepter. M^"" de Sinite le craignait ; lorsque cette Grandeur m'a appelé au Su-tchuen, j'ai refusé d'y aller, à moins qu'elle ne me promît qu'il ne s'agirait pas de mître, et ce n'est qu'après en avoir acquis la certitude que je me déterminai à aller conférer avec sa Grandeur pour l'administration du Kouy-tcheou. Là j'appris que M^' de Maxula n'avait pas voulu prendre sur lui la responsabilité de nommer le Vicaire apostolique de cette mission, et qu'il avait renvoyé la bulle au Séminaire de Paris.
Les travaux et les succès apostoliques d'Albrand confirmèrent bientôt Pérocheau dans la pensée que l'opinion de son coadjuteur était juste, et à la fin de février « ayant, dit-iP, reçu copie de la lettre que m'a écrite Fan dernier le cardinal préfet, j'ai eu la certitude que Rome et Paris voulaient absolument me laisser l'élection du Vicaire apostolique du Kouy-tcheou. De suite, j'ai élu M. Etienne Albrand. »
Sur ces entrefaites, Albrand étant allé, tout en administrant quelques chrétientés, rendre visite à Perny, fatigué, dans une des stations voi-
1 A. M.-E., vol. 546, p. 76. M. Albrand à xM. Libois, Kouy-yang, 27 janvier 1848. -A. M.-E., vol. 544, p. 20. Kouy-yang, 23 août 184'8.
' A. M.-E., vol. 527, p. 451, Mgr Pérocheau au.v dir. du Sém. des M.-E., Sutchuen, 7 sept. 1849.
SES PREMIERS ACTES
sines du Su-tchuen, en profita, au mois de mars 1849, pour se rendre à Tchong-kin où habitait Desllèches. Prévenu de ce voyage avant qu'il eût été entrepris, Pérocheau envoya immédiatement un exprès à son coadjuteur, afin de lui confirmer ses intentions relativement à Albrand, et lui donner les pouvoirs de le consacrer évêque\ La lettre arriva àTchong-kin le 12 mars, Albrand était présent. Aussitôt Desflèches aborda la question; il représenta à l'élu que « son refus compromettrait les intérêts de la mission, qu'un V^icaire apostolique était indispensable au Kouy-tcheou, et que lui-même y serait déjà installé sans les graves motifs qui l'avaient fait maintenir au Su-tchuen ; qu'aucun missionnaire, en ce moment, excepté lui, n'était capable de remplir ces fonctions, puisque tous étaient très jeunes ; que la volonté de Dieu se manifestait assez clairement par ces circonstances, et que résister plus longtemps serait aller contre cette volonté. » Et comme Albrand se retranchait toujours derrière son indignité, son interlocuteur lui fit observer qu'il n'était pas juge de ses propres dispositions, que tous les saints évêques avaient redouté Tépiscopat pour les mêmes motifs, et que si l'on avait eu égard à de tels prétextes, l'Eglise de Dieu ou n'aurait pas eu de chefs, ou n'en aurait eu que de médiocres ; d'ailleurs, n'y avait-il pas une sorte d'obligation de se rendre à l'avis des supérieurs; et, pour donner plus de poids à ses paroles, il tira de son secrétaire cette lettre que Pérocheau avait écrite le 24 février 1849, pour être remise à Albrand- :
Monsieur et cher confrère.
Le Souverain Pontife m'a chargé d'éhre, ];»armi mes missionnaires, un Vicaire apostolique du Kouy-tcheou, sous le titre d'évêque de Sura, in partibus infidelium. Après avoir longtemps et mûrement réfléchi, après avoir longtemps et chaque jour prié, c'est vous que je choisis... C'est Ms'^ l'évêque de Sinite qui aura la bonté de vous sacrer.
Cette fois, Albrand s'inclina.
J'avais donné tant de raisons pour me dispenser d'accepter, écrivit-il à son frère ^, en lui annonçant cette nouvelle, j'avais fait tant de démarches pour éviter ce calice, j'avais si souvent demandé à Dieu qu'il m'ôtât de ce monde plutôt que de permettre le succès de ce dessein ! Mais il paraît que c'était écrit là-haut. Aussi, lorsque le moment décisif est arrivé, j'ai com-
* « Je l'ai su d'avance, j'ai de suite envoyé l'élection et il a été pris. )> A, M.-Ei^ vol. 450, p. 1546. Mgr Pérocheau à M Libois, 26 mai 1849. ' A. M.-E., vol. 549% p. 27.
' Vie de Mgr Albrand, p. 307.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
pris que je n'avais plus qu'à me soumettre et je me suis contenté de dire : Domine, non meavoluntas, sed tua.
La consécration épiscopale eut lieu le 18 mars 1849, au petit séminaire' ; elle fut faite par Desflèches, assisté de Perny et d'un missionnaire du Su-tchuen, Goutelle^.
Par ce dernier acte, le Kouy-tcheou, érigé en Vicariat apostolique le 27 mars 1846, était définitivement séparé du Su-tchuen, auquel il avait été ecclésiastiquement uni, d'abord durant quelques années, dans la première moitié du XVIII" siècle^, puis, après un intervalle, de nouveau en 1762, à la suite des demandes faites à Rome par Pottier. En 1849, il prenait dans l'Eglise rang parmi les Missions, dans la Société des Missions-Etrangères il formait un Corps, qui s'ajoutait aux autres et augmentait d'une nouvelle unité la confédération.
* Au sujet de ses armes, voici ce quAlbrand écrivit : « Je choisis pour armoiries un épi de maïs avec deux feuilles qui tiennent à sa tige et l'enveloppent en partie, le reste à votre guise [A. M.-E.^ vol. 544, p. 58. Tchong-kin, 29 août 1849). Ces armes sont d'azur à l'épi de maïs d'argent feuille du même. Elles sont aujourd'hui encore (1907) les armes des Vicaires apostoliques du Kouy-tcheou. [Armoriai des Prélats français du XIX" siècle, par le C*' de Saint-Saud, un vol. grand in-8°. Daragon, libraire-éditeur, 30, rue Duperré. Paris, 1906.
A, M.-E., vol. 544, p, 28. M. Albrand aux direct, du Sém. des M.-E., Tchongkin, 21 mars 1849. A ce moment Rome ayant confié les provinces du Kouang-tong et du Kouang-sià la Société des Missions-Etrangères, Libois, qui en fut tout d'abord chargé, eut la pensée démettre Albrand à la tète du Kouang-tong ; au mois de janvier 1849, il écrivit à Desflèches pour le prier de lui envoyer le missionnaire et à ce dernier pour le presser de se rendre à son désir ; mais sachant les vues du coadjuteur et du Vicaire apostolique du Su-tchuen, il ajoutait : « Je crains qu'il ne soit sacré quand ma lettre arrivera. )> Cette crainte se réalisa, et ce fut Albrand luimême qui répondit : « J'ai reçu ces jours derniers la trop flatteuse lettre que vous aviez confiée à M. Mihières pour moi au sujet de la province de Canton. Si elle m'était parvenue quatre mois plus tôt, malgré mon amour pour le Kouy-tcheou et les difficultés que présente Canton, je ne pouvais me dispenser de me rendre à votre avis et à l'injonction de nos M. M. de Paris ; mais vous savez déjà que je ne suis plus ce qu'il faut pour remplir vos bonnes intentions, je suis marié à la province du Kouy-tcheou. Rome seule peut me permettre ou m'enjoindre cette espèce de divorce qui me coûterait beaucoup. ^> [A. M.-E., vol. 546, p. 135, 12 juin 1849. Voir également A. M.-E., vol. 314, pp. 299, 302, vol. 325, p. 265.)
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SES PREMIERS ACTES
Lettre d'Albrand à la Propagande. — Son retour au Kouy-tcheou. — Etat des esprits à Kouy-yang. — Mandement épiscopal. — Nécessité des réparations. — Prière aux tombeaux des Martyrs. — Démarches et succès de Catherine Li. — Construction de l'église à Kouy-yang. — Remerciements au réprésentant de la France.
Devenu après plus d'un siècle le successeur de Turcotti et de Visdelou, Albrand, par une lettre du 21 mars, informa la Propagande de son élection et de sa consécration \
Il repartit bientôt pour lé Kouy-tcheou et visita sur sa route les stations du nord et du nord-ouest, dans lesquelles il baptisa une quarantaine de néophytes et réunit autant de catéchumènes.
Il envoya un courrier à Kouy-yang, pour savoir quelle était la situation des esprits au lendemain de la persécution et si quelqu'un consentirait aie recevoir, en attendant que l'oratoire et sa maison fussent reconstruits.
Il reçut une réponse asssez peu satisfaisante. On lui disait qu'il n'était pas prudent de revenir, que la dernière persécution avait fait de nombreux apostats, et qu'il y avait parmi les chrétiens des Judas qui ne manqueraient pas de le trahir ; on ajoutait que les Miao-tse s'étaient révoltés, que la police redoublait de vigilance, qu'elle avait placé sur toutes les routes des satellites qui examinaient les passants avec une sévère attention, qu'enfin des ordres avaient été donnés contre lui personnellement; en conséquence, aucun chrétien n'oserait le recevoir, et les païens mêmes faisaient difficulté de louer leurs maisons aux catholiques.
Ces nouvelles peu encourageantes ne l'effrayèrent pas, « Mes vieilles moustaches en ont vu bien d'autres », écrivait-il en souriant. D'ailleurs il connaissait les Chinois de longue date, et il avait appris à se défier de leurs appréciations. « Je résolus donc, continue-t-il , de partir malgré les nouvelles que j'avais reçues, sauf à loger à l'hôtel si c'était nécessaire. Nous étions à cinq journées de la capitale. J'expédiai immédiatement un courrier pour m'y préparer un gîte, n'importe où, puis je me mis en route, accompagné de chrétiens qui portaient mon bagage. A quelques lieues de la ville, j'en trouvai deux qui venaient à ma rencontre. Ils avaient enfin obtenu d'un autre chrétien
' A. M.-E., vol. 544, p. 25. Dans cette lettre il fit observer que la bulle de Grégoire XVI, du 27 mars 1846, qui avait érigé le Kouy-tcheou en Vicariat apostolique, portait par erreur le mot Koui-kou au lieu de Kouy-tcheou.
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CONSECRATÎOIV EPÎSCOPALE D ALBRAND
de Fendroit qu'il voulût bien me loger. Je traversai les rues dans une chaise à porteurs fermée. Nous rencontrions à chaque pas des satellites. Je les voyais à travers les stores. Mais, heureusement pour moi, aucun ne songea à mettre le nez à la portière. Enfin, la chaise s'arrêta devant la boutique d'un marchand de parapluies. Je descendis, comme pour une emplette ; à peine étais-je entré, que les portes se refermèrent sur moi. J'étais pris?... non, c'était là mon logis\ Aussitôt, je suis entouré de chrétiens ; hommes et femmes sont à mes pieds, pleurant moitié de la joie de me revoir, moitié de tristesse en souvenir de ce qui s'était passé. Je les remerciai de leur accueil et je les consolai. Vous pensez que je me gardai bien de faire sonner les cloches. Bientôt, cependant, mon arrivée fut connue des chrétiens ; ils se présentèrent successivement ; et, soit dans cette maison, soit ailleurs, j'ai pu voir et confesser tout mon monde-. Les apostats sont rentrés au bercail. Après avoir désolé l'Eglise par leur défection, ils l'ont consolée par leur retour. Je n'ai rien à craindre des chrétiens.» Revenu à Kouy-yang, Albrand publia le mandement suivant, composé à Tchong-kin, pour annoncer aux chrétiens sa consécration épiscopale et les exhorter au repentir et à l'amour de Dieu ^ :
Etienne Raymond, par la grâce de Dieu et Tautorité du Saint-Siège, évêque de Sura (Su-len) et Vicaire apostolique de toute la province du Kouy-tcheou, aux fidèles de notre juridiction, bénédiction et souhaits.
Nous donnons cette instruction :
Arrivé en la province de Kien (ancien nom du Kouy-tcheou, employé encore en littérature) depuis deux ans, nous avons parcouru les divers districts, donnant nos soins aux chrétiens, les aimant très fermement et épuisant nos forces à remplir le devoir de notre charge.
Maintenant nous vous aimons encore davantage.
Comme, par un choix spécial du Saint-Siège, nous avons été honoré, quoique indigne, de la dignité épiscopale, nous vous adressons expressément cette instruction pour que vous sachiez que l'autorité spirituelle dans le Kien a été dévolue à nous seul.
C'est pourquoi vous prierez pour nous, afin que nous puissions remplir les devoirs de notre charge épisropale pour le salut de vos âmes. Dans le texte des prières, à l'endroit où Ton cite le nom de l'évèque, vous mettrez mon nom de Se-tee-fan*.
1 Nous ignorons où était située cette maison, mais nous savons que pendant quelque temps, à cette époque, Albrand habita dans un des faubourgs de Kouyyang, près de la porte du sud.
- « Deux familles seules conservent encore des signes d'idolâtrie dans leurs maisons, elles ne tarderont pas à revenir au bercail ». (^. ilf.-E'., vol. 546, p. 149, M. Albrand à M, Libois, Kouy-yang, 3 septembre 1849.)
3A. M.-E., vol. 544, p. 1067.
* Stéphane (Etienne).
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SES PREMIERS ACTES
Nous avons appris qu'il y en a parmi vous qui ont souffert des calamités pour Dieu, et notre cœur a été profondément attristé. Il serait à souhaiter que tous eussent souffert en patience et généreusement. Or, s'il en est un bon nombre parmi vous qui ont souffert sans murmurer, tenant fermement à leur foi et glorifiant ainsi le nom de la sainte Religion, il s'en est trouvé d'autres à petit courage qui, craignant les supplices, ont perdu la foi et commis un grand péché. Notre cœur en a éprouvé une tristesse incomparable.
Nous nous sommes rappelé qu'autrefois les chrétiens de Kien, au temps de la persécution, conservaient tous courageusement leur foi, subissant les supplices sans défaillir, de sorte que. de génération en génération, on n'a pas cessé de les louer. Et voilà qu'aujourd'hui l'épreuve de la persécution blesse contre notre attente la foi des fidèles. Nous en avons ressenti grande pitié.
0 douleur! ô gémissements ! C'est les larmes aux yeux que nous venons aujourd'hui exhorter nos frères à se repentir sincèrement du péché d'infidélité, et à laver de la sorte leur faute par leurs larmes.
Quand nous reviendrons au Kien, ce sera sans doute une consolation pour nous; mais cette consolation est au-dessous de la crainte que nous éprouvons que vous perdiez votre âme et la dévouiez aux tourments éternels. En vérité, notre cœur est ému de pitié. Aujourd'hui, nous vous répétons nos instructions pour que vous sachiez que notre cœur demande de vous que vous aimiez Dieu, que vous aimiez le prochain, que vous vous employiez de toutes vos forces, avec zèle, au salut des âmes, que vous procuriez la conversion des infidèles au Seigneur.
C'est là notre plus grand désir.
A la vie, à la mort, nous sommes dévoués à votre salut. Nous souhaitons que le saint troupeau de Kien augmente en nombre, que nous soyons sauvés et jouissions de la vie éternelle. Ainsi soit-il.
Après avoir pourvu aux besoins spirituels les plus pressants de la capitale, Albrand songea à reconquérir les maisons et les terrains que la mission avait perdus.
C'est là, écrivait-il ^ une chose nécessaire pour laver la tache qu'avait imprimée à notre sainte cause la haine des mandarins. Il est vrai que ces mandarins avaient été changés, il est vrai que les nouveaux avaient relâché nos confesseurs, mais les décombres de notre maison détruite, que je fus voir pendant la nuit, étaient là comme un épouvantail, et une preuvre authentique pour les chrétiens et les païens que notre sainte religion était intolérée dans cetlo province.
Et encore ^ :
C'est le seul moyen qui me restait de reparaître dans cette ville, où jusqu'ici, comme un chat-huant, je n'ai pu sortir que la nuit, le jour logé dans un galetas, où ma tête touchait aux tuiles et mes pieds au fourneau,
1 A. M.-E., vol, 544, p. 49. M. Albrand aux directeurs du Séminaire, Kouy-yang, 27 août 1849.
2 A. M.-E., vol. 544, p. 49,
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CONSECRATION l^ISCOPALE D'ALBRAND
OÙ j'étais à l'abri de la pluie quand il faisait beau temps et du soleil quand il pleuvait, où je n'avais de jour et d'air que par les tuiles qui manquaient au toit. J'ai plus soufïert de la chaleur pendant ces deux mois, que pendant 15 ans à Siam.
Dans une lettre à Libois, il n'était pas moins explicite * :
Vous serez peut-être étonné que je fasse tant de tapage pour me faire restituer cette maison de prières, c'est que vous ne comprenez peut-être pas qu'en me la rendant, les mandarins me donnent par là un permis de propager notre sainte foi, et l'assurance que plus tard ils ne nous tracasseront plus ; ils ont fait terre rase ; si je recevais le prix de trois maisons détruites, j'entreprendrais de bâtir une église à leur place ; d'ailleurs, vous avez vu dans ma lettre à mon cousin que Kouy-yang est indispensable pour cette mission, et que, du gain de ce procès, dépend la réussite de celui qu'il faudra faire à Hin-y pour avoir la maison et le terrain que j'y achetai l'an passé. Je dis plus, à moins de me faire rendre justice par les mandarins de Kouy-yang, je désespère de pouvoir rien faire dans quelque coin de cette province que ce soit. « Notre visage a été sali » (disent les Chinois), il faut le laver ou bien renoncer à paraître en public.
Avant de commencer le nouveau procès qu'il jugeait nécessaire, Févêque eut recours à la prière. Il se rendit, pendant une nuit, avec le catéchiste François Li, prier près des tombeaux des martyrs Joseph Tchang Ta-pong, Pierre Lieou et Joachim Ho. 11 se coucha sur la tombe de ce dernier, et en versant des larmes, il prononça à haute voix cette prière :
Vénérable martyr, rendez-nous notre église qui est également la vôtre, puisque c'est de votre maison que vous aviez fait notre maison. Vous êtes véritablement un martyr de Dieu, vous pouvez donc obtenir de Dieu cette grâce. Si vous ne voulez pas nous rendre notre église, je ne vous prierai plus jamais et ne vous regarderai pas comme martyr.
Puis il se releva, retourna à Kouy-yang, se rendit sur l'emplacement de l'oratoire, s'agenouilla et fit la même prière. Après s'être adressé au ciel^ il employa les meilleurs moyens que lui dicta son expérience. 11 se garda bien de réclamer directement ou pour lui ou pour la communauté chrétienne la maison et le terrain enlevés, il employa une veuve, Catherine Li San-lai*, qui demanda la propriété en son nom. Lui-même dicta au séminariste Thomas Lo une requête et pria Catherine de la porter au sous-préfet Lan Che-san. Quelques chrétiens, craignant que cette démarche n'attirât sur eux l'attention des magistrats et partant de nouveaux ennuis, voulurent l'empêcher; Tévêque les rassura, et Catherine se rendit au prétoire. Le sous-pré-
1 A. M.-E., vol. 546, p. 111.
» A. M.-E., vol. 549, p. 1047.
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SES PREMIERS ACTES
fet lut la demande qu'on lui présentait, et répondit quelques paroles assez vagues qui effrayèrent les timides. La veuve insista et, dit Albrand, « à force de suppliques auprès des mandarins et de sapèques auprès des satellites \ elle réussit à se faire rendre la propriété comme xjui appartenant ». On raconte qu'alors Albrand fit, par l'intermédiaire des chrétiens, offrir un bon diner à un certain nombre de satellites, qui, en reconnaissance, allèrent chercher les colonnes et les poutres de l'ancien oratoire déposées dans une pagode voisine et les rapportèrent.
« Mais remarquez-bien ceci, ajoute Févêque achevant son récit par cette note pratique, il est plus que probable que si j'avais fait demander ce terrain et cette maison au nom des chrétiens^ comme autorisés à avoir des maisons de prières, ou seulement comme chrétiens, il est plus que probable, dis-je, que les mandarins ne l'auraient pas rendue, parce qu'ils tolèrent les chrétiens, mais ne veulent leur donner aucune autorisation ; ils semblent même prendre à tâche de ne faire aucune attention au traité passé et aux droits que le traité donne aux chrétiens.
« Vous croyez peut-être qu'ils ignorent que c'est une maison de prières, et que les chrétiens vont la réédifier et s'y réunir de nouveau? Ils savent tout cela, mais ils font semblant de l'ignorer, toujours parce qu'ils veulent nous tolérer, mais nounous autoriser. Quoi qu'il en soit, la reddition de cette maison produit un grand bien parmi les chrétiens qui ont repris courage, et parmi les païens, qui généralement sont persuadés qu'elle a été rendue par un ordre de l'Empereur; nous n'en sommes pas moins obligés de la réédifier à nos frais. »
Cette amélioration coïncida avec le retour des confesseurs de la foi, exilés pendant les persécutions précédentes et renvoyés chez eux pour avoir bien combattu contre les rebelles, autant de motifs de joie et d'espérance qui encouragèrent l'évêque à marcher de l'avant. Il n'y manqua pas. A l'aide d'une souscription que les chrétiens firent entre eux et d'un emprunt complémentaire remboursable sur l'allocation donnée par la Propagation de la Foi, il fit aussitôt commencer la reconstruction de l'oratoire.
D'abord il n'avait eu d'autre intention que d'élever une maison chinoise, mais bientôt il agrandit son plan : « Puisqu'on nous permet de rebâtir, dit-il aux chrétiens, et qu'on ne nous a pas déterminé le mode, bâtissons une église. »
En 1850, les travaux étaient achevés" et la bénédiction du nou-
* Mgr Albrand dépensa pour cette affaire 20 taëls.
2 Toute la construction coûta 700 taëls. Un nommé Toung, du Su-tchuen, était censé l'entrepreneur.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
vel oratoire eut lieu au mois d^avril, elle fut faite par Févêque ; les trois missionnaires, Perny, Lions et Mihières arrive's depuis une année' , y assistèrent. Dans les lettres qu'il écrivit à cette époque, Albrand parle en ces termes deFédificc et de Timpression qu'il produisit sur la population païenne^ :
« Cet édifice qui n'est que de cinq brasses chinoises de long, sur trois de large ne serait ailleurs qu'une petite chapelle, aperçue de personne ; ici c'est un monument ; c'est une merveille qui attire les curieux par centaines, hommes, femmes, plébéiens, mandarins, tout le monde lui doit une visite ; aujourd'hui il y est venu plus de cinquante femmes païennes ; hier plusieurs mandarins qui partaient pour aller faire la guerre aux Miao-tsc révoltés, sont venus faire le ko-teou devant saint Joseph ; plusieurs catéchistes y sont en permanence pour prêcher tous ces curieux. »
« Ils^ n'ont jamais rien vu de pareil, ils admirent, ils louent, ils félicitent les chrétiens, ils écoutent la doctrine ; ils disent qu'elle est bonne, qu'elle est très véritable, que c'est une très bonne chose que d'être chrétien. >-
Sur ce sujet l'évêque est intarissable* :
« Ah I voilà huit satellites devant Tautel ; écoutez mon catéchiste Loqui les entretient: ScUellitPs : Vous avez bâti un beau miao. — Ln. Ce n'est pas un miao, c'est l'église de Dieu. » Les satellites regardent saint Joseph. « Quel est ce pou-sa ? — Lo. Ce n'est pas un pou-sa, c'est l'image d'un grand serviteur de Dieu, nous la mettons là pour nous rappeller ses exemples et les imiter. — Satellites. Oh ! c'est vrai, vous n'adorez pas les idoles vous autres, etcette croix au-dessus de l'autel, qu'est-ce que c^est? — Lo, Vous le savez bien, c'est la marque des chrétiens, l'empereur Tao-kouang l'a dit la 24'' année de son règne. — Satellites. Ah ! c'est vrai, où avez-vous donc trouvé tant d'argent pour bâtir une si belle église ? — Lo. C'est que nous sommes nombreux dans la province (mensonge), et chacun y a contribué selon ses moyens. — Satellites. Hao Hao Ici suit un long sermon de Lo, sur la nécessité d'adorer Dieu. — Satellites. Hao, Hao. » Ensuite ils se lèvent pour partir. Tiens, entendez-vous devant l'église quel tapage? C'est une bande de douaniers, voilà trois jours qu^ils viennent, ils discutent sur Confucius ; mais voilà Lo qui
' Après un voyage qui depuis Canton dura 84 jours, « beaucoup de mauvais, peu d'agréables. » .c A. M.-E., vol. 544, p. 41. »
2 Av. M.-E., vol. 544, p. 86. Lettre à M. F. Albrand, 1" mai 1850. Voir à l'Appendice XVII une gravure représentant l'église de Kouy-yang.
^A. M.-E., vol. 544, p. 73. M. Lions à M. Fr. Albrand, 23 avril 1850.
*A. M.-E., vol. 546, p. 186. Mgr Albrand à M. Libois, 26 mai 1850.
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SES PREMIERS ACTES
revient. Qu'est-ce que c'est ? Ce sont les douaniers. Croient-ils? Un d'eux croit, il veut adorer, voilà le train de chaque jour. »
Très heureux des succès obtenus, il n'eut garde d'oublier qu'il en devait une partie au représentant de la France, Forth-Rouen. Les observations faites par ce diplomate au vice- roi de Canton avaient, en effet, été la cause première de la cessation de la persécution. Albrand lui écrivit donc pour lui exprimer sa gratitude' :
Ce n'est qu'au mois de janvier cette année-ci, qu'ayant pu me procurer copie des lettres du vice-roi à notre gouverneur, de celui-ci à ses subalternes, et enfin de la réponse de ces derniers à leur supérieur, ce n'est qu'alors, dis-je, que j'ai connu tout ce que je vous devais. Mais alors même et jusqu'à ce jour, je n'ai pas trouvé l'occasion de vous écrire. Recevez-donc ici, Monsieur, Tassurance de ma plus sincère gratitude. Oui, c'est à vous et par vous à la France, ma patrie, que je dois que les mandarins aient relâché les derniers prisonniers de la persécution, c'est-à-dire de ceux qui étaient disposés à mourir plutôt que de renoncer à leur foi. C'est à vous, et par vous à la France, que je dois la restitution des matériaux de ma chapelle que les mandarins avaient fait détruire ; c'est à vous, et par vous à la France, que je dois d'avoir pu paisiblement bâtir sur le même emplacement une église petite, il est vrai, mais une vraie église surmontée d'une grande croix, visible à tout le monde, portant à son frontispice les lettres qui signifient temple du Seigneur du Ciel, en gros caractères dorés, pour empêcher qu'à l'avenir les mandarins n'allèguent plus, pour se disculper, qu'ils ignoraient que ce fût une église chrétienne. C'est à vous et à la France que -je dois le relief que cette église donne à la religion. Les curieux la visitent par centaines chaque jour, ils admirent sa forme moitié européenne, mais personne jusqu'ici n'a trouvé à y redire. Le peuple, persuadé que l'autorité nous à fait rendre justice, a banni en partie la crainte de se faire chrétien. Les mandarins, par la crainte que leurs actes ne viennent à notre connaissance, n'osent plus nous nuire. Dans plusieurs localités, des malveillants ont accusé des chrétiens auprès des mandarins, mais partout les fidèles ont été renvoyés hors de cause.
Fr. Albrand est choisi pour être le procureur de la mission à Paris. — Allocations données par la Propagation de la Foi. — Mode d'envoi des allocations, marchandises, réponses de Rome, — Projet de communications entre Hong-kong et le Kouy-tcheou.
D'autres soins, nécessaires à la bonne administration de son Vicariat, sollicitèrent l'attention d' Albrand.
Pour obéir au règlement de la Société des Missions-Etrangères ^, qui veut que chaque mission ait au Séminaire de Paris un repré-
2 Voir le chapitre IV de l'ancien règlement, imprimé en 1847.
CONSÉCRATION ÉPISCOPALE D'aLBRAND
sentant ou procureur, il avait prié, dès le 21 mars 1849, son cousin F. Albrand de remplir provisoirement cette fonction \ Ce choix fut ensuite fait officiellement par l'évèque et ses missionnaires qui rédigèrent Tacte suivant -:
Les soussignés, Vicaire et missionnaires apostoliques de la province du Kouy-tcheou, font savoir par ce présent écrit à MM. les Supérieur et directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères, à Paris, que d'après la teneur du règlement des dites Missions auxquelles ils appartiennent, ils ont choisi par un vote unanime M. François-Antoine Albrand, directeur au même Séminaire, pour les représenter en France, comme procureur de leur Mission, et lui donnent par ce présent tous les droits et pouvoirs nécessaires à cet effet
En foi de quoi ils signent.
Fait à Kouy-yangle 13 avril mil huit cent cinquante.
Steph. Ray, évêque de Sura, Vicaire ap.
Paul Pekny, {l'abbé).
F. E. Lions, miss. ap.
S. MmiÈRES, miss. ap.
Le procureur ainsi choisi se tient en correspondance avec la mission qu'il représente, il s'occupe de ses intérêts, connaît et expose ses besoins en hommes et en argent. Sous ce double rapport, le Kouy-tcheou était fort pauvre puisqu'il n'avait que trois missionnaires : Perny, venu en 1847, Lions que nous avons vu, dès ses débuts en 1848, obligé de fuir la persécution ; au mois de juin 1849 était arrivé Simon-Jude-Alphonse Mihières , parti de France le 9 août de l'année précédente ^
Quant aux ressources, le Kouy-tcheou n'était pas mieux pourvu. En 1848, Pérocheau avait donné 1000 taëls à Albrand, il en reprit une partie après la division du Vicariat^.
Après son érection en Vicariat apostolique, le Kouy-tcheou obtint de la Propagation de la Foi une allocation qu'il ne toucha qu'à partir de 1830 ; cette allocation était d'ailleurs fort modeste, la voici pendant les dix premières années :
< « Je prie mon cousin de se charger d'une manière spéciale de cette mission, jusqu'à ce que, suivant la règle, nous ayons nommé aux voix un procureur définitif. Je prie M. Voisin de ne rien voir ici d'offensant. Je connais tout le zèle qu'il met à servir les missions du Su-tchuen et du Yun-nan,je crains seulement qu'il ne fasse rien de particulier pour le Kouy-tcheou et qu'il laisse traiter cette province à l'égal du Su-tchuen. >- (A. M.-E., vol. 544, p. 28. Albrand aux direct, du Sém. 'Ichong-kin le 21 mars 1849). '
2 A, M.-E., vol. 544, p. 81.
3 Desflèches, que Mihières a rencontré à Tchong-kin, avait décidé de l'envoyer étudier le chinois à Pi-chan, mais Albrand l'appela immédiatement au Kouytcheou {A. M.-E., vol. 546, p. 131.)
* A. M.-E.. vol. 527, pp. 451, 485, Mg' Desflèches à M. Fr. Albrand, 5 mai 1850.
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SES PREMIERS ACTES
Pour 1846 : 10.673^55; pour 1847 : 10.626^; pour 1848 : 9.724^ ; pour 1849 : 19.102^05; pour 1850 : 17.244^; pour 1851 : 19.110^; pour 1852: 19.945f; pour 1853 : 19.662^50 ; pour 1854 : 18.285^; pour 1855: 16.125^^
Albrand voulut que l'allocation de sa mission lui fut adressée directement sans qu'elle passât par Tchong-kin, et pour réaliser ce projet il adressa à Libois ces indications '^ :
« Ms"" Desflèches vient de m'écrire que ses courriers seraient nos courriers et que notre allocation serait rendue comme par le passé à Tchong-kin, je n'entends pas cela ; je vous envoie deux hommes d'ici, Tsoet Tchong; vous aurez la bonté de les reconnaître pour mes courriers et de leur confier tout ce qui regarde les intérêts de ma mission. Gomme ils sont nouveaux tous les deux, chargez ceux du Su-tchuen et du Yun-nan de les aider à Canton, et en route jusqu'à Tchen-tcheou dans le Hou-nan, oii les miens se sépareront de ceux des autres missions et viendront directement à Kouy-yang. »
Depuis la réponse affirmative faite par la Propagande, le 13 janvier 1665% à de Bourges* qui demandait si les missionnaires peuvent employer comme viatique du corail, qui est la monnaie la plus commode , sans aller pour cela contre la défense de faire du commerce, une réponse analogue du 6 mars 1777% une troisième du 13 août 1834^ d'autres enfin du 10 janvier 1837% du 20 août 1849% les Vicaires apostoliques, au moins ceux de l'intérieur de la Chine, recevaient leurs allocations en totalité ou en partie sous la forme de marchandises , qui étaient achetées dans les ports et revendues dans la province oii elles étaient transportées.
Albrand suivit cette ligne de conduite, mais il voulut quelque chose de plus, et soumit ses désirs à Rome par l'intermédiaire du
* A. P. F. vol. 19 à 32, comptes-rendus et allocations.
Les allocations de l'Œuvre de la Sainte-Enfance ne furent reçues par le Kouytcheou qu'à partir de 1850, elles furent pendant les dix premières années les suivantes : Enl850: 4.000 fr.; en 1851 ; 4.000 fr. ; en 1852 : 6.000 fr. ; en 1853: 10.000 fr.; en 1854 : 15000 fr. ; en 1855 : 20.000 fr. ; en 1856 : 23.000 fr. ; en 1857 : 23.000 fr. ; en 1858 : 25.000 fr. ; en 1859 : 25.000 fr. ; {A. S. E. vol. 2 à 12, comptes-rendus et allocations.)
2 A. M.-E., vol. 546, p. 155. Lettre à Libois, 6 nov. 1849.
' Collectanea Constitutionum, Decretorum, Indultorum ac Instruciionum SanctsF Sedis ad usum operariorum apostolicorum Societatis Missionum ad Exteros. — Editio altéra. Hong-kong.Typis Societatis Missionum ad Exteros. 1898, p.ll5,n» 250.
<■ Voir MémorialàelA Soc. des M. E. p. 7. 163, 164, 329, 365.
5 Collectanea, etc., p. 122, n» 254.
6 Id. p. 123, n» 258.
' Id. p. 123, n° 259.
s Id. p. 123, no 261.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
Séminaire des Missions-Etrangères qui les exprima sous la forme suivante' :
Le Supérieur du Séminaire des Missions-Etrangères demande : Pour le Vicaire apostolique de la province du Kouy-tcheou, la faculté de pourvoir à ce que l'argent envoyé par le Séminaire de Paris, pour les frais de voyage et les besoins des missionnaires, soit converti, dans les ports, en marchandises destinées à être vendues dans le pays, afin que, ainsi, la somme envoyée soit reçue entière et sans perte. Voici comment la chose se pratique : Le Vicaire apostolique dépose chez un marchand, demeurant dans sa province, l'argent qu'on lui a envoyé, et de temps en temps, il prélève une partie de cet argent, qu'il dépense selon les nécessités du moment. Ainsi, à la fin de l'année, une somme plus ou moins importante reste entre les mains du marchand, qui utilise cet argent pour l'exercice de son commerce, et s'étonne que le Vicaire apostolique ne perçoive aucune part du bénéfice réalisé. Le Vicaire apostolique demande qu'il lui soit permis de faire société avec ce marchand, atîn de participer aux gains ou aux pertes au prorata de la somme déposée par lui chez le dit marchand.
Le Saint-Office fit la réponse suivante :
Mercredi 29 janvier iS,)^.
Kn ce qui regarde la formation d'une société : Non.
Que le dit Vicaire du Kouy-tcheou consulte Benoît XIV, dans sa constitution Apostolicœ servitutis, et de Synodo Diœc. lib. 10, c. 3, et applique le décret du 13 août 1834, ainsi conçu : « Les missionnaires peuvent pourvoir à la sécurité des subsides qui leur sont dus et aux intérêts de la mission, en recevant, par mode d'échange, des marchandises achetées avec les sommes à eux dues, vendre ces marchandises apportées chez eux, et s'approprier le prix provenant de la vente. »
Pour le second doute : Non.
Le nouveau Vicaire apostolique caressa également le projet d'établir dos communications plus rapides entre Ilong-kong et sa mission ; le 1" mai 1830, il l'exposait au Séminaire des Missions-Etrangères en ces termes- :
Je me suis procuré un itinéraire de Kouy-yang à Canton, d'après lequel je puis faire parvenir mes lettres dans cette dernière ville en 15 jours, et par lequel M. Libois pourra me faire parvenir les vôtres en 22 ou 23 jours; Ms"" de Sinite, fatigué comme moi de la lenteur de nos relations épistolaires, et à qui je puis faire parvenir des lettres en 7 ou 8 jours, m'a engagé à organiser une poste fixe ; d'après cet itinéraire elle n'exige que deux courriers, dont l'un partira de Kouy-yang et l'autre de Canton tous les premiers du mois après l'arrivée du bateau. Chacun des courriers recevra 36 taëls par an pour viatique et 4 de salaire ; nous espérons que vous ne refuserez pas de fournir à cette petite dépense pour une œuvre qui n'est pas seule-
' Voir le texte Collectanea, 2'-' éd. p. 124, no 262. A. M.-E., voL 549', p. 85. 2 A. M.-E., vol. 544, p. 77. Id. voL 546, p. 161.
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SES PREMIERS ACTES
ment à notre avantage, mais à celui de toute la Société et au vôtre aussi. Dans les trois missions du Su-tchuen , Yun-nan , et Kouy-tcheou nous n'avons appris la mort de M. Dubois qu'un an après son décès. En cas de refus de votre part, ces frais seront partagés entre les diverses missions de ces parages.
Ce projet, qui souriait tant à Albrand, ne lut essaye qu'une seule fois, et Ton y renonça à cause des dépenses des courtiers plus considérables qu^on ne l'avait prévu, et par suite des tro ibles qui éclatèrent au Kouang-si et empêchèrent la facilité des voa âges.
Instruction de la Propagande du 23 novembre 1845. — Ecoles. — Clergé indigène. — Projets de Perny. — Catéchistes : Tchan San-kong et Bruno Kiong.
Doué d^un sens administratif et ecclésiastique droit et élevé, Albrand n'eut garde d'oublier ou de négliger les instructions qui venaient de Rome, non seulement parce qu'il jugeait de, son devoir de leur obéir, mais parce qu'il pensait que rien ne peut remplacer la vue générale du chef suprême sur tous ceux auxquels il commande, par conséquent que nul mieux que lui n^est apte à donner des directions justes. Or, peu d'années avant l'élévation du missionnaire à Fépiscopat, la Propagande avait, le 23 novembre 18i5, adressé à toutes les Missions une Instruction remarquable sur les œuvres à créer ou à développer ; un des points principaux qu'elle avait touchés concernait les écoles "^ :
VIII. La Sacrée Congrégation exhorte vivement dans le Seigneur les supérieurs des Missions à tourner leur pensée, avec une non moins grande sollicitude, vers d'autres créations utiles et nécessaires, et invite à les suivre les ouvriers qui leur sont soumis, afin qu'il ne manque rien de ce qui peut procurer partout la perfection du ministère apostolique et le salut desâmes. En vue d'atteindre ce but, il y a certaines sociétés particulièrement recommandablespour leur zèle de la prière et les rigueurs de leur pénitence, et d'autres institutions très utiles pour accomplir les œuvres de miséricorde et de charité chrétienne ; la foi catholique se fait gloire d'avoir tiré d'elles de grands avantages. De de nombre et placé au premier rang, le devoir est de s'occuper avec le plus grand soin de l'éducation religieuse et civile des garçons et des filles, car rien ne peut être imaginé de plus puissant pour l'accroissement de la foi catholique elle-même, sa perpétuité et sa gloire. C'est pourquoi, qu'il ne soit absolument rien négligé, afin qu'avec l'aide des meilleurs maîtres et de Congrégations de femmes pieuses, des écoles et des collèges soient ouverts pour instruire la jeunesse partout, autant qu'il sera possible. Déplus, il faudra veiller avec soin à ce que les missionnaires en initiant convenablement les peuples chrétiens à tout ce qui
* Collectanea, M.E. 2^ édit. p. 132, no 284. A. M.-E., vol. 549', p. 37.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
a trait à la vie sociale, ne négligent pas de former les caractères, de régler les professions et de diriger les arts selon la méthode de la doctrine évangélique. Car chacun doit être persuadé que de tous les moyens qui doivent particulièrement servir à la propagation de la Religion catholique et à son affermissement, ces avantages temporels deviendront un secours pour les Missions, et les subsides extérieurs diminuant ou venant à manquer, ils suffiraient pour subvenir à leurs besoins.
Quels que fussent les encouragements de Rome et les désirs d'Albrand, l'œuvre de rinstruction n'offrait alors que des chiffres assez modestes : Kouy-yang avait une école de garçons et une école de filles. Cette dernière était en 1848 sous la direction d'Agathe Lieou, fille de Matthieu Lieou, de Liang-chan. Toute jeune, Agathe s'était rendue à Kouy-yang , pour étudier chez la vierge Yuen, originaire du Su-tchuen. Très pieuse, elle prit bientôt la résolution de garder la virginité , quoique ses parents l'eussent , dès son bas âge, fiancée à Michel Yun-sen, et elle réussit, sans trop mécontenter sa famille, à rompre la promesse faite en son nom.
Plus tard elle devait aller instruire les enfants et les femmes à Tin-fan, à Tcheou-tchang-pou, à Chan-ki-tsin, à Kien-si, à Tchenkia-yuen et revenir à Kouy-yang, où elle était encore en 1866.
L'ouverture des écoles à Kouy-yang et leur fréquentation par les élèves avaient présenté des difficultés, si l'on en juge par ce passage d'une lettre d'Albrand ^ :
« Lorsque je suis arrivé, il n'y avait dans toute la province que trois écoles ; avant la persécution il y en avait sept ; en ce moment, je doute s'il y en a deux en activité, elles sont sur les confins du Sutchuen. Nos chrétiens ont assez de zèle à faire étudier leurs enfants, mais ils sont si pauvres que je n'ose les exciter à envoyer leurs enfants à l'école; il ne faut pas seulement leur fournir des msitres gratis, il faut encore nourrir et vêtir leurs enfants. Ici j'ai deux maîtres tout prêts, Fun pour les garçons et l'autre pour les filles ; depuis deux ou trois mois, je ne cesse de presser les parents de m'envoyer leurs enfants, j'y ai perdu mon grec et mon latin, quoique je les aie bien grondés. »
Une école de filles fut installée à Ma-gan-chan dont Lions disait* :
« Il y a ici, dans la maison commune, une école de filles ; mais savez-vous qu'il m'a fallu prêcher sept mois pour obtenir, combien d'élèves ?6 ou 7. Et combien croyez- vous qu'elles paient ? Celles qui ne sont pas trop misérables apportent un peu de riz, puis il faut fournir le reste de la nourriture ; les plus misérables, non seulement il faut les nourrir, mais môme les vêtir, si on veut les avoir, et en-
* A. M.-E., voL 646, p. 113. Lettre aux directeurs du Sém. 18 janvier 1849. - A. M.-E., vol. 546, p. 140. Lettre à M. Mounicou, 9 août 1849.
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SES PREMIERS ACTES
core il y en a près de 20 qui pourraient venir et qui ne viennent pas, parce qu'elles n'ont rien à manger; or, impossible à nous de les nourrir toutes, cette année surtout'. »
L'Instruction de la Propagande dont nous venons de citer une partie avait également touché deux autres points très importants : le clergé indigène et les catéchistes.
Au sujet du clergé indigène, elle disait- :
II. Que les chefs de Missions veillent avec le plus grand soin, ce qui est en même temps un devoir principal de leur charge, à ce que des clercs soient formés parmi les chrétiens indigènes et soient ordonnés prêtres ;
1 Cette dernière phrase de Lions, faisant allusion à la misère des chrétiens, a un triste commentaire dans les lignes suivantes :
c( Je ne crois pas que vous puissiez vous faire une juste idée de la misère des chrétiens de cette province; moi-même j'ai de la peine à comprendre comment ils peuvent se sustenter, comment il n'en meurt pas la moitié de faim. Pour vous donner une idée générale de leur détresse, imaginez-vous que les lOU ou 120 familles, grandes ou petites, que renferme mon district, mettant toutes en commun leurs fonds et revenus, ne formeraient peut-être pas un capital de 4 ou 5.000 francs ; que sur ce nombre, pas une famille qui ait plus de 2 ou 300 francs ; qu'il n'y a pas 10 familles qui, en travaillant toute l'année, puissent joindre les deux bouts à leur aise ; que tout le reste ou demande l'aumône, ou végète comme il peut de son travail ; le mal est que même les plus robustes ne trouvent pas toujours de travail. Aussi,- je me disais un jour : Le Pape les dispense de carême et autres jeûnes, excepté 9 jours de l'année ; peine inutile ; ils observent, au moins, 9 carêmes complets dans l'année, sans en excepter les dimanches et les plus belles fêtes, car ils ne font jamais que deux ou trois repas qui, réunis, ne valent pas une bonne collation d'Europe. Quant à l'abstinence, elle n'est pas moins continuelle ; quand on leur demande : « Avez-vous fait gras les vendredi et samedi ? » Ils vous répondent : « Où voulez-vous que j'aie fait gras? je n ai pas mangé de viande une fois l'année. » Leurs maisons sont en rapport avec leurs richesses. 11 n'en est pas une qui ne soit entièrement en chaume ; à Hing-y-fou, un pauvre chrétien vient me demander la permission de se bâtir une maison sur le terrain de la maison commune; je le lui permis, et, dans une matinée, sa maison fut édifiée par lui seul ; jugez de son étendue et de sa construction ; les autres sont à peu près dans ce genre.
« Avec une telle pauvreté, vous comprenez que les dimanches ont beau jeu, que la doctrine aussi est bien laissée de côté, et puis ces gens n'ont pas encore l'esprit de l'Eglise. Ils sont trop matériels pour acquérir une idée juste des devoirs du chrétien. Ces choses spirituelles sont au-dessus de leur intelligence ; aussi on trouve bien quelques bons chrétiens craignant Dieu, fuyant le péché grave, mais je n'en con. nais pas un qui s'exerce et qu'on puisse exercer à la perfection . Le château de l'âme leur est aussi inconnu et impénétrable que le palais de leur empereur. Par exemple: le livre de l'Imitation de Notre-Seigneur Jésus-Christ, ils n'y comprennent rien ou presque rien, même les plus instruits. Tout n'est qu'extérieur chez ce peuple, enlevez cet extérieur, ce n'est plus qu'un vide sans fond et sans appui que la vue ne peut saisir. » [A. M.-E., vol. 544, p. 104. M. Lions aux direct. du Sém. 30 janvier 1850.)
2 Collectanea M.-E., 2« édit., p. 132, n» 284. A. M.-E., vol. 549% p. 37. Cette Instruction résume les différents décrets et les brefs des Souverains Pontifes publiés depuis 1626, pour la formatiou du clergé indigène.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
afin qu'avec raccroissement de la foi et le nombre des fidèles, l'usage de la discipline ecclésiastique s'établisse peu à peu, et procure l'affermissement de la religion chrétienne.
Un moyen très utile à cet effet, pour ne pas dire nécessaire, est la fondation de séminaires, où les jeunes gens, qui ont été appelés par Dieu an sacerdoce, soient élevés dans les bons principes et instruits des sciences sacrées.
III. Les Lévites indigènes doivent avoir une éducation complète, être formés à la piété et soigneusement exercés au ministère sacré, de telle sorte que le Siège Apostolique le désire depuis longtemps, afin qu'ils puissent devenir aptes à recevoir n'importe quelles charges ecclésiastiques, prendre même le gouvernement des Missions, et qu'ils se montrent dignes aussi du caractère épiscopal. Pour qu'un événement d'une telle importance se passe en toute sécurité et puisse s'accomplir en son temps avec profit pour la Religion, il faut que ceux qui sont désignés pour un tel fardeau s'accoutument aie porter. C'est pourquoi, ceux d'entre les clercs indigènes, que les chefs des Missions jugeront les plus dignes, ils les habitueront graduellement à remplir des fonctions de plus en plus importantes, et ils ne refuseront pas, selon la circonstance, de les prendre pour leurs vicaires.
IV. C'est pourquoi, on ne doit plus admettre, mais complètement abolir, l'usage d'abaisser les prêtres indigènes au rang de clergé auxiliaire uniquement, ce qui est à bon droit désagréable. Pourquoi, lorsqu'on pourra prudemment le faire, ne pas plutôt établir cette règle : qu'entre les ouvriers apostoliques, qu'ils soient indigènes, qu'ils soient européens, toutes choses égales d'ailleurs, l'ordre de préséance soit basée sur l'ancienneté de service en mission, et les honneurs, les marques de respect, et le rang leur soient attribués en proportion du temps depuis lequel ils accomplissent les fonctions saintes?
Le Vicaire apostolique du Kouy-tcheou n'était pas en situation de mettre en pratique tous ces conseils , du moins il s'efforçait d'en suivre quelques-uns, dans la mesure du possible' : « J'ai choisi deux enfants que je vais envoyer au collège général que nous avons à Pinang, écrivait-il en 1849, mais le nombre d'élèves permis d'y envoyer est limité. » Peu après, trois autres rejoignirent les premiers.
Albrand rêvait aussi d'évôques indigènes, et dans une lettre à un directeur du Séminaire des Missions-Etrangères, il disait- : « Qui me donnera de voir, non seulement de vastes séminaires établis dans nos Missions oii le nombre des chrétiens est considérable , mais aussi la création de nombreux évêchés, qu'on formerait en séparant des grands Vicariats apostoliques toutes les villes de premier ordre avec leurs dépendances, où le Souverain Pontife placerait des évêques
^ A. M.-E., vol. 544, p. 63. Lettre aux direct, de l'Œuvre de la Propagat. de la foi, 27, décembre 1849.
* Vie de JUg" Albrand, p. 320.
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SES PREMIERS ACTES
titulaires indigènes. » Nous avons vu ces mêmes idées dans llnstruction de la Propagande, et c'est sans doute de ce document que le Vicaire apostolique du Kouy-tcheou s'inspirait.
En 1850, à la suite de la première réunion que les missionnaires tinrent à Kouy-yang, lors de la bénédiction de Téglise, Perny proposa unSaste plan d'association qui engloberait les séminaristes, les catéchistes, les maîtres d'école, les vierges : « Mais, dit Albrand, pour cela il faut acheter un vaste terrain, sur ce terrain il faut construire de vastes bâtiments, dans ces bâtiments il faut y entretenir des maîtres et des élèves. » Et pour cette œuvre grandiose la mission n'avait pas de ressources. On se. contenta donc de songera un modeste séminaire dont Mihières fut chargé. « Hélas ! dit Lions, bientôt on vit que cela n'irait pas, aussi, au bout d'un mois ou deux, M. Mihières reprit le chemin de Ou-tchoan. »
Au sujet des catéchistes, I Instruction de la Propagande du 23 novembre 1845 disait' :
V. En outre, il est arrivé dans de nombreux pays, la formation du clergé indigène ayant été négligée et placée au second rang, que ces mêmes ouvriers évangéliques avaient pris la coutume de s'adjoindre pour leur ministère des catéchistes laïques ; et peut-être ont-ils reconnu que leur travail était la plupart du temps très utile à l'extension de la foi. Mais comme ils ne les ont pas établis d'une façon entièrement conforme à l'intention du Siège Apostolique et à la méthode du ministère ecclésiastique, et que d'autre part, on a découvert à ce sujet, à cause de l'inexpérience ou de l'arbitraire de ces catéchistes, qu'il s'était introduit de graves abus, la Sacrée Congrégation ordonne aux chefs de Missions, pendant que le secours de ce genre leur sera nécessaire, à cause du manque ou du petit nombre de prêtres indigènes, de faire tous leurs efforts dans le but de choisir et d'instruire pour cette charge des hommes remarquables par leur foi et l'intégrité de leurs mœurs.
Ces pensées de la Propagande se retrouvaient dans les projets d'Albrand, qui écrivait le 27 décembre 1849^: « Jusqu'ici, les Vicaires apostoliques de Chine, aumoins mes voisins, par crainte de persécution, n'ont pas osé avoir des hommes spécialement destinés à la conversion des païens ni des établissements propres à les former ; les missionnaires se contentaient tous les ans de baptiser les païens amis ou parents des chrétiens que ceux-ci avaient convertis, instruits et préparés au baptême, et employaient leurs moyens et leurs soins à faire baptiser les enfants moribonds des païens, ce qui pouvait se faire sans danger; sans abandonner cette bonne œuvre qui
A. M-E.,vol. 544, p. 63. Lettre aux direct, de l'Œuvre de la Propagat. de la foi. » Collectanea M,-E., 2» édit, p. 132, n» 284. A. M.-E., vol. 549*, p. 37.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
peuple d'anges le ciel, je crois que nous sommes arrivés à un temps où Ton peut s'occuper davantage des adultes païens, malgré la persécution qui vient de désoler ma mission. Mon intention est donc de me livrer un peu plus à la conversion des païens, mais pour cela j'ai besoin de me servir des indigènes, car vous n'ignorez pas que, par le traité passé entre la France et la Chine, l'intérieur de cet empire est défendu à tout Européen ; nous ne pouvons nous montrer aux païens qu'avec précaution. »
Faute de ressources, cette œuvre resta, comme plusieurs autres, à l'état de projet.
Mais partout où il trouva des hommes dévoués, Albrand essaya d'en faire des catéchistes. Les deux principaux que nous connaissions à cette époque sont Tchan San-kong, de Pan-kiang, et Bruno Kiong.
« Le premier était déjà âgé, écrit Lions', mais il avait du zèle et pour sa famille et pour les païens. Pour les membres de sa famille, non seulement il ne leur permettait pas de travailler le dimanche, mais il, les faisait prier, et après les prières, il les obligeait à écouter la doctrine; ses fils étaient assez obéissants, il y en avait déjà plusieurs de baptisés, mais les quatre ou cinq brus n'étaient pas commodes. Alors il mit en avant son autorité paternelle, leur disant avec fermeté : « Si vous ne venez écouter et apprendre la doctrine, vous ne verrez plus votre père. » Les pauvres femmes atterrées se laissèrent catéchiser.
« Un des grands exploits de Tchang San-kong est la conversion lie Lo Ta-fou, de Pe-ma-toung. C^était le richard de la montagne audessus de Hoai-jan. Là, vu la réputation de Lo, il se forma une grande station. »
Le second catéchiste est plus célèbre au Kouy-tcheou, il se nommait Bruno Kiong et le Journal de la Mission lui a consacré de longues pages 2 :
« Bruno Kiong était né dans le Su-tchuen d'une famille païenne. De père en fils, ses ancêtres étaient médecins depuis plus de 200 ans. Il avait un esprit audacieux, fertile en ressources, un tempérament vigoureux, le désir de gagner de l'argent pour jouir plus que pour amasser. A la science de la médecine, il ajouta celle des sortilèges et de la prestidigitation que son père lui enseigna.
« Quand il devait aller dans un marché étaler ses remèdes, il préparait dans une chambre bien fermée une espèce d'eau lustrale. Pour cela il mettait sur un trépied un bassin d'eau ; sur cette eau, il dé-
' Journ. p. 135.
* Année 1857, 20 février.
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SES PREMIERS ACTES
posait des figures indécentes sculptées dans un bois particulier, et récitait des formules diaboliques qu'il n'a jamais voulu répéter, môme pour me les faire connaître, tant elles sont, dit-il, abominables; et parce que, à l'époque de sa conversion, Ms'" de Sinite lui a dit de ne jamais révéler ces choses à personne. Il faisait aussi des gesticulations indécentes qu'il n'a pas voulu non plus répéter pour les mêmes motifs. Il croit, dit-il, qu'il ne pourrait le faire sans péché, et il aimerait mieux mourir que de représenter^ même pour la forme , de pareilles abominations. Cette eau étant ainsi préparée, il s'en lavait tout le corps^ puis se rendait au marché; afin d'attirer l'attention de la foule, et d'achalander sa marchandise, il se poignardait la poitrine et les bras, le sang coulait abondamment; cependant il ne souffrait aucune douleur... Aussitôt après, il passait sur les blessures un peu de l'onguent qu'il exposait en vente, et à l'instant les plaies étaient fermées, et il ne restait plus sur la peau qu'une suture blanche absolument semblable à la cicatrisation d'une blessure ordinaire. J'ai examiné moi-môme sa poitrine et ses bras qui sont littéralement criblés de cicatrices longitudinales et toutes de même forme. Quand il avait fait sa parade, il débitait son onguent qui n'était qu'une médecine fort ordinaire ; aussi avait-il soin de ne pas rester longtemps dans le même pays. Une seule séance lui fournissait une somme assez ronde avec laquelle il menait pendant un certain temps une vie oisive et licencieuse, sauf à recommencer sur un autre théâtre quand l'argent était épuisé.
(c II avait encore une autre recette diabolique, qui consistait à préparer une autre espèce d'eau. Quand il s'en était lavé, il prenait impunément à pleines mains des charbons ardents, et les tenait aussi longtemps qu'on le désirait sans se brûler. Il les mettait sur sa poitrine, et ses habits même n'en recevaient aucune atteinte.
« 11 avait aussi une recetfe pour faire casser les bras et les jambes. Au moyen de quelques formules et de quelques jongleries analogues aux précédentes, il était sûr qu'avant la fin de la journée quelqu'un dans le pays se casserait un bras ou une jambe, et il assure que toutes les fois qu'il a employé ce maléfice, l'accident a suivi. Il faisait tout cela pour trouver l'occasion de gagner de l'argent, en remettant le membre fracturé ; car il est très habile en ce genre d'opération.
« Une autre recette, qu'il tenait aussi de son père, et dans laquelle il ignore s'il y a des sortilèges ou non : il préparait avec certaines plantes de petites pilules grosses comme des grains de millet. H se rendait dans une foire, avisait les gens qui paraissaient être riches, lanijait subtilement deux ou trois de ces petites pilules dans le collet de leurs habits. Dès que ces pilules touchaient la peau, elles occa-
CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
sionnaient une démangeaison. Dès qu'on se grattait, la démangeaison se propageait, et en moins de deux jours on avait le corps tout couvert de pustules, (ayant extérieurement les symptômes d'une maladie secrète). Les remèdes ordinaires n'y pouvaient absolument rien. Au marché suivant, Kiong allait se loger dans une auberge, à la porte de laquelle il suspendait une enseigne annonçant qu'il guérissait toutes maladies de peau en trois jours, fournissait les médecines luimême, et ne recevait d'honoraires qu'après entière guérison. Une note au bas de l'affiche annonçait qu'il traitait les pauvres gratis. Aussitôt sa victime avait recours à son art, d^autant plus volontiers qu'il n'y avait rien à payer avant l'eflet obtenu. Kiong faisait le prix d'avance, et ne recevait jamais moins de 100 à 200 fr. et quelquefois plus, selon la fortune du malade. 11 préparait en grand appareil des remèdes dont la matière valait à peu près 10 sapèques (5 centimes). La guérison était toujours infaillible, et souvent celui qui avait été dupe lui payait dans sa reconnaissance plus qu'il n'avait promis.
« 11 avait encore un autre procédé beaucoup plus funeste. Quand il connaissait déjeunes époux riches qui naturellement désiraient avoir des héritiers, il corrompait par argent les domestiques pour faire prendre aux époux une médecine qui les rendait impuissants. Il suffisait de faire tremper la médecine dans le vin que devaient boire les maîtres. Cette médecine ne changeait ni le goût ni la couleur du vin Dès qu'il apprenait que cette famille avait invoqué inutilement le se cours des plus habiles médecins, il venait dans le pays afficher une enseigne annonçant qu'il guérissait infailliblement ces espèces de maladie, ajoutant invariablement qu'il ne recevait de salaire qu'après parfaite guérison. On l'invitait, il faisait le prix, qui était toujours fort élevé, guérissait le malade en quelques jours, avec des remèdes d'un prix insignifiant, mais auxquels il donnait des noms merveilleux. Il me dit que, si l'on ne prenait pas l'antidote, l'impuissance serait perpétuelle, et qu'après un certain laps de temps elle deviendrait incurable*. '
* (( Il ajoute fort ingénuement qu'il en a fait l'expérience sur lui-même : « Avant ma conversion, je menais une vie très dissolue. Je ne m'étais point marié pour satisfaire plus librement mes passions. Dès que Dieu m'eût ouvert les yeux, en me faisant connaître sa sainte Religion (j'avais alors 43 ans), j'eus une telle horreur des désordres de ma vie passée, que je voulus me mettre dans l'impossibilité d'y retomber jamais. Je pris une forte dose de ce spécifique et je puis garantir son efficacité. L'effet commence à se faire sentir dans les 24 heures ; on sent le froid monter le long de la moelle épinière ; en deux jours le froid atteint le cerveau, et l'effet est obtenu.
« Il croyait en cela avoir fait une bonne action. Il voulait même administrer cette médecine à certains catéchistes, jeunes encore et tout dévoués au service de l'Eglise, ainsi qu'à tous les élèves du séminaire, afin, dit-il, d'affermir leur vocation.
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SES PREMIERS ACTES
« Je lui demandai s'il avait fait un pacte avec le diable. Il me répondit que non ; que, même avant sa conversion, il ne savait pas trop ce que c'était que le diable ; il suivait simplement les instructions qu^il avait reçues de son p^^e.
« Faut-il ajouter que dételles existences ne sont pas fort rares en Chine, et que Kiong, qui pournous, chrétiens, est un vaurien, passait près de beaucoup de ses compatriotes simplement pour un homme habile.»
Sa conversion eut lieu dans les circonstances suivantes, que luimême raconta à l'évèque Faurie :
i< Etant au Su-tchuen, je fus appelé auprès d'un enfant malade. Je demandai aussitôt une poule blanche pour offrir un sacrifice. Le maître de la maison me dit tout simplement : « Voyez le malade et écrivez votre ordonnance. Mais, pour des superstitions, nous n'en faisons pas, nous sommes chrétiens. » Je n'avais jamais entendu parler de la religion chrétienne. Je demandai des explications et je fus convaincu de la vérité. On me proposa d'adorer tout de suite ; on m'enseigna à faire le signe de la croix ; on alluma deux cierges sur l'autel de la maison ' ; on me fit mettre à genoux et on commença les prières de l'adoration. Au moment où je faisais le signe de la croix, un énorme globe de feu me tomba sur la tête et me renversa évanoui. Les gens de la maison qui n'avaient rien vu me portèrent sur un lit, et me prodiguèrent leurs soins. Je ne repris mes sens que deux heures après ; j'avais perdu la mémoire de tout ce qui s'était passé ; ce n'est que lorsque l'on me ramena devant l'autel que je me rappelai ce qui avait précédé. On voulut me faire adorer de nouveau, mais j'avais peur d'un second accident et je me retirai.
« Deux ans après, je me trouvai dans une foire, logé dans la même auberge qu'un baptiseur de la Sainte-Enfance. Il me prêcha la religion chrétienne, je lui racontai mon accident; il me dit que c'était un dernier effort du diable pour me retenir dans ses filets, et m'assura que, si je persévérais, le démon ne pourrait me nuire. Il me fit promettre de venir le rejoindre à Tchong-kin, oii il devait se rendre pour une fête chrétienne (c'était l'Assomption). Il me présenta à Ms"^ de Sinite; j'étudiai la doctrine chrétienne, et je reçus le sacrement de Baptême sans qu'il m'arrivât rien de fâcheux. »
en leur enlevant à t , ut jamais l'idée de se marier. Heureusement 'qu'il me consulta d'avance. Je lui dis que c'était un grand péché, qu'il ne fallait jamais faire cela pour soi ni pour les autres, parceque c'est l'équivalent d'une mutilation. Dès qu'il a entendu dire que c'était un péché, il m'a répondu : « Jamais personne ne saura cette recette et je l'emporterai au tombeau avec tous mes secrets diaboliques. »
' Chaque famille chrétienne, quelque pauvre qu'elle soit, a dans la pièce la plus convenable de la maison un autel avec un crucifix, des cierges, des images, etc. C'est là que la famille se réunit matin et soir pour faire la prière en commun.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
<( Après son baptême Bruno continua à exercer la médecine^ mais honnêtement. Comme il sentait tout le prix de la grâce du baptême, il s'occupait surtout à rechercher les enfants infidèles en danger de mort. 11 parcourait lui-môme les campagnes pour avoir l'occasion de baptiser les petits moribonds. C'était devenu môme son occupation principale. Il n'exerçait guère la médecine auprès des autres personnes que pour gagner juste de quoi vivre.
« M*"" de Sinite, ayant remarqué son zèle, l'enrôla dans l'Œuvre de la Sainte-Enfance à laquelle il se consacra pour toujours. Quelques années après, M. Perny étant allé faire un voyage au Su-tchuen obtint de M^'" de Sinite la faveur d'amener avec lui cet homme au Kouy-tcheou. » Il le plaça d'abord à Jen-houai, ovi nous verrons bientôt ses travaux et ses succès \
Visite des chrétientés du sud-ouest par Albrand et par Lions. — Genre de prédication d'Albrand. — Visite des chrétientés du nord. — Nouvelle visite dans le sud-ouest.
Vers la fin de 1849 et au commencement de 1850, Albrand alla visiter les stations du sud-ouest- alors confiées à Lions aidé du catéchiste Li, qui avait écrit ^ depuis quelque temps déjà que Hin-y fou et les environs « avaient besoin d'une bonne lessive et que le plus grand désordre y régnait. » Lions, depuis son arrivée au Kouy-tcheou, était resté presque toujours à Magan-chan, où il avait étudié la langue; il demeurait dans une maisonnette appartenant à un chrétien et derrière laquelle se trouvait l'oratoire. L'ensemble était pauvre et paisible ; le jeune missionnaire n'y avait pas fait de bruit, et les païens soupçonnaient d'autant moins son existence que son teint bronzé, sa taille moyenne , ses habitudes ne le signalaient pas à leur attention '\
' Citons encore, quoiqu'il ait travaillé plus au Yun-nan qu'au Kouy-tcheou, le catéchiste Sen Ou-ye mort dans les prisons de Kai-hoa où il était enfermé avec M. Vachal [A. M.-E. vol. 549, p. p. 1465). Nous connaissons encore Ho Gai-tse, de la famille des Ho, de Mao-men.
^ « Après la persécution, Mgr Albrand avait enroyé à Hin-y-foa, Ly, qui était son catéchiste, pour consoler et exhorter les faibles chrétiens de cette station. Celui-ci lit déchirer les tablettes païennes et reprendre la récitation en commun des prières ». {Journal de Lions, p. 21).
3 A. M.-E., vol. 546, p. .136. Mgr Albrand à M. Libois, 12 juin 1849.
* « Je puis parcourir sans crainte le pays pourvu qu'on ne m'interroge pas, personne n'ose supposer que je sois européen ; des chrétiens même s'y sont trompés.
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SES l^REMIERS ACTES
Pendant les premières semaines de son séjour dans cette petite station, il avait mené la vie d'un véritable proscrit, « sans livre, sans chapelle, sans catéchiste et, je crois, sans bréviaire; malgré cela j^étais content, car de temps en temps je pouvais mettre le nez à la porte, et mC'me parfois faire quelques pas au dehors, faire une promenade et aller prendre un repas à quelques li de là chez yne pauvre famille chrétienne, en pays sauvage. » Les temps étant devenus moins durs, Albrand lui avait envoyé pour maîtres de langue, d'abord le catéchiste Matthias Ou , puis Lieou. L'apôtre a résumé presque une année entière de sa vie dans ces lignes* :
« Dans mon ermitage de Ma-gan-chan, j'étais entièrement occupé à l'apprentissage du chinois. Les communications n'étaient pas faciles, non à cause des troubles, car la paix régnait alors, mais plutôt à cause des grandes distances d'un bon mois de voyage, et à cause de la persécution à peine éteinte. Aussi pendant l'espace de neuf mois, c'est à peine si j'ai reçu deux ou trois lettres ; ajoutez ma séquestration dans les montagnes, bien loin de tout centre et de toute grande route ; j'avoue pourtant que j^étais fort content et j'aurais été sans grand souci, n'avait été le brigand Tcheou Mia-son^ qui pendant quelque temps m'a un peu dérangé en m'obligeant à me cacher en divers endroits, mais la bonne Providence a toujours veillé sur moi. »
Dès son arrivée au Kouy-tcheou, Lions avait été ainsi apprécié par Albrand : « G^est, avait dit celui-ci-, un homme qui a d'excellentes qualités et qui, plus tard, je l'espère, sera un bon missionnaire. » Dans l'administration des chrétiens qu'ils firent ensemble, l'évêque put se convaincre que sa première appréciation avait été exacte. Lui-même nous a écrit quelques détails de son voyage et de ses travaux :
« J'arrivai chez M. Lions par une pluie battante — elle durait depuis trois jours, — crotté comme un barbet. Un cheval était venu me prendre. Le chemin que je suivis peut être comparé à celui de Marpasset ; je crois qu'il est encore pire. Cependant, les pétards attendaient ma Grandeur au haut de la montagne. Les chrétiens de ces parages jouissent d'une liberté complète. Ils peuvent sans péril se permettre ces démonstrations. Pendant une demi-heure, l'air retentit de leurs décharges dont le bruit me cassa les oreilles, et la fumée acheva d'assombrir ce jour pluvieux. Enfin, j'embrassai ce cher
Dernièrement un chrétien me salua tout simplement comme un petit sien-seng. [A. M.-E., vol, 544, p. 45. Lettre à M. F. Albrand, 8 août 1849.
1 Journal, p. 26.
2 A. M.-E., vol. 546, p. 113. M. Albrand aux directeurs du Sém. 18 janvier 1849.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
confrère. Dopiiis neuf mois qu'il n'avait pas vu de visage européen, il avait oublié son français. x\près avoir passé quelques jours près de lui, uniquement occupés de nous-mêmes, j'annonçai les exercices, car j'étais venu pour Finitier au ministère qu'il n'osait entreprendre. J'ai fait avec lui six ou sept stations dans un espace de vingt-cinq journées de chemin, que nous avons parcouru par les plus mauvais temps, mais toujours avec la plus grande gaieté, chantant le plus souvent, et marchant, ou plutôt barbotant dans des cloaques oii nous avions de la boue jusqu'à mi-jambes, et d'où nous pouvions à peine tirer nos pieds. « Oh ! que ma Grandeur est sale ! lui disais-je quelquefois. — « Honneur aumétier! reprenait-il; et puis : « EnavantI Suivez-moi! lui criais-je, lorsque je rencontrais quelque sentier plus praticable. — « Oui, oui! répondait-il, toujours sur vos traces au chemin de l'honlieur î » Le soir, harassés, mouillés , crottés , nous entrions dans quelque mauvaise gargote oii nous faisions allumer un grand feu de houille, nous tirions bas et souliers, et tous ceux de nos vêtements que nous pouvions décemment ôter, et nous les faisions sécher. Venaient ensuite un petit souper, le bréviaire récité en cachette, une courte prière et le coucher. Ah inio disce omiics;^ le lendemain, c'était la même répétition.
« Arrivés dans une station, nous en faisions la visite de la manière suivante : prière du matin, messe avec sermon, catéchisme aux fidèles qui devaient se confesser ce jour-là, déjeuner, petites heures, confessions jusqu'à quatre heures, vêpres, dîner, récréation d'une heure en faisant le catéchisme, chapelet, prière, méditation à haute voix ; puis bréviaire, courte prière et coucher. Encore une fois : Ab uno duce otnnesK »
Lions a complété le récit des travaux d'Albrand ; il a ajouté les sentiments que lui hrent éprouver l'activité, le zèle, la piété de celui qu'il appelle un missionnaire de première classe. Nous nous reprocherions de ne pas le citer' :
« Le soir même de notre arrivée dans une station, après les prières du soir, Sa Grandeur montait en chaire, c'est-à-dire sur le marchepied de l'autel (quand il y en avait un), et faisait aux chrétiens une allocution pressante pour les exhorter à se préparer à la visite, à assister assiduement au catéchisme et à bien faire leur confession annuelle.
« Ordinairement il leur annonçait le temps que devait durer la visite, afin que tout le monde prît ses précautions à temps pour accomplir ses devoirs.
' Vie de vTfgr Albrand, p. 318.
2 Journal, p. 30.
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SES PREMIERS ACTES
« Quand la station était considérable, dès le lendemain on inscrivait les noms de ceux qui devaient se confesser ce jour-là.
« D'après l'usage alors en pratique au Su-tchuen, on n'inscrivait que dix noms chaque jour. (Lorsque je commençai à entendre les confessions , on en inscrivit quelques-uns de plus à mon adresse).
« Les noms inscrits, Sa Grandeur interrogeait les chrétiens un à un sur les principaux articles de la doctrine. En moins d'une heure il passait en revue à peu près tout le catéchisme,, mais, pour s'assurer qu'on le comprenait, il ne permettait pas qu'on répondit d'après la lettre. Ses questions étaient pressantes et claires, toujours en langage parlé, aussi il ne donnait que rarement des explications, et ses explications étaient brèves, ses interrogations n'étaient presque jamais d'après la lettre du catéchisme ; il les diversifiait d'après les auditeurs, et d'après l'intelligence de celui qu'il interrogeait. 11 tenait son monde en éveil et ne permettait pas que l'un soufflât la réponse à son voisin.
« C'est ainsi que l'évêque pouvait en pea de temps s'assurer si on connaissait le qiind justuni. Ceux qui laissaient par trop à désirer dans leurs réponses, il les obligeait à assister au catéchisme plus longtemps les jours suivants, et parfois il continuait à les interroger pendant le déjeuner qu'on servait ordinairement de suite après l'examen ; je crois devoir noter que l'interrogation pendant le repas arrivait très rarement.
f( Pendant le repas, qu'on prenait toujours dans l'endroit où l'on célébrait la sainte Messe, les principaux chrétiens venaient nous voir, l'évoque s'enquérait ordinairement des affaires de la station, sur celui-ci, sur celui-là ; c'est ainsi que dès les premiers jours il était au courant des affaires publiques do la station et des environs ; pour les affaires particulières, il interrogeait en particulier le catéchiste ou quelqu'autre chrétien prudent.
« Après le déjeuner, on prenait une heure tout au plus de récréation, puis on entendaitles confessions. Les confessions finies, on récitait l'office, si le dîner ou le souper n'était pas préparé. Les petites heures se disaient pendant la récréation, après le déjeuner.
« Quelquefois, quand les confessions n'étaient pas nombreuses, l'évêque faisait appeler ceux qui ne possédaient pas assez de doctrine et les instruisait à loisir ; ou bien c'était le soir, avant que tous les chrétiens fussent rassemblés pour la prière, tout en fumant sa pipe- Il commençait à questionner ceux qui étaient présents, ce qui ne l'empêchait pas de faire, après la prière du soir, une instruction ou exhortation fervente, suivie, parfois, d'un quart d'heure ou de dix minutes de méditation, et ensuite environ d'une heure de catéchisme pour tout le
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
monde. Le catéchisme du soir était ordinairement intéressant ; on y racontait quelque petite liistoire....
« Selon mon petit jugement, je' crois pouvoir affirmer que je n'ai jamais entendu aucun autre faire mieux le catéchisme, ni même mieux prêcher que Ms' Albrand ; très souvent dans ses instructions ou sermons, où il ne traitait presque jamais de dogme^ il était véhément et touchant, il n'était pas rare qu'on versât des larmes, ainsi que pendant les confessions. Pour le dogme, il renseignait et fort bien, mais au catéchisme, oii il savait tenir les auditeurs attentifs, et faire comprendre ce qui était compréhensible....
« J'ai oublié de dire que, pendant la visite, tous les matins, avant ou pendant la messe, il ne manquait pas de prêcher, et presque toujours avec fruit et avec intérêt. Telle était sa manière de visiter les chrétiens, surtout dans les stations un peu considérables ; quand il y avait peu de chrétiens, il agissait plus simplement. L'évêque fit un assez long séjour à Pan-kiang, où il acheva de convertir les brus du catéchiste Tchang San-kong.
Excité par le prélat, celui-ci se rendit à Ou-che, à une lieue de Pan-kiang, où il convertit une famille Li, puis à Yang-so. « Là*, pendant qu'il prêchait, un païen, Ouei, lui demanda un livre ; le catéchiste lui dit : « Toi, tu ne peux pas te faire chrétien ; » l'autre répond : « Fais-moi voir ton livre, nous verrons. » Il lui prête le catéchisme, et voilà que mon individu est pris ; il abandonne son opium, et quand nous sommes arrivés à Pan-kiang avec M* Albrand il nous apporte ses instruments de fumigation avec un petit sanglier pour nous régaler. »
Ouei convertit son beau-frère qui, l'année suivante, après avoir reçu le baptême pendant sa maladie, mourut dans de très bons sentiments, laissant une veuve et trois enfants *.
Tchang San-kong, aidé d'un autre catéchiste Siu, convertit encore plusieurs païens, mais presque tous fumeurs d'opium, ainsi que la famille des trois frères Hia, de Hoai-jan, qui avec leurs fermiers formaient une soixantaine de personnes.
1 Journal de Lions, p. 137".
' Cette veuve devint la femme d'un nommé Fou Eul-ye, catéchiste et médecin ; elle mourut ; Fou Eul-ye, épousa une autre veuve, mère de deux enfants, mais encore païenne. Quand M. Lions apprit ce ycandale, il réprimanda le catéchiste qui, naïvement lui fit cette réponse attribuée à d'autres, comme nous l'avons déjà dit : (( Père spirituel, pendant toute l'année, j'ai de la peine à convertir un païen et voilà que d'un seul coup, j'en convertis trois et vous me grondez. » Cette 'ois, Lions, pourtant fort patient, se fâcha et se priva des services du catéchiste, qui, plus tard, mourut assassiné, n'ayant plus ni femme ni enfants. [Journal de Lions, p. 138.
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SES PREMIERS ACTES
A propos de Hoai-jan, Lions raconte ce fait ' :
« Avant que le Père aille dans ce pays, une grande fille de Hia Eul-ye tombe malade et meurt sans baptême, parce que personne ne savait encore administrer ce sacrement. Peu après, comme il arrive pour la plupart des morts, ses membres se raidissent; les pauvres néophytes, qui avaient appris que les morts chrétiens étaient souples, étaient fort étonnés et' inquiets ; alors Hia Sien-sen, plus intelligent que les autres, se dit : « C'est que nous n'avons pas fait ce qu'il faut. » Mon docteur demande une écuelle d'eau, l'offre à Dieu devant la tablette du chrétien, priant lé bon Dieu de bénir lui-même cette eau, puis il asperge le, cadavre, qui au même instant devient souple ? Je crois que Dieu a voulu récompenser leur foi. Un autre petit trait de foi et de fermeté. Le chef de cette famille Hia, censé le chef du pays, et le premier converti, avait trois femmes et une pipe d'opium, car fumer était honorable ; mais ayant appris que la religion chrétienne ne permet pas la pluralité de femmes, il s'adresse fièrement à ses deux concubines, et leur dit : « Je suis chrétien, je ne puis vous garder ; si vous consentez à vous faire chrétiennes, je vous diviserai des terrains pour vivre ; si vous n'embrassez pas la religion, prenez la porte. » Bien entendu, les femmes répondirent qu'elles voulaient être chrétiennes. Pour l'opium, ce fut un peu plus difhcile : il attendit à l'article de la mort, car il ne voyait pas grand péché à fumer. Cependant il s'exécuta alors, et comme il était instruit, je lui administrai le baptême, la confirmation et même la communion! L^action de grâces n'était pas finie qu'il était mort !
« J'ai raconté le fait à Ms"^ Albrand, qui est revenu au pays l'année suivante; il m'a dit simplement : « Je n'aurais pas osé en faire autant. » Et cependant, réflexion faite, j'ai cru devoir le faire alors, et maintenant je le ferai peut-être encore dans un cas semblable, car ce néophyte avait enlevé tous les obstacles et il possédait bien sa doctrine. »
Albrand finit l'administration des chrétiens du sud- ouest par Hin-y fou : la persécution y avait fait des apostats tout au moins de bouche sinon de cœur, elle avait éloigné d'autres chrétiens des pratiques religieuses. L'évêque ramena à peu près tout le monde dans le chemin du devoir. « C'est la station qui nous a donné le plus de consolation, écrivait-il à la fin de son séjour. »
« Cependant, dit Lions^ nous n'avions pas osé faire la visite dans l'oratoire, quoique tout paré, mais nous sommes restés dans la chaumière de Tsoung Kieou-ye, où nous avons célébré la fête de Noël.»
Ce que l'évêque n'avait pas osé faire pendant l'administration des
• Journal, p. 140,
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CONSECRATIOiN EPISCOPALE D ALBRAND
chrétiens, il le lit après, et avec Lions il alla prendre possession de l'oratoire « qui était hors des murs de la ville, près du Kiao-tchangpa. » Les mandarins n'eurent pas l'air de s'en apercevoir et les païens ne hrent aucune observation malveillante. Cet acte de hardiesse heureuse rassura les catholiques plus que toutes les exhortations. (Vêtait, en etl'et^ aux yeux de tous, la réapparition sinon officielle, du moins visible de la religion sur une terre dont on l'avait chassée \
C'est de cette époque (I80O environ) que date l'augmentation de la station de Hoang-tsao-pa, par l'arrivée des frères Yu, chez qui logeait le missionnaire, celle de la station de Ouen-yao-long, dont les premiers habitants furent les Tseou, et les commencements de Po-kong avec la famille Han.
Au mois de juin, Albrand partit pour le nord du Vicariat. Cette partie était divisée en deux districts : celui du nord-est, sous la direction de Mihières, s'étendait du coté de Ou-tchoan, Mao-leao, Mao-tien jusqu'au Su-tchuen; le second, situé au sud du premier, dépendait de Perny, il comprenait Tsen-y, Su-yang, Mei-tan, Che-tsien-.
' C^est pendant ce voyage que fui converti Ten, de Tchouen-tsai-piri, qui était allé voir ses parents, les Pen. à Ma-gan-chan, où il rencontra Mg'' Albrand. Plus tard, la belle-mère de ce Ten, fuyant les rebelles, vint se fixer à Tchoueu-tsai-pin où elle adora ; elle se nommait Tin ; son mari fut assommé par un petit chef du pays. {lYotes sur le Kouy-tcheou, p. 691).
M. Aubry place également à cette époque la conversion de PLin Ta-kong, de la riche famille deKin Han-lin, et celle des deux frères OuangTe-sen etOuang Tchangsen, de Kin-kia-tchang. [A. M.-E.^ vol. 549, p. 727).
^ Voici le tableau des stations tel que nous l'avons trouvé dans les papiers de Perny ; il est daté de septembre'1848.
Stations
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San-tcha-tso
T.ong-pin-pa
Long-pin tchang
Kao-chan
Hoang-yu-kiang.
Mui-tang
Che-long-men ....
Pa-tsi-keou
Mao-men
Mao-tien
-Mao-leao
Xan-pou-toi
Chen-ki-teou
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Ho-che
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SES PREMIERS ACTES
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Ces deux districts ne comptaient guère plus de chrétiens que celui de Hin-y, mais ils étaient plus étendus et renfermaient des villes plus nombreuses et plus importantes*.
« M. Perny, écrit Lions-, avait un entrain et un zèle au-dessus de l'ordinaire. Nous n^avions alors chacun que notre viatique de missionnaire ; mais lui, recevant chaque année de l'argent de la patrie, l'employait en catéchistes et à faire prêcher, il avait emmené quelques catéchistes du Se-tchoan ; ils n'étaient pas trop mauvais, à part Simon qui n'était pas bète mais qui a mal tourné ; les autres étaient Yang-, Pen-yang, Toung, Ma-tse qu'il m^a cédé, quand j'ai envoyé Ou Mathias au P. Mihières ; puis un Ouen, bon jeune homme qui s'en est retourné au Se-tchoan, enfin Siu, que j'ai eu le tort de lui abandonner parce qu'il me dépensait trop d'argent.
« En effet, ce catéchiste pour la conversion des païens était un petit Albrand, aussi c'est M^'' Albrand qui l'avait baptisé à Pankiang et Fa employé de suite. 11 prêchait réellement avec zèle et quelquefois d'une manière fort touchante ; il a fait des conversions, soit au district de Hoang-tsao-pa, soit surtout à ïsen-y et à Mei-tan. C'est lui qui a ouvert tous les environs du Ou-kiang et ceux de Mei-tan, Yu-kin, Toan-po-tchai. »
A la fin de 1850, Albrand fit une nouvelle visite dans le sud-ouest de la mission ; au mois de décembre il célébra pour la première fois la messe dans un village Tchong-kia-tse, à laquelle assistèrent plus de cinquante personnes.
« Ils veulent me donner de leurs enfants pour le latin, écrivait-il ^ » , cependant comme ils sont les premiers de cette nation, ils ont peur de se montrer chrétiens. »
L^'évêque et Lions se rendirent ensuite à Pan-kiang* oii le bon vieux catéchiste Tchang San-kong^ continuait ses travaux. Pan-
' On cite dans ce voyage de Mgr Albrand la conversion dune famille Lo de Yutin-kan, sous préfecture de Ong-gan. Une des iîUes, Justine Lo, entra plus tard au couvent de Kouy-yang. (A. M.-E., vol. 549^, p. 1573.
- Peut-être prêcha-t-il aussi à Sou-yang tchang non loin de Che-tsien. L'origine de cette petite station est la suivante : Chen, de Sou-yang tchang, fut exilé en ïartarie vers 1815 ou 1820 pour avoir empoisonné les fontaines. Là il trouva des chrétiens du Su-tchuen qui le convertirent. Revenu dans ses foyers, il maria sa fille à un chrétien nommé Li, de Leang-fong-tong, non loin de Sou-yang tchang et une nouvelle chrétienté se forma vers 1850.
3A. M.-E., vol. 546, p 205. Lettre à M. Libois, 9 janvier 1851.
* La visite se fit dans le vieil oratoire près de la maison du Fou Eul-ye. [Journal de Lions, p. 136.
• Le quatrième de ses fils, doué de qualités et de vertus presque aussi remarquables que celles de son père, mourut assez jeune, après avoir rendu de réels services au missionnaire qui devait être le Bienheureux Auguste Chapdelaine.
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CONSECRATION EPISCOPALE D ALBRAND
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kiang fut dès lors une vraie station, qui ne devait pas augmenter beaucoup, parce que tout le monde ou à peu près était catholique, mais qui se montra toujours fervente. »
A Ni-tang, les deux missionnaires furent reçus par Ouang Sanhi S un des plus riches habitants du pays et maire du village.
Un païen, nommé Si, originaire de Tang-chang-po, ayant entendu prêcher Albrand, voulut se faire chrétien. Battu par son père et molesté par son fils, il fut obligé de fuir et alla se faire instruire et baptiser à Ma-gan-clian sous le nom de Rémi-.
Au mois de mars 1831, l'évèque était de retour à Kouy-yang, où il reprenait ses travaux qu'il résumait dans ces lignes : « Je viens de célébrer tous les offices de la semaine sainte et de chanter une messe pontificale le saint jour de Pâques, avec tous mes missionnaires que j'avais réunis pour faire les saintes huiles, sans le moindre danger et même sans crainte de la part de mes chrétiens, qui sont pourtant si timides ; le public est persuadé, en nous voyant agir si librement, que nous sommes autorisés par le gouvernement ^ »
1 Oncle du P. Paul Ouang, le jeune. De celte famille qui était riche et nombreuse, il ne restait en 1885 à peu près personne.
* Plus tard, dans un voyage fait à Tchen-lin il convertit sa sœur, Sin Si-che Monique, et jeta la première assise des conversions à Tchen-lin. Ensuite, toujours méconnu par les siens, il p^ssa sa vie en exil, faisant au Kouang-si, chez M Bazin, les fonctions de baptiseur ; son père, sa femme, son fils étant morts, il revint chez lui, mais son petit-fils, fumeur d'opium, bachelier, le maltraita à son tour, lui créant mille difficultés, telles que de lui servir de la viande tous les jours oîi il n'en pouvait manger; alors le bon Rémi jeûnait; il faisait chaque jour son chemin de croix, etc., il vivait comme un saint et mourut de même, à l'âge de 78 ans, en 1894.
•^ M. Lions ajoute ce détail. « Ce qui est plus extraordinaire et ce qu'on n'avait peut- être pas vu encore dans l'intérieur de la Chine, le Jeudi— Saint notre église a eu l'honneur ineffable d'avoir un jour et une nuit le Saint des Saints exposé sur son autel à l'adoration des fidèles. »[A. M.-E., vol. 546, p. 214. Lettre à M. Mounicou, 12 mai 1851).
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