‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 46 sur 56 · CONVERSIONS — PERSÉCUTIONS LOCALES · texte numérisé non relu

CONVERSIONS — PERSÉCUTIONS LOCALES

Courage et activité des missionnaires. — Projets de Perny. — Fondation et développement des stations chrétiennes. — Mao-keou. — Conversion de Jérôme Lou, ses travaux. — Lions à Mao-keou. — Conversions à Lang-tai. — Origine de la station de ïchen-lin.

Ces faits permettent de comprendre la situation des prédicateurs de l'Evangile ; elle est un composé assez complexe de surveillance et de demi liberté, de danger et de sécurité, qui n'a rien de très favorable à Faction apostolique, mais qui peut offrir des occasions propices au développement du catholicisme ou de ses œuvres.

L'important^ à ce moment comme toujours, n'est pas de s'arrêter devant les obstacles, de s'en effrayer, et de craindre davantage encore ceux qui pourront s^ rencontrer plus tard, mais de marcher de l'avant^, sans trop se heurter aux difficultés présentes. 11 y a longtemps qu'on a dit cette parole : « Les situations sont comme des écheveaux embrouillés ; pour les débrouiller, il faut les prendre par le bon bout. »

Les missionnaires du Kouy-tcheou, leur supérieur en tète, s'inspirèrent de ces idées; sans trop se préoccuper de la guerre civile, des massacres des impériaux, des pillages des rebelles, et du sort qui adviendrait à eux ou à leurs travaux, ils accomplirent bravement leur ministère.

Il ne faut pas s'attendre à les voir faire de grandes conquêtes ; mais peut-être qu'en considérant attentivement les contradictions de tout genre qui les entourent, sera-t-on étonné de leur esprit de décision, de leur persévérance, et même des résultats qu'ils obtiennent.

Outre les difficultés produites par les troubles politiques, Perny en aurait rencontré d'autres par suite de la situation délicate que lui créait la nomination de Faurie, si les missionnaires n'avaient

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CONVERSIONS

été tous animés du plus parfait esprit de charité. Aussi, quoiqu'il ne fut que supérieur intérimaire, pouvait-il gouverner avec aisance. Il concevait facilement des plans, même d'exécution épineuse, et comme la ténacité ne lui manquait pas, s'il n'atteignait pas entièrement le but désiré, il en approchait parfois. Dès le commencement de son supériorat, examinant les besoins de la mission, il jugea que trois points principaux devaient appeler son attention : la conversion des païens, le baptême des enfants de païens, l'éducation de la jeunesse chrétienne.

Pour atteindre ce triple résultat^ il songea au projet dont il avait autrefois expose les grandes lignes à Albrand : créer un vaste établissement qu'il qualifiait d'école normale, et le diviser en trois sections principales.

... Elle serait, disait-il', destinée à former à la vie de foi, de règle, à la controverse religieuse, les néophytes que nous jugerions capables de remplir nos vues. Les uns seraient destinés à prêcher aux gentils ; les autres à étudier la médecine pour l'œuvre angélique ; les troisièmes seraient formés à l'enseignement de la jeunesse.

Quant à l'organisation générale de cette institution, Perny la résumait en deux lignes :

La règle serait la même pour tous, à part les points spéciaux à chacune de ces sections.

Après un noviciat de deux ans, nous mettrions à l'œuvre notre nouvelle milice.

Les raisons de ce projet étaient exposées par lui dans les termes suivants :

Sans une éducation profondément religieuse, nos néophytes ne peuvent avoir l'esprit de zèle, encore bien moins peuvent-ils comprendre le prix des âmes.

Cette éducation spéciaje, ils ne peuvent la recevoir que dans une maison de ce genre. Jusqu'ici nous employons les néophytes, il est vrai, mais presque sans succès, vu qu'ils ne sont nullement éduqués. Leur bon vouloir seul ne suffit pas pour discuter contre les lettrés, pour apprendre la religion aux jeunes enfants et exercer utilement la médecine au point de vue religieux.

Sans des soins minutieux, les néophytes d'une localité ont bientôt perdu leur ferveur primitive. Tout est obstacle à la foi dans ces pays, voire même la langue chinoise. Entourés de pièges, respirant un air impur, une chrétienté ne peut se soutenir qu'autant qu'elle aura à sa tête un catéchiste

'A. M.-E., vol. 544, p. 321. Perny aux directeurs du Séminaire des Missions- Etrangères, 15 novembre 1853.

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PERSÉCUTIONS tOCALES

aussi pieux qu'instruit, qui ne s'occupe uniquement que de la religion et soit fixé au milieu d'elle. Un missionnaire peut visiter, au plus deux fois l'an, les stations de son district. Son séjour est toujours fort court en une localité, le reste du temps les néophytes sont abandonnés à euxrmèmes.

Perny ne réalisa qu'incomplètement son projet, en ce sens que l'école normale ne fut jamais fondée, mais il atteignit une partie du triple but que les missionnaires désiraient, par l'augmentation du nombre des catéchistes, par l'activité de plusieurs baptiseurs habiles, par l'établissement des pharmacies et le développement de l'œuvre de la Sainte-Enfance.

Ne bornant pas sa confiance à son activité et à celle de ses collaborateurs, il consacra, en 1856,1a mission àl'Immaculée-Gonception, et ordonna de renouveler cette consécration chaque année le 2" dimanche de l'Avent.

Voici comment devait avoir lieu cette cérémonie ' : « Après la messe, le prêtre, revêtu du surplis et de l'étole, s'agenouille devant l'autel un cierge à la main, et lui-même ou un catéchiste prononce à haute voix la formule de la consécration. Ensuite les chrétiens chantent les litanies de la Sainte Vierge. A un des offices de ce jour, le missionnaire fait un sermon sur Futilité de cette consécration. Les fidèles, confessés et communies, peuvent gagner une indulgence plénière. »

Voyons d'abord comment, appuyés sur le secours divin, animés d'un grand esprit de zèle, les missionnaires travaillèrent à l'extension de l'Evangile par les conversions d'adultes et la fondation de stations nouvelles.

A la vérité, cette extension ne fut ni considérable, ni rapide; mais personne ne l'ignore, la conversion des païens, leur naissance à la vie de la foi est l'œuvre la plus difficile de l'apostolat.

A ne parler que des néophytes et des éléments humains, la bonne volonté, le zèle, les ressources ne suffisent pas ; il faut que les circonstances s'y prêtent. Combien de fois n'a-t-on pas vu, à quelques années d'intervalle, les mêmes missionnaires, sur le môme terrain, recueillir des moissons abondantes ou demeurer les mains vides, selon la différence des situations. Assurément, il ne s'agit pas de circonstances plus où moins accidentelles, mais de celles qui se font sentir jusque dans l'intime de l'âme populaire ou qui changent la face d'un pays. S'il en était besoin , les exemples viendraient nombreux sous notre plume ; ce n'est ni le cas, ni le lieu ; d'ailleurs, nous verrons dans le cours de cette histoire des faits qui prouveront jusqu'à l'évidence la vérité de cette affirmation.

» A. M.-E., vol. 549<i, p. 17.

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