‹ Histoire des missions de Chine [microform]Chapitre 47 sur 56 · IJ · texte numérisé non relu

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CONVERSIONS

Pour le moment, étudions les conversions obtenues par Ijes missionnaires et par les catéchistes.

Ces conversions se rencontrent chez les Tchong-kia-tse et chez les Chinois.

\ la (in de l'épiscopat d'Albrand, un mouvement de conversions se manifesta vers le sud-ouest de la mission, au village de Maokeou, sous-préfecture de Lang-tai. Nous en connaissons en détail les origines^ :

« En 1832, quelques familles des environs de Tchen-lin, une vingtaine de néophytes^, en butte depuis un certain temps à l'hostilité des païens, émigrèrent à Mao-keou et dans les hameaux voisins, particulièrement à La-so, oii plusieurs devinrent fermiers de la famille Tchou.

Les nouveaux venus, néophytes presque tous fervents, ne dissimulèrent pas leur foi; aux paysans, ils exposèrent de vive voix la doctrine chrétienne ; aux lettrés, ils prêtèrent des livres.

Un jour, un païen, Lou Lou-ye, frère d'un lettré de quelque réputation, Lou Tin-mei, travaillait à la culture du coton dans ses champs, voisins de ceux qu'avait loués le chrétien Paul Yang.

Il entendit ce dernier réciter à haute voix avec sa famille des prières inconnues, et il désira en connaître la signification. Le soir venu, il entra chez Yang, s'assit et tout en buvant du thé à petites gorgées, pendant que les spirales bleues de la fumée du tabac s'élevaient légères du minuscule fourneau de sa pipe, il eut bientôt fait d'amener la conversation sur le sujet qui le préoccupait. Interrogeant alors ses hôtes, il leur demanda : « Quelles sont les prières que vous avez récitées tantôt? Quelle est votre religion? — Nous adorons le Dieu du ciel. — Mon frère, Lou Tin-mei, a également une religion pleine de mystères et très extraordinaire, appelée Pao Kong Kiao. »

Et il raconta ce qu'il savait de cette association, ajoutant : « Yang Eul-ye, connaissez-vous aussi cette religion? — Non. — Avez-vous des livres de la religion que vous suivez ? — Certainement j'en ai. »

Et Paul lui offrit, aussitôt, l'ouvrage dont nous avons précédemment parlé : Chen Kiao Li Tchen.

Lou Lou-ye porta ce livre à Lou Tin-mei qui le lut, le médita, l'annota et le renvoya à Yang par son frère chargé de dire en même temps au néophyte : « Mon frère aîné a lu votre livre, il y a même ajouté quelques annotations. Il désirerait, s'il était permis^ entretenir les chrétiens de leur religion afin d'éclaircir plusieurs difficultés qui, après la lecture de cet ouvrage, troublent encore son esprit* »

• Les Trente-cinq Vén. Serv. de Dieu, p. 320.

- Parmi eux Paul Yang dont nous avons déjà parlé.

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PERSECUTIONS LOCALES

Paul et les fidèles présents répondirent : « Très bien, très bien ! qu'il vienne, Lou Ta Sien-sen. Très volontiers, nous lui exposerons tout ce qu'il peut désirer au sujet de la vraie religion du Seigneur du ciel. » En attendant, Paul Yang remit à Lou Lou-ye un nouveau livre intitulé : Tchen Tao Tse Tchen^ (Vraie Doctrine prouvée par ellemême.)

Quand Lou Tin-mei en eut achevé la lecture, il déclara à ses amis que le christianisme était toute la vérité religieuse, et se frappant la poitrine, il répétait : « Nous avons fait erreur, nous avons fait erreur ! C'est la vraie religion, celle dont on doit croire les dogmes et pratiquer les préceptes. » Un mois se passa ; puis, Paul Yang alla trouver Lou Tin-mei et Finterrogea : « Avez-vous lu le livre que je vous ai envoyé, Ta Sien-sen ? — Je l'ai lu — Qu'en pensez-vous ? Croyez- vous que la religion chrétienne soit bonne ? — Parfaitement, parfaitement ! — Donc, vous voulez être chrétien? — Je le veux... Sans retard, ^^embrasserai cette vraie religion. » Le dimanche suivant, Paul invita Lou Tin-mei à prendre part, chez lui, à la réunion des fidèles. Le néophyte accepta. Lieou, un lettré venu de Tong-tse, et qui, sans être catéchiste, en remplissait plus ou moins complètement les fonctions, lui indiqua les cérémonies de l'adoration. Lou Tin-mei les fit pieusement, récita les prières du dimanche, prit part au dîner auquel, pour la circonstance, Yang avait invité plusieurs de ses parents et de ses amis ; dès lors il fut par tous considéré comme chrétien.

L'homme qui venait de trouver son chemin de Damas en lisant deux petits livres de doctrine catholique, était né, en 1810', ou en 1811, à Mao-keou, dans le quartier appelé Kieou-tchai, à deux cents pas de la place du marché. Il était de race Tchong-kia-tse, et le fils aîné d'un honnête païen, nommé Lou Ouen-fou, lettré assez intelligent, maître d'école et représentant de la première branche de la grande famille Lou. De sa mère, nous ne connaissons que le nom : Pe-che. Le maître d'école et Pe-che eurent cinq enfants : Lou Tin-mei, dont nous parlons, Lou Tin-piao, Lou Tin-se, Lou Tin-lou, plus connu sous le nom Lou Lou-ye ^ et une fille dont nous savons seulement l'existence. De caractère tout à la fois vigoureux et pondéré, d^intelligence vive et souple, Lou Tin-mei, sous la direction de son père, avait rapidement acquis une certaine habileté dans les lettres chinoises. Il se présenta à l'examen du baccalauréat ; mais soit qu'il ne fût pas suffisamment préparé, soit qu'il manquât de protection, il échoua. Peut-être eût-il trouvé le succès dans une seconde épreuve, il ne voulut point la tenter, et il

•A. M.-E., vol. 549% page 118. Cycle Kin-on, 15<^ année de Tempereur Kia-kîn. - Qui plus tard épousa Madeleine Yang-che.

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se lança dans les sociétés secrètes. Ceux qui l'ont connu et qui paraissent le mieux informés des détails de sa vie, ne sont pas d'accord sur la société à laquelle il s'affilia. Les uns affirment que ce fut la secte des Tsi Juen Tchen Kiao. Les autres prétendent qu^il entra chez les Pao Kong Kiao. Il s'en est trouvé pour dire qu'il appartint à la secte des Jeûneurs. Ces sectes diverses ont, du reste, le môme but, qui est, dit-on, le renversement de la dynastie. Elles ont un grand-maître, des recruteurs d'adeptes, chargés en môme temps de visiter chaque année les affiliés et de toucher leur cotisation'.

Elles enseignent certaines pratiques de mortification, comme de s'abstenir, pendant toute la vie, de viande de bœuf et de chien, de toute espèce de viande le l^"" et le 13 de chaque mois, de certains légumes réputés gras, par exemple l'oignon et l'ail, de garder le célibat ou, si l'on est marié, de pratiquer la continence. Elles ordonnent des prières en Fhonneur de Bouddha et de la déesse Kouanyn; elles promettent des joies matérielles, des richesses, une longue ' vie. Les associés se partagent en deux classes : les simples adeptes et les initiés. Seuls, ces derniers connaissent des pratiques et des secrets qu'ils ne doivent révéler à aucune personne étrangère à la secte. Toutes les sociétés dont nous parlons sont des branches de la grande association des Pe Lien Kiao (nénuphars blancs) ; mais on les confond souvent l'une avec l'autre, et c'est ce qui explique comment ceux qui fréquentèrent Lou Tin-mei et ont rassemblé leurs souvenirs pour parler de lui, ne s'entendent pas au sujet de la secte dont il fit partie-.

Quoi qu'il eût été refusé aux examens du baccalauréat et qu'il n'eût pas l'intention de tenter une nouvelle épreuve, Tin-mei avait continué d'étudier ; aussi était-il un des plus habiles lettrés de Maokeoù et des environs, et quand son père fut trop vieux pour enseigner, il le remplaça et devint un maître d'école fort estimé. Il épousa une jeune fille, nommée Pe-che^ qui lui donna deux fils : Lou Laokao* et Lou A-mien, et une fille,, A-ouang^ Il vivait dans une certaine aisance des honoraires que ses écoliers lui donnaient et du revenu de quelques champs qu'il possédait et qu'il avait loués à des fermiers.

A l'époque de son mariage, Tin-mei était un homme d'environ

' Celle de Lou fut d'environ 80 fr.

^ Voir des renseignements complémentaire sur ces sectes dans les Annales de la Sociétés des M.E. art. intitulé : Le drame de Mao-keou, année 1906, p. 174 et suiv.

■' Cette jeune fille portait le môme nom que la mère de Lou Tin-mei ; cependant elle n'appartenait pas à la même famille.

* D'après la prononciation Ke-kia, et Lou A-kao chez les Tchong-kia-tse.

■* En Tchong-kia-tse, et Yao-mei, en Chinois.

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ving-huit ou trente ans. Sa haute taille et son embonpoint donnaient à son attitude et à sa démarche un air imposant qui inspirait le respect. Qu'il parlât la langue des Chinois ou celle des indigènes , il s'exprimait avec netteté. Sa voix sonnait haute et claire, mais les inflexions ne manquaient pas de douceur. Ses é|)aules robustes soutenaient bien une tête vigoureuse, un visage aux traits accusés et selon une expression chinoise « élargi comme dans un cadre. » Le front était haut, proéminent ; les yeux, grands, reflétaient l'intelligence et la volonté; des sourcils noirs, très épais, en rendaient parfors sévère l'expression qui était toujours sérieuse. La bouche, d'un dessin élégant, était surmontée d'une petite moustache noire, peu fournie ; et des oreilles longues , faisant saillie, ajoutaient à tant d'avantages un des traits les plus appréciés de la beauté chinoise.

En un mot, l'ensemble de sa personne respirait la fermeté, le courage, et peut-être, parfois, avec son teint très brun, comme tanné, Lou Tin-mei eût-il pu être pris pour un mandarin militaire.

11 s'habillait simplement. Ses vêtements, qui étaient toujours de coton, se composaient d'un pantalon et d'une sorte de blouse qu'il choisissait ordinairement courte parce que son embonpoint le faisait soufl'rir de la chaleur. Il allait les pieds nus dans des souliers de paille. Quand il recevait des hôtes, seulement, il revêtait Thabit chinois complet : robe longue, cuissards, bas et souliers.

Soit négligence de la part de sa femme, soit probablement habitude personnelle conforme aux coutumes du pays, il faisait rarement laver ses vêtements.

Dans ses nombreuses relations, il montrait beaucoup de loyauté, et il avait une réputation incontestée de grande probité. Son jugement était droit, ses appréciations sur les hommes et les choses marquées de modération, soulignées, pour ainsi dire, par une politesse très calme.

Ces qualités, rehaussées par sa science de la littérature, lui attirèrent une considération générale. On prit l'habitude de le consulter préférablement même à son oncle, Lou Ma-teoukong, qui était le chef du village.

Il donna des conseils si sages que bientôt on lui soumit les querelles et les procès ; il indiquait des transactions heureuses qui parfois satisfirent les deux parties. Il arrivait, cependant, que son jugement ne fut pas accepté par l'un des plaideurs : la question était alors portée devant le mandarin. Mais il suffisait que l'on fît connaître à celui-ci l'opinion de Tin-mei, pour qu'il s'y rangeât.

Avec les alîaires privées, Lou s'occupa des affaires publiques. Il aida les notables du village, rendit service au maire, et, sans avoir de situation officielle, acquit une importance personnelle considérable.

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Une vertu rarement pratiquée dans cette position, c'est le désintéressement. Le métier d'entremetteur ou de consulteur, en Chine, fait bien vivre son homme; parfois môme, il Tenrichit. Tin-mei ne suivit pas cette ligne de conduite : non seulement il ne demandait rien pour les services qu'il rendait, mais il refusait tout paiement, tout cadeau, soit en argent, soit en nature; souvent on insista vivement auprès de lui pour qu'il acceptât, il demeura inébranlable.

Cette conduite paraissait extraordinaire et, en réalité, dans le milieu où vivait le maître d'école de Mao-keou, elle Tétait. Naturellement, son influence en fut augmentée, et parfois même une parole de lui suffit à arrêter les malfaiteurs dans leurs desseins coupables.

On raconte que plusieurs individus lui ayant confié leur intention d'attaquer soit par les armes, soit par des procès, certaines familles du petit village de La-so, il les en détourna par ces seules paroles :

« N'agissez pas ainsi ; tous les habitants de La-so sont sous ma protection ; si vous leur faites* subir des dommages, craignez pour vous des dommages plus graves. »

Au dire de ses contemporains, Tin-mei buvait volontiers quelques tasses do vin ou d'eau-de-vie ; il causait alors plus haut et plus longuement. Aimer à boire est le défaut national des Tchongkia-tse; mais Lou n'allait point jusqu'à l'ivresse, et deux ou trois fois seulement il dépassa un peu la mesure : imperfection qui ne diminuait en rien Testinie dont on l'entourait, et que, d'ailleurs, il racheta plus tard par ses mortifications, en se livrant à des jeûnes fréquents.

Sa situation était donc très honorable lorsque, ayant eu l'occasion, que nous avons racontée, de lire des ouvrages de doctrine, il fut éclairé par les enseignements qu'il y trouva, et touché par la grâce, il résolut d'embrasser le catholicisme.

Sans craindre aucune opposition, Tin-mei, que l'on appelait par honneur Ta-sien-sen, ce qui signifie grand maitre, fit connaître ouvertement sa résolution, et déclara qu'il abandonnait la société secrète à laquelle il avait été aftilié. Il disait même en souriant que, s'il rencontrait le recruteur qui, jadis, l'avait enrôlé, il lui redemanderait son argent et ses cadeaux.

Plusieurs de ses amis s'étonnèrent de ce changement auquel ils tentèrent de s'opposer, répétant les calomnies qui ont cours, en Chine, parmi les païens, contre la religion du Seigneur du ciel. Le nouveau converti les écoula en silence, puis il réfuta leurs dires et exposa ses motifs de croire.

Rapidement, il fit partager sa foi à ses enfants, à son père, à ses sœurs, à quelques amis. Sa mère consentit à embrasser le catholicisme, mais elle demeura catéchumène. Trois ou quatre ans après

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la mort de son fils^ elle tombera gravement malade; on appellera Laurent Lou Tin-chen pour la baptiser ; mais, hélas ! il arrivera trop tard.

Le prêtre chinois, Thomas Lo, ayant appris le mouvement religieux de Mao-keou, s'empressa de visiter les néophytes. Il s'installa d'abord à La-so, parmi les anciens chrétiens de Tchen-lin, où Tin-mei alla immédiatement le voir et l'invita à venir loger chez lui, lorsque l'administration des fidèles serait achevée. Thomas Lo accepta, et, pendant son séjour dans la demeure du maître d'école, il donna à celui-ci, sur le catholicisme, toutes les explications désirables.

Déférant aux exhortations du prêtre, le néophyte détruisit les tablettes et les autres objets superstitieux qu'il possédait, excepté un ki?2 (sorte de cymbale) et un livre relatif à la secte dont il avait été précédemment l'adepte. Il voulait, disait-il, a se servir de cet ouvrage afin de prouver à ses anciens coreligionnaires la fausseté de leurs doctrines. » Plus tard, à la demande de Lions, il brûla ces deux pièces, souvenirs de ses anciens errements. Il se rendit avec plusieurs des siens à Kouy-yang et, dans son rapport sur Tannée 18o3, Perny fait mention d'eux en ces termes ^ :

« Leur gravité, leur esprit de foi me parurent si solides et si sincères que je les admis au catéchuménat. Ils me racontèrent ici une vision que l'un d'eux avait eu peu auparavant et qu'ils regardent comme merveilleuse et surnaturelle. »

Au mois d'octobre, cette même année, Thomas Lo retourna à Mao-keou, il enregistra le nom de plus de 200 néophytes et baptisa plusieurs catéchumènes, entr'autres Lou Tin-mei qui prit le nom de Jérôme.

Lions alla également à Mao-keou ; il y demeura plusieurs mois pour enseigner les néophytes, et apprendre un peu l'idiome Tchongkia. « J'avoue, dit-il', que j'y ai fort peu réussi. Avec le secours de Jérôme Lou, j'ai pu traduire le Petit Dictionnaire de Gonzalès^ plus le Catéchisme et autres petites pièces ; mais je n'ai jamais pu parler cette langue aux tons plus variés que ceux de la langue chinoise ; il faut ajouter que les Tchong-kia n'ont aucun livre, ni aucun caractère. Cependant, voyant que les pauvres femmes de cette race ne connaissaient presque pas un mot de chinois % et qu'il y avait bon nombre de. jeunes filles disposées à apprendre à lire, j'envoyai Agathe Lin pour les instruire; c'est là que pendant quatre ans

•A. M.-E., vol. 544, p. 370.

• Journal de Lions, p. 113.

3 Dans cette région, en effet, les femmes Tchong-kia, jae fréquentant pas les marchés chinois, n'ont pas roccasion de parler la langue chinoise.

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et plus cette bonne fille a fini par apprendre aux femmes le quod justum de doctrine, tout en enseignant le chinois et la lecture à sept à huit filles, dont deux devinrent maîtresses d'école dans les environs de Gan-chouen. »

Jérôme Lou, ayant perdu sa femme, exprima le désir d'épouser la vierge Agathe Lin. Celle-ci l'ayant vivement réprimandé de cette pensée, qu'elle considérait comme une injure, il s'en excusa et porta ses vues ailleurs. Mais, sans doute, insuffisamment instruit des principes catholiques, ou bien n'en comprenant pas entièrement la gravité, il épousa une païenne. Lions reprocha fortement à Jérôme ce manquement aux préceptes de l'Eglise ; il lui ordonna de confesser publiquement sa faute et d'en demander pardon à Dieu devant tous les chrétiens assemblés. Jérôme se soumit si humblement à la pénitence imposée que, touché de son repentir, le missionnaire lui accorda immédiatement la dispense^ et l'admit à la réception des sacrements. Bientôt, la femme païenne, instruite par son mari des vérités religieuses, reçut le baptême ^

^ Après la mort de Lou, cette femme épousa successivement deux païens. C'était au temps de la révolte, et, la faim et la misère dont elle souffrait, si elles n'excusent point sa faute, paraissent cependant en atténuer la gravité.

En 1889, elle demeurait à Mao-tsao-pin. Appelée pour répondre aux enquêteurs qui faisaient le Procès apostolique sur la mort de Jérôme Lou, on la vit se réjouir de la gloire que la déclaration du martyre de son mari allait faire rejaillir sur l'Eglise, puis revenir vers les fidèles et, avant même d'y avoir été exhortée, promettre que désormais elle vivrait chrétiennement.

La fille de Jérôme, Yao-mei, baptisée sous le nom de Marie, avait été, dès son enfance, fiancée à un païen. Après sa conversion, elle exprima le désir de garder la virginité. Son père entra en pourparlers avec la famille du fiancé, afin d'obtenir la résiliation du contrat. Au dire de quelques-uns, la famille du fiancé, riche au moment de l'engagement, était devenue pauvre et, pour cette raison, Lou Tin-mei n'aurait pas été mécontent de faire casser le contrat. Cette affirmation est contredite par des faits certains.

Cette famille, mécontente du procédé, essaya de se venger en intentant à Jérôme un procès à propos du bornage de ses champs. L'affaire fat portée devant le mandarin de Lang-tai tin; Jérôme ne se présenta pas, peut-être dans la crainte que le procès ne dégénérât en accusation contre les chrétiens. Ce fut un certain Lou Lao-ouen qui comparut à sa place ; il fut acquitté. Cependant afin que le procès ne pût être repris sous un autre prétexte, Tin-mei fit ce qu'on appelle en Chine une conciliation : il donna un dédommagement à la famille païenne, et les fiançailles furent rompues.

Dès lors, Marie Yao-mei, libre de sa personne, put orienter sa vie au gré de ses saints désirs. Elle partit d'abord pour Ma-gan-chan, où elle fut instruite par Agathe Lin, et ensuite pour le couvent de Kouy-yang, où elle termina une pieuse vie par une mort édifiante.

Quant à ses deux fils, Jérôme n'en eut pas grande satisfaction. Ils se montrèrent chrétiens plus que médiocres, et fort peu respectueux de l'autorité paternelle.

Un jour, Lou Tin-mei, pleurant à chaudes larmes, s'écriait :

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Le néophyte ne borna pas son zèle à Févangélisation de sa famille. Profitant de ses nombreuses relations à Mao-keou et dans les environs, il y fit connaître le christianisme , particulièrement à La-so , Lang-tai, Po-lin, Pang-te, et réussit à convertir environ deux cents païens, tous de race Tchong-kia-tse.

Ses prédications étaient ordinairement brèves, et rapidement, dans un style concis et facile, il arrivait à convaincre ses auditeurs et à les amener à la connaissance et à l'adoration du vrai Dieu.

S'il s'adressait à des hommes intelligents et instruits, il leur donnait à lire des ouvrages chrétiens, il les leur expliquait avec le grand calme habituel aux lettrés chinois, et avec une patience qui ne se démentait jamais.

Aux ignorants, il disait simplement : « Cette religion, croyez-moi, est bonne , elle est très bonne » ; et, à l'aide d'arguments précis, il leur montrait la nécessité de l'embrasser.

Avant sa conversion , Jérôme parlait d'une voix sévère , impérative, mais, après, il témoignait à tous une véritable bonté ; et quand des affligés, des malheureux accouraient près de lui, il savait donner à chacun l'aumône spirituelle ou matérielle dont il avait besoin.

Les paroles et les enseignements de Lou exerçaient d'autant plus d'influence qu'il les appuyait par l'exemple d^une existence profondément chrétienne. Il vivait dans une sorte de retraite , ne s'occupant presque plus d'affaires, de contestations, d'arbitrages. « Ce sont, disait-il, des occasions d'ofl"enser Dieu. »

11 allait même jusqu'à détourner les chrétiens des procès. L'un d'eux, ayant été lésé dans ses droits de propriétaire par un de ses oncles, voulut l'accuser devant le sous-préfet de Lang-tai, Jérôme l'en dissuada :

« Renoncez à votre droit, lui dit-il, laissez ce champ à votre parent ; nous, chrétiens, nous devons avoir horreur des procès. »

Tous les saints n'ont pas raisonné et agi de la sorte, et tous les honnêtes gens ne pourraient le faire ; mais ces paroles montrent comment Lou entendait le détachement et combien il désirait la paix.

Lorsqu'ils ne roulaient pas sur la religion, ses entretiens étaient rares et courts. Très réservé avec les femmes, il leur disait juste les paroles nécessaires. Une de ses belles-soeurs, Madeleine Lou Yang-

« Mes deux fils, Lao-kao et A-mien, c'est évident, deviendront des hommes mauvais, ils sauveront difficilement leur âme ».

Il eut, alors, la pansée de les déshériter et d'offrir ce qu'il possédait pour les œuvres de la mission ; maïs voulant éviter toute discussion et ne s'embarrasser d'aucune préoccupation matérielle, afia de se consacrer plus facilement au service de Dieu, il leur partagea une partie de son bien.

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