CHAPITRE XI
OEUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
Le séminaire. — Installation à Lou-tsong-koan. — Retraite. — Idées de Perny. — Elèves. — Travaux de Faurie et de Payan. — Ordination de Thaddée Yang. — Règles pour les prêtres indigènes par Perny,
Nous avons vu précédemment Albrand et Faurie commencer très modestement un séminaire et l'installer près de l'église de Kouyyang. Mais il parut bientôt au supérieur de la mission que ce séminaire ne pouvait être laissé à cet endroit, et qu'il serait mieux placé en dehors de la capitale. Il donnait de ce changement les raisons suivantes* :
1° Il sera toujours impossible d'empêcher les chrétiens de pénétrer plus ou moins au collège. Vous sentez que nos enfants doivent être tout à fait séparés d'eux. 2° La disposition du local est telle que la surveillance la plus habile et la plus assidue ne parviendra pas à empêcher les relations soit verbales soit écrites avec la ville, dès que nos enfants voudront en avoir. Vous savez que le tiers au moins des élèves expulsés de Mou-pin ne le sont que pour cette cause. 3° Le voisinage tout païen qui enceint Tenclos de la maison est rempli d'inconvénients, qui tiennent sans cesse en haleine le cher M. Faurie. 4° L'air ici est bien moins pur qu'à la campagne. 5° Ici nos enfants ne peuvent être occupés à des travaux manuels. Il est pourtant bien utile qu'ils le soient, non en vue d'un bénéfice temporel, mais en vue de leur santé. A la campagne, chaque saison offrirait bon nombre de travaux de culture. 6" La vie est chère en ville. Il nous faut absolument tout acheter. Il nous faut actuellement pour 16 élèves et le reste du personnel 250 taëls par an. Chaque année, il faudra donc prélever une somme de plus en plus forte sur les fonds communs pour l'entretien de cette mai-
1 A. M.-E. vol. 544, p. 372. Rapport de M. Perny en 1854.
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ŒUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
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son. A la campagne l'allocation qu'on lui ferait une fois pour toutes suffirait au présent et à Tavenir. La mission n'aurait plus rien à allouer au collège; dès lors quel bénéfice pour les autres œuvres ! 7° A la ville on ne pourra éviter les visites mandarinales. Je ne saurais voi s dire combien le collège en a déjà reçues. Il vous est facile de concevoir combien ces visites dérangent lesétudes etàquels dangerselles nous exposent. Abeaucoup près, il n'en serait pas ainsi à la campagne. 8° A la ville, Tévêque ou le curé étant absent, il faudra que le supérieur du collège fasse les fonctions de vicaire. Si la charge du collège suffît et au-delà pour absorber tous les moments d'un confrère, jugez ce qu'il en sera s'il faut qu'il soigne encore cette chrétienté !
Frappé de ces inconvénients, dont plusieurs ne paraissent cependant pas avoir actuellement l'importance qu'il leur attribuait alors, Perny acheta la propriété de Lou-tsong-koan, située à environ une heure de marche de Kouy-yang dans un lieu fort tranquille. La misère causée par les troubles ayant fait considérablement diminuer le prix des terrains, il fit un marché heureux. A cette première propriétéj il ajouta celles de Ma-kia-tou, de Tang-kia-chang et de Ghetse-pa'.
Faurie fut chargé de construire le nouveau séminaire ; plusieurs fois par semaine, il se rendait à Lou-tsong-koan, tantôt seul, tantôt avec les élèves qui aidèrent les ouvriers^
Les constructions, placées à quelque distance et en face du tombeau d'Albrand, consistèrent en plusieurs bâtiments assez vastes, auxquels on ajouta une chapelle dédiée à la Sainte Vierge, sous le vocable de l'Assomption. Autour des bâtiments s'étendirent des jardins, des plantations d'arbres^; un long aqueduc y amena les eaux des collines voisines.
Le travail fut achevé au commencement du mois de septembre d856) et la bénédiction eut lieu le 8 du môme mois, en la fête de la Nativité de la Sainte Vierge ; elle fut solennelle. « Voulant contribuer
i« On n'y a plus rien ajouté, dit Lions, sinon uu petit terrain, àPi-tse ».
* Ce séminaire devait être construit en briques, aussi on bâtit un grand four pour les cuire ; mais les troubles, dont le Kouy-tcheou fut le théâtre^ empêchèrent la réalisation de ce projet et l'établissement fut bâti en terre et en bois.
3 11 fut question de 50.000 arbres d'essences variées, et par un contrat passé avec le chinois planteur, la mission ne devait payer que ceux qui pousseraient. En réalité la plantation fut beaucoup moindre. La vigne y fut cependant assez largement représentée. « J'ai fait planter 500 pieds de vigne. Enfin, par les soins du cher M. Mihières, nous avons fait une plantation de deux mille arbres à vernis. La qualité du vernis que nous récolterons plus tard n'est pas égale à celle du vernis d'Ou-tcheou, mais elle ne laissera pas que d'avoir sa valeur. » [A. M,-E., vol. 544> p. 372. Rapport de M. ÎPerny, 1854). Nous ignorons combien cette propriété avait coûté, mais Perny avança pour la payer une somme de 600 taëls qui lui appartenaient.
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pour leur part à la cérémonie, dit le compte-rendu de cette fôte^ les chrétiens se cotisèrent pour offrir quelques objets au collège. Dès la veille, un bon nombre se rendirent à la campagne. Le bruit des boîtes et des pétards, Fillumination de la maison annoncèrent au loin la fête qui se préparait. Nous aurions vivement souhaité que vous fussiez tous présents à cette joie de famille. Dès le lendemain, à l'aube du jour, la naissance de Marie fut saluée au bruit d^une musique champêtre, qui s'alliait religieusement avec le tumulte des fusées chinoises et l'arrivée des hôtes de la fête. Un soleil radieux semblait donner un aspect animé à nos hautes montagnes, qui prêtant leur écho au bruit du canon, ajoutaient quelque chose d'imposant à la solennité. La musique des Miao-tse salua, à leur arrivée, les principaux invités de la fête et épuisa tout le répertoire de ses chants, en cette journée qui fut toute de consolation pour le cœur des confrères présents. Nous avions compté sur une centaine d'invités, soit parmi les chrétiens, soit parmi les païens de nos connaissances. Quelle ne fut pas notre surprise en voyant comme une procession venir de la ville! Il y eut en tout près de 400 convives. Il y avait une douzaine de globules. Vers dix heures du matin, la cérémonie commença. La cour était jonchée de spectateurs. Après quelqueschantsenlhonneurdeMarie, eut lieulaharangue conforme à la circonstance. Chacun de ses trois points fut en une langue différente. Puis, la procession défila dans un bel ordre. Chacun des enfants de nos deux écoles de la ville portait une oriflamme et un cierge allumé. La croix marchait en tête. Les chrétiens présents suivirent le même ordre, chantant les litanies de tous les Saints. La plupart des élèves, habillés en lévites, ouvraient les rangs du clergé. L'éclat des habits sacerdotaux, des chappes ' surtout, paraissait attirer l'attention des spectateurs païens. La procession fit le tour de la maison, pendant que le célébrant aspergeait d'eau bénite chaque appartement du collège. Au retour^ la procession se rangea en fer-à-cheval au milieu de la vaste cour de la maison. Là, le célébrant bénit les provisions de bouche rangées sur une table ornée. La musique, les boîtes étouffaient les chants de l'Eglise. La sainte messe fut célébrée avec la même pompe extérieure. Les gentils étaient dans Fadmiration. La journée se passa dans les repas successifs, qui furent gravement joyeux. Le soir, illumination de la maison. Les jours suivants, la nouvelle que l'on racontait en ville parmi les païens, était la cérémonie de Lou-tsong-kouan. » « Cette pompe extérieure, concluait Perny-, nous fait de plus en plus sortir de
* Journal de la mission, année 1856. septembre, p. 3.
* Journal de la mission, année 1856, septembre, p. 5.
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nos catacombes et nous fait acquérir peu à peu un droit de bourgeoisie, que nous désirons beaucoup et dont nous avons déjà maintes fois ressenti les heureux effets. »
Le lendemain, dans la chapelle du tombeau d^Albrand, un service solennel fut chanté pour le repos de l'âme du défunt, qui avait été l'initiateur du premier séminaire du Kouy-tcheou,
Au mois de novembre suivant, une retraite fut faite aux élèves, elle dura dix jours. Les sermons eurent lieu en langue latine \
Il fut ensuite décidé qu'une retraite analogue aurait désormais lieu tous les deux ans, et qu'elle serait donnée par un ou par deux missionnaires étrangers au séminaire ; cette dernière condition n'avait d^autre but que de faciliter aux élèves l'ouverture de leur conscience.
Après ces premiers soins donnés à l'installation de la maison, Perny rêva de la direction, des études et des règlements :
Il faudrait à la tète du collège un ancien missionnaire capable, lettré et très versé dans la connaissance des mœurs et usages chinois ; il faudrait une règle qui embrasse dans son ensemble Tœuvre du clergé indigène et qui comprenne le clergé en action ; une règle sage prévoyant tout et qui.
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Ouverture.
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sujets traités furent les suivants SERMONS.
Excellence de la grâce de la retraite.
De la fin de l'homme.
Nécessité du salut.
Du péché mortel.
Du péché mortel.
Gravité du péché des élèves latinistes.
Abus des grâces.
Nécessité de la conversion.
Signes d'une vraie conversion.
De la vanité du monde.
Des deux étendards.
Du scandale.
Mort du pécheur.
Mort du juste.
Du jugement.
De l'éternité.
De l'enfer.
De la persévérance.
De l'amour de Dieu.
Le Ciel.
CONFÉRENCES Avis pour la retraite.
Trois états ordinaires des élèves latinistes.
Obstacles des élèves à la perfection.
Portrait de l'élève tiède.
Portrait de l'élève fervent.
Fausse honte en confession.
Du vice de l'hypocrisie.
Du respect humain.
Maux de l'élève infidèle à sa vocation.
Défauts des collèges chinois.
Lutte du vieil et du nouvel homme.
De la modestie.
De la chasteté.
Des passions, de leur bon usage.
L'union à Dieu.
Des beautés de la vertu.
De la charité fraternelle.
Signes de la vraie ferveur.
Zèle du bon élève.
Délicieuse paix du bon élève.
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ŒUVRES, REGLEMENTS ET PROJETS
adoptée à l'unanimité des confrères de la mission, ne put être changée à la volonté de chaque supérieur, comme cela arrive en ces pays. Au supérieur il faut deux ou trois confrères pour le seconder dans son emploi et préparer avec lui, sur un plan concerté, les travaux nécessaires au collège. La plus grande difficulté pour le supérieur n'est pas de diriger l'instruction. Nos enfants apprennent facilement le latin. Pour l'étude du chinois, je dirai que généralement on la néglige trop. Vous savez tous qu'un jeune homme qui consacre dix ans aux études n'est pas censé lettré.
Or jugez de la faiblesse de nos élèves qui. dans certains collèges, consacrent à l'étude de leur langue, durant 6 à 7 ans. une après-midi, par semaine et les jours de grandes fêtes. Je tiens de M^'' de Sinite que beaucoup de prêtres chinois duSu-tchuen ne savent pas écrire convenablement une lettre, encore bien moins rédiger un placet, faire une traduction. Ne pensez-vous pas que c'est là un vide essentiel dans leur instruction ? Désirant que nos élèves du Kouy-tcheou soient versés dans leur langue, j'ai invité un licencié chinois pour leur faire ce cours de langue. Un tiers de la journée est consacré à cette étude ; ils apprennent les livres classiques, afin d'être un jour à même de réfuter les erreurs des disciples de Confucius. Bien plus, ne pensez-vous pas qu'il serait grandement à désirer que ceux de nos enfants qui annoncent des dispositions soient plus suivis encore dans l'étude de cette langue et poussés aux grades, s'il est possible? Vous concevez qu'en une foule d'occasions ces prêtres lettrés et globules pourraient rendre d'importants services à la mission.
Nous ne nous permettrons pas d'apprécier les idées de Perny ; s'il paraît excellent à tous les missionnaires du céleste empire que les prêtres indigènes soient versés dans la littérature chinoise, il leur semble, généralement du moins, assez dangereux de les pousser à prendre des grades dans les examens, et jusqu'à ce jour, bien peu de supérieurs de missions ont ouvert cette voie devant leurs séminaristes. A lui seul cependant, le fait ne prouverait pas que Topinion de Perny soit fausse, et d'ailleurs l'eût-elle été à l'époque où il l'émettait, elle pourrait ne plus l'être, soit maintenant, soit plus tard, en raison des circonstances.
Quels que fussent les vœux et les projets du supérieur de la mission, il devait, comme tout le monde, subir la réalité qui était singulièrement éloignée de ses désirs.
Faurie, toujours seul à la tête de la maison qu'il venait de construire, comptait une quinzaine d'élèves^, dont deux de race Tchongkia-tse ; deux théologiens, Joseph Tchang, âgé de 22 à 23 ans, originaire du Su-tchuen, et Pierre Tsiang, 20 ans, du Kouy-tcheou ; deux avaient presque achevé leurs humanités : Jean-Baptiste Yang, 19 ans, fils d'un cultivateur, studieux, persévérant et docile ; Jean Yang,
^ A. M.-E., vol, 544, p. 374. Rapport de M. Perny. Moyens de conserver les grâces de la retraite. (Journal de la mission du Kouy-tcheou, an. 1856, p. 14).
2 A cette époque, 37 enfants avaient passé par le séminaire, un peu plus de la moitié l'avaient quitté faute de dispositions suifî santés.
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placide et pieux, tous originaires du Kouy-tcheou. Les autres s'échelonnaient dans toutes les classes, depuis les premiers rudiments ; parmi eux, on remarquait Paul Tchen, 16 ans, fils d'un médecin païen ; il était, contrairement à toute coutume, entré au séminaire, avant d'avoir reçu le baptême \ mais sa piété et son intelligence avaient fait omettre en sa faveur les règles ordinaires. Nous retrouverons plusieurs de ces jeunes gens combattant courageusement pour le Christ.
Afin que chacun d'eux pût avoir au moins une classe par jour, Faurie avait pris le parti d'y introduire l'enseignement mutuel, ce qui l'aidait un peu, et produisait des résultats satisfaisants. Presque quotidiennement, et surtout les jours de congé, les élèves se livraient pendant quelques heures aux travaux manuels ; les uns construisaient un mur de clôture pour le jardin, d'autres défrichaient les terres incultes, apprenaient à manier plus ou moins habilement la hache, la scie et le rabot, abattaient des arbres et les débitaient en planches. Une fois par semaine, ils faisaient une excursion dans les montagnes, et pendant que les élèves se distrayaient, le supérieur commençait la composition d'un herbier médicinal. Lui-même nous a résumé son existence si occupée :
« Voici ce que j'ai pu faire, jusqu'ici au collège : Enseigner tant bien que mal du latin et un peu de logique (4 ou S classes par jour), quelques rares instructions religieuses peu ou pas préparées. Ajoutez que, n'étant pas doué du don de la parole, je n'intéressais pas les élèves. Entre ces occupations premières , j'intercalais, comme je pouvais, la récitation du bréviaire, un coup-d'œil aux domestiques, à lacuisine, au matériel enfin. Etant seul, j'étais toujours sur pied pour la surveillance ; je ne pouvais abandonner les élèves 1/4 d'heure de suite. Ainsi, depuis 5 heures du matin jusqu'à 9 heures du soir, pas un moment à moi pour me recueillir un peu, réfléchir, préparer quelque plan solide et suivi d'instructions et de direction. Tout allait comme le vent pousse. Et quoique je n'eusse pas fait la moitié de ce qu'il aurait fallu, le soir j'étais bien fatigué. Je me serais tué, s'il avait fallu travailler la nuit. Et voilà la belle besogne que j'ai faite pendant 5 ans. Jugez maintenant s'ils doivent avoir une éducation robuste. Cela va un peu mieux depuis que M. Payan partage la besogne, mais ne suffit pas encore. 11 faudrait que le su-
1 « Il fut baptisé au séminaire. C'était un spectacle nouveau de voir baptister un séminariste déjà admis aux études. Cela ne s'était jamais vu ici, et ne se reverra peutêtre jamais plus. Nous admettons toujours au séminaire, de préférence, les enfants d'anciens chrétiens, parce qu'ayant été élevés dans leur famille au milieu des idées chrétiennes, il sont plus solides dans la foi et dans la vertu >. (Journal de la mis., an. 1861.)
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ŒUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
périeur fût tout à l'éducation religieuse et cléricale, à la direction, pouvant se reposer sur d'autres pour les études, la suryeillaiice et le reste de la manœuvre ; il pourrait prendre le temps de réfléchir, préparer, méditer, prier ; en un mot, de faire l'œuvre du capitaine, comparer le point du sextant avec l'heure du chronomètre, et pouvoir ainsi diriger la navigation avec certitude. Alors la principale partie de l^éducation cléricale marcherait constamment, vigoureusement. On formerait des vertus fortes et solides, et on obtiendrait des prêtres auxquels on pourrait se fier, et qui feraient, dans le ministère, cent fois plus et cent fois mieux que nous. »
En 18S6, Faurie installa au séminaire une petite imprimerie. 11 avait déjà réussi à reproduire par la xylographie un certain nombre de textes classiques lorsqu'il reçut de France plusieurs caisses de caractères d'imprimerie mobiles ; il constitua dès lors un modeste atelier, exerça des élèves à la typographie et diminua ainsi le travail énorme qu'imposait la transcriptioi} des liyres.
Les travaux de Payan qui aidait Faurie, pe se hor^ièreiat pas uniquement au professorat et il suffit de lire les lignes suivantes pour s'en rendre compte^ :
« Je fais la classe deux fois par jour, et, de plus, tous les soirs, je fais le catéchisme aux petits élèves dans Jeur laugue materuelle, tandis que M. Faurie le fait en latin aux plus grands, ActuellemQUt, mes moments libres sont employés à traduire les Examen^ de Tropsfon adaptés aux usages de ces pays-ci.
« De plus, je suis curé des chrétiens des environs du collège. Enfin, j'exerce un emploi qui me rapproche beaucoup de vous; je suis aussi procureur. »
En 1857, le séminariste Thaddée Yaug reçut l'opctiou sacerdotale.
Né à Ko-kiang bien (Su-tchuen), en 1820, Thaddée Yang Lieu-^yuu était alors âgé de 37 ans. Il avait reçu les ordres mineurs des maius d'Albrand en 1851, et depuis lors il avait rempli, sous la direction de plusieurs missionnaires, les fonctions de catéchiste. Perny l'avait gardé près de lui à la fin de Tannée 1856, pour le préparer plus directement au sacerdoce, puis envoyé à Tchong-kin. Selon la coutume alors et aujourd'hui encore en vigueur au Su-tchuen, Desflèches conféra, en quelques jours, les saints ordres au séminariste ; le ^ juillet, le sous-diaconat, le 3 juillet, le diaconat, et le 4 jmllet, la prêtrise. A l'occasion de cette ordination, Peruy traça pour Thaddée Yang, pour Thomas Lo et pour les futurs prêtres chinois une règle générale dont il dit* :
1 A. M.-E., vol. 546", p. 437. Lettre du 16 août 1857.
2 A. M.-E., vol. 5491^ p. 1.
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OEUVRES, REGLEMENTS ET PROJETS
La lecture mensuelle de cette règle rappellera à nos prêtres chinois la sainteté de leur caractère, la vie pure qu'ils doivent mener, leurs obligations sacrées, les écueils qu'ils doivent fuir pour se conserver à la hauteur de leur sublime mission. Les confrères européens prendront connaissance de cette règle de vie, afin de bien connaître l'esprit dans lequel nous désirons diriger le clergé indigène et pouvoir, en temps opportun, lui donner des conseils, selon ce même esprit de direction.
Voici la traduction de cette règle, qui fut publiée en chinois et en latin :
Pour chaque jour
L En tout temps ils se lèveront de bonne heure, afin d'avoir, avant le saint sacrifice, un intervalle convenable pour la prière. Les traits enflammés de l'amour divin s'élancent du cœur d'un prêtre pieux s'éveillant en union avec le Christ, source du pur amour.
IL Comme l'huile nourrit le feu, ainsi l'oraison nourrit la piété. La méditation a embrasé mon cœur (Ps. 118) . Ils s'adonneront à la méditation avec la plus grande assiduité, non d'une façon confuse, mais avec ordre dans les sujets, selon les conseils de leur directeur. Le prêtre qui ne fait pas de l'oraison ses plus grandes délices devient tiède. Les heures du matin sont plus propices pour la méditation. Il n'est jamais permis à un homme de Dieu de l'omettre et la maladie, les travaux ou les voyages ne lui doivent pas servir d'excuses.
III. L'oblation du Saint-Sacrifice est'la plus haute fonction sacerdotale. Avec un cœur enflammé et brûlant, une âme ardente, souffrant d'une faim dévorante, toutes les puissances de l'esprit doivent être emportées comme ravies entre les armées célestes ; qu'ainsi chaque jour ils offrent le sacrifice non sanglant de l'autel, afin d'être plus redoutables au démon. Que leurs actions de grâces soient ferventes après l'oblation sacrée !
IV. Chaque jour d'administration, à la sainte messe, ils adresseront aux fidèles un sermon concis, clair, bien divisé et pratique. Qu'ils ne se prêchent pas eux-mêmes, mais qu'ils prêchent Notre-Seigneur Jésus-Christ. Je ne cherche pas ma gloire mais la gloire de celui qui m'a envoyé. (Joan 8). Que les pleurs des auditeurs fassent son éloge. La parole du prêtre doit être embaumée par la lecture des Saintes écritures (Saint Jérôme).
V. A moins d'empêchement, il convient de réciter les petites heures, au moins les deux premières, aussitôt après l'action de grâce de la messe.
VI. Si les ministres ne sont pas capables ou insuffisamment instruits, les prêtres devront eux-mêmes, chaque matin, insti;uire le peuple sur la religion. Ce genre d'allocutions demande beaucoup de science, une connaissance approfondie du cœur humain et le sens exact des expressions : sur trois instructions de ce genre, qu'il y en ait une pour expliquer les principes de notre religion et les deux autres pour la faire aimer.
VIL Ils doivent prendre leurs repas avec tant de gravité, de frugalité et de tempérance, que dans cet acte on reconnaisse toujours l'Apôtre : Ayant de quoi nous nourrir et de quoi nous couvrir, nous devons être contents. Je suis fait à touty au bon traitement et à la faim. Ils ne permettront
ŒUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
jamais qu'on leur apporte ordinairement plus de quatre espèces de mets. Les excès de table alourdissent l'esprit. Une nourriture sobre et l'estomac libre sont préférables. Lorsque vous prenez vos repas pensez que vous devez aussitôt prier ou lire. Pendant tout le repas amenez la conversation sur quelque sujet pieux ou répondez modestement aux interrogations {^aiini iérôme). Lorsque les néophytes sont pauvres, la table doit être servie aux frais des prêtres, afin que Thospitalité ne soit pas trop à charge.
VIII Le matin, revêtus du surplis, ils entendront les confessions des fidèles. La règle de la mission est qu'ils ne doivent pas entendre plus de douze confessions par jour à moins de pressante nécessité. Dès la nuit il n'est plus permis aux femmes de venir vers les prêtres. Partout on devra construire une claie de bambous pour les confesrions. La porte de la chambre du prêtre doit toujours être ouverte. Avant l'administration d'un sacrement, mais spécialement du sacrement de pénitence, ils n'oublieront pas de produire une intention pure et d'élever leurs cœurs vers Dieu. Voici les cinq points auxquels ils doivent surtout tendre : que la Sainte Trinité soit glorifiée, que le sacrement soit religieusement administré, que le pénitent se sanctifie, que les assistants soient pieusement stimulés, que le ministre croisse en grâce et en mérites.
IX. Vers midi, il fera l'examen particulier, selon la règle venue des saints Pères. Son omission porte un grand préjudice à l'âme. Car l'examen de conscience dissipe les ténèbres du cœur, entretient la crainte divine, augmente les forces spirituelles, et apporte avec elle d'autres nombreux avantages.
X. Après le repas il est juste et convenable de récréer un peu l'esprit par quelque conversation, mais toujours sur des sujets sérieux, pour que l'entretien ne cesse pas d'être dans le ciel. Les choses vaines ou folâtres annoncent un esprit mondain, et seraient une espèce de sacrilège sur les lèvres qui chaque jour touchent au ciel. Ceux qui s'occupent d'arts libéraux peuvent employer ce temps très utilement.
XI. Avant le travail du soir, la courte récréation étant terminée, il faut rentrer un instant en soi-même, afin de réciter avec ferveur vêpres et compiles.
XII. Les travaux de l'après midi, dont ils pourront plus utilement s'occuper, sont les suivants : donner des conseils aux chrétiens qui en ont besoin, réunir les enfants et les instruire, établir de nouvelles écoles ou visiter les anciennes, arranger les questions de mariage, régler les différends, visiter les malades, établir de pieuses confréries, préparer les catéchumènes au baptême, les éprouver, gérer les biens temporels de la station, s'occuper en particulier des ministres de l'Eglise ', leur préparer des sujets de méditation du matin, leur faire traduire quelques pages de théologie en langue chinoise afin qu'ils soient soigneusement instruits, écrire des lettres à leurs amis ou faire d'autres travaux de ce genre. L'oisiveté rend le prêtre inutile pour Dieu et les hommes et cela suffit pour sa damnation.
XIII. Les prêtres par leurs prières soutiennent l'équilibre de l'univers (Saint Chrys.) Avant la récitation de l'office divin, qu'ils renouvellent chaque fois de ferventes intentions^ préparant ainsi leur âme à la prière. Us s'effor-
^ Les séminaristes qui accompagnent les missionnaires.
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aBUYRES, REGLEMENTS ET PROJETS
ceront de comprendre soit le sens général, soit le sens spécial de leur office, suivant le mode, afin de gémir en récitant les psaumes tristes, et de se réjouir en psalmodiant les cantiques de joie. Pendant que les chrétiens rér citent les prières du soir, ce temps est plus proprice pour terminer la récitation de l'office, il faudrait à l'exemple des saints le dire à genoux, à moins qu'une santé débile ne le permette pas. Il jjriait à genoux et tomba la face contre terre (Marc. 14.).
XIV. Dans chaque stë^tion, les prières du soir terminées, ils feront le catéchisme aux fidèles assemblés. Saint François de Sales dit : On ne répète jamais assez ce que l'on ne sait jamais assez. Les catéchismes qui n'ont pas été convenablement préparés ennuient les auditeurs. Ils doivent faire preuve de tant d'onction, de piété et de science; que les chrétiens, le cœur gai, accourent à ces réunions comme à un festin.
XV. La lecture spirituelle est l'aliment de la piété. Avoir toujours avec soi des livres pieux oîi on puise un aliment pour l'âme. On dit de saint Ephrem qu'il retraçait par ses actes la page qu'il avait lue. Saint Jérôme dit de saint Napour que, par une lecture assidue et de continuelles méditations, il avait formé son âme, et que son cœur était la bibliothèque du Christ. Il faut donner à la lecture au moins un demi-heure.
XVI. Il convient que les prêtres honorent par une affectueuse piété la mère du Dieu trois fois saint, la bienheureuse Vierge Marie Immaculée. Comrne preuve de cet amour, ils ne devront pas oublier de réciter chaque jour le chapelet avant d'aller prendre leur repos. Le culte de la bienheureuse Marie est le signe certain des âmes pures et de la chasteté répandant autour d'elle la bonne odeur de Jésus-Christ. La piété filiale des prêtres doit gagner partout les cœurs des fidèles à une sincère et tendre dévotion envers Marie.
XVII. Il convient de se coucher aune heure réglée. S'ils allaient se coucher plus tard ou à leur guise, le lendemain ils ne pouraient pas se lever matin. La préparation de la méditation du lendemain est importante, puisque tout le succès de la prière en dépend. Qu'ils reposent doucement sur les saints cœurs de Jésus et Marie et que leurs dernières paroles soient les très saints noms de Jésus, Marie, Joseph. Que le sommeil les surprenne ainsi pieusement occupés, afin qu'ils puissent dire vraiment : Je dors, mais mon cœur veille (Cant. 5).
XVIII. Lorqu'ils ne visiteront pas les chétiens, ils devront suivre leur règlement avec plus d'exactitude. Ils devront alors se livrer en particulier avec plus de soin à l'étude et à la lecture. Que jamais les prêtres n'osent penser qu'ils sont assez savants. Comme vous avez rejeté la science, je vous rejetterai aussi, et je ne souffrirai point que vous exerciez les fonctions de mon sacerdoce (Ps, IV).
Pour chaque mois
I. Le premier de chaque mois, au lieu de la lecture spirituelle, ils liront ce règlement de vie et les conseils y joints. Si ce jour-là il y a un empêchement, ils feront cette lecture le premier jour libre.
II. Chaque mois, chacun ayant choisi le jour qui lui conviendra le mieux, ils feront une retraite spirituelle. Alors ils s'emploieront avec un plus grand soin à l'étude de leur propre cœur et à l'examen de conscience. Car notre
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OEUVRES, REGLEMENTS ET PROJETS
salut dépend de notre travail personnel. Plus le prêtre fait d'efforts pour s'occuper de son salut avec soin et diligence, plus aussi il devient et meilleur et plus puissant ouvrier dans la vigne du Seigneur. C'est en s'occupant de leur propre salut, que plus tard ils pourront prendre soin des chrétiens. Comme ici on ne peut pas avoir facilement de confesseur, ils feront avec fruit une confession mentale ou spirituelle.
Pour chaque année
I. On doit considérer comme des fêtes les jours anniversaires du baptême et de l'élévation aux saints Ordres; tous les hommes apostoliques ont eu coutume de les célébrer par un culte particulier. Les prêtres devront tenir à honneur de ne jamais s'écarter d'une si sainte coutume.
IJ. Chaque année, tous devront lire au moins la moitié de la Bible. Que les Saintes Lettres soient constamment entre vos mains. Que le sommeil vous surprenne en les lisant^ et que la page sainte soutienne votre tête défail' lante. Aimez les Ecritures et vous tiendrez en horreur les vices de la chair (Saint Jérôme.). Ils liront aussi les rubriques du Bréviaire et du Missel, le synode du Sut-chuen, les lettres pastorales et les instructions des Vicaires apostoliques.
III. Chaque année, ils soutiendront devant le Vicaire Apostolique ou en présence de quelque missionnaire européen désigné par lui, deux thèses de théologie. Le sujet de ces thèses sera indiqué à la retraite, ou marqué à la fin de Tord®.
IV. Tous les prêtres de la province, chaque année, composeront trois sermons écrits, qui seront soumis à l'examen du supérieur de la mission ou de son délégué ; les sujets seront indiqués d'avance.
V. Notre ministère est tout céleste. Cependant la fragilité humaine est telle qu'il est bien difficile aux hommes de Dieu de ne pas contracter quelques souillures de la poussière de ce monde, de ne pas laisser le zèle apostolique s'affaiblir, et la vivacité de l'esprit s'émousser pour la contemplation divine. C'est pourquoi, le Christ conduisait souvent les Apôtres dans le désert, pour y goûter un peu de repos, c'est-à-dire, pour secouer èette poussière du chemin, retremper leur âme. et augmenter leur soif de l'oraison. Telle est la raison pour laquelle tous les prêtres de la mission devront chaque année, dans un lieu fixé par le supérieur, s'appliquer aux exercices spirituels pendant plusieurs jours.
Conseils divers et défenses
I. Dans la province du Kouy-tcheou, les principaux devoirs des prêtres chinois sont au nombre de trois : Le premier et le plus important est la prédication aux païens. Qu'ils se montrent constamment enflammés d'un zèle inépuisable, en semant partout la parole divine. Que la soif du salut des âmes leur suggère sans cesse de nouveaux moyens, pour les amener à la foi. // ne m'a pas envoyé pour baptiser, mais pour évangéliser. Malheur à moi, si je n'annonce pas t Evangile (Saint Paul) . Le sang de Jésus- Christ est le prix des âmes ! Tant de millions d'âmes sont assises à l'ombre de la mort éternelle; un tel spectacle laisserait insensible le cœur des
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prêtres I — Le second devoir est d'instruire et de former des catéchistes pour le soin de la prédication. Ils devront s'occuper avec la plus grande sollicitude de cette œuvre si excellente. Lorsque ceux-ci seront convenablement instruits quanta la doctrine ou à la controverse, ils seront envoyés dans diverses parties du district pour prêcher à leurs amis et connaissances. Ils devront choisir pour les aider dans cette œuvre de bons et intelligents chrétiens, et il s'en trouve dans tous les districts.— Le troisième devoir est le soin des chrétiens.
IL Parmi les bonnes œuvres, l'œuvre angélique doit briller d'un éclat spécial, puisqu'elle procure plus directement une grande gloire à la très Sainte Trinité. Tous les ans, pendant la visite, ils ne négligeront pas de donner aux chrétiens un sermon solennel sur l'œuvre de la Sainte-Enfance. Ils provoqueront l'émulation parmi les fidèles au moyen de pieuses récompenses, pour qu'ils recherchent les enfants païens moribonds. Ils énumèreront les indulgences publiques et privées attachées à cette œuvre, la liste en sera affichée partout dans les oratoires. Il n'y a pas de station dans laquelle on ne puisse enrôler quelques fidèles dans cette œuvre. Les jeunes gens ou les vieillards libres des soins domestiques donneront leurs noms à l'œuvre angélique.
III. Bien que les prêtres chinois, par le sacerdoce, soient revêtus des mêmes dignités que les missionnaires européens, qu'ils se souviennent cependant que ces derniers sont leurs maîtres et leurs chefs dans la foi. C'est pourquoi, dans toute occasion, ils les recevront avec déférence et exquise politesse, et ils leur donneront les premières places au milieu des prêtres indigènes les plus âgés de la province.
IV. Les vêtements des prêtres doivent être convenables et propres, mais modestes. Si le souci continuel du vêtement dénote un prêtre mondain, combien plus les habits élégants et somptueux ! Qu'ils se montrent dignes de louanges par leurs vertus apostoliques, et non par leur parure extérieure. La soie et les fourrures précieuses sont rigoureusement prohibées pour tous dans le 'Vicariat.
V. Il est défendu à tous indistinctement d'introduire de nouveaux usages, de composer des prières ou des rites, de répandre de petites pratiques môme non imprimées, de distribuer des livres non approuvés, sans une permission préalable.
VI. Il est vivement à souhaiter que chaque station puisse avoir son propre curé et à demeure. Alors les scandales seraient empêchés, l'ignorance bannie, les sacrements plus souvent administrés, les secours de tout genre plus abondamment fournis aux fidèles. La renommée de la religion se répandrait, l'idolâtrie serait extirpée avec plus de constance, en un mot, les stations florissantes rappelleraient le souvenir de la primitive Eglise où les fidèles n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Mais comme actuellement les prêtres sont en très petit nombre, ils ne pourront jamais obtenir tous ces résultats. Cependant que chacun selon ses moyens visite entièrement son district au moins deux fois chaque année. Il n'est pas permis d'en sortir sans l'autorisation du Vicaire apostolique ou du supérieur.
VII. Afin que les registres des actes d'administration soient conservés avec soin dans un ordre choisi et parfait, les noms des adorateurs, des catéchumènes, des baptisés de chaque station seront soigneusement ins-
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OEUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
crits sur des registres distincts. Tous les deux ans, au moins, le plus ancien au nom du Vicaire apostolique examinera si ces registres sont en bon ordre ; il fera de même pour tout ce qui regarde le culte divin. Il en enverra le compte-rendu au supérieur de la mission.
VIII. Parmi les causes qui ont empêché la religion chrétienne de prendre un développement plus rapide, et qui font que son but est si imparfaitement compris presque par tous, incontestablement se trouve l'absence de culte public. Jusqu'à un certain point les prêtres peuvent remédier à ce manque en exhortant les chrétiens à célébrer les fêtes les plus solennelles avec un apparat soit intérieur soit extérieur. Quant à tout ce qui les concerne, les prêtres feront leurs efforts pour orner les oratoires, décorer les autels, toujours cependant dans une sage mesure. Seigneur, j'ai aimé la gloire de votre demeure (Ps. 25).
IX. Chacun inscrira sur un livret, d'une manière claire, les intentions de messes données par les fidèles, de telle sorte qu'en cas de mort subite, le nombre des intentions non acquittées puisse être connu très exactement. Car autrement la conscience des prêtres resterait chargée. Ils peuvent dépenser l'honoraire des messes comme bon leur semblera. Ils recevront, selon les besoins du district, un viatique dont ils devront d'ailleurs rendre compte. Metti'e furtivement en réserve des sommes d'argent, sous prétexte d'infirmités ou de vieillesse à venir, serait non seulement ne pas compter sur soi, mais se défier de Dieu. Qu'on se tienne en garde contre ce travers.
X. Il serait coupable de cacher que le ministère sacré, surtout dans les commencements, tourmente certains prêtres par ses innombrables difficultés. Afin de les résoudre plus sûrement, qu'ils ne s'appuient point sur leur seule prudence, mais quils prennent toujours conseil d'un sage (Prov. III). La marque d'une grande sagesse parmi les jeunes prêtres, est de savoir douter à propos. C'est pourquoi ils auront un registre dans lequel ils inscriront aussitôt les cas difficiles, afin qu'à la première occasion, les propositions douteuses soient aplanies par d'autres.
XI. Les prêtres montreront de la dignité dans leurs relations avec les chrétiens. Ils éviteront avec soin la familiarité qui engendre bientôt le mépris. Les conversations purement oiseuses, même sous le plus honorable prétexte, sont déplacées sur les lèvres d'un prêtre. Ils ne s'occuperont pas des affaires privées, surtout des questions de mariage ou du partage des biens; car ce sont des sources de chagrins et de tristesses. Le Sauveur du monde a donné dans ces circonstances l'exemple à ses apôtres. Ils devront s'abstenir d'assister aux festins mondains. On méprise facilement vn clerc qui invité souvent à un festin ne refuse pas de s'y rendre (Saint Jérôme). Ils manifesteront tant de modestie dans leur démarche, leur langage et tous leurs actes, que leur humilité méritera d'être proclamée par tous.
XII. Eviter avec prudence la société des femmes même des vierges. Que jamais les pieds d'une femme ne foulent le sol de votre chambre. Ne restez jamais, sans témoin, avec lune d'elles. On ne doit se permettre ni petits présents, ni bagatelles, ni billets affectueux. Que votre conversation avec elles soit courte et sévère. Vous ne pouvez pas être jjIus saint que David ni plus sage que Salomon (Saint Jérôme). Dans la maladie, les femmes ne doivent pas soigner le prêtre, si ce n'est dans une absolue nécessité ; de plus, pendant ce temps, sous prétexte de lui rendre visite,
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CEUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
qu'elles n'aient jamais l'audace de pénétrer dans sa chambre. Il leur est rigoureusement défendu de mettre la table en présence du prêtre, ou de rester là pendant qu'il prend son repas.
XIII. La vigilance du prêtre doit s'étendre à toutes et à chacune des brebis qui lui ont été confiées. Le bon pasteur connaît ses brebis et il les appelle chacune parleur nom. Mais entre toutes, les prêtres devront spécialement s'occuper de celles qui sont vouées au service de Dieu, comme les catéchistes, les maîtres d'école, les baptiseurs, et les serviteurs. Qu'ils aient donc le plus grand soin, pour que tous suivent parfaitement, chacun selon leur emploi, le règlement général de la Mission.
Faites cela et vous vivrez (Luc. X, 28). Que la paix et la miséricorde de Dieu reposent sur tous ceux qui suivront ce règlement.
Règlement des ministres.
Après avoir tracé une règle pour le clergé indigène, Perny en fit une, au mois de novembre 1857, pour les catéchistes, qui accompagnaient les missionnaires, et qu'il désigne comme tous les missionnaires de Chine sous le nom général de ministres. Ces ministres se recrutaient parmi les anciens séminaristes duSu-tchuen, plus encore que du Kouy-tcheou, mais ils changeaient assez facilement de fonctions et devenaient à l'occasion, baptiseurs, pharmaciens ou catéchistes ambulants :
La règle se divise en trois parties: La première renferme surtout des conseils généraux de spiritualité sur l'esprit de piété, de foi, les vertus principales, les défauts ; comme elle ne présente rien de spécial, nous ne la citerons pas. La seconde partie Devoirs de chaque jour envers soi-même et la troisième Devoirs du ministre en te?nps de visite offrent des dispositions particulières, et nous croyons utile d'en consigner ici la traduction^ :
Devoirs de chaque jour envers soi-même
I. Ministres, vous devez vous lever de bonne heure. Que votre première pensée soit pour Dieu et le ciel ; que le premier acte de votre cœur soit un acte de charité ; vos premiers mots, les saints noms de Jésus, Marie, Joseph. Votre cœur est comme un autel ; et toujours, surtout le matin, vous devez y brûler un pur encens en l'honneur de Dieu. Puis embrassez votre croix, et munissez-vous du signe de la croix comme d'une armure. Surtout, n'oubliez pas l'eau bénite. En vous habillant, observez la modestie ; car le Sei-
1 A. M.-E., vol. 5^9'^, p. 15.
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OEUVRES, REGLEMENTS. ET PROJETS
gneilr vous voit. Vous avez alors deux écueils à éviter : les pensées inutiles ou l'absence de pensées. Aussi en vous habillant, prenez dans votre cœur la ferme résolution de passer le jour présent comme s'il devait être le dernier, en vous corrigeant de quelque vice ; réfléchissez sur le sujet de méditation, gardez un profond silence jusqu'à la récréation du déjeuner; ne dites que les paroles nécessaires.
II. Une fois habillés, en faisant votre toilette, priez Dieu intérieurement de purifier votre cœur pour qu'il devienne blanc comme la neige. Ensuite sans retard, lisez votre sujet de méditation, et livrez-vous à ce saint et utile exercice dans l'oratoire pendant un quart d'heure au moins. Si, avant la messe, le temps vous manque pour la méditation, vous ne devez pas pour cela omettre cet exercice, mais le reprendre au premier moment libre. Ni le voyage, ni la maladie, ni les travaux du ministère ne doivent vous dispenser de la méditation. Le bois, entretient le feu, l'huile alimente la lampe, de même la méditation nourrit la piété. Rappelez- vous toujours cette parole d'un saint : // est impossible qu'une âme qui fait chaque jour un quart d'heure de méditation soit damnée. Apprenez avec soin les règles de la méditation, jusqu'à ce que vous les possédiez parfaitement. Priez souvent le prêtre de voua les expliquer. Ayez tous chez vous les livres Me Siang Chen Kong'^ etTchen Se Tche Lan^.
III. Préparez les ornements de la messe et disposez-les en bon ordre. Maniez-les avec respect : car tout ce qui sert au Sacrifice est chose sainte. Ayez soin de ne point les tacher avec des mains malpropres ou des gouttes de cire. Lorsque vous les rangez, remettez-les soigneusement dans les mêmes plis. Tenez les linges d'autel dans la plus grande propreté. Que l'endroit où se célèbre la sainte messe soit toujours, autant que possible, propre et décemment orné, n'y souffrez pas d'ornements profanes. Il est convenable de ne point utiliser pour d'autres usages l'enceinte oij l'on célèbre l'office par respect pour le Saint Sacrifice. Servez la messe avec une grande piété et une grande modestie : car sachez que vous remplissez une fonction auguste. C'est la fonction des Anges qui se pressent en foule autour de l'autel, prosternés, la face voilée, pleins d'admiration, d'étonnement et de crainte, devant la très sainte humanité de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Veillez à ce que les chrétiens fassent dévotement la génuflexion, prient pieusement pendant la messe, et exécutent les chants avec onction et en mesure.
IV. La messe finie, livrez-vous sans retard à l'étude ou aux autres travaux jusqu'au déjeuner. La matinée est le temps le plus favorable pour l'étude. Gardez-vous d'en perdre quelque instant dans l'oisiveté ou les vains bavardages. S'il y a là des néophytes ou des chrétiens ignorants, instruisez-les avec le plus grand zèle. Remplissez ce devoir de charité et de dévouement comme les autres points de la règle, sans que le prêtre ait besoin de vous avertir à chaque fois.
V. Avant l'étude, n'oubliez pas d'élever vos cœurs vers Dieu et de demander avec ferveur le secours du Saint-Esprit. Que personne d'entre vous, même lettré ou instruit, ne s'imagine connaître parfaitement la religion. La doctrine chrétienne est vaste et profonde. Même après plusieurs années d'étude, vous saurez à peine les choses les plus ordinaires. D'autre
^ Exercice spirituel de la Méditation, par un Franciscain, {vers 1700). - Méthode pour bien faire oraison.
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ŒUVRES, REGLEMENTS ET PROJETS
part, il y a bien des choses que vous avez apprises autrefois, et qui peu à peu sont tombées dans roubli ; bien des choses qui n'ont pas été clairement comprises. Si vous ne revoyez pas toutes ces choses de temps en temps, vous oublierez beaucoup de points de doctrine. Rappelez-vous cette parole : « Plus on est avancé en science, plus on voit qu'il reste à apprendre. » Le temps le plus commode pour l'étude, c'est quand le prêtre, non occupé à la visite, reste à la résidence. Alors le temps pour vous est précieux, n'en gaspillez aucune parcelle. Etudiez avec soin pour la gloire de Dieu et votre progrès spirituel, c'est-à-dire : 1° pour devenir meilleurs ; 2° pour vous rendre plus capables de prêcher et d'enseigner. Dans l'étude, gardez-vous surtout de la vaine gloire ; ne vous vantez jamais, comme les mondains, de vos lettres et de votre science. Les dons de l'intelligence viennent de Dieu. Il vous les a confiés comme un dépôt dont il vous demandera compte au jugement dernier. Etudiez avec méthode, et non pas selon la fantaisie du jour, parcourant aujourd'hui un livre, demain un autre. Pour étudier avec fruit, consultez le prêtre sur l'ordre à suivre, et laissez- vous guider par ses conseils.
VL Les repas sont des moments pleins de périls, à cause de la faiblesse humaine. Le corps est le premier et le plus dangereux ennemi de l'âme, et les repas nous réduisent à la condition des bêtes. Souvenez-vous-en. Aussi que toujours les repas soient précédés et suivis de la prière. En mangeant ne faites pas comme les païens ; ne parlez pas des repas que l'on vous sert, ou des mets plus recherchés que vous pourriez désirer. Ne vous excitez pas les uns les autres, suivant la mode chinoise, à boire sans modération. Ne prenez que peu de vin. A table, ne vous laissez pas aller à rire aux éclats ; n'y poussez pas les autres par des plaisanteries. Mangez plutôt comme les saints, c'est-à-dire en gémissant et en déplorant d'en être réduit à cette nécessité. Mangez honnêtement, poliment, et non avec précipitation, ce qui est une marque de gourmandise. Le ministre pieux emploie le temps du repas en conversations utiles et édifiantes. Il est d'usage dans la province de manger de la viande et de boire du vin le dimanche et le jeudi. Les jours de fête, même permission. En [dehors des repas il ne faut pas manger sans raison sérieuse. De votre propre autorité, n'invitez personne à dîner. Il vous est sévèrement défendu de manger chez les chrétiens. S'ils vous invitent, refusez poliment et ne souffrez pas qu'ils aillent demander pour vous permission au prêtre.
VII. Après les repas, il vous est permis de prendre une honnête récréation pendant une heure environ ; car la faiblesse humaine exige que l'esprit se délasse pour pouvoir supporter plus facilement le travail. Prenez l'habitude, avant chaque récréation, d'élever un instant votre cœur vers Dieu, de saluer votre Ange gardien, et d'offrir cette récréation pour la gloire de Dieu. Ayez soin d'éviter même le plus petit péché. Voici les fautes dont vous devez vous garder : 1" donner à la récréation plus de temps que la règle ne le permet ; 2" prendre sans cause une récréation en dehors des heures fixées par la règle ; 3° raconter ou écouter des histoires mondaines ou païennes ; 4" jouer bruyamment ou se livrer à des jeux qui ne conviennent pas à des ministres. Les ministres pieux aiment et recherchent les conversations pieuses qui sont pour eux un plaisir et un délassement.
VIII. Quand le supérieur a fixé pour la journée des travaux spéciaux, aussitôt la récréation terminée, chacun devra, jusqu'à midi, se livrer si-
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CEUVRES, RÈGLEMENTS ET PROJETS
lencieusement à l'étude des livres ou au travail de la transcription. Car vous devez vous habituer au silence, et ne prononcer que les paroles indispensables. Le silence est Taliment de la piété. Ceux qui se laissent aller à de continuels épanchements, et qui, incapables de retenir leur langue, disent tout ce qui leur plaît et tout ce qu'on leur dit, ne peuvent conserver longtemps l'esprit de piété. Car les paroles inutiles étouffent les mouvements de la grâce et empêchent ses inspirations. La Sainte Ecriture dit : Les longs discours ne seront pas exempts de péché. Ceux qui sentent la présence de Dieu ne goûtent pas volontiers et ne recherchent pas les conversations humaines. Ils préfèrent converser dans le secret de leur cœur, avec Dieu et leur ange gardien.
IX. VAngelus récité, faites votre examen de conscience d'après la méthode ci-après indiquée. Chez le prêtre ou chez les chrétiens, vous ferez toujours cet examen à haute voix. Pendant la marche, vous le ferez en particulier. Après la méditation, il n'est aucun exercice qui soit aussi utile, aussi vanté et recommandé par les saints que l'examen particulier. Ni les voyages, ni les travaux, ni les maladies ne doivent vous le faire omettre. Ceux qui se livrent régulièrement à cet exercice apprennent peu à peu à connaître leurs défauts, travaillent sérieusement à se corriger et font tous leurs efforts pour devenir plus pieux. Ceux qui ne s'examinent pas croupissent dans le bourbier du vice. Ils sont incapables de se débarrasser de leurs vices et ne peuvent jamais arriver à la perfection. Chacun de vous devra prier le prêtre de vouloir bien lui indiquer quels sont ses défauts, dans quel ordre il doit les combattre, et quels sont les moyens à employer.
X. Après la récréation de midi, reprenez, jusqu'au souper, en silence et avec attention, soit vos études, soit les travaux indiqués par le supérieur. La maison de l'oratoire est la maison de la prière, du silence, de l'étude et du recueillement. Les cris, les démarches bruyantes vous sont défendues, ainsi qu'aux autres. Evitez tout ce qui peut troubler la tranquillité du prêtre. Prenez l'habitude de parler toujours et partout à voix modérée. Veillez à ce que les chrétiens qui viennent à l'oratoire ou y demeurent parlent également à voix modérée.
XI. Dans le courant de la journée, quand les chrétiens viennent à l'oratoire, traitez-les tous avec la même politesse. Expédiez leurs affaires avec modestie et aussitôt que vous le pourrez. Fuyez-les conversations oiseuses. Dites clairement, mais poliment que vous n'êtes pas libres. S'ils viennent au moment de la récréation, vous pouvez vous récréer et causer avec eux. Quand vous êtes plusieurs ministres à l'oratoire, il ne convient pas que tous s'occupent de recevoir ceux qui viennent à la maison : ce serait le moyen de perdre beaucoup de temps. Que chacun remplisse cet office à son tour. Parfois des chrétiens inexpérimentés, ignorants, tièdes, ou des néophytes qui n'ont rien à faire, viennent à l'oratoire. Saisissez cette occasion pour les instruire et les renseigner, vous accomplirez ainsi une œuvre charitable. Si des païens viennent à l'oratoire, recevez-les avec tant de bonté, de politesse et de modestie, qu'ils puissent proclamer partout les vertus des chrétiens. Devant eux, parlez avec gravité et piété, pour les toucher, et, si c'est possible, les amener à la foi. Faites votre prédication dans une chambre particulière afin que vos auditeurs soient plus attentifs, et aussi pour ne pas déranger de leurs études les autres ministres.
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ŒUVRES, REGLEMENTS ET PROJETS
XII. Après la récréation du dîner, faites la lecture spirituelle pendant une demi-heure. Si vous êtes plusieurs, faites-la en commun. Le prêtre vous indiquera les livres que vous devez lire. Avant et après ce pieux exercice, vous ferez une prière. La lecture spirituelle bien faite est pour l'âme ce que la nourriture est pour le corps, ce que l'huile est pour la lampe. Ne passez pas un seul jour sans la faire, soit chez vous, soit chez les chrétiens. Portez toujours avec vous un livre de piété. Pour que la lecture spirituelle puisse être utile, il faut qu'elle soit faite : 1° avec un cœur pur ; 2° avec attention ; 3" avec gravité. Le point important n'est pas de lire beaucoup, mais de bien comprendre les enseignements et de les graver profondément dans son cœur. Éfîorcez-vous de suivre les conseils donnés par les livres que vous lisez. Suivez l'exemple des saints, dont il est dit qu'ils reproduisaient dans leurs actes la page qu'ils avaient lue. On fait la lecture spirituelle pour soi et non pour les autres. Qui regarde dans un miroir voit les défauts de son visage : de même, qui sait lire découvre des défauts. Les bons livres sont des amis qui nous reprennent librement sans nous ofTenser. Ils nous donnent de bons conseils, que nous acceptons plus volontiers que s'ils venaient d'un autre.
XIII. En tout temps, il faut réciter les vêpres (ou les prières du soir) vers six heures. Après ces prières, s'il y a dans l'oratoire des chrétiens ou des néophytes, vous leur donnerez une courte instruction. Avec les chrétiens, vous pourrez parfois vous' en dispenser. Ce devoir rempli, vous aurez le droit de prendre une récréation jusqu'à neuf heures.
XIV. Vers neuf heures, faites silence, et retirez-vous paisiblement chacun de votre côté. Mettez votre sommeil sous la protection de Dieu et de votre bon ange, préparez le sujet de la méditation suivante. Gagnez votre lit en méditant quelque pieuse pensée, jetez-y de l'eau bénite, et gardez toujours pour dormir vos vêlements de dessous. Si vous êtes plusieurs daos la même chambre, aussitôt couchés, gardez un profond silence. Si vous vous éveillez pendant la nuit, élevez aussitôt votre cœur vers Dieu, et ne laissez pas votre esprit s'égarer sur des pensées inutiles. Dormez les mains jointes et la croix sur les lèvres. Ne vous couchez jamais sans permission après dix heures, même quand vous auriez quelque bonne œuvre à accomplir. Les chrétiens tièdes, comme aussi les païens, ont le sommeil lourd, profond et prolongé ; leur àme est pour ainsi dire écrasée par les sens. Le sommeil des ministres pieux doit être léger, d'une durée de sept heures au plus, de telle sorte que vous puissiez dire avec la Sainte- Ecriture : Je dors, mais mon cœur veille. Si vous faites des rêves, ne les racontez pas, c'est inutile. En général, ceux qui sont pieux ont des rêves pieux ;les tièdes, des rêves extravagants et sans cohérence ; les dissolus, des rêves impurs.
XV. Quand il y a dans l'oratoire des néophytes ou d'anciens chrétiens, quelle que soit la cause qui les amène, quels qu'ils soient et quelque temps qu'ils restent, vous ne devez pas vous dispenser de la règle. Dites clairement et poliment à vos hôtes que vous êtes tenus à l'observation de la règle, spécialement en ce qui regarde le silence. Votre fidélité à observer la règle n'ofiensera personne, mais au coiilraire sera pour tous un excellent exemple. Si ces visiteurs savent lire, prêtez-leur un livre ; sinon qu'ils choisissent quelque autre occupation pour ne pas demeurer oisifs, et qu'ils ne vous empêchent pas de vous acquitter de vos devoirs.
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