SIXIÈME LEÇON
Des Animaux mammifères ou des Quadrupèdes vivipares.
Lorsque nous avons partagé le règne animal en plusieurs grandes divisions générales, U,’après leurs degrés de sensibilité , leurs facultés d’intelligence et d’instinct * nous aurions voulu pouvoir faire passer en revue sous vos yeux, toutes ces vastes armées d’animaux qui se multiplient dans l’immense empire de la nature. Essayons d’en présenter ici un dénombrement approximatif. Nous resterons sans doute au-dessous de la vérité. Chaque jour les découvertes des Naturalistes recrutent, pour ainsi parler, des légions d’animaux et de végétaux; ce ne sont pas seulement les grands continens de l’Asie , l’intérieur de la brûlante Afrique, les solitudes vastes et profondes des deux Amériques, qui recèlent encore d’inépuisables trésors de science en histoire naturelle ; je dis même que nous n’avous pas signalé, malgré nos recherches, toutes les espèces d’êtres de nos propres contrées. Sans compter toutes les mousses, toutes les algues, tous les champignons, et d’autres végétations; sans compter toutes les races de moucherons, d’insectes, de vermisseaux
qui pullulent et foisonnent par millions chaque été dans nos campagnes, dans nos bois, nos rivières, nos étangs , plus on étudie en détail le moindre canton, plus on y découvre de nouvelles créatures! Linné un jour, en herborisant, couvrit de sa main un petit espace de gazon , en disant à ses disciples qu’il y avait là même de quoi les occuper tous une partie de leur vie. On se mit à vérifier cette espèce de défi, et l’on trouva plus de trente-quatre espèces diverses ou portions d’espèces , soit en herbes , en mousses , en insectes, en animalcules, en plusieurs sortes de terre et de petit cailloux , etc. Que doit donc produire tout le globe terrestre, ajouta Linné alors, si l’espace seul que couvre ma main contient tant d’objets divers?
Voyons combien d’animaux sont décrits dans les ouvrages les plus complets et les plus modernes d’Histoire naturelle. On peut compter environ cinq cents espèces de mammifères ou de quadrupèdes vivipares et de cétacés connus. La classe des oiseaux, d’après le travail de Latham, avec ses supplémens , et les travaux d’autres ornithologistes, peut s’élever à plus de trois ou quatre mille, quoiqu’il ne soit guère possible d’évaluer exactement le nombre des individus qu’on croit être des espèces, et qui peuvent ne présenter que des variétés d’âge , de sexes et de plumage, ou des races diversifiées par l’influence des climats. Le nombre des reptiles doit être porté aujourd’hui à cinq ou six cents , parce qu’on a découvert depuis quelques années beaucoup de nouveaux serpens dans les Indes Orientales. La grande classe
de poissons à nageoires et à écailles est sans doute immense dans le nombre de ses espèces encore inconnues parmi les abîmes des mers : Bloch et M. Lacépède en ont décrit plus de deux mille ; mais d’après les travaux postérieurs de quelques autres ichthyologistes , nous supposerons environ trois mille espèces connues de poissons.
Les mollusques nus , et les coquillages surtout, sont presqu Incalculables ; cependant , d’après les diverses recherches des conchyliologistes , établissons sept à huit mille espèces de ces animaux , dont un grand nombre à-la-vérité n’est point parfaitement déterminé ; car les diversités de couleurs ou de taches des coquilles ne suffisent peut-être pas pour établir des espèces constamment distinctes. Mais, de plus, il existe une quantité bien plus extraordinaire de ces coquillages encore ignorés et enfouis dans la profondeur de toutes les eaux et les mers , sans compter même les espèces qu’on a rencontrées fossiles ou pétrifiées, et dont les analogues vivans ne sont pas tous observés ou connus.
La classe des insectes , comprenant aussi les crabes et écrevisses ou crustacés , paraît aujourd’hui la plus étonnamment multipliée, et sa richesse en espèces est telle, dans nos pays seulement, quelle est bien loin de se voir de long-temps épuisée. Depuis l’entomologiste Fabricius , combien n’a-t-on pas décrit de nouveaux insectes en Allemagne , en Angleterre, en France, en Italie ? On admettait dix-huit mille insectes; mais ce catalogue se renfle de plus en plus, et ce n’est point exorbitant de le
porter aujourd’hui à plus de vingt-cinq mille espèces, d’après le savant Latreille, quoique toutes ne soient pas exactement distinguées.
Les vers et les zoophytes , depuis les astéries et oursins jusqu’aux polypes, aux madrépores , aux éponges et aux animalcules microscopiques des infusions et des liqueurs corrompues , ne sont jieutêtre pas évaluables en nombre et en espèces , soit parce qu’on n’a point encore assez approfondi ce genre de recherches , soit parce que la multiplicité de ces animaux est presque effrayante ; néanmoins on n’en a guère décrit encore au-delà de trois à quatre mille espèces. .
Voilà donc à-peu-près cinquante mille animaux observés et classés dans leurs familles, leurs genres, leurs espèces ; nous ne pensons pas qu’on puisse mettre un moindre nombre de végétaux tous à-peuprès également décrits ou connus. Supposons cent mille espèces en tout : il est certain que si nous avons peu d’espoir de découvrir encore beaucoup de quadrupèdes ou d’autres gros animaux , en revanche , les petites races d’insectes , de plantes , etc., présentent d’innombrables récoltes, et il n’est pas hors de vraisemblance d’affirmer qu’à peine connaissons-nous, je ne dis pas lcquart, mais même la dixième partie de ce qui existe réellement dans notre monde. Que l’on ne craigne donc pas devoir tarir de sitôt les sources des connaissances naturelles ; et quand même toutes les espèces existantes seraient observées, nous aurions encore assez à faire d’en tirer des vues nouvelles , des considérations
plus approfondies , un plus fertile et plus abondant aliment du génie.
Au contraire , ne serait-il pas à craindre que cette immensité ne décourageât la mémoire la plus vaste, n’accablât l’intelligence la plus active , et que l’opulence de la nature ne devînt le désespoir du Naturaliste? Non, Messieurs; garantissons-nous de cette dommageable pensée par une réflexion bien vraie et bien honorable pour l’esprit humain ; c’est que la nature lui indique le fil de la méthode et lui montre ses propres vestiges , quand on la contemple avec réflexion. Il ne faut pas croire que tous les êtres quelle enfante dans sa fécondité > soient séparés et disjoints éternellement les uns des autres, ou qu’il soit besoin de les étudier un à un , sans que l’étude du premier serve au second. Qui ne serait alors perdu et englouti dans cet océan sans bprnes? Tel est l’effet du premier regard qu’on jette sur l’immensité des créatures,, qu’il nous épouvante comme à la vue des abîmes ; mais lorsque nous remarquons entre les êtres ces douces fraternités qui les rassemblent , ces analogies admirables qui nous conduisent comme par la main, dans cette route semée de nouveautés, et qui soutiennent la curiosité par les plus ravissans spectacles, nous nous laissons entraîner par ce charme séducteur; sans y songer nous parvenons à connaître ce que nous n’aurions jamais espéré de savoir. Nous n’étudions plus chacune des créatures à part; eh! qui le pourrait? mais les principes qui les constituent ; mais leurs organes ; mais les lois générales qui les font
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subsister et agir; les espèces ne seront plus à nos yeux que des phénomènes passagers ou temporaires, que les conséquences nécessaires des grandes causes auxquelles nous nous serons élevés. Il y a même un point-de-vue général, en Histoire naturelle, qui n’a plus besoin de descendre dans toute l’Histoire particulière des espèces d’animaux , ou de plantes ( quoique cette histoire ait beaucoup d’attraits et d’utilité); un animal, une plante de chaque famille, nous offriront les caractères essentiels de tous les êtres de cette même tribu naturelle : et voilà l’immense avantage de bien grouper les créatures; un seul individu suffisant pour type de plusieurs centaines d’espèces analogues, au moyen de quelques représentans de chaque famille detres bien empreints de tous les caractères qui lui sont propres , on par* vient sans efforts à lire dans le grand livre de la nature. Ainsi toutes ces nations animales et végétales peuvent être représentées- par deux à trois cents espèces au plus, choisies et comme députées par les diverses familles.
Quand nous nous serons bien pénétrés de cette méthode naturelle , la seule qu’on doive suivre si l’on veut approfondir les solides fondemens de la science , la seule qui présente à l’esprit les résultats les plus féconds , les vérités les plus lumineuses, ou pour mieux dire , la seule qui soit véritable et qui ne varie plus , il importe d’observer les influences générales des climats sur la constitution des animaux et des végétaux , et quel lieu d’habitation chacun d’eux s’est choisi sur la terre ou par-
mi les airs et les eaux. Excepté l’homme , devenu cosmopolite , aucune espèce ne supporte seule , par sa propre constitution , toutes les températures et tous les climats. Il y a même parmi les oiseaux et les poissons beaucoup de races obligées d’émigrer en de nouvelles contrées au renouvellement des saisons , comme nous le ferons voir. Les arbres et les plantes ont aussi leurs patries adoptives , après lesquelles on les voit languir , en quelque sorte , de regret et d’amour du sol natal , soit comme ces animaux étrangers , soit comme ces malheureux Africains transportés dans un nouveau monde , loin de l’humble cabane de leurs ayeuxet du doux berceau de leurs enfans. Assis et pensif sur les rivages des mers américaines, l’esclave nègre jette de longs regards sur ces plaines liquides, dont les flots peutêtre ont baigné les côtes de sa patrie , et semblent répéter dans leur murmure les regrets d’une épouse ou les plaintes d’un vieux père abandonné.
Les animaux et les plantes sont disposés en général sur le globe , en bandes ou zones parallèles , suivant le degré de température qui leur convient. Lorsque la température d’un climat devient plus froide, comme sur les lieux montagneux, ou plus douce et plus chaude , comme dans les bas fonds , l’on voit s’établir , chez les premiers , des animaux et des végétaux de climats voisins des pôles, ou chez les seconds , ceux de contrées plus rapprochées de l’équateur. Le célèbre Tournefort a rencontré au sommet du mont Liban des plantes de la Laponie, un peu plus bas, celles de Suède; plus bas encore,
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celles de France ; en descendant toujours , il rencontra celles d’Italie, et enlin il cueillit au pied de la montagne , des plantes d’Asie. Remarquez , Messieurs , que chaque zone de cette montagne avait en effet la température correspondante à celle des pays ou croissent naturellement les plantes qu’U. trouvait. Chaque pôle du monde ressemble donc à une montagne immense, dont lesbases sont accolées à l’équateur du globe , et dont les sommets sont couronnés de glacières éternelles. Tous les êtres vivans classés par zones sur ces deux énormes montagnes ou hémisphères , suivant leurs facultés et leurs habitudes , sont disposés dans le même ordre correspondant sur l’hémisphère austral et sur le boréal.
Les animaux et les plantes qui établissent leur station ou leur demeure habituelle sur les lieux élevés , arides , exposés aux vents et à la froidure, sont d’ordinaire plus revêtus de fourrures , de poils, de villosités ; sont plus grêles , plus minces' et plus secs , que les animaux et les végétaux des terrains bas , humides , tièdes , abrités. Ces dernières espèces deviennentau contraire plus nourries, plus grossesou plus grandes , plus mollasses et plus lisses ou moins velues que les autres. Toutes choses égales, les plantes et les animaux reçoivent des couleurs plus éclatantes, prennent des odeurs et des saveurs plus fortes ,des qua,lités plus actives et plus prononcées , à mesure qu’ils habitent des climats plus ardens et des terrains plus secs. Ainsi sous la zone torride , les animaux carnivores y sont plus féroces , les serpens. plus veni-
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Mieux , les singes plus pétulans et plus lascifs , les oiseaux s’y couvrent de plus brillans plumages , les poissons des mers équatoriales resplendissent de plus éclatantes écailles , les insectes , les papillons déploient la pompe et la somptuosité la plus étonnante ; de même les végétaux entre les tropiques se couvrent de fleurs plus grandes et plus magnifiques, offrent les fruits les plus sucrés , les plus mûrs , étalent de plus vastes feuillages , exhalent des parfums délicieux, laisseht écouler des baumes suaves, ou bien sont imprégnés des sucs les plus corrosifs et les plus vénéneux, et même quelquefois leur seul ombrage et leurs émanations empoisonnent. Sous les climats très-froids, au contraire, les plantes les plus savoureuses deviennent d’insipides herbages, blancs étiolés , mucilagineux ; presque rien ne mûrit ; l’aconit et la cigiie y sont même tellement inertes qu’on s’en nourrit sans danger ; les animaux , engourdis dans leurs tannières une partie de l’année , offrent une chair fade et grasse ; ils sont brutes ou stupides pour la plupart , et présentent sur leurs poils , leurs plumes , leurs écailles , etc. , ces teintes blanches ou pâles et ternies qui décèlent le peu d’énergie de leurs qualités et de leurs fonctions.
Nos climats intermédiaires participent dans leurs productions aux avantages de ces deux extrêmes de chaleur et de froidure , sans en avoir les défauts et les excès. Ainsi nos plantes , sans obtenir la maturité , la suavité ou l’énergie des propriétés des végétaux du midi , n’ont pas l’insipidité de celles des pays froids ; nos animaux sauvages , quoique Tome I. ' * ' i3
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moins ardens et moins féroces que ceux de la zone torride , ont plus de vigueur et dë facultés que ceux des climats glacés du Nord. Et comme en toute chose les milieux possèdent plus d’avantages que les extrêmes, les êtres placés en des régions moyennes s’y développent avec plus d’aisance , et peuvent s’étendre dans une double latitude. Ainsi ûn Français est capable de vivre au Sénégal et en Laponie ; mais un Samoiède périra de chaleur en Guinée, et un Nègre de Sofala expirera de froid en Sibérie. Il en est de même des plantes et des animaux. Nous avons acclimaté par tout l’Univers le chien, le bœuf, le cheval, la chèvre, la poule, etc., avec nous , parce que ces animaux sont originaires des climats tempérés de la Haute-Asie , ou ils se trouvent encore sauvages ; mais ni le renne des Lapons , ni le dromadaire du Bédouin ou du Maure, n’ont pu franchir la limite que la nature leur imposait dans leur patrie ou glacée ou brûlante ; et jamais on ne fera croître à la bise piquante et sur les durs rochers du septentrion, les fleurs délicates qui parfument les campagnes molles et fortunées du Bengale.
Vous remarquerez encore, Messieurs, que les animaux et les végétaux originaires des îles, des grands continens séparés , comihe l’Amérique , surtout sous les zônes chaudes, et comme de la Nouvelle- Hollande ou australe Asie , et des autres terres de l’archipel indien , ne se trouvent jamais , poür la plupart, dans rtos continens anciens, et sont limités à ces seuls pays. Il faut donc que ces productions
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aient été créées sur le sol même qu’elles habitent; car qui aurait pu transporter ces plantes , ces ani-» maux terrestres, en ces climats lointains , et au travers d’immenses espaces de mers; d'où ces races vivantes seraient-elles accourues peupler ces mondes ignorés , puisque le globe terrestre ne les montre nulle autre part? Lorsque nous voyons les côtes d’Angleterre et de France, celles de Sicile et d’Italie, d’Espagne et d’Afrique , nourrir les mêmes espèces de plantes où d’animaux, nous présumons avec raison que les irruptions des mers ont séparé ces terres voisines. Ainsi les continens devaient être peuplés de leurs productions naturelles par tout le globe , avant que lçs grands mouvemens des iners sur notre monde eussent envahi, morcelé tant de terrains , submergé tant de pays , formé tant d’îles et de régions séparées. Combien d’espèces d’animaux et de végétaux engloutis -à jamais par ces catastrophes, ont interrompu la trame universelle des êtres ! Aussi l’harmoniè de la nature, aujourd’hui désunie en quelques parties, nous présente des vides, des lacunes, des chaînons rompus dans la série de ses œuvres. -
Ces considérations étaient indispensables pour nous préparer à l’étude de la première classe des animaux ; êtres remarquables par-dessus tous les autres , et qui seraient les maîtres de la terre si l’homme n’existait pas.
Sans doute s! nous abandonnions ici les généralités de la science, nous devrions commencer l’histoire particulière du genre humain. Mais dans
Tordre de la nature, toutes les espèces ayant de$' droits semblables, les classes des animaux ,*0u leurs grandes et nombreuses nations, doivent être considérées avant les races individuelles. D'ailleurs, ces classes offrent des généralités si importantes, des vérités tellement capitales , qu elles réfléchiront de nouveaux traits de lumière sur notre espèce, et en
faciliteront la connaissance.
Rappelons-nous, Messieurs, les caractères essentiels à la première classe des animaux , savoir : un squelette osseux intérieur, articulé, ou une colonne vertébrale, charpente solide de toute la machine $ un cerveau contenant la racine des nerfs, ou formant le réservoir de la sensibilité ; un cœur à deux
ventricules et deux oreillettes , , et des .poumons pour respirer l’air, pour échauffer le sang qui porte la nourriture et la vie dans tous les organes ; enfin la propriété de produire des petits vivaos ,, et de les allaiter de leurs mamelles avec un. tendre soin. Tels sont les attributs des animaux vivipares, et de l’homme lui-même. ' , ; ..:i ,
Sous le nom de vivipares, il faudrait comprendre et la vipère et divers poissons , et même des coquillages y des insectes , dont les œufs éclosent quelquefois dans le sein de leur mère , ou qui mettent au jour des petits vivans ; mais ces animaux n’ont pas le sang chaud , n’allaitent pas leurs petits , et manquent de mamelles. Au contraire , nous ne par^ Ions ici que des espèces à sang chaud, pourvues de mamelles; c’est pourquoi nous les désignerons avec les Naturalistes sous le nom de mammifères ;
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La plupart d’entr’eux sont revêtus de poils , ont quatre pattes ou membres; c’est pourquoi ou les désigne communément sous le nom de quadrupèdes; toutefois ce nom comprendrait également les tortues , les lézards , les grenouilles , qui pondent des œufs , qui n’allaitent pas , et qui ont un sang froid. D’ailleurs, les singes,. les chauve-souris, quoique appartenant à la classe des mammifères , ne marchent pas souvent à quatre pâtes comme les quadrupèdes. Enfin les phoques ou veaux marins , les vaches marines ou lamantins, et d’autres mammifères aquatiques , ne peuvent marcher ; ils nagent au moyen de leurs pâtes postérieures raccourcies en nageoires; enfin les cétacés , tels que les dauphins et marsouins, les baleines, les cachalots , etc. , qui font des petits vivans , et les allaitent, qui ont le sang chaud et respirent, non de l’eau, mais toujours l’air, par des poumons; qui s’accouplent , qui manifestent enfin toute la structure intérieure des quadrupèdes vivipares, excepté qu’ils manquent de pâtes de derrière , et que celles de devant sont conformées en nageoires :.ces animaux aquatiques doivent être nécessairement compris parmi les mammifères. Ainsi , l’inexactitude du mot quadrupède nous empêchera de l’employer constamment.
Les mammifères dont nous traitons ici généralement sont ceux qui se rapprochent le plus de la conformation de l’homme , qui , dans le système de la nature , est un véritable mammifère.
Après lui viennent immédiatement les singes ,
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depuis l’orang-outang jusqu’aux babouins et aux sapajous, famille de quadrumanes, c’est-à-dire ayant quatre mains, à cause que leurs pieds ressemblent à de vraies mains , avec des pouces séparés; ce qui leur donne toute facilité pour grimper sur les arbres et empoigner les branches ; aussi les singes vivent de fruits , en général. Des espèces d’Amérique , tels que les sapajous , peuvent se suspendre aux arbres, au moyen de leur queue, qui se roule autour des branches , et l’on voit ainsi ces animaux 6e balancer la tête en bas. Ils se distinguent comme les sagouins , des autres singes de l’ancien continent, par un nez tellement épaté, que leurs narines se voient de chaque côté. Les macaques , les magots , les guenons et les féroces mandrills appartiennent, avec les pithèques sans queue et les satyres, à l’ancien monde. Tous ces animaux , très-singuliers par leurs habitudes , leurs ressemblances avec l’homme , leur faculté d’imiter ou de contrefaire nos actions, leur adresse, leur intelligence , leur vivacité et leur malice , vivent attroupés dans les forêts des pays situés entre les Tropiques. Ils forment des espèces de peuplades ; ils établissent êntr’eux certaine police pour piller les fruits en divers cantons. Ils s’unissent comme l’homme , sont très-impudens , mais ne prennent ordinairement qu’une femelle. Celle-ci , qui est quelquefois réglée , met bas à chaque portée un petit, ou rarement deux, après sept mois de gestation chez les grandes espèces , , et cinq mois chez les petites espèces. Les jeunes se cramponnent à la
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mère qui les allaite , les porte dans ses bras à la manière des négresses , et qui peut grimper en les tenant sur son dos ; elle les baise tendrement , et souvent les bat ou les mord pour les corriger. Nous montrerons , en traitant de l'homme ailleurs , les différences etles ressemblances de ces quadrumanes avec notre espèce en l'état sauvage. .
Les makis sont des animaux grimpeurs à museau pointu, diminutifs des singes, auxquels ils ressemblent par les mœurs et les habitudes. Leurs doigts sont très-alongcs ainsi que leurs bras maigres et secs. Us vivent d'insectes surtout.
Après cette famille on place les chauve-souris, qui montrent avec la précédente de grands rapports de conformation et aussi deux mamelles sur la poitrine ; mais leurs bras sont disposés en ailes avec de longs doigts étendus et attachés par une membrane capable de frapper l'air et de permettre à ces animaux de voltiger. La plupart sont fort hideux. Les petits s’attachent au corps de leur mère, qui les allaite , même en volant. Toutes ces espèces ne peuvent supporter le grand jour à cause de la délicatesse de leur vue. Les chauve-souris voltigent plutôt qu'elles ne volent,. de nuit, après les insectes dont
elles se nourrissent,
Il y a, dans les pays chauds, de grosses chauvesouris qui vivent aussi des fruits des arbres. Tous
ces animaux se cramponnent à l’aide des angles de leurs pouces , au* plafonds des spmbres grottes, des cavernes et d’autres retraites ; ils s’engourdissent en hiver dans nos climats. ... ...»
On trouve en Amérique des animaux nommés paresseux à cause de leur lenteur ; ils ressemblent assez aux singes par leurs formes et leurs mamelles sur la poitrine, mais manquent de dents de devant, et au-lieu de mains, ils ont de grands ongles crochus pour grimper sur les arbres; ils vivait uniquement de leurs feuilles , passent une vie triste , poussent des cris lamentables et ne peuvent se mouvoir qu’avec difficulté : ils feraient à peine un quart de lieue en trois jours.
Les animaux carnaciers constituent une familîe nombreuse après les races précédentes ; parmi eux l’ours et le blaireau , la musaraigne , le hérisson , la taupe ont des espèces de mains dont ils se servent, soit pour fouir la terre, soit pour grimper, soit pour porter les alimens à leur gueule. Tous se plaisent ou dans les lieux obscurs ou sous terre. Plusieurs ont mérité le nom de plantigrades, parce qu’ils appuient un large pied à terre. Tous ont l’humeur mélancolique , sauvage , se retirent en hiver dans des cavernes. D’autres carnivores sont les fouines , les putois, les loutres , belettes, martes, zibelines, et aussi les civettes et les genettes , ayant un pelage fin et lustré, un corsage long, fluét,une allure en tapinois , se glissant dans les fentes , marchant légèrement : leur instinct est rusé ; elles aiment sucer le sang; les mouffettes exhalent des odeurs insupportables. Les loutres nagent et vivent près des eaux , d’animaux aquatiques. Des espèces beaucoup plus singulières habitent en Amérique ; ce sont les sarigues ou didelphes, et les phalangers de
l’Asie australe , semblables pour la forme à de trèspetits renards, avec une longue queue, nue et flexible à volonté, des pieds de devant presque semblables à des mains. Plusieurs de ces animaux ont une organisation étrange; c'est une double matrice et une poche formée par leur peau du ventre, qui se replie à la manière d’un gousset sous leur région inguinale. Lorsqu’ils font leurs petits , ils les placent dans cette poche qui les enveloppe chaudement. Ces petits, qui naissent* avant le terme ordinaire, s’attachent aux mamelons de la mère, situés aussi en ce gousset. Devenus plus âgés , ils grimpent sur le dos de leur mère ; et , au moyen de leur queue flexible, ils s’accrochent après la queue ou les membres de leur mère, qui les transporte et les promène ainsi, ou s’enfuit avec eux lorsqu’on la poursuit.
Parmi les carnivores les plus féroces , on compte le genre des loups , hyènes, renards, chacals, et le chien sauvage, espèces qui ont l’odorat très-fin, qui souvent s’attroupent pour chasser et mettre à mort de puissans animaux ; ils ont le maintien fier , la tête élevée, l’instinct ardent, sanguinaire, mais moins encore que le genre des lions , tigres , léopards, panthères, lynx, genre auquel notre chat domestique appartient. Ces animaux à ongles rétractiles, à tête ronde, aux yeux luisans de nuit, sautent et grimpent facilement, ont la langue et la verge rudes comme une râpe, des dents très-fortes; ils guettent leur proie et aiment le sang ou la chair vivante.
La famille des animaux rongeurs se plac£ à la suite de la précédente , mais en est séparée par des
caractères tout particuliers. D’abord les rongeurs ont comme les lièvres et lapins deux longues dents de devant tranchantes à chaque mâchoire , point de canines, mais des molaires, et de grands intestins. Ces animaux timides, destinés à ronger la plupart des substances végétales ( car ils ne mangent pas de chair, à moins de circonstances extraordinaires ), ont tous les pâtes postérieures et généralement le train de derrière plus fort que celui de devant; ils courent et sautillent rapidement ; ils ont le museau plus ou moins arqué , la vue assez faible quoiqu’avec des yeux saillans, mais l’ouïe fine. Tels sont principalement les loirs , les marmottes , les hamsters, les campagnols, animaux qui s’engourdissent en hiver; les écureuils, les nombreuses tribus de rats et de souris, le petit cochon d’Inde, les ratstaupes, les castors, les porcs-épics, etc. On remarque les mœurs les plus singulières parmi plusieurs de ces animaux. Tout le monde a entendu vanter l’industrie des castors qui , à l’aide de leurs dents, coupent des arbres, savent les traîner dans les rivières, former avec leurs sortes de mains, des digues , des cabanes sur l’eau et y amassent des provisions d’écorces pour se nourrir. Ils battent avec leur queue plate et large comme une truelle, la terre dont ils enduisent les murs de ces maisonnettes. Nos castors de France, qu’on trouve vers les rives le» plus désertes duRhône,se contentent de creuser des terriers. On connaît la légèreté des écureuils; s’ils veulent traverser un ruisseau , ils détachent une écorce d’arbre, qui, jetée sur l’eau, leur tient lieu de na-
celle, el leur queue touffue, redressée au vent, leur sert de voile. Les polatouches sont des écureuils pourvus de peaux étendues entre les pieds de devant et ceux de derrière , de sorte qu’en écartant les membres, ils déploient ces peaux qui les soutiennent dans leurs grands sauts d’aj-bre en arbre. Plusieurs espèces de rats, de campagnols vivent sous terre , réunis en société , y préparent des magasins de vivres et de chaudes retraites pour l’hiver , en y apportant du foin et de la mousse. Les hamsters, sorte de marmottes , ont aussi des joues larges dans l’intérieur desquelles ils amassent des nourritures, pour les apporter dans leurs réduits. Il y a d’autres rongeurs, tels que le rat léming, qui émigrent chaque année selon les saisons, comme pour recueillir les dons que leur prépare la nature en diverses contrées. Des espèces de rats économes rassemblent des racines nutritives si abondamment en Tartarie, que les peuples de ces contrées vont à la recherche de leurs nids pour s’en emparer et se nourrir en hiver. En Orient et en Afrique, on trouve des gerboises: ce sont des sortes de rats à longues jambes de derrière, qui se tenant presque droits, sautillent sans cesse fort loin à la manière des sauterelles. Les kanguroos de la Nouvelle-Hollande sont bien plus remarquables, et parviennent même à la grandeur d’un mouton ; ils ont de grandes et fortes pâtes de derrière, et une queue longue et roide. Sur laquelle ils s’appuient comme sur un bâton ; ils demeurent ainsi dressés , car leurs pâtes de devant, très-courtes , ne leur servent que comme de
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mains ; au-lieu de marcher , ils font continuellement des bonds très-élevés et très-prestes; mais comme les petits ne pourraient pas suivre leur mère , la nature prévoyante donne à ces animaux un sac ou un gousset au bas ventre, pour y placer leur jeune progéniture, comme aux didelphes. Ces espèces, d’un caractère doux, s’apprivoisent facilement, comme tous les animaux qui vivent d’herbe ou de fruits , et qui sont timides.
Après ces quadrupèdes rongeurs, on place des espèces étrangères naturellement privées de presque toutes dents , ou du-moins de celles du devant, mais que la nature, en revanche, a recouverts soit d’écailles superposées comme celles des artichauts, tels sont les pangolins , soit d’une cuirasse osseuse à pièces mobiles , comme chez les tatous , soit de crins durs et touffus, comme les fourmiliers. Tous butinent de nuit, ont des griffes longues et fortes, soit pour se creuser des tannières , soit pour fouiller dans des fourmilières ; ainsi le fourmilier qui manque de dents a une langue alongée, gluante , qu’il étend dans les nids de fourmis; ces insectes s’y attachent comme à des gluaux, et le quadrupède la retire pour se nourrir de cette manière. On a trouvé aussi à la Nouvelle-Hollande des quadrupèdes couverts , soit de poils plats , soit de piquans, mais qui , au-lieu de mâchoires, ont exactement un bec semblable à celui des canards , et des organes sexuels comme ceux des oiseaux. Il paraît que ces animaux vivent dans l’eau et sur terre.
Presque toutes les espèces dont nous avons parlé
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précédemment, ont des os claviculaires, ce qui leur permet de se servir de leurs pieds de devant pour d’autres actions que pour marcher: ils peuvent ainsi saisir divers objets ; ils ont pareillement des doigts séparés et munis d’ongles , ce qui les a. fait distinguer sous le nom d’onguiculés ou fissipèdes. Aussi sont-ils plus adroits et plus intelligens que les espèces dont nous allons traiter ; car- les ongulés , moins libres dans leurs membres , ont moins d’adresse et d’intelligence. Il y a, che* ces ongulés > la plupart polygames , moins d’attachement pour leurs petits , qui sont aussi plus précoces que ceux des précédens.
La famille des ruminans se compose des genres du bœuf et du buffle, de la brebis , de la chèvre, du chamois et des jolies gazelles ou antilopes , des cerfs, daims, chevreuils, rennes, etc.; de la giraffe, du chameau et du dromadaire , de la vigogne et de. l’animal du musc ou chevrotain. On distingue facilement tous ces animaux à leurs pieds fourchus ou divisés en deux sabots, aux cornes qu’ils portent laplupart sur la tête, et au défaut des dents de devant à la mâchoire supérieure. Les espèces naturellement sans cornes , comme les chameaux , vigognes et musc, ont en revanche des dents car nines à la mâchoire supérieure. Chez les cerfs, les cornes sont rameuses et tombent chaque année après la saison de leurs amours , avec leur ardeur belliqueuse ; chez les autres genres , les cornes sont creuses, emboîtées sur une cheville osseuse, et ne tombent pas. Tous ces animaux paissent l’herbe
ouïes feuillages, ont quatre estomacs et ruminent, c’est-à-dire remâchent leur nourriture, qui remonte une seconde fois dans leur gueule. Ces races s’apprivoisent facilement; elles offrent abondamment du lait ; et toutes ont du suif au-lieu de graisse. Les mâles, moins nombreux en chaque espèce, prennent plusieurs femelles ou sont polygames , et ces femelles ne font guère à chaque portée qu’un ou deux petits, qui marchent dès la naissance. Leurs mamelles sont toujours placées à la région inguinale. Tous ont une chair très-saine en aliment.- Gn connaît assez les grands avantages que l’homme tire de ces animaux devenus domestiques, et des laines, ou des poils de chèvres, des vigognes, et des cuirs, enfin de tous les produits de cette tribu. San» le renne, les contrées polaires seraient inhabitables aux Lapons et à d’autres peuples. Sans le bœuf , l'agriculture serait presque impossible, et par conséquent les peuples ne pourraient subsister à 1 état actuel de civilisation. De même sans le chameau y l’Arabe ne pourrait vivre et voyager dans ses déserts.
Après les ruminans, on place les solipèdes, ainsi nommés à cause de leur pied renfermé dans un seul sabot ; tel est le cheval , l’âne , le zèbre , etc. , animaux taillés pour la course ou pour porter des fardeaux. On range ensuite les animaux à peau épaisse Oü pachydermes ; ce sont les éléphans , les rhinocéros, l’hippopotame , le tapir, et les diverses espèces des cochons. Si l’on excepte l’éléphant, qui montre beaucoup d’intelligence , et qui porte ses mamelles à sa poitrine, les autres genres sont fort
brutes et grossiers ; ils ont plutôt des soies rares que des poils , une forme de corps épaisse , ramassée , une démarche lourde, des habitudes sales de se vautrer dans la fange , de vivre d’alimens grossiers , de tiges ou de racines , de plantes aquatiques ; car ils aiment l’eau ou les lieux bas et humides. Ils ont une vue assez basse , mais un odorat très-fin. Sous leur peau se trouve d’ordinaire une couche épaisse de lard , ce qui fait qu’ils sont peu sensibles , excepté vers le nez et la bouche.
Enfin , la dernière famille comprendra les amphibies et les cétacés dont les membres sont formés en rames ou en nagoires ; tous vivent sur l’eau plutôt que dans l’eau , car ils ne peuvent respirer que l’air, et se noieraient si on les forçait à plonger trop long-temps. Tels sont les phoques ou veaux marins, les morses et lamantins ou vaches marines, animaux qui gardent encore des vestiges de pieds de derrière, et qui ont donné lieu parleurs formes à la fable des tritons et sirènes, ou des hommes marins. Ils viennent déposer leurs petits sur le rivage, et les mâles rassemblent d’ordinaire un sérail de femelles, dont ils ne permettent l’approche à nul autre mâle ; car alors ils se battent pour elles avec fureur entr’eüx. Ces espèces manifestent de l’intelligence, et l’on en apprivoise aisément. Les cétacés sont plus spécialement aquatiques; car ils ne viennent jamais se reposer à terre ; mais ils s’accouplent et font un ou deux petits dans les eaux.
« La mère, qui les allaite de ses deux mamelles, veille sur eux et les soutient sur ses flancs. Le nez des
ao8 des mammifères.,
cétacés a son ouverture relevée vers le front ; c est
par cet évent qu’ils respirent l’air et qu’ils soufflent l’eau en jets; aussi les nomme-t-on quelquefois souffleurs. Telles sont les baleines, qui présentent des fanons ou grandes lames de baleine flexible au4ieu de dents ; car ces vastes animaux ne vivent que de petits mollusques ou de coquillages, qu’ils avalent et broient par millions. Les dauphins et marsouins ,
les cachalots, le narwhal ou la licorne de mer, ont
des dents et mangent des petits poissons. Les cétacés ont , comme on sait , beaucoup d’huile et de
lard dans leurs chairs ; leur peau est lisse et nue , mais gluante , et leur queue applatie horizontalement , au-lieu que tous les vrais poissons portent la leur verticalement.
Telle est la série naturelle des animaux à ma-
melles ou des vrais vivipares.
Cette classe est la plus élevée du règne animal après l’homme 5 nous sentons qu’un quadrupède a beaucoup plus de rapports et d’analogie avec nous que les classes des poissons , des reptiles y et même des oiseaux ; qu’il peut entrer en communication de quelques idées , de quelques sentimens avec notre espèce , s’il est permis toutefois à l’animal de s’en rapprocher. Un quadrupède est autant,supérieur au poisson et au reptile , que l’homme l’est à l'égard de ces êtres inférieurs. Dans la république des
animaux, la nature a donc créé des rangs, une hiérarchie, une sorte de noblesse héréditaire entre les espèces. Les mammifères en sont comme lesprinces ou les chefs , par les attributs de leur organisation
DES mammifères; 209
bien plus parfaite et plus compliquée que celle des autres êtres vivans; mais à l’homme seul appartient l’empire et le droit naturel de régner. Les quadrupèdes sont devenus les ministres de sa puissance:* fiers de servir le maître de la terre , d’approcher de sa demeure , de partager ses biens , et de recevoir leurs alimens de sa main , les animaux dômes* tiques ont courbé leur tête altière sous cette main carressante , tandis que d’autres espèces moins do* ciles, se sont écartées de sa cour et vivent indépendantes dans leurs domaines , leurs bauges et leurs retraites.
Les quadrupèdes forment aussi la classe intermédiaire par laquelle les autres animaux se rapprochent de nous , et ils groupent les espèces inférieures autour de l’homme , qui est comme le chef et le roi auquel tout vient aboutir. En effet , si la famille des singes paraît vouloir s’élever jusqu’auprès de l’espèce humaine , et se tenir ainsi sur les marches du trône , les chauve - souris , les polatouches et d’autres espèces qui voltigent , semblent appeler les oiseaux vers la classe des mammifères , ou dumoins les représenter ; de même les tatous , les pangolins , quadrupèdes couverts soitde cuirasses , soit d’écailles superposées , semblent se rapporter aux reptiles , tels que les tortues et les lézards , tandis que les mammifères amphibies , comme les veaux* marins ou phoques , les vaches-marines , les cétacés tenant de la nature des poissons , paraissent se lier à cette grande et nombreuse classe d’animaux aquatiques.