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excepter même des poissons à grandes nageoires pectorales, et une infinité d’insectes ailés ; il porte une épine du dos inflexible pour appuyer l’omoplate plus fortement, et un sternum élargi comme un plastron sur la poitrine avec une carène ou arête au milieu pour attacher les gros muscles pectoraux , qui font jouer ses ailes; enfin un os de la fourchette , en forme de V, pour écarter chaque épaule et affermir ses os du bras allongés en aile.
Voyez aussi avec quelle facilité cet oiseau s’élance dans l’air , monte , descend , tourne , ou file en droite ligne , en zig-zag ; ici rasant la terre ou les eaux , plus loin , se perdant au-dessus des nues ! Il se joue dans le vaste champ de l’atmosphère , et sa queue lui sert de gouvernail ; tantôt il recueille les semences des plantes , tantôt il va respirer dans l’azur des cieux , un air pur et serein, tandis que les animaux terrestres sont battus par l’orage et foudroyés par les tempêtes. L’oiseau de haut vol , enveloppé d’un plumage chaud et douillet , ne redoute point le froid perçant des hautes régions ; fier citoyen des airs , il échappe à la tyrannie de l’homme ; l’hirondelle , l’oiseau de paradis , vivent indépendans parmi ces vastes déserts des cieux où ne peuvent atteindre les chaînes de l’esclavage , la vile contrainte de la domesticité; les espèces aux ailes puissantes , au vol soutenu , comme l’aigle , méprisent les races au vol lourd , que leur masse fixe sur la terre et met sous la main de l’homme ; tels sont les gallinacés , famille gourmande , tels sont les oies , les canards , espèces voraces et cla-
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baudeuses, qui préfèrent à une liberté pauvre, mais austère , les tristes bienfaits dont nous payons leur servitude. Plus les oiseaux sont parfaitement organisés pour voler, plus ils se montrent jaloux de leur indépendance , et indisciplirrables ; jamais l’hirondelle, le martinet n’ont pusubsistcr en cage. Plus un oiseau, d’ailleurs, a le vol étendu et élevé, plus ses pieds sont courtsetpresqu 'inutiles, témoins les martinets, les oiseaux frégates, les mouettes et pétrels; tandis que l’autruche aux grandes et fortes pâtes, n’a que des moignons d’ailes quelle relève en courant rapidement sans pouvoir voler ; les gallinacés, les échassiers , haut montés, et qui courent si bien, n’ont qu’un vol lourd; les pinguins, les manchots, qui savent si bien nager , n’ont que des ailerons incapables de les soutenir dans l’air ; l’on dirait que les uns ont des pieds aux dépens des ailes, comme les autres volent d’autant mieux qu’ils peuvent moins marcher. L’homme ne peut donc soumettre parfaitement que les races les plus mal organisées pour le vol , les plus lourdes ou les plus terrestres. Il abuse d’une cruelle industrie en emprisonnant dès l’enfance ces aimables musiciens des bocages ; il les retient plutôt captifs par la violence, qu’attachés aux liens de la domesticité ; il en fait ses esclaves bien plus que ses amis , et s’ils chantent dans leurs chaînes, ce n’est pas pour attendrir leur tyran , mais pour charmer leurs ennuis , ou peindre leurs peines et leurs amours à leurs femelles.
Si nous éprouvons de l’agrément par la variété des objets dans nos voyages , combien l’oiseau doit-
il en éprouver davantage par la rapidité prodi- A gieuse avec laquelle il parcourt les contrées les plus éloignées ? Un cerf , un renne , font à peine quarante lieues en un jour ; le cheval , qui parcourt une lieue en six à sept minutes dans sa course la plus impétueuse, ne fournirait pas ainsi une longue carrière, ni plus de trente à quarante lieues en un jour sans être harassé. Le bouquetin , la gazelle bondissent à plusieurs toises sur des rochers; mais ces animaux, comme les chiens ou d’autres quadrupèdes, ne sont pas propres aux longues traites. Le moindre oiseau peut aisément parcourir, au contraire , plusieurs lieues dans une heure ; un milan s’élance à un quart de lieue par minute , et fait sans peine des deux à trois cents lieues par jour. Un faucon du roi de France Henri II, s’étant emporté à Fontainebleau , fut repris à Malte et reconnu à l’anneau de ses jambes, le lendemain du jour de sa fuite. Un faucon des îles Canaries envoyé à un ministre d’Espagne en Andalousie , retourna en seize heures à Ténériffe , ce qui est un trajet de deux cents cinquante lieues ; enfin , on a vu en pleine mer des mouettes à plus de deux cents trente lieues, revenant chaque soir au rivage , et des oiseaux frégates à cinq cents lieues de toute terre. Nos hirondelles arrivent jusqu’au Sénégal, huit à neuf jours après leur départ d’Europe, et les pigeons messagers en Orient , vont presque aussi rapidement porter une lettre , que nos télégraphes font leurs signaux.
Cependant ce grand déploiement de vol , cette
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rapidité demouvemens seraient inutiles , ou même nuisibles, si l’oiseau ne jouissait pas d’une étendue, d’une force de vue proportionnée pour plonger au loin ses regards , pour découvrir du haut des airs sa proie à terre ou dans les eaux; car avec une action si impétueuse , il serait en danger de se choquer sans cesse contre les corps; aussi les animaux à vue basse et obtuse se meuvent lentement , en tâtonnant pour ainsi parler à la manière des aveugles. Au contraire , l’oiseau, surtout celui de haut vol, a la vue la plus spacieuse, la plus vive, tel est l’aigle , qui du haut des cieux aperçoit le moindre lièvre tapi dans un sillon, et fond sur lui comme la foudre. Les oiseaux sont doués, en général, d’une vue presbyte, ou voient mieux de loin que de près, ainsi que les vieillards ; ils ont des yeux fort grands par rapport à leur tête ; une troisième paupière mince et presque transparente les prémunit contre l’éclat vif du soleil ; leur crystallin est aplati , leur humeur aqueuse, abondante, pour mieux réfranger la lumière , dans l’air raréfié des hauteurs ; une sorte de muscle rliomboïdal transparent , va de la rétine au crystallin pour reculer plus ou moins celui-ci et rendre par ce procédé la vue plus ou moins longue, comme ces lunettes qu’on met à différens points-de-vue. Est-ce hasard, est-ce plutôt une ingénieuse et admirable précaution de la nature ?.
Et cette habitude de vivre dans l’air, d’ôtre sans cesse exposé à toutes ses variations météoriques , donne à l’oiseau la science des saisons, des vents, des changemens de temps, plus qu’à tous les autres
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animaux. Ce n’est pas sans raison que les anciens augures observant les oiseaux , en tiraient des présages sur les variations dans l’atmosphère , avant que l’on eût le baromètre. Voyez le nautonnier; lorsqu’il observe les plongeons, les mouettes se retirant d’un vol rapide sur leurs rochers, et avertissant par de grandes clameurs de jeunes compagnons écartés sur les rivages; lorsque les goélands, les oiseaux de tempête, se promènent avec inquiétude sur la grève, attendant que les flots bondissans leur rejette lit quelque pâture, ou lorsque les grues quittant leurs marais , montent sur les nuages qui s’amoncèlent , lorsque l’hirondelle rase la surface des lacs , que de noires légions de corbeaux , * se battant les flancs, appellent à grands cris les orages : alors le prudent matelot cale ses voiles. Mais si le grèbe vient sécher ses plumes au soleil , si la chouette ne fait plus entendre ses cris funèbres le soir , si l’épervier circule dans • l’azur des cieux , tandis que des nichées d’oisillons se jouent sous la feuillée et que la corneille témoigne sa joie par des croassemens sonores , i alors les beaux jours s’en vont renaître. On croirait que tous soient remplis de la science de l’avenir* et d’une prévoyance acquise dans leur commerce avec l’Olympe. '
Même les noirs corbeaux bannissant la tristesse,
Annoncent les beaux jours par trois cris d’allégresse, El d’un gosier moins rauque expriment leur gaîté.
Souvent au haut de l’arbre où flotte leur cité Vous voyez leurs ébats agiter le feuillage: Une douceur secrète attendrit leur ramage ;