Tome I
DES OISEAUX
Ils aiment à revoir, depuis long-temps bannis.
Leur arbre hospitalier, leur famille et leurs nids.
Demi le, Génrg. , Lit. I.
Savons-nous jusqu’à quel point la pesanteur, la raréfaction de l’air , son humidité , son électricité influent sur l’organisation , sur la sensibilité des animaux, et même sur le caractère des hommes?
Quels chamtans indices ne nous donnent pas ces messagers aériens ? Lorsque la lavandière , et son éternelle ennemie la cresserelle , reparaissent dans nos campagnes, c’est la première annonce du printemps , dès avant le retour de l’hirondelle ; les feuilles des arbres commencent à pousser lorsque le coucou chante. De même, en automne, l’arrivée du joli jaseurde Bohème accompagne les premières gelées , et l’ortolan de neige précède les grands froids des hivers. Le navigateur, apercevant le paille en queue, se reconnaît sous les tropiques, et le pétrel damier lui annonce l’approche du cap de Bonne- Espérance. Nos pêcheurs se réjouissent à la vue du labbe à longue queue , qui leur décèle au travers des mers les grandes colonnes de harengs qu’il poursuit. Le voyageur des forêts d’Afrique remercie le coucou indicateur des arbres où sont déposés des rayons de miel, en lui laissant une part de cette proie. Enfin nos petits oiseaux se cachent lorsque la pie-grièche les avertit par ses cris que le milan ou la buse les menace ou les guette.
Toute la classe des oiseaux se montre en général plus sensible que celle des quadrupèdes ; elle est aussiplusvive et plus ardente en toutes ses actions,
DES OISEAUX. 2QI
à cause de la grande respiration de ces volatiles ; le repos est pour eux un tourment; toujours agités, turbulens, inquiets, dormaut peu, ils passent la vie dans une activité perpétuelle ; volages , impétueux, ils sont aussi très-colères et très-amoureux^ En général, leur libre est mince, tendue, sèche même comme celle des personnes délicates, fluettes , qui sont mobiles , excitables. La rapidité , l’étendue de leur vue accroît encore ce besoin du changement et de la variété; mais leurs autres sens, tels que ceux du toucher et du goût, paraissent trèsbornés. Cette bouillante impétuosité les rend moins capables de réflexion et d’une vraie instruction, que des animaux plus tranquilles. Ils éprouvent des , impressions promptes , mais fugitives et subites, que le temps efface aisément comme de légers aperçus. Rien ne se grave en eux profondément ; ils sentent plus qu’ils ne conçoivent : c’est qu’il faut unç sorte de gravité , un caractère posé et réfléchi pour ,sq bien pénétrer de la connaissance des choses; et si l’on parvient à donner quelque instruction aux serins , aux chardonnerets , aux merles , aux sansonnets , aux perroquets , c’est en les tenant emprisonnés , c’est en les forçant d’être longuement oisifs ; c’est surtout le soir ou la nuit , lorsqu’ils sont plus tranquilles , que les leçons leur profitent mieux. Les oiseaux devenus aveugles , étant moins distraits et moins mobiles , s’instruisent beaucoup plus aisément que les autres , et les oiseleurs ont mis à profit cette observation, en brûlant avec un fer rouge les yeux des rossignols et
293 DES OISEAEX.:
d’autres oiseaux chanteurs qu’on tient eh cage. C’est ainsi qu 'Homère , Milton , ces poètes si sublimes , furent aveugles, et durent peut-être une partie de leur génie à ce malheur, parce que la force vitale ne Se dissipant plus par la vue , s’accumule , pour ainsi dire , dans l’organe de la pensée , et les méditations deviennent plus profondes dans la solitude , le repos et l’obscurité.
DES OISEAUX